24.05.2010

Frédéric Lordon nous conte l’apocalypse financière

J’en avais déjà parlé il y a un mois, mais Frédéric Lordon vient de brillamment remettre le sujet sur le devant dans un nouveau papier toujours aussi enlevé. Il montre comment les marchés financiers et les gouvernements européens sont en train de commettre un suicide économique.

Un château de carte de plus en plus bancal

Pourquoi les médias ne s’intéressent pas plus à Frédéric Lordon ? Outre une analyse pointue et des propositions concrètes, il ajoute un style digne d’un scénariste plein d’humour qui donne un piquant formidable à ses interventions, ce qui rend sans doute l’économie accessible à tous. Sa nouvelle livrée est proprement excellente. Il y décrit l’équation impossible que les dirigeants européens cherchent à résoudre, aveuglés qu’ils sont par les dogmes néolibéraux.

Peu d’hommes politiques l’ont souligné (à l’exception notable de Nicolas Dupont-Aignan), mais le plan de stabilisation grec est totalement intenable. En effet, même les hypothèses les plus optimistes envisagent une dette publique de 150% du PIB en 2013. Les plans européens ne reviennent qu’à déplacer les problèmes dans le temps, tout en les rendant plus graves encore. Qui peut croire que les marchés seront plus indulgents vis-à-vis de la Grèce dans trois ans ?

Le problème de la Grèce est que le pays aurait au moins besoin d’une dévaluation pour pouvoir s’en sortir (et probablement d’une renégociation de sa dette), solutions aujourd’hui écartées. Pire, la situation s’étend à l’ensemble de l’Europe, où ne subsistera plus un foyer de croissance de la demande. Car comment la zone euro peut espérer la moindre croissance avec la mise en place de plans de rigueur partout simultanément ? Les gouvernements suivent le contre-exemple du président Hoover.

L’apocalypse à venir

Il faut absolument retenir la description de la séquence qui mène à l’explosion du système tant elle semble probable, la seule question étant de savoir si cela aura lieu dans 6 mois ou dans 5 ans. Il est clair que le monde financier et les gouvernements actuels vont dans le mur. Comme le souligne Joseph Stiglitz, la sévérité des plans d’austérité va entraîner une stagnation économique qui minorera la baisse des déficits et va entraîner une explosion du rapport dette / PIB.

Jusqu’au jour (et les turbulences actuelles indiquent qu’il est peut-être proche) où les marchés jugeront la situation intenable, et que les politiques actuelles interdisent toute sortie de crise. Alors, dans un mouvement suicidaire, les taux se tendront, acculant les Etats européens au défaut, ce qui entrainera l’ensemble des banques dans le sillage, dans une crise qui sera la réplique puissance dix de celle de l’automne 2008, la seule solution viable étant la saisie des banques par les Etats.

Frédéric Lordon souligne malicieusement que les institutions financières pourraient se préserver de l’apocalypse à venir en acceptant une taxe sur les transactions financières qui pourrait grandement améliorer la situation financière des Etats. Il cite une étude affirmant qu’une taxe de 0.1% pourrait rapporter la bagatelle de 920 milliards de dollars à l’échelle de la planète. Mais non, il pense que leur autisme va les mener à l’autodestruction.

La bombe des dettes souveraines est aujourd’hui amorcée. Elle devrait être le déclencheur de la prochaine crise, sans doute plus rapidement que je l’imaginais. Reste à savoir si nous aurons les bonnes personnes pour prendre les bonnes décisions à ce moment.

Commentaires

puissance 10 de l'automne 2008, c'est peut-être un peu fort ? Ce qui est sûr c'est que le problème n'a pas été réglé avec les plans de relance, il a été déplacé ...

Écrit par : Pierre | 24.05.2010

D'autre rejoignent le diagnostic, comme Maris.

