08.05.2010
L’euro et les 16 Hoover
Un vent d’austérité souffle sur l’Europe. Après l’Irlande, la Grèce et le Portugal, la France vient d’annoncer ses premières mesures d’une rigueur qui ne dit pas son nom cette semaine. Mais rien ne semble arrêter la panique des marchés qui se sont effondrés.
Menace sur la croissance
En 2009, les économies européennes ont été sévèrement affectées par la crise puisque le PIB de l’Union Européenne a reculé de 4%, contre 2.5% aux Etats-Unis. En 2010, la croissance devrait atteindre au mieux 1% et tous les analystes craignent de plus en plus pour la croissance en 2011 et 2012 du fait des plans de rigueur qui se mettent en place pour remettre des finances publiques durement éprouvées par la crise à nouveau en ordre.
Cette situation rappelle l’analyse de Paul Krugman qui avait annoncé fin 2008 qu’il faudrait combattre « l’attaque des 50 Herbert Hoover ». Le prix Nobel d’économie* 2008 y expliquait alors que tout plan de soutien à l’économie allait voir ses effets réduits par l’action des 50 gouverneurs, qui, obligés de présenter des comptes à l’équilibre, allaient devoir réduire leurs dépenses et augmenter les impôts en période de crise économique, accentuant alors le cycle récessif.
En fait, en période de croissance, et donc de fortes rentrées fiscales, les Etats ont tendance à augmenter leurs dépenses à proportion, accentuant la croissance. En revanche, en période de récession, la baisse des recettes fiscales pousse à une baisse des dépenses, qui elle même accentue la récession. Ce scénario rappelle ce qui s’est passé aux Etats-Unis de 1929 à 1932, quand Herbert Hoover a cherché à maîtriser les déficits pendant la Grande Dépression.
Pro-cyclique vs contra-cyclique
Alors que les Etats-Unis semblent véritablement sortis de la crise, avec une croissance qui devrait atteindre 3% en 2010, effaçant la baisse de 2009, grâce au plan de soutien massif obtenu par le président Obama, le cas de l’Europe est beaucoup plus compliqué. Si les marchés sont saisis de panique aujourd’hui, outre leur « exubérance irrationnelle », c’est aussi à cause de l’incapacité des dirigeants européens à proposer un modèle de croissance crédible pour les années à venir.
En effet, les investisseurs ne comprennent pas comment le vieux continent pourra retrouver le chemin de la croissance étant donnée la sévérité des plans de rigueur que mettent en place de plus en plus de gouvernements européens. En effet, si les pays de la périphérie taillent fortement dans les dépenses publiques et que les pays du centre les gèlent alors que le secteur privé n’a pas, lui non plus, repris le chemin de la croissance, alors les perspectives futures sont bien sombres.
Il y a un vrai risque aujourd’hui que les dirigeants européens se transforment en autant de Herbert Hoover, empêchant toute reprise de l’activité économique européenne. C’est d’autant plus regrettable qu’il existe pourtant des solutions pour sortir l’Europe de la récession…
* en réalité, prix décerné à la mémoire d’Alfred Nobel, il n’y avait pas de prix Nobel d’économie à l’origine
11:04 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : euro, paul krugman, herbert hoover, crise économique, crise financière




Commentaires
Tu crois vraiment que sans l'Euro les dirigeants européens ne feraient pas les mêmes politiques de rigueur ?
J'ai plutôt l'impression que l'erreur des politiques est d'accepter le totalitarisme des marchés et des agences de notation. Quand S&P baisse la note de l'Espagne, tout le monde l'écoute comme parole divine, alors que si je me souviens bien S&P s'était complètement planté sur la note de certaines grandes banques américaines aujourd'hui disparues.
Comme l'action d'un seul état serait inutile contre les marchés, l'action de l'UE aurait plus de chance d'aboutir (l'idéal étant un accord avec les USA, le Japon et la Chine). Il faut trouver un moyen de réguler les marchés, et j'aime beaucoup l'idée de la taxe Tobin que tu proposes.
On ne devrait pas accepter une seconde de plus des attaques spéculatives sur des états. Je crois que c'est le ministre de la Justice espagnole qui a parlé cette semaine que ces attaques devraient être considérées comme des délits, et jugés comme tels par un organisme international à créer.
Écrit par : Antoine | 08.05.2010
@ Antoine
En dehors de l'euro, l'Espagne et l'Irlande n'auraient pas connu une telle bulle, car ils auraient pu avoir des taux d'intérêt adaptés à leur situation économique.
