01.06.2010
La solution de Bruxelles à la crise : toujours plus du même !
Il fallait être bien accroché hier pour suivre l’actualité européenne. Le Monde nous a appris coup sur coup que Jean-Claude Trichet souhaite la création d’une fédération budgétaire puis que la Commission souhaite que la SNCF devienne une société anonyme.
La menace fédéraliste
Les déclarations d’hier lèvent le léger voile qui peut subsister pour certains. L’interview du président de la BCE est proprement hallucinante. Quand on lui demande si l’euro est en danger, Jean-Claude Trichet dresse un petit bilan rapide, où il tire deux éléments de succès, l’inflation inférieure à l’objectif de 2% et le fait que « cette capacité de préserver sa valeur est un élément capital pour la confiance des investisseurs domestiques et étrangers ». On voit bien où sont ses priorités. Le chômage et la croissance n’ont aucune importance du moment que les investisseurs sont satisfaits…
Puis, l’ancien président de la Banque de France, après avoir constaté que nous avons construit une « fédération monétaire » en appelle à une évolution vers une « fédération budgétaire ». Pourtant, en 1992, on nous avait assuré que l’Europe n’évoluait pas vers un modèle fédéral et qu’adopter une monnaie unique n’était pas une perte de souveraineté puisque nous ne pouvions déjà plus mener la politique que nous souhaitions… C’est exactement ce que les opposants au traité de Maastricht annonçaient lors de la campagne référendaire et que ses partisans refusaient d’admettre.
La menace néolibérale
C’est bien le seul avantage de ces technocrates européens : ils expriment tout haut ce que les hommes politiques qui les soutiennent n’osent jamais dire aux citoyens. Et ce n’est pas tout, la Commission de Bruxelles souhaite également que la SNCF devienne une simple Société Anonyme et renonce à son statut d’établissement public qui représente une garantie de facto de l’Etat qui lui permet d’emprunter à de meilleures conditions. Pire la Commission veut avancer la date de fin de monopole de la SNCF et de la RATP sur les trains de banlieue, le RER et le métro de 2039 à 2030.
Cette demande amène deux remarques. Tout d’abord, il faut se demander qui, en France, a accepté la fin de ce monopole et s’il y a eu un débat sur ce sujet. Ensuite, comment ne pas s’interroger sur les motifs d’une telle libéralisation ? La privatisation du rail a été une catastrophe en Grande-Bretagne. Et s’il y a bien un domaine qui est un monopole naturel, c’est bien le transport ferroviaire, avec la lourdeur de ses investissements. La privatisation de ce secteur économique n’a aucun sens. Mais Bruxelles n’en a cure, enfermée qu’elle est dans ses dogmes économiques.
La résistance s’organise
Heureusement, les projets des eurocrates ont pour l’instant peu de chances de voir le jour. Si l’Allemagne a acceptée d’être « violée » sur le plan de soutien à la Grèce, il est totalement improbable qu’elle accepte le moindre système de fédération budgétaire qui représenterait pour elle le risque de payer encore plus pour les autres. La fourmi Allemande n’aura guère envie de payer pour les cigales du Sud… Et la Grande-Bretagne demeure allergique à toute forme de transfert de sa souveraineté nationale vers les technocrates européens. Voici deux garde-fous solides.
Car il y a tout de même quelque chose d’hallucinant à voir Bruxelles demander à poursuivre exactement dans la même voie alors que l’Europe va de plus en plus mal. Nous nous sommes pris un mur, mais les technocrates européens ne voient pas pourquoi il faudrait changer de direction. Continuons vers plus de supranationalité et plus de libéralisation même si cet agenda n’a vraiment pas réussi à l’Union Européenne depuis une dizaine d’années. L’absence totale de remise en cause rappelle les dirigeants de l’Union Soviétique de la fin des années 80.
Heureusement qu’en France nous avons Nicolas Dupont-Aignan qui est intervenu hier à l’Assemblée Nationale pour s’opposer au plan « de sauvetage » européen et plaider pour une sortie de l’euro. L’autisme des technocrates européens (qui vaut pour l’UMP et le PS) est décidemment effrayant.
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Europe | Lien permanent | Commentaires (51) | Envoyer cette note | Tags : europe, commission européenne, bce, jean-claude trichet, fédéralisme, sncf, secteur public, privatisation




Commentaires
Loin de moi l'idée de contester l'éventuelle influence de la libéralisation du rail au UK sur la qualité du service, néanmoins, je ne vois aucune raison valable de conserver le rail en service public : la qualité est déjà déplorable et ça nous coûte beaucoup plus cher qu'un service déplorable mais privé.
On nous agite le spectre du service pourri en cas de libéralisation, mais personne ne fait le constat (pourtant flagrant) de la qualité de service actuelle : entre les grêves, le sous-investissement et le mal-investissement, ne nous voilons pas la face, le service est pourri. On ne compte plus les retards, les annulations, les voyages dans des conditions que les ligues de défense des animaux refuseraient aux moutons, ...
Par ailleurs, les lignes de bus sont privées dans bon nombre de villes et ne s'en portent pas beaucoup plus mal.
Au niveau de la BCE, bien sûr qu'elle se fout du social et de l'économique : ce n'est pas son boulot. Elle est