La fiscalité défaillante endette les états du sud au nord, les allemands ont fait un premier pas pour jeter un pavé dans la marre et ne se contentent pas de prières à l'austérité comme notre gouvernement qui relève désormais des soins palliatifs, vue sa léthargie déguisée en hyperactivisme :

http://www.marianne2.fr/L-equilibre-des-finances-publiques-implique-la-fin-de-la-finance_a193277.html

Écrit par : olaf | 24.05.2010

Comme l'a dit Jacques Généreux l'esprit de Munich régnait sur Bruxelles, la nuit du 9 et 10 mai 2010, les responsables politiques européens avaient le choix entre le déshonneur et la guerre ! Ils ont choisit le déshonneur et ils auront la guerre !
Alors qu'il pouvait déclarer la guerre au intérêt financier, à la finance folle, à la spéculation! Ils ont choisi l'austérité pour rembourser un dette injuste !
Citoyens, les responsables politiques se sont couchés et capituler en rase campagne, nous devons reprendre la bataille afin de mettre en œuvre un vrai alternative afin de remettre les banques à leurs place!
Vous voulez connaitre le rôle des établissements bancaires et financier dans la crise financière alors rejoins moi mon groupe http://www.facebook.com/group.php?gid=104166076293247&ref=ts
Nous devons soutenir les alternatives afin de nous libérer de l'empire de la finance de la City de Londres et de Wall Street à New York.
David CABAS
http://www.davidcabas.fr

Écrit par : David CABAS | 24.05.2010

Il est sympa, Lordon, avec ses fixettes sur les méchants marchés neolibéraux mais il passe quand même totalement à coté du sujet. La bombe à retardement qui fait tic-tac, c'est celle des dettes publiques.

Il y a une différence qui lui a échappé avec la crise de 29, c'est qu'en 1929, le déficit fédéral était inférieur à 20% du PIB. Evidemment, quand la dette publique représente 80% du PIB et que le déficit en représente 8%, il ne reste plus que des mauvaises solutions.

Un plan de rigueur pose les risques exposés par Lordon : casser la maigre croissance.

Une relance keynésienne augmente encore la dette et le déficit et la dépendance aux prêteurs.

Un défaut (que Lordon semble appeler de ses voeux) a bien évidemment des conséquences néfastes à long terme (perte de confiance des prêteurs) mais surtout à court terme. Quand on est en déficit structurel on a besoin d'emprunter tous les jours. Si on fait défaut, on n'a plus de prêteurs. Si on doit revenir à l'équilibre instantanément, ça fait un choc encore plus brutal que le plan de rigueur européen.

Ensuite il y a les solutions "magiques" : dévaluation/inflation ou taxe Tobin. Des "solutions" qui font disparaître le problème ou le règlent sans effort.

La fixation sur la finance empêche de voir les choses clairement. Oui la finance de marché est amorale et dispose d'un pouvoir exorbitant sur les Etats. Mais il n'appartient qu'à nous de le réduire. Les gouvernements sont accros aux déficits et les marchés sont leurs dealers. La solution n'est pas de taxer les dealers, elle est d'arrêter d'acheter leur crack.

Nos états sont notoirement mal gérés, justement parce que les gouvernants n'ont jamais été sanctionnés pour leur mauvaise gestion. Parce que la dette facile gommait tout.

Puisque vous êtes gaulliste, revenons à une gestion gaulliste des deniers de l'Etat. Pas de déficit, pas de dette. Pas de dépense qui ne soit strictement dans l'intérêt des Français. La formation professionnelle représente un budget de 30 milliards par an et tout le monde reconnaît que, structurée comme elle est, elle ne sert à rien. Qu'attend-on?

Arrêt du couple infernal taxe/subvention qui transforme l'Etat en pot de confiture géant pour les lobbys de tout poil (publics comme privés). La bonne réaction au scandale du bail-out bancaire n'est pas de taxer les banques, elle est d'arrêter de faire des bail-out bancaires.

La collecte des impôts et leur utilisation soit cesser de dépendre des intérêts catégoriels de telle ou telle corporation, mais répondre à l'intérêt public. Vous êtes pour la TVA sociale, moi aussi. Pourquoi taxer un bien produit en France et pas son concurrent importé?

Bref, les chantiers d'amélioration interne sont légion. Mais ils nécessitent tous des efforts, de la volonté, du courage. Se focaliser sur les méchants traders ultraneolibéraux, ça peut faire plaisir, mais ça ne régle pas les problèmes de fond.

Au contraire. La perspective d'un défaut généralisé des états sur leur dette souveraine fait se trémousser Lordon parce qu'elle entraînerait la faillite généralisée des banques. Peut-être. Mais au passage, ça ruinerait des millions de Français qui sont les principaux détenteurs d'obligations du trésor.

Moi, ça ne me fait pas rire de voir des Français qui ont fait confiance à leur Etat et lui ont confié leurs économies être ruinés parce que l'Etat s'est rendu dépendant des marchés financiers.