Aujourd'hui, en dehors de l'euro, il serait possible de dévaluer, et donc d'avoir des perspectives de croissance de PIB beaucoup plus fortes, qui permettraient de limiter la rigueur. Enfin, cela laisserait possible la monétisation (partielle ou pas) des dettes.
En même temps, on ne peut pas interdire les agences d'émettre des jugements... Et puis, les marchés ont toujours connu des phases d'exubérance irrationnelle, donc je n'en attends grand chose.
En fait, je crois qu'il faut juste mettre en place des règles qui protègent l'économie productive des errements de la finance, tout en faisant davantage contribuer celle-ci à la première.
Cf mes 18 propositions :
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2010/04/26/18-propositions-concretes-pour-reguler-la-finance.html#comments
Écrit par : Laurent Pinsolle | 08.05.2010
Là pour le coup, on en vraiment dans l'analyse de comptoir... "En période de croissance, la hausse des dépenses publiques accentue la croissance" Bah, tiens... Depuis le temps qu'il a été prouvé que le keynesianisme est une erreur économique qui trouve grâce aux yeux des politiques parce qu'elle renforce leur pouvoir...
Enfin bon, j'espère que ce n'est pas par conviction que vous défendez ces idées mais par un intérêt bien compris.
Écrit par : Joe | 08.05.2010
@Joe
J'espère que vous avez un intérêt personnel à défendre l'indefendable. Si c'est par conviction, vous êtes le pilier du bar. Vous aviez pour habitude d'essayer de développer un argumentaire...êtes vous à cours d'arguments?
Écrit par : xavier | 08.05.2010
@ Joe,
Vous allez un peu vite dans votre commentaire...
Pour le coup, je parlais du côté pro-cyclique de la politique des Etats. Si en période de forte croissance, les dépenses croissent aussi vite que les recettes, alors cela pousse davantage la croissance que si les Etats en profitent pour réduire les déficits ou avoir un excédent budgétaire...
Le keynésianisme, une erreur économique ? C'est une blague. Si les Etats n'étaient pas intervenus en 2008-9, nous aurions connu une nouvelle Grande Dépression.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 08.05.2010
Je ne sais pas si c'est le meilleur endroit pour le signaler, mais l'émission récente d'Arrêt sur Images avec le duel Mélenchon - Touati est exceptionnellement en accès gratuit à l'adresse suivante : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2967
Un grand moment que la télévision actuelle ne nous donnera jamais à voir !
Écrit par : Bouboune | 09.05.2010
@ Laurent
Excusez moi pour mon commentaire lapidaire, je n'avais pas le temps d'étayer mon propos.
Oui le keynésianisme est une erreur économique. Pourquoi, parce que le déficit et les dettes que vous contractez pour relancer l'économie ont deux inconvénients :
- d'une part, simple évidence, ces dettes il faut les rembourser (et on voit bien aujourd'hui le problème. On peut accuser les spéculateurs, l'honnêteté intellectuelle me fait dire que les plans de relance y sont également pour quelque chose)
- d'autre part, les ressources que vous prélevez sur l'économie (que ce soit en capacité d'emprunt ou pas l'impôt) pour les affecter au soutien de secteurs particuliers ou à la création de nouveaux secteurs sont décider de manière arbitraire par un état central et donc moins efficace.
Pour appuyer mes dires, une petite réflexion. Asseyez vous confortablement dans votre canapé et planifiez votre vie. A 1 an, à deux ans, à 5 ans, à 10 ans, à 20 ans, à 50 ans. Attention, il ne s'agit pas de dire " dans 5 ans, je serais marié et j'aurais 2 enfants". Non, planifiez vraiment, dans les moindres détails. A 5 ans, j'aurais telle activité, qui m'occupera tant de temps par jour, mes revenus seront de tant, mon loyer / remboursement d'emprunt de tant, mes dépenses de nourriture de tant, j'irais en vacances à tel endroit pour tel prix, au cinéma tel jour, ... C'est impossible ? Vous pouvez le faire mais la marge d'erreur est colossale ? Je suis d'accord. C'est pourtant ce que cherche à faire l'état de manière beaucoup plus complexe, puisqu'il arrive à agréger la vie de 60 millions de français, aux besoins, capacités et comportements différents. L'interventionnisme étatique, c'est dire "je vais prendre telle mesure et ça aura, tel, tel et tel effets. Comme la somme de ces effets est positive, je prends cette mesure". Le problème, c'est que les politiques refusent de prendre en compte les effets qui ne plaisent pas et quand ces derniers se produisent, ils accusent les spéculateurs, les banques, le capital, les méchants libéraux (où sont ils en France ??)...
