30/05/2010

Quand Renault et PSA délocalisent 50% de leur production Française en 4 ans…

C’est une conséquence directe du niveau de l’euro et de la libéralisation des échanges, notamment avec les pays d’Europe de l’Est. En seulement quatre ans, nos constructeurs automobiles ont tout simplement réduit leur production de voitures en France de 50% !

Des chiffres incroyables

Cette étude de l’INSEE de 2007 dresse le portrait du paysage automobile Français à fin 2006. Les chiffres ne sont guère riants. Alors que les constructeurs Français produisaient entre 3,2 et 3,4 millions de véhicules sur le territoire national de 2000 à 2005, on distingue une cassure brutale en 2006 où la production tombe à 2,8 millions, soit une perte d’un demi-million de véhicules. La production en dehors de France passe de 2,2 à 3,1 millions dans le même temps.

En 2009, la production sur le territoire nationale est tombée à seulement 1,69 millions de véhicules, selon les chiffres même du Comité des Constructeurs Français Automobiles, soit un recul de plus de 20% dans l’année, après un recul quasiment équivalent en 2008. On note que dans la même période, la production automobile des groupes Renault et PSA est restée relativement stable, à savoir autour de 6 millions de véhicules par an produits dans le monde.

La destruction de notre industrie

Il est proprement sidérant qu’une telle information ne soit pas davantage commentée tant elle montre le double langage de nos dirigeants, et notamment Nicolas Sarkozy, qui s’était vanté du maintien de la production en France en contrepartie du plan de soutien au secteur. Dans la réalité, PSA et Renault étaient en train de réaliser le plus grand mouvement de délocalisations de leur histoire. Pire, ce mouvement est encore plus important pour les sous-traitants.

Il faut savoir que deux-tiers de la valeur ajoutée d’une voiture vient en général des sous-traitants. Or, alors qu’il y a cinq ans, deux tiers des composants venaient de France, aujourd’hui, moins de 50% viennent du territoire national. Quand on cumule les deux chiffres, on se rend compte que c’est en fait plus de 60% de la valeur ajoutée du secteur qui est partie hors de l’hexagone en quelques années. Du coup, notre balance commerciale automobile est devenue déficitaire…

Les ravages du libre-échange et de l’euro cher

Il ne faut malheureusement pas en vouloir aux dirigeants de ces entreprises qui opèrent dans un marché très concurrentiel (contrairement aux banques, à la téléphonie ou à la santé), et où les marges sont minces. Ce mouvement de délocalisations est aujourd’hui la seule décision possible pour Renault et PSA afin qu’ils restent indépendants et ne soient pas rachetés… Les dirigeants de ces entreprises ne font que jouer avec les règles du jeu qui leur ont été données par les politiques.

En effet, ce sont les hommes politiques qui sont responsables de la situation. En acceptant une construction monétaire qui a abouti à une monnaie lourdement surévaluée tout en acceptant une liberté totale des échanges, il est naturel que nos constructeurs suivent le vaste mouvement de délocalisations pour ne pas perdre en compétitivité par rapport à leurs rivaux. Seule une remise en cause de l’anarchie commerciale nous permettra de freiner et même de revenir sur ce mouvement de délocalisations.

L’anarchie commerciale, c’est un vaste mouvement de départs de nos usines dans des pays où les salaires sont plus bas ainsi qu’une stagnation des bas salaires, comme le montre bien le cas de notre industrie automobile. Nos emplois ont besoin de protectionnisme

Commentaires

Tout est juste Laurent, et ta remarque sur les managers du secteur est nécessaire et appréciable. Elle fait la différence entre les idéologues archaïques englués dans une vision héritée de la lutte de classe (ils peuvent être de droite aussi quand ils font des moulinets anti-patrons) et ceux qui regardent les choses lucidement. L'automobile, comme l'aéronautique, ce sont les parties émergées de l'iceberg. Il existe quantité d'exemples comparables dans des domaines moins prestigieux ou visibles, où l'hécatombe est tout aussi dramatique et irréversible pour le pays.