Écrit par : Lib | 24.05.2010

"aveuglés qu’ils sont par les dogmes néolibéraux"

J'aimerais bien savoir lesquels. Car la monnaie unique, l'Etat-Nounou obèse financé par des montagnes de dettes, le crédit facile, les plans de relance foireux, ce n'est pas libéral du tout.

Écrit par : Théo31 | 24.05.2010

@Théo 31
"Ensuite il y a les solutions "magiques" "
Il y a une simple solution qui n'a rien de "magique": c'est de faire monétiser les intérêts de la dette par la banque centrale et d'y transférer progressivement la dette (à chaque échéance, par émission de nouvelles obligations)

Écrit par : A-J Holbecq | 24.05.2010

Hummm, ne parlons pas de Généreux pour qui l'économie est une science d'opérette et qui n'a aucun sens du faisable ou pas ... (Jorion voit en lui un frère jumeau ... ;) )
... (bottant vaguement en touche lorsqu'on lui rapelle que c'est finalement Seguin qui avait raison contre Mitterrand, l'inventeur de l'Euro comme un piège anti-allemand)

Lordon est peut-être un peu plus finaud et prudent , mais que de tortillements plus moins stylés pour ne faire que répéter ce que d'autres trouvent et observent avec labeur et recherche !

De la pure mise en forme approximative, et du collage astucieusement présenté : je prendrais un exemple

A la fin de son paragraphe "Echec et Mat" , après l'explosion nucléaires des dettes souveraines , il voit déjà les banques en guenille et quasi-faillite venir quémander l'aide des Etats qui ... (dans son petit scénario fiction qui le fait b....) seront alors nationalisées sans autre forme de procès , et instaureront le règne magique du 'crédit social'

(RQ: Je n'ai rien contre le crédit social , mais à moyen terme les enjeux sont d'une autre ampleur et d'une autre nature, et ça ne se décrète pas dans la confusion d'une crise aux aspects géo-stratégique ... mais Lordon n'a pas l'air doué en géo-stratégie) ... !

Ce faisant il oublie ces petits détails

1) Dans le grand soir financier , les Etats seront bien plus sous la ligne de flottaison avec des taux exorbitants à négocier, que les banques qui , elles, pourront toujours monétiser leurs bons des trésors et autres produits d'Etat auprès de la BCE qui vient d'accepter ce principe de manger des produits pourris !!! (Élargir ce principe sous la pression des circonstances ne posera aucun problème)

2) Une nationalisation du système bancaire ne fait nullement disparaître les problèmes , que l'Etat devra dans un premier temps endosser ! La dette sera toujours là , les pertes aussi . Bien entendu l'Etat a toujours le pouvoir de répudier, pas de problème : il faut simplement mesurer le coût indescriptible et le chaos qui s'en suivrait ... de sorte que l'inflation sera toujours préférée (ou du moins essayée ... )

3) A court terme la spéculation ne peut être éradiquée , pour une raison toute simple, d'une évidence qui crève les yeux , et dont la formulation arracherait la bouche à tous les commentateurs , pour des raisons opposées :
-> compte tenu de l'ampleur de la dette et de la complexité de la situation , c'est la spéculation elle même et les faux-droits produits par elle qui font 'tenir' le système !
D'ou croyez vous qu'une partie de nos 750 milliards d' € vont sortir ... ???

4) La situation insensée de l'Europe est présenté par Lordon comme un méfait du néo-libéralisme : grossière erreur ! L'Europe est le maillon faible à cause de ses structures institutionnelles propres et de la construction de sa monnaie : nous sommes d'abord et surtout étouffées par le carcan idéologique de cette construction là .
L'Europe n'est pas à l'origine de la crise, mais c'est le maillon faible puisque ces institutions l'empêchent de bouger sinon que par une fuite en avant suicidaire.

PS/ J'ai beaucoup aimé sa phrase " La finance ne mérite plus la faveur d'être taxée" !!! comme si le système allait un seul instant être troublé par cette éventuelle proposition !!!!

Le système financier n'a pas besoin de son étonnement " devant le fait qu'il poursuive aveuglément « ses intérêts les plus bornés et les plus malpropres " , car les spéculateurs, comme tous les hommes, vont au bout de leur logique, pensant s'en sortir in extrémis , comme d'hab' .

