20.05.2010

Le Monde donne une médaille en chocolat à l’Australie

« L’Australie, meilleur élève de tous les pays industrialisés » : c’est par ce titre tout en nuance que le grand quotidien du soir décerne un brevet de respectabilité économique à Canberra.

La myopie économique du Monde

Il faut dire qu’en ces temps de débat sur la récession, la dette et les déficits, les résultats économiques de l’Australie apparaissent surréalistes. Le pays n’a pas connu de récession en 2009 grâce à un plan de soutien à l’économie qui a fait passer le budget d’un excédent de 1% en 2008 à un déficit de 4%. Ainsi, son PIB a cru de 2.7% en 2009, quand celui de la zone euro a plongé de 4%. La dette va plafonner à 6% du PIB (oui, 6% !!) et le chômage, après avoir atteint 5.8% en 2009, baisse régulièrement. 86% des Australiens sont optimistes sur l’état de l’économie…

Du coup, la médaille d’or semble méritée. Mais le choix du métal aurait pu faire se poser des questions aux trois journalistes (oui, il en a fallu trois pour écrire ce papier aussi court que manquant de recul). En effet, l’Australie n’est pas tout à fait un pays comme les autres. C’est un des premiers exportateurs mondiaux d’hydrocarbures, de minerais et de pierres précieuses. Il faut savoir que les exportations de matières premières représentaient 20% du PIB en 2008 (contre seulement 10% en 2005). Sans enlever tout mérite aux Australiens, il faut tout de même reconnaître que cela aide…

C’est pour cela qu’il est terrifiant de lire sous la plume de journalistes du Monde un papier manquant tellement de nuance et de perspectives qu’il évoque à peine le rôle des immenses richesses du sous-sol de ce pays (et encore, en le minorant, à tort, comme le montrent ces statistiques). Une simple petite recherche sur Google aurait permis de déceler ce « léger » biais. Mieux, ce document du ministère du commerce montre à quel point l’Australie profite de l’augmentation du prix des matières premières à travers l’augmentation très forte de ses termes de l’échange.

Le bon élève questionne l’anarchie néolibérale

Mais outre la myopie crasse de cet article, Le Monde passe à côté d’une actualité pourtant intéressante. C’est The Economist qui raconte depuis deux semaines les velléités du gouvernement de davantage taxer ces ressources. Le constat est assez simple. Aujourd’hui, les compagnies minières payent une taxe en fonction du volume. Mais l’augmentation formidable du prix des matières premières (sur un an, le prix du fer a augmenté de 190% et le charbon 70%) fait que la charge sur ces compagnies est passée de 34% de leur profit il y a dix ans à seulement 14% sur l’année 2008-09.

Partant du principe que l’immense majorité des actionnaires de Rio Tinto sont étrangers et que donc les profits de cette entreprise australienne ne restent pas sur le territoire national, le gouvernement a donc proposé une nouvelle taxe de 40% sur les profits des entreprises minières. Naturellement, ces dernières font une campagne virulente contre le projet et elles ont annoncé qu’elles suspendaient ou réexaminaient tous les projets en cours. The Economist rapporte même qu’un sondage montrerait qu’une majorité d’Australiens serait opposé à cette nouvelle taxe.

Pourtant, même s’il est vrai que cela représente un changement important dans les conditions d’exploitation des mines, est-il vraiment juste que seulement 14% des profits de l’exploitation minière aillent à la collectivité australienne ? Après tout, il s’agit d’une richesse nationale, qui est, quelque part, la propriété de tous. Les contrats précédents avaient été mal négociés. C’est pourquoi il n’apparaît pas injuste que l’Australie taxe à 40% les profits des entreprises minières exploitant une richesse locale. C’est plutôt le fait que 86% des profits aillent aux entreprises qui est anormal.

Oui, la situation économique de l’Australie est très bonne, mais cela s’explique en bonne partie par l’immensité de ses richesses naturelles rapportée à sa faible population. Mais ce pays pose aujourd’hui une bonne question sur le partage des richesses nationales.