La grande crise de la désindustrialisation de la France, 1990-201x (à mon avis dans moins de dix ans c'est fini, il n'y aura plus rien), c'est la destruction systématique des Trente Glorieuses, qui avaient avant tout été un mouvement de développement et de diffusion de l'industrie sur une grande partie du territoire.
On peut naturellement reprocher à cette époque qui fut celle du Gaullisme, mais pas seulement, d'avoir légué des industries fragiles. Il aura suffi de 20-30 ans pour les balayer.

De ces acquis il ne reste rien. Nous serons bientôt revenus à l'avant guerre: des campagnes attardées (sauf qu'elles se sont vidées de leurs paysans et ont été repeuplées par une population vivant de l'économie de transfert), quelques résidus dynamiques (une partie de la région lyonnaise et de l'Alsace où subsisteront quelques industries, l'Ile-de-France qui constitue de toute façon la tête d'un système de contrôle/prédation complexe et qui peut vivre "hors sol" sur la mondialisation comme il a vécu hors sol sur la France industrialisée de la seconde moitié du XXème siècle), de la dépense publique partout, de moins en moins utile et productive, pour maintenir un semblant de performance macroéconomique.

Tu parles de protectionnisme, c'est bien le moins, mais il va falloir plus de 30 ans pour reconstruire quelque chose. Le tissu économique est un écosystème fait de compétences accumulées, de capitaux accumulés (capitaux financiers et actifs), et de perspectives favorables à leur maintien. Les allemands le savent depuis toujours; il existe en France une indifférence consensuelle à cet égard, tous bords politiques confondus, tous acteurs sociaux confondus, toutes obédiences économiques confondues. Se trouvera-t-il dans le peuple français la ressource et l'endurance pour se saisir de ce travail au long cours?

Je reviens d'un colloque universitaire à Manchester, où j'ai discuté avec des socio-économistes anglais travaillistes anti-new labour. Ils ont mené des travaux sur le Nord de l'Angleterre: 1/3 de chômage, sous toutes ses formes, 1/3 d'emplois publics et parapublics, 1/3 seulement d'emploi privé, pour moitié de l'industrie très bas de gamme (ferraillage, démontage automobile, reconditionnement de produits chinois estampillés made in EU... tu as lu la page du Monde sur le projet de zone industrielle chinoise à Châteauroux la semaine dernière?). C'est aussi la Wallonie. Voilà l'avenir de la France -- pays où le niveau des transferts maintenant prélevés sur... plus rien du tout donné depuis deux décennies l'illusion du bien être. Aujourd'hui le masque tombe à vitesse accélérée.

Le 29 mai 2005 aurait pu être le point de départ de la reconquête du peuple français de son avenir économique (et des autres pays européens avec lui). Nos dirigeants n'en ont rien fait (et tu vois qui je vise...). Je ne sais par quoi il faudra passer mais rien n'autorise à voir un avenir radieux pour le peuple qui habite notre pays (et les peuples amis qui habitent les pays alentour).

Écrit par : Géry | 31/05/2010

Compte tenu des difficultés énergétiques et écologiques qui s'annoncent, il me semble que c'est vers l'idée "villes en transition" http://villesentransition.net/ qui faudrait faire porter les effort de ré-équipement de la France et peut être pas vers des grosses industries amenées à disparaitre.
Mais une fois de plus, de la même manière qu'une entreprise ou un ménage qui investit pour s'équiper ou "se construire" se tourne vers sa banque pour obtenir le crédit nécessaire, la France doit elle se tourner non pas vers les épargnants ou les "marchés financiers", mais simplement vers sa banque centrale qui - de la même manière que le réseau bancaire crée de la monnaie de crédit - doit pouvoir faire de même pour la France en monétisant simplement les obligations qui seront la contrepartie des versements en monnaie sans intérêt au Trésor Public (à l'État ou aux trésoreries régionales ou départementales ou municipales).
L'important à mon sens c'est que la création monétaire soit utilisée pour les investissements et non le fonctionnement (qui doit être, sauf période particulière, couvert par les recettes fiscales)

Écrit par : A-J Holbecq | 31/05/2010

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Écrit par : nmallorcay | 31/07/2010

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