D'ailleurs il s'agit plus d'un système que de volontés individuelles, mais Lordon a quelques lacunes en sociologie ...

Écrit par : Oppossum | 25.05.2010

@ Pierre,

En même temps, si les Etats font défaut, étant donné qu'ils sont les prêteurs de dernier ressort, ce sera l'apocalypse.

@ Olaf

Alternatives Economiques fait de bons constats, mais ils sont rarement très alternatifs sur les solutions (commerce, monnaie unique...)

@ Lib

Pas faux, mais si on met en perspective le niveau de la dette par rapport aux recettes de l'Etat, les choses deviennent différentes. La Grande-Bretagne a connu des épisodes avec une dette publique de 200% du PIB (avec des recettes fiscales beaucoup moins importantes en proportion du PIB).

Et les Etats-Unis avaient 20% de dette / PIB dans les années 20, mais avec des dépenses publiques à 5% soit un ratio de 1 à 4. Aujourd'hui, le ratio atteindra 1 à 3 en 2013... Mais de toutes les façons, tout dépend de la formation des taux longs sur les marchés. Si les taux dérapent...

D'accord qu'il y a beaucoup d'abus. D'accord pour dire également que les lobbys en profitent beaucoup (il suffit de voir les niches fiscales...). Je pense qu'il faudrait un grand big bang fiscal.

Après, il y a aussi une autre analyse, très intéressante, qui montre que depuis 1980, nous avons payé 1500 Mds d'intérêts. En clair, l'ensemble de la dette publique aujourd'hui n'est que la conséquence des intérêts payés, ce qui plaide pour une monétisation (au moins partielle) de la dette. C'est la thèse défendue par de nombreux économistes. Il faut que je creuse un peu plus la question.

@ Théo31

Dogmes néolibéraux : libéralisation des échanges commerciaux, déréglementation financière totale, libéralisation des mouvements de capitaux, fin du Système Monétaire International et passage à un système de changes flottants...

@ Oppossum

Pas d'accord.

1- Je pense que Lordon a bien raison dans son scénario. Lors du grand soir financier, le pouvoir repassera dans la main des Etats. Après tout, ils peuvent faire défaut (l'Argentine a supprimé 65% de sa dette assez récemment) et ainsi revenir à une situation financière beaucoup plus saine. Les banques n'auront plus le pouvoir. Comme on l'a vu à l'automne 2008, les structures actuelles de la finance font que le système financier est capable d'auto-destruction du fait de ratios prudentiels beaucoup trop faibles et d'un manque de transprance de plus en plus fort en cas de grave crise. Du coup, le défaut d'un Etat un peu important (l'Italie par exemple) peut mettre à bas l'ensemble du système financier. Les Etats, eux, garderont toujours un crédit du fait de leur capacité à lever des impôts. Le rapport entre les dettes et les prélèvements obligatoires est beaucoup moins déséquilibré que le rapport entre le Produit Net Bancaire et les bilans des banques... Qui plus est, les Etats peuvent faire défaut...

A titre personnel, j'espère qu'on ne sera pas obligé d'aller vers un apocalypse financier (du fait des conséquences humaines de la crise économique qui en suivrait) mais j'ai plutôt l'impression que l'Europe prend cette direction.

2- OK sur le chaos, mais les dettes sont restructurées...

3- La spéculation peut être encadrée (cf mes 18 propositions pour réformer la finance)

4- L'Union Européenne est la partie du monde où la logique néolibérale est poussée la plus loin. Les Etats-Unis ou la Chine sont bien plus protectionnistes. Ils utilisent le cours de leur monnaie pour soutenir leur économie. Et enfin, la Chine n'a pas levé toutes les restrictions aux mouvements de capitaux (outre le fait de disposer d'un poids de l'Etat plus important dans l'économie). Bref, il est piquant de constater que ce plus haut degré de libéralisme économique engendre la croissance la plus faible du monde...

Écrit par : Laurent Pinsolle | 25.05.2010

Mardi 25 mai 2010 : tous les regards sont tournés vers l’Espagne, vers la situation catastrophique de l’Espagne.

Les pays d’Europe du sud sont en train d’entraîner toute la planète dans leur chute.

Après la Grèce, c’est au tour de l’Espagne de s’effondrer.

Lisez ces 3 articles :

1-

Les bourses asiatiques en forte chute à mi-séance.