Commentaires

J'avoue ne pas comprendre :
- d'autres pays, riches en matières premières, se ruinent (de nombreux pays d'Afrique, Venezuela, dans une certaine mesure la Russie). Qu'ils ne profitent pas de leurs ressources pour se leverager, je trouve que cela mérite d'être salué.
- Pour les entreprises minières, j'ai également plusieurs objections :
* d'une part, on ne compte plus les reportages sur ces travailleurs de l'extrême qui vont passer XX jours de travail non-stop dans les mines en plein désert et gagnent un salaire proche des 10k€ (pour un travail de technicien) ==> info ou intox ?
* d'autre part, les contrats n'ont pas été mal négociés, l'état n'avait pas anticipé la hausse des prix. Que vous recommandiez que l'Etat revienne sur sa parole et sa signature parce qu'il n'a pas pu/su anticipé une hausse des prix me semble injuste. Vous reprochez aux banques le pile je gagne, face tu perds, c'est un peu ce que vous recommandez quand c'est l'Etat. Les sociétés minières ont fait le pari que les prix ne baisseraient, mais ont de ce fait prix le risque d'une baisse des cours, elles ont dû gérer et exploiter les mines de manière à en tirer du profit et sans elles, le minerai de fer serait resté dans le sol. Elles ont droit à leur rémunération pour leur travail et leur capacité d'anticipation.
* Découlant de ce principe, elles ont également le droit de faire ce qu'elles veulent de leur argent, dans la mesure où elles respectent les lois et règlementation. Vouloir les surtaxés est une grave entorse au principe d'égalité devant l'impôt. Et je comprends les australiens, qui comprennent bien qu'autoriser le gouvernement à le faire pour les mines, c'est carte blanche pour l'étendre ensuite à d'autres secteurs qui n'auraient pas l'heur de plaire aux politiciens.

Ils sont vraiment bien ces australiens.

Écrit par : Joe | 20.05.2010

Je ne comprends pas trop le lien avec Melbourne ?

Écrit par : Seb CaReagit | 20.05.2010

@ Joe

C'est vrai, certains pays ne parviennent pas aux mêmes résultats économiques avec de grandes richesses naturelles. C'est pourquoi je dis qu'il ne faut pas enlever tout mérite aux Australiens.

Sur la taxation des entreprises minières, nous n'allons pas être d'accord. Etant donné que la mauvaise négociation des contrats fournit de fait une rente formidable à des intérêts privés par l'exploitation d'une ressource qui appartient à l'ensemble de la collectivité australienne, je trouve qu'il est juste de changer le système fiscal, du moment qu'il n'y a pas expropriation. Rio Tinto garde tout de même 60% des profits. On ne va pas pleurer pour eux. Je trouve cela plus juste.

@ Seb

Oups, je voulais dire Canberra (bonjour le ridicule).

Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.05.2010

Bonjour,

On ne comprend pas bien le propos, les compagnies minières payent sans doute des impôts comme toute société ?
Pourquoi faudrait-il les taxer davantage sous prétexte qu'elles ont eu une bonne année ?

Le bon sens de la population australienne est évident : si l'État se permet ce genre de distorsion, l'année suivante ce sera le tour des agriculteurs qui ont eu une bonne récolte, ...

Quant aux "contrat", ce ne sont des contrats que s'ils sont respectés. Un État de droit respecte la propriété de ceux qui ont agit dans les règles et acquitté leur dû.

Cordialement,

Écrit par : Olivier | 20.05.2010

Droite ou gauche,on s'en fout,y'a urgence,il faut unir le continent.

Ceux qui en veulent pas,vous partez on vous retient pas.vous n'allez pas en tout cas pénaliser tout un continent.

Écrit par : DSK 2012 | 20.05.2010

DSK 2012 = catastrophe! ... là, je quitte le pays pour passer en paix mes dernières années...

Écrit par : A-J Holbecq | 21.05.2010

L'Europe tu l'aimes ou tu la quittes !

Écrit par : nom | 21.05.2010

Il n'est pas impossible que les contrats initiaux aient été mal négociés. Mais la première chose à faire est alors d'identifier les responsables, de les sanctionner, de comprendre le processus qui a pu amener un bien public à être bradé et mettre en place les procédures visant à empêcher que cela se reproduise.

Tout cela est difficile, complexe et surtout cela braque le projecteur sur la responsabilité des politiques et des services de l'Etat. Ces derniers ont donc tout intérêt à changer de sujet et essayer de faire croire que les sociétés d'exploitation sont vaguement malhonnêtes.

Mais il est plus que probable que ces contrats aient été parfaitement réguliers. L'Etat ayant intérêt à se garantir une source de revenu stable indépendante des prix de marché a vraisemblablement trouvé son compte dans une taxation sur les volumes et non sur les prix.