La crise a commencé en 2007 avec les débuts sur les subprimes et elle n'est pas terminée. Les plans de relance ont eu l'effet attendu, ils ont masqué la gravité de la situation, mais la situation restait grave sous le vernis de la dépense publique et ces plans n'ont fait que l'aggraver.
Bien sûr la dépense publique soutient la croissance, mais ce n'est pas de la croissance réelle, c'est un cache misère. Les soviétiques faisaient de la croissance, + 10% de la production de chaussures droites (oui mais baisse de la production de chaussures gauches), pour autant, il y avait toujours autant la queue devant les magasins de chaussures. Alors oui, si vous baissez les dépenses publiques, vous aggraverez statistiquement la récession. Interrogez vous plutôt sur l'intérêt d'avoir une croissance artificielle ou revenir à la réalité. Dans le premier cas, vous repoussez une échéance en sachant que ce sera encore plus dur ensuite, dans l'autre, ce sera dur tout suite mais on peut encore s'en sortir.
Je vous invite à vous pencher sur le cas de l'Australie : pas de dettes, une règlementation bancaire efficace, un excédent budgétaire qui a permis d'amortir socialement les effets de la crise (et leur "plan de relance" était massif à 5,6% du PIB) et aujourd'hui, ils sont définitivement sortis de la crise avec un budget à nouveau en excédent.
Écrit par : Joe | 10.05.2010
Je ne fais que recopier un post de Gilles sur le forum d'Etienne Chouard... évidemment parce que je suis d'accord avec cette analyse...
//Vu sur le blog de la lettre volée :
Il est tout à fait possible d'inscrire un plan de sortie de l'euro dans un cadre général de rétablissement économique
1. en définissant un plan de rétablissement des finances publiques de moyen terme. Ce plan pourrait inclure le rachat à bas prix d'actifs publics indûment bradés pour complaire aux critères du plan de stabilité (les autoroutes par exemple) ;
2. comme l'a établi la Banque Centrale Européenne, quitter l'euro c'est quitter l'Union européenne. C'est donc faire immédiatement 18,2 milliards d'euros (source : déclaration d'impôt à remplir avant le 31 mai) d'économies annuelles. Nous pourrions continuer à verser un milliard d'euros au titre de politiques de coopération, pour ne pas paraître mesquins, et conserver une partie des 17,2 milliards d'euros restants par an pour un fonds de stabilisation du cours du Franc ;
3. il faudrait définir une cible de parité non plus avec la seule Allemagne, comme c'est actuellement le cas (l'euro revient, pour la France, à adopter la politique monétaire qui convient à l'Allemagne), mais avec un panier de devises comprenant le dollar, le yuan, l'euro (ou ce qu'il en restera), le yen. A charge pour nous de réévaluer cette cible au besoin mensuellement, et de taxer les importations en provenance des pays aux monnaies sous-évaluées, comme proposé dans le cadre d'une taxe de libre-échange. Ceci répond par avance à ceux qui craignent une spirale de dévaluations compétitives. Et les rentrées de cette taxe de libre-échange pourraient servir à financer la réindustrialisation de notre beau pays.
4. Pour éviter les fuites de capitaux, il n'est pas inenvisageable de mettre en place provisoirement un contrôle des capitaux. Cela sonne comme un retour à la lampe à huile, mais ce n'est pas si loin et rien ne dit que l'on ait gagné à abandonner successivement tous les moyens d'intervention de la puissance publique - la Chine conserve un contrôle des changes et le monde fait avec, et la Chine s'en sort plutôt bien.
5. comme la crise actuelle est une crise de demande liée à la pression sur les salaires, il est important de prévoir une hausse des salaires. Comme l'objectif est cependant de ne pas effrayer les marchés plus que de raison, on peut prévoir un rattrapage sur cinq années. Cela permet par ailleurs d'éviter que le rattrapage en une seule fois parte directement en importation d'Ipods fabriqués en Chine. Il s'agit de laisser le temps aux productions françaises de redémarrer doucement.