Les bourses asiatiques étaient en forte chute mardi à mi-séance, dans un contexte toujours marqué par les craintes pesant sur l’euro et sur la dette de certains pays européens.
L’indice Nikkei perdait 2,4 % à 9,526.97 points.
L’indice sud-coréen Kospi perdait 3 % à 1.556,28 points.
Les bourses néo-zélandaises, australiennes et taïwanaises étaient également en baisse.

2-

La clôture à Wall Street : l’Espagne a gâché la séance.

Les marchés actions américains ont terminé en repli marqué malgré un indicateur économique encourageant. La journée a effet bien débuté avec l’annonce de chiffres de reventes de logements au plus haut depuis cinq mois aux Etats-Unis en avril. Mais les investisseurs ont accueilli avec défiance le sauvetage de la caisse d’épargne Cajasur par la Banque d’Espagne en Europe. Ils s’inquiètent des conséquences des problèmes européens sur la croissance américaine. Le Dow Jones a clôturé sur une perte de 1,24 % à 10066,57 points. Le Nasdaq Composite a cédé 0,69 % à 2213,55 points.

3-

L’euro poursuit sa chute face au billet vert, pénalisé par l’Espagne.

L’euro poursuivait sa chute mardi face au billet vert, repassant sous 1,23 dollar, la situation économique en Europe, et notamment en Espagne où la Banque centrale a dû voler au secours d’une caisse d’épargne régionale, continuant à susciter les inquiétudes des investisseurs.
Vers 06H00 GMT (08H00 à Paris), l’euro valait 1,2292 dollar, contre 1,2361 dollar lundi vers 21H00 GMT.
« Les pressions à la vente continuent de peser sur l’euro en raison d’inquiétudes financières désormais alimentées par la situation en Espagne », selon Yuji Saito, de Credit Agricole.
La Banque d’Espagne a révélé lundi un plan de sauvetage de la caisse d’épargne régionale CajaSur qui pourrait coûter jusqu’à 2,7 milliards d’euros, alourdissant d’autant le déficit public de l’Espagne.
L’Espagne a déjà annoncé des mesures d’austérité, dans le sillage de la crise de la dette grecque qui a mis à mal la confiance dans ce pays et dans d’autres pays endettés de la zone euro, tels que l’Irlande, l’Italie et le Portugal.
Le Fonds monétaire international (FMI) a recommandé lundi à l’Espagne des réformes « urgentes » pour améliorer le fonctionnement de son marché du travail et de son système bancaire, à l’issue d’une mission dans le pays.

http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=fe2235800f84583a7d384e13cffd7032

Écrit par : BA | 25.05.2010

Laurent

Bien sûr que les Etats peuvent , éventuellement , reprendre la main .
Je dirais tout bêtement qu'il suffirait de le vouloir, car le "pouvoir" de la finance , c'est surtout celui du renoncement du politique. Mais les choses me semblent complexes parce que souvent, ce renoncement se fait sous la pression d'une opinion, et donc in fine , de celle des urnes.

Et précisément, par expl , la spéculation , bien sûr qu'elle pourrait être domestiqué ou contenue, mais à présent, elle est tellement constitutive du système , que son bridage aura un coût et des effets fortement dévastateurs, qui peuvent ruiner -sur le court terme- , les efforts laborieux de la pauvre politique keynésienne mise en place.

La spéculation est d'ailleurs d'essence keynésienne, au fond.

(Dans sa pratique et sa post-théorie, parce que Keynes serait surpris , probablement, de tout ce qu'on a fait en son nom !)

Quant à la croissance la plus faible du monde , celle de l'Europe, elle a probablement un lien avec le néo-libéralisme mis en place par la construction européenne.

C'est dommage parce que ça discrédite la notion de 'marché' pourtant si indispensable pour connaître , même approximativement, la valeur des choses, sans laquelle l'échange est impossible.

Mais ce qui plombe à mon avis les choses c 'est notre modèle social : je ne dis pas qu'il faille y renoncer, mais si on est incapable de le financer sainement et allant chercher le pognon là où l'on dit qu'il se serait concentré, évitons de nous endetter car la dette c'est l'esclavage , surtout si, comme pour la France par expl , elle est détenu au 2/3 par des résident hors-France.