Enfin, j'ai bien conscience qu'en France tout le monde est convaincu que les profits poussent sur les arbres, mais dans la vraie vie il faut se retrousser les manches. S'agissant d'une entreprise d'exploitation minière on parle d'investissements lourds de coûts d'exploitation élevés consistant à approvisionner des gens et des matériels généralement paumés au milieu du désert. On parle de coûts d'extraction aléatoires et évolutifs en fonction des technologies, réglementations environnementales, de la qualité des gisements, des filons etc... Et bien sûr, en termes de revenus, il y a une énorme incertitude sur le prix de vente des matières extraites.

Une entreprise convenablement gérée par des gens responsables qui savent qu'ils ne peuvent pas changer les règles du jeu au milieu de la partie va faire ses calculs. Je dois mettre un gros investissement initial sur la table puis mon résultat annuel sera fonction du cours de la matière extraite. En-deçà d'un certain seuil, on perd de l'argent (si si, ça arrive, c'est un peu comme les déficits publics sauf qu'une entreprise privée ne peut pas se permettre de l'ignorer pendant 40 ans), au-delà de ce seuil on gagne, suffisamment pour rentabiliser l'investissement initial ou pas.

L'Etat peut choisir de taxer les volumes ou les profits. Dans le premier cas, il gagne à tous les coups mais un montant fixe. Dans le 2e il ne gagne que si l'entreprise minière gagne, mais ça peut être beaucoup si le prix des matières premières flambe.

Si l'Etat est convenablement géré par des gens responsables qui savent qu'ils ne peuvent pas changer les règles du jeu au milieu de la partie, il va faire ses propres calculs, mettre en concurrence tous les acteurs miniers pertinents, déterminer s'il préfère des revenus fixes ou indexés sur les cours et finalement filer la concession à l'opérateur qui lui aura fait la meilleure proposition.

Si l'Etat est géré par des Poutine ou des Chavez, il ne vont pas s'emmerder à faire des calculs. Ils vont prendre le montant fixe (plus éventuellement un petit bakchich) et se préparer à changer les règles du jeu. Si les cours sont bas on ne touche à rien et on continue à percevoir la taxe fixe pendant que la mine perd de l'argent, s'ils montent on organise une campagne de comm populiste pour faire passer une surtaxe.

Les Australiens sont effectivement des bons élèves. Ils ne veulent pas être dirigés par Poutine ou Chavez.

Écrit par : Lib | 21.05.2010

@ Lib

Il y a tout de même une grosse marge entre la proposition de Kevin Rudd de mettre une taxe de 40% sur les profits et ce que font Poutine et Chavez. Encore une fois, c'est une caricature.

S'il y a une mauvaise négociation pour la collectivité, faudrait-il laisser ad vitam aeternam une rente pour les entreprises minières. Je pense que non. Après, il ne s'agit pas de mettre en place un système confiscatoire, mais simplement s'assurer que la collectivité profite aussi de la richesse nationale.

Cela doit montrer que je ne suis pas un libéral.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 21.05.2010

@Lib

Et ne trouveriez vous pas juste que pour tout ce qui est "non renouvelable" (cas des mines) ce soit la société dans son ensemble qui soit bénéficiaire de ce qui, en fin de compte et peut être sur plusieurs générations, va l'appauvrir ?
A partir de là, la seule réponse est : nationalisation des biens non renouvelables.

Écrit par : A-J Holbecq | 21.05.2010

Laurent,

Oui, comparer à Chavez ou Poutine est extrême. Mais vous mentionnez tout de même dans votre billet que le fait que les actionnaires de Rio Tinto soient étrangers est un critère. Et voir un Etat de droit revenir sur ses engagements en fonction de la nationalité de la contrepartie ne semble pas vous déranger.

Encore une fois, rien n'établit que l'Australie ait mal négocié initialement. Les cours des matières premières vont et viennent et le deal était peut-être très avantageux pour l'Etat au début. Si les conditions de marché ont changé, tant mieux pour Rio Tinto et tant mieux pour l'Etat qui va pouvoir proposer de nouvelles concessions dans de meilleurs conditions financières.

Revenir sur son engagement apportera un peu d'argent sur le court-terme mais coûtera cher sur le long terme. Un investisseur étranger intègrera le fait que l'Etat le taxera si ça se passe bien et refusera de prendre le risque que ça se passe mal.