6. En récupérant son siège à l'OMC, par le fait de sortir de l'Union européenne, la France pourra poser quelques bonnes questions. Par exemple sur la fiscalité qui pèse si peu sur les groupes internationaux implantés en Irlande - et qui y domicilient leurs bénéfices. La concurrence fiscale déloyale pourra être abordée directement, sans passer par un commissaire européen toujours défavorable à la régulation des échanges. La France pourra également demander l'établissement de règles sociales minimales dans les pays exportant chez nous - pas de raison qu'un patron employant des gens au noir en France encoure la prison alors que s'il délocalise en Chine ou dans un pays sans droits sociaux, il gagnera une médaille.
7. De façon générale, il est important d'annoncer la couleur longtemps à l'avance et de rendre crédible une inflexion stratégique majeure. Les industriels, dans l'automobile par exemple, planifient l'évolution de leur appareil de production quelques années à l'avance. Si l'on veut que des usines ouvrent à nouveau en France et pas en Turquie, il faudra non pas taper du poing sur la table mais rendre crédible le fait que la concurrence déloyale généralisée, c'est fini.
8. Pour ce qui est de la procédure de sortie de la zone euro, elle n'existe pas. Il faudra donc sortir de l'Union européenne - c'est de toute façon indispensable, ne serait-ce que pour pouvoir négocier directement à l'OMC. Comme le précise Cédric Mas, sur le blog de Paul Jorion, trois mois suffisent pour cela.
Toutes ces idées demandent à être polies, modifiées, précisées. Mais je suis persuadé que nous ne nous sortirons pas de la situation actuelle sans solutions rompant avec les politiques conduites depuis 1983, et un peu plus précises que de réclamer « Une Autre Europe Est Possible » ou une Europe qui marche ! //
Écrit par : A-J Holbecq | 10.05.2010
@ AJH
Commentaires rapides sur votre copier-coller :
1. Sauf si vous arrivez à prouver que le processus d'enchères lors des privatisations a été frauduleux, vous ne pouvez pas annuler la vente. Cela s'appelle de l'expropriation, soit une violation du droit de propriété.
2. La France n'est pas contributrice nette à l'Europe, les 18,3Md€ sont le montant versé par la France mais vous ne tenez pas compte des sommes versées par l'Europe, notamment dans le cadre de la PAC. Je ne pense pas que vous y gagnez tant que ça (depuis l'entrée des pays de l'Est, je pense que les montants européens à destination de la France ont baissé, à voir).
3. Escroquerie intellectuelle : soit vous n'êtes pas capable de maintenir une parité avec un panier de monnaies aux profils divers (j'entends toutes en même temps), soit vous y arrivez et ça prouve que vous n'aviez pas besoin de quitter l'euro. Une taxe de libre-échange, j'ai bien ri. Ce que vous voulez mettre en place a un autre nom, ça s'appelle le protectionnisme.
4. Contrôle des capitaux : violation évidente de la liberté du citoyen et dépossession d'une partie de son droit de propriété (La Chine se porte bien, mais enviez vous son peuple ?)
5. Pour faire redémarrer l'emploi et l'industrie, on augmente leurs charges en les forçant à augmenter leurs salaires ? Sachant qu'un 1€ dans la poche d'un employé correspond à un coût de 2€ pour l'employeur, soit votre mesure est trop timorée pour avoir un effet sur les salaires et la conso, soit elle est trop forte et asphyxiera les entreprises.
6. Qui écoutera un pays qui représente 60M de personnes, dans un pays où les capitaux sont controlés, où des taxes aux frontières ont été relevées, ... Tout le monde se foutera de notre gueule. Par ailleurs, je ne vois pas en quoi le fait d'avoir un taux d'imposition plus bas que le notre est déloyal. S'ils équilibrent leur budget avec un taux à 15%, grand bien leur fasse. Quand à la mise en place de règles sociales minimum, quand on voit le mal que l'Europe + les USA ont à discuter Droits de l'Homme avec la Chine (alors que ça ne coute pas une thune), j'aimerais bien voir la France toute seul essayer d'imposer son modèle social aux Chinois.
7. C'est sympa de vouloir annoncer la couleur à l'avance. Au moins, les gens fortunés sauront que l'heure est venue de partir sous des cieux plus cléments. On restera entre pauvres chez nous et le contrôle des capitaux sera plus facile, vu qu'il n'y en aura beaucoup moins.
8. Redite des points précédents.
Bref, les propositions sont soit des non-sens économique, soit des violations intolérables aux droits fondamentaux des personnes. Inutile de préciser que je n'y souscris pas !