(Bon je ne parle pas de la dette utile, celle qui finance les vrais investissements)
Cordialement

Écrit par : Oppossum | 25.05.2010

Laurent , précision : lorsque je dis que la spéculation est soutenue par l'opinion , je dis simplement que si, bien sûr, tout le monde est contre, en réalité, personne ne veut en payer le coût .

ET d'ailleurs souvent, très souvent, ce que l'on propose c'est en fait de taxer la spéculation ... c'est à dire être son maquereau, et in fine , l'entretenir.

A la limite un vrai libéral qui garde le sens de l'Etat est bien moins nocif qu'un socialiste mondialisé à l'adret et taxeur-étatique à l'ubac, qui lui fait prospérer la spéculation par en dessous , une main sur le coeur et se pinçant les narines avec l'autre .

Écrit par : Opossum | 25.05.2010

"qui lui fait prospérer la spéculation par en dessous"

Vous avez prêté de l'argent à un ami et vous découvrez qu'il a fait n'importe quoi avec et qu'il ne pourra pas vous le rembourser. Vous réagissez comment ?

Ce qui se passe entre vous et votre ami, c'est exactement ce qui se passe à l'échelle européenne : des millions d'épargnants ont prêté des centaines de milliards dépensés n'importe comment et pour n'importe quoi (surtout quand il s'agit pour la clique de salopards qui gouvernent d'être (ré)élus) et découvrent qu'ils vont être ruinés à cause de l'incurie et de la cupidité des politocards. Vous comprenez mieux ainsi pourquoi les marchés spéculent sur les capacités des Etats à rembourser leurs dettes. Mais rassurez-vous, le club Med, la France, l'Angleterre et probablement l'Allemagne feront défaut. La seule inconnue, c'est la date.

Écrit par : Théo31 | 25.05.2010

Théo31
Des millions d'épargnants ont confié leurs économies à leurs banques, fonds de pension ou assurances sans savoir dans la majorité des cas ce que ces bénéficiaires allaient faire de ces milliards...

Les vrais responsables, je suis d'accord avec vous, ce sont les "politocards" ... en particulier ceux qui ont accepté de demander aux épargnants et aux banques commerciales de financer l'Etat et les administrations en leur faisant payer des intérêts, au lieu de demander à la collectivité de le faire, par l'intermédiaire de la banque centrale, et sans intérêts...

Écrit par : A-J Holbecq | 25.05.2010

Théo31,
Et bien oui, sauf à mettre ses sous dans des produits bétons qui rapportent peu, beaucoup de petit épargnants ont cherché un rendement un peu supérieur à la simple conservation de la valeur de leur argent ... et ont alimenté modestement la joyeuse pyramide de la spéculation.
Et quand l'argent rapporte, on oublie de le renifler et on ne se pose pas la question de savoir ni d'où ni du comment il est venu.

Le trader et le politocard , ma foi, dans bien des cas ils ont suivi le mouvement , car sinon c'était celui d'en face qui avait le job ou qui était élu. Il faut aussi intégrer cela dans son raisonnement, même sévère. A mon avis.

Quand aux spéculateurs, bien entendu , il ne font pas du bien aux pays , mais l'expression "les spéculateurs attaquent tel ou tel pays" traduit mal l'entièreté de ce qui se passe.

La spéculation va à l'endroit faible, là où il y a eu imprudence, là ou il y a un gros doute. Elle parie sur l'incendie complet mais elle ne le provoque pas : il est déjà là, plus ou moins occulté.
A partir de là, effectivement des stratégies de professionnels se mettent en place ... et effectivement le feu est nettement avivé , et c'est profondément écoeurant.

Cependant, dans le cas de la Grèce, c'est tout de même fort intéressant ce qu'ils en ont fait émergé : la Grèce vit au dessus de ses moyens ... pardon l'expression est réactionnaire ... et disons que la Grèce vit avec nos moyens ...
Ainsi là, par exemple , on sait à présent clairement que nos banques et donc, un peu nos sous quelques part, vont leur prêter des sommes considérables qu'il y a peu de chance que l'on revoit ... Car, on l'apprend grâce à cette spéculation, la Grèce ne pourra très probablement pas nous rembourser : tout est prêt pour l'effet domino.

Il semblerait que les espagnols , pourtant travailleurs et vertueux, aient toutefois trop misé sur l'effet richesse de la bulle immobilière , et se retrouvent donc à ne plus pouvoir rembourser ce qu'ils doivent aux banques françaises , par expl, très exposées là bas ... qui sont peut-être des salopes comme les autres banques ... mais où il y a nos sous ... .