A-J,

Vous supposez implicitement qu'il suffit de se baisser pour ramasser les minerais. Ce n'est pas le cas. Il faut investir, encourir des coûts, prendre des risques sur les volumes et sur les prix. Un gisement n'est une richesse que si on est capable de l'exploiter à un coût inférieur au prix de vente. C'est pour cela que les Etats donnent des concessions à des entreprises privées. Elles ont la technologie, l'expérience, la compétence pour extraire à faible coût et elles sont disposées à prendre des risques si on leur laisse une perspective de profit. Dès lors, un partenariat entre l'Etat (qui dispose de la propriété des gisements) et l'industriel (qui sait comment extraire aux meilleures conditions) est créateur de valeur. Après, il faut que les 2 partenaires se mettent d'accord sur un partage équitable de cette valeur. Et ne pas changer les termes du partage après que l'industriel a fait les investissements.

Écrit par : Lib | 21.05.2010

Allez, petit cours d'économie : ce ne sont pas les entreprises qui paient des impôts, mais leurs clients et leurs fournisseurs. Et ce sont les salariés qui trinquent en bout de piste.

Écrit par : Théo31 | 23.05.2010

@Lib
Bien sur je n'ai jamais pensé un seul moment " qu'il suffit de se baisser pour ramasser les minerais. " ;)

Votre argument est difficile à contredire et si je ne suis pas certain que vous ayez raison, je ne suis pas non plus certain d'avoir raison.

Je ne doute pas que certaines entreprises privées puissent disposer de plus de compétences que des entreprises d'Etat ... mais ces dernières ne sont-elles pas capables d'apprendre ou de s'entourer des meilleurs?

Ce que j'aurais tendance à rejeter c'est qu'une entreprise privée puisse se faire du blé en "pillant" des ressources qui appartiennent à la collectivité et exporter ses bénéfices (en direct ou par ses actionnaires), c'est à dire appauvrir d'autant les populations.

Je plaiderai pour des entreprises mixtes et "nationales" (sans aucun actionnaire étranger)... bien sur l'Australie est libre de faire comme elle veut ;)

Écrit par : A-J Holbecq | 23.05.2010

@ Lib,

Mais bien sûr que la nationalité des actionnaires compte puisque cela indique où vont les dividendes. Si 90% des actionnaires étaient australiens, le raisonnement pourrait être différent (encore que l'on pourrait argumenter que 86% des profits de ce qui est une richesse nationale vont uniquement aux actionnaires, ce qui ne serait pas juste).

Pas du tout d'accord sur le coût à long terme. Avoir la perspective de garder 60% des profits sera bien suffisant pour des multinationales qui sont beaucoup moins bien traitées dans d'autres parties du globe...

Oui, il y a eu une mauvaise négociation à un moment. Mais cela doit-il conduire à laisser ad vitam aeternam une rente à Rio Tinto ?

@Théo

Très juste, c'est la base de mon raisonnement sur la TVA sociale.

@ A-J H

Complètement d'accord.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 23.05.2010

@AJ,

Je peux me tromper, mais je pense que négocier efficacement un contrat de concession minière demande beaucoup moins de compétence, expérience, expertise, connaissance ou intelligence que d'exploiter efficacement un gisement.

Dès lors, dire que l'Etat s'est fait avoir en concédant les gisements mais qu'il aurait dû les exploiter lui-même ne me paraît pas réaliste.

@Laurent,

S'il y a effectivement spoliation d'une richesse publique (et je n'en suis toujours pas sûr), c'est grave mais ce ne serait pas moins grave si le bénéficiaire était une entreprise nationale. C'est par ce genre de raisonnements (malheureusement courants en France) qu'on en vient à soutenir la BNP sur fonds publics ou restreindre la concurrence en téléphonie mobile. A la fin, on a appauvri la collectivité au bénéfice d'un petit nombre. Le fait que ce petit nombre soit de la même nationalité que les membres de la collectivité est une piètre consolation.

Sur votre autre point, ce qui me choque ce n'est pas le taux de taxation de 40%, c'est le fait de changer la règle en cours de route. L'Etat australien parviendrait probablement sans peine à trouver de nouveaux partenaires prêts à prendre des concessions dans ces nouvelles conditions. Mais si l'Etat décide (et obtient, ce qui me paraît très improbable dans un Etat de droit) de revenir rétroactivement sur les conditions des accords passés, alors chacun saura que, demain, l'Etat pourra décréter que finalement 40% d'impôts c'est encore insuffisant et qu'il faut porter ce taux à 50%, 60% ou plus.

C'est cette incertitude-là qui est très dommageable. Je pense que les Australiens ont raison de tenir à ce que la parole de leur Etat ait de la valeur.

Écrit par : Lib | 24.05.2010

Mon pays la guinee conakry dispose dimportantes ressources minieres dont personnellemen je cherche des partenaires pour lexploitation

Écrit par : Daouda MARCENAIS BANGOURA | 29.12.2010

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