Écrit par : Joe | 10.05.2010
@ Joe
Attention, vous caricaturez Keynes, qui était (comme je le suis) favorable à un budget à l'équilibre ou excédentaire en phase de croissance. La théorie keynésienne est contra-cyclique. Le PS n'aurait pas du dépenser la cagnotte par exemple. N'oubliez pas que le Général de Gaulle n'a pas rendu un budget en déficit...
Cela n'a rien à voir avec ce que vous décrivez. Pour moi, la dépense publique doit prendre le relai de la dépense privée quand celle-ci s'effondre suite à un choc comme nous avons vécu en 2008-9. Dans ce cas-là, les déficits sont justifiés. Et l'expérience nous montre que cela évite un effondrement total comme cela s'est passé dans les années 30.
Si les Etats n'avaient pas relancé l'économie, nous nous serions enfoncé dans une grave dépression, non ? Le problème est que la plupart des Etats sont entrés en récession avec des budgets déjà en déficit (ce qu'ils n'auraient pas du faire).
@ A-J
Je ne suis pas d'accord avec tous les points, même si je suis d'accord avec la majorité. Pour moi, il ne faut pas sortir de l'UE, mais sortir de l'euro et refonder en profondeur l'UE. Mon objectif est de conserver une instance européenne de coopération politique entre Etats souverains.
Sur les rachats de certains secteurs, je suis complètement d'accord avec le fait que les autoroutes ne doivent pas être privatisées.
@ Joe
Oui, protectionnisme. Je vais bientôt revenir sur le sujet. Je n'ai pas peur du mot. Cela est un des éléments clés sur lequel ce sont bâties les réussites économiques asiatiques par exemple... Notre seul prix Nobel plaide pour une telle politique depuis 20 ans et il est rejoint par un nombre grandissant d'intellectuels.
Contrôle des mouvements de capitaux : j'y suis favorable également. Joseph Siglitz et Paul Krugman (deux prix Nobel pas vraiment marxistes) ont montré à quel point cette politique a des effets stabilisateurs sur les économies à partir de la crise asiatique de la fin des années 90.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 10.05.2010
@Joe
Commentaire rapide sur votre commentaire rapide.
1 - Vous pouvez appeler une nationalisation, expropriation, si cela vous chante. Si l’intérêt général va dans le sens d’une nationalisation alors il faut la faire. Le devoir politique du service de l’intérêt général est d’un niveau supérieur au droit de propriété privé.
2 - La France contribue évidemment bien plus à l’UE qu’elle ne perçoit.
3 - Relisez et vous trouverez seul la différence entre l’Euro et un Franc se fixant des objectifs révisables de parité avec un panier de monnaies. Sur la question du protectionnisme : ceux qui évacuent dogmatiquement le débat ne me font malheureusement pas rire mais m’affligent.
4 - Pauvres Chéris ! Je suis ému aux larmes de cette violation de la liberté fondamentale du citoyen. Là, vous avez raison, le contrôle des capitaux n’a pu exister que dans d’affreux régimes bolchéviques !!
5 - Vous oubliez que cela est proposé dans un cadre protectionniste
6 - La bonne question est : qui écoute un pays sans souveraineté. Le pouvoir politique français étant marionnettisé, c’est aujourd’hui que tout le monde se fout de notre gueule. De plus il n’est dit nulle part que la France chercherait à imposer son modèle social à la Chine. Vous faites là une interprétation ridicule. Par contre choisir le modèle social qui s’appliquera chez nous c’est à la France d’en décider et à personne d’autre. Seul point d’accord, nous n’avons visiblement, ni l’un ni l’autre envie, de voir le modèle social chinois s’appliquer en France.
7 - faites un effort d’attention… lorsqu’il est dit « annoncer la couleur en avance », on ne parle pas du contrôle des capitaux mais des conditions de concurrence acceptées sur notre territoire.
Écrit par : xavier | 10.05.2010
@Laurent
Oui, vous avez raison , j'étais allé un peu vite en écrivant " évidemment parce que je suis d'accord avec cette analyse... "..
je voulais plus en souligner "l'esprit" ..