A moins qu'il n'ait été mieux que l'on ne sache rien ? et qu'on continue à prêter soit pour maintenir le train de vie de la Grèce ou bien les investissements imprudents et démesurés des espagnols ?

Ceci étant loin de moi l'idée de défendre la spéculation, car ce n'est pas par vertu que parfois elle révèle quelques vérités ou plutôt quelques gros mensonges et imprudences qu'on se faisait à nous mêmes.
Comme la cigale keynésienne , par son égoïsme , son court-termisme et son consumérisme était sensée en fin de compte participer harmonieusement au système, le spéculateur, en mettant le doigt là ou le système déconne à plein tube , nous rendrait un fier service !

La spéculation est keynésienne. LoL

PS/ La France ne fera pas défaut (-sauf si on y met du nôtre : car à eux deux, Sarko et la gauche, on est capable d'y arriver! - )

Écrit par : Oppossum59 | 25.05.2010

Et bien sûr théo, je suis d'accord avec AJ-H, sur la question des prêts à la BC et celle des intérêts.
Mais je m'interroge sur la logique du butoir des prêts.
Cordialement !

Écrit par : Oppossum | 25.05.2010

@ Oppossum

Nous nous rapprochons...

Complètement d'accord sur le renoncement des politiques, ainsi que sur le fait que c'est le dogmatisme néolibéral qui plombe l'Europe aujourd'hui. Je suis également d'accord pour la notion de "marché". Je suis pour l'économie de marché et les excès actuels la discréditent en partie à tort.

Et je suis totalement d'accord pour dire qu'un libéral qui a le sens de l'Etat est bien mieux qu'un socialiste mondialisé qui est souvent un adepte beaucoup plus dogmatique du laisser-faire et du laisser-passer. C'est pour cela que j'aime bien lire Krugman et Stiglitz qui ont également ce profil.

En revanche, sur le modèle social, je ne suis pas totalement d'accord. Je crois que le problème de financement vient essentiellement de la persistance d'un chômage de masse qui réduit les cotisations.

Bien sûr, il y a des choses à améliorer (simplification du système, TVA sociale, réduction du nombre de caisses, qui apporte une inutile complexité...), mais je crois que le problème de financement actuel (je ne préjuge pas de l'avenir), vient plus d'un problème de demande (ce qui est très keynésient comme raisonnement - lol)

Mais dire que la spéculation est keynésienne ne me semble pas juste. Il faut faire attention à ne pas caricaturer Keynes. Il était pour un budget à l'équilibre en période normale... Et surtout, il était favorable à une taxe sur les transactions financières, ce qui réduirait sensiblement la spéculation.

En revanche, je suis d'accord pour dire que les spéculateurs, même s'ils ont parfois tort (évaluation des actions lors de la bulle internet) peuvent parfois révéler des problèmes (la crise actuelle est aussi la conséquence d'un modèle de croissance européen qui ne tient pas).

En conclusion, il y a tout de même un immense problème avec le secteur bancaire, dans la mesure où il gagne à chaque coup. On socialise ses pertes et il conserve ses profits, ce qui n'est pas le cas des ménages expulsés de leurs maisons aux Etats-Unis. Il s'agit d'une anomalie majeure et injuste qui doit conduire à une réforme en profondeur du système.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 26.05.2010

je viens d'écouter l'émission de Daniel Mermet avec Frédéric LORDON sur France Inter le 17/09/2010, ses explications sont extrêmement claires et je recommande de la podcaster :
http://media.la-bas.org/mp3/100306/100306.mp3
je recommande aussi le livre de Naomi KLEIN qui traite finalement du même sujet!
est ce que nous mériterons un jour d'avoir un homme ou une femme politique qui puisse nous aider à bâtir une véritable communauté au sens politique du terme ?

Écrit par : Creer entreprise | 19.09.2010

Je confirme: à diffuser et recommander (l'émission de Daniel Mermet avec Frédéric LORDON: http://media.la-bas.org/mp3/100306/100306.mp3 )

Écrit par : A-J Holbecq | 19.09.2010

comme d'habitude sextoy, ce sont toujours les honnêtes gens qui se prennent tout dans les dents ...

Écrit par : godemichets | 02.02.2011

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