Écrit par : A-J Holbecq | 10.05.2010
@ Xavier
J'ai peur (j'espère) de ne pas avoir tout compris dans votre commentaire. Je vais repartir de la trame point par point, ce sera plus simple :
1. Dans l'idée, je suis d'accord avec vous sur la primauté d'un concept d'intérêt général avéré. Le soucis, c'est que vous n'arriverez jamais à prouver l'intérêt général et que bien souvent, il s'agit d'un intérêt particulier (pour les autoroutes, qui ont été vendues à des conditions de marché, l'intérêt général voudrait que les dites autoroutes deviennent gratuites. Ce ne serait pas le cas, cela servirait juste à alimenter le budget de l'Etat, donc on fait servirait les intérêts des dirigeants politiques et des fonctionnaires).
2. Le cout en 2005 de l'Europe était de 3,5Md€. La France a longtemps été bénéficiaire nette de l'Europe (certainement jusqu'au début des années 2000), notamment grâce à la PAC. Vous qui défendez le respect des engagements, l'abandon de concurrence fiscale déloyale, ... vous préférez quitter l'Europe dès lors que ça vous coute de l'argent et que vous n'en bénéficiez plus ? Attention, encore un peu et vous allez devenir un méchant capitaliste adepte de l'optimisation fiscale !
3. Sur le protectionnisme, je pense avoir défendu mon point de vue ad nauseam ici même. J'ai jugé inutile de me répandre à nouveau. Pour la parité avec un pool de devises, après relecture, je maintiens qu'il est soit difficile de maintenir une parité égale avec l'ensemble des monnaies (par exemple, si le yen monte quand le dollar descend, vous le faites évoluer comment votre franc ?)
4. Votre argument est si pertinent que j'ai du mal à lui trouver un contre-argument. Ah si tiens, instaurez le et je vous garantie que beaucoup de capitaux seront partis avant (tous ceux qui sont liquides en fait, et les autres s'en mordront les couilles)(et ça fait mal)(même si je n'ai jamais essayé). Par ailleurs, si vous pratiquez un peu le commerce international, la solution des entreprises en cas de contrôle des capitaux dans un pays étranger est très simple : capitaux minimums, résultat nul voir déficitaire ==> pas d'IS et pas de cash à rapatrier. Bref, belle proposition mais je trouvais l'argument de la liberté plus émouvant que l'inefficacité de la mesure.
5. Non, je n'oublie rien. Protectionnisme ou pas, le problème reste entier, les charges des entreprises s'alourdiront. Cela signifie seulement que les entreprises vendront leurs produits plus chers (idéalement au même prix que la concurrence si je vous suis), donc que les français achèteront leurs produits plus chers, ce qui abaissera leur pouvoir d'achat. Comme une partie de la hausse des prix part en cotisations sociales, la contribution nette sera une baisse du pouvoir d'achat. Bien joué, c'était sûrement le but recherché.
6. Vous n'avez pas besoin de sortir de l'OMC pour choisir un modèle social. Et dans tous les cas, vous n'arriverez pas à imposer votre modèle social à qui que soit (bon, peut être Andorre et encore). Bref, l'argument n'est pas valable.
7. Omnes vulnerant, ultima necat... Ainsi, si je vous suis bien, la décision d'établir un contrôle des capitaux sera prise à l'insu du bon peuple de France, en cachette ? Je vous comprends, le peuple est un peu con et il ne sait pas qu'on fait ça pour son bien. Le soucis, c'est que c'est un peu la logique d'une dictature ça non ? Donc vous serez obligé de tout annoncer à l'avance (pas forcément beaucoup à l'avance mais il faut peu de temps pour sortir des capitaux).
Écrit par : Joe | 10.05.2010
@ Joe
Quelques précisions :
1- dans le cas des autoroutes, beaucoup avaient contesté le prix d'achat à l'époque de la vente. Et ce n'était pas une vente aux conditions de marché à proprement dit puisque c'était une vente de gré à gré, avec tous les aléas que peuvent avoir les appels d'offre...
2- Faux, la France n'a quasiment jamais été bénéficiaire nette. Nous avons toujours été contributeur net, même si cela va s'amplifiant. En effet, nous avons toujours été un des pays les plus riches (par rapport à l'Europe du Sud dans les années 80 et 90, par rapport à l'Est ensuite)
3- Sur le protectionnisme, réponse détaillée demain et après-demain
4- Pour le contrôle des mouvements de capitaux, il suffit de le décréter et l'appliquer immédiatement pour éviter les effets pervers. Il faut noter que la Malaisie a réussi à le faire à son profit lors de la crise asiatique de la fin des années 90, contrairement aux recommandations du FMI. La France, qui a une très forte épargne, ne serait pas affectée.
5- Je partage le point sur la hausse des salaires (il n'est pas juste que les bas salaires ne profitent pas de la croissance), mais si on passe à la TVA sociale, alors le coût du travail aura énormément baissé avant.
6- Là encore, la TVA sociale nous permet de choisir notre modèle social et de l'insulariser de la compétition internationale.
7- Là, vous exagérez... Il faut juste être prêt à l'appliquer le plus rapidement possible.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 12.05.2010
Je vous confirme que la France a très longtemps été bénéficiaire nette du fait de la PAC. Ce sont les réformes de la PAC et l'arrivée des anciens pays d'Europe de l'Est (notamment la Pologne) qui ont transformé le bénéfice en contribution.
Je m'étonne que vous qui fustigez la concurrence fiscale jugée comme scandaleuse, qui dénoncez ces personnes qui ne visent que le profit, vous utilisiez comme argument que l'Europe c'est pas bien parce que ça nous coute du pognon. Je croyais que l'argent n'était pas un problème, hop hop, un coup de planche à billet et on n'en parle plus ? Par ailleurs, elle est où votre belle solidarité dont vous vous drapez sans cesse pour justifier vos nombreux projets de taxes et vos atteintes aux libertés ?
Je reviens sur votre point 5, parce que c'est un point philosophiquement intéressant. Pourquoi voudriez vous que les bas salaires bénéficient de la croissance ... sans rien faire ? Je veux dire par là que le boulot qu'ils faisaient ne change pas avec la croissance. Ils avaient accepté de faire ce métier pour un salaire donné, s'ils n'apportent aucune valeur ajoutée supplémentaire, pourquoi seraient ils payés plus ? (ce raisonnement est valable aussi bien pour les bas salaires que pour les hauts salaires).
S'ils veulent voir leur salaire augmenter, l'unique solution à mon sens serait de se porter sur les secteurs en croissance, avec des besoins de main d'oeuvre tel qu'ils pourront négocier un meilleur salaire. Prenons un exemple en ces temps de crise, le secteur du photovoltaïque (l'installation principalement) est en très forte croissance (on parle d'une croissance de 800% dans les 5 ans). Le principale problème des sociétés sur ce marché est de recruter des gens capables de répondre à la demande, les salaires sont relativement élevées par rapport aux compétences. Un raisonnement similaire pour l'ensemble des techniciens et ouvriers habilités à intervenir en milieu nucléaire arriverait aux mêmes conclusions. Demander une hausse des salaires sur des secteurs où le marché est mature et la norme est d'un résultat net de 1 à 2% (et ils sont malheureusement nombreux en France), ce n'est ni plus ni moins du suicide.
Écrit par : Joe | 13.05.2010
@ Joe
Sur l'Europe, j'ai un doute. Il me semble qu'en 1992, nous étions déjà contributeur net, du fait des politiques régionales...
Attention, je n'ai jamais parlé de la contribution nette de la France dans un papier. Je rebondissais juste sur la discussion.
... parce que les bas salaires font aussi des gains de productivité tout de même et il serait normal que ces gains de productivité soient partagés. Le "sans rien faire" est très caricatural...
Pour que les salaires montent, il faut non seulement des gains de productivité mais aussi qu'il ne soit pas forcément possible de délocaliser ces emplois dans des pays où le coût horaire du travail à productivité équivalente n'est qu'une fraction de celui du pays...
Écrit par : Laurent Pinsolle | 13.05.2010
Les gains de productivité leur sont en partie rétrocédés la plupart du temps, notamment par ce principe totalement débile des augmentations salariales générales. Bien sûr, ce n'est pas beaucoup (2 à 3%, après prise en compte de l'inflation, il ne reste plus grand chose) mais ils sont en ligne avec les gains de productivité (voire ils leur sont supérieurs, je crois me souvenir que la France n'a quasiment pas amélioré sa productivité depuis 2000). Et oui, c'était caricatural, le but étant de vous faire réagir, et j'avoue que je suis un peu déçu de votre réponse. C'est pourtant un vrai sujet de société. Est il normal que vous exigiez d'avoir plus d'argent parce que votre voisin s'enrichit ?
Écrit par : Joe | 13.05.2010
@Joe
Non, les salaires n'ont pas suivi la hausse de productivité :
http://www.marianne2.fr/Depuis-30-ans,-les-salaires-baissent,-sauf-au-sommet_a183144.html
Pour pouvoir dire que la France n'a pas augmenté sa productivité depuis 2000, vous n'êtes manifestement pas au contact du monde du travail...
Écrit par : Bouboune | 14.05.2010
@ Bouboune et Joe
Merci. Très juste, dans le monde occidental, les salaires de 90% de la population ne suivent absolument pas la hausse de la productivité puisqu'ils stagnent en réel (depuis plus ou moins longtemps en fonction des pays, dès les années 70 aux Etats-Unis, depuis les années 90 en France).
@ Joe
Vous êtes encore très caricatural (exiger plus d'argent parce que son voisin s'enrichit, gains de productivité). Ce que je trouve anormal, c'est que les gains de productivité dans les pays occidentaux aillent uniquement à une petite minorité (actionnaires et hauts salaires). Ce partage de la création de richesse n'est pas juste. Nous devons créer un système où il y a un partage plus juste des gains de productivité.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 14.05.2010
Ne vous méprenez pas sur mes propos, je trouve normal que le bénéfice d'une société, les gains de productivité, les efforts consentis, ... soient partagés entre les différents acteurs. La différence, c'est que je ne souhaite pas que l'Etat impose à toutes les entreprises (au profil différent) une solution unique qui ne tient pas compte des réalités de chaque secteur.
La solution passe par plusieurs choses : d'une part, une refonte de l'action des syndicats, qui défendraient alors vraiment les intérêts des salariés (et non pas la soupe lénino-marxiste à laquelle nous avons droit) et d'autre part, un marché du travail favorisant la mobilité, tant professionnelle que géographique (ce qui n'est pas le cas actuellement).
Pour Bouboune, je citais de mémoire un article de Challenges (que j'essaierai de vous retrouver mais comme c'est un article papier, ça va être coton) dans lequel ils démontraient que au global, depuis 2000, la France n'avait pas fait de gains de productivité. Votre expérience de terrain est différente, c'est certain, mais puisque nous parlons de moyenne, je ne vois pas vraiment le problème. De mémoire toujours, leur explication était que les gains de productivité opérationnels avaient été bouffé par le coût des 35h.
Écrit par : Joe | 14.05.2010
@ Joe
Je ne fais pas trop confiance aux magazines pour ce qui est de genre d'études. Les organismes type OCDE me semblent plus fiables, et ils ne disent pas que la France a stagné, au pire elle a mis 2 à 3 ans pour digérer les 35H et elle reparti faire la course en tête de la productivité, au niveau mondial.
Si j'en juge ce qui s'est passé dans mon entreprise (équipement automobile) sur les 10 dernières années, les chiffres sont implacables : la richesse produite a fortement augmenté, malgré les 35H et malgré une baisse des effectifs. Dans le même temps nous avons subi une certaine modération salariale. Belle augmentation de la productivité au final... mais pas au bénéfice des salariés (pour ceux qui sont restés).
Écrit par : Bouboune | 14.05.2010
@ Joe
Je ne propose pas une solution uniforme mais je pense qu'il faut changer un système où la quasi totalité de la création de richesse part à une petite minorité.
La plus grande mobilité professionnelle est souhaitable, géographique, c'est déjà plus discutable. A chacun de voir ce qu'il veut faire.
Sur la hausse de productivité, il doit au moins y avoir une croissance de 1 / 1.5% par an sur les 10 dernières années. Il me semble qu'une note de P.Artus, J.Sapir ou F.Lordon le montrait.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 14.05.2010
@ Joe
Je ne propose pas une solution uniforme mais je pense qu'il faut changer un système où la quasi totalité de la création de richesse part à une petite minorité.
La plus grande mobilité professionnelle est souhaitable, géographique, c'est déjà plus discutable. A chacun de voir ce qu'il veut faire.
Sur la hausse de productivité, il doit au moins y avoir une croissance de 1 / 1.5% par an sur les 10 dernières années. Il me semble qu'une note de P.Artus, J.Sapir ou F.Lordon le montrait.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 14.05.2010
Hier c'etait Rachida Dati qu'on avait accuse faussement de semer des rumeurs concernant le couple presidentiel.Maintenant une autre rumeur attribue cette-fois-ci a Nicholas Sarkozy lui-meme l'accusant d'avoir menace Angela Merkel de sortir de l'Euro si celle refuse d'accorder des prets a la Grece.Alors, qui est a l'origine de toutes ces rumeurs ?
Écrit par : garoloo | 15.05.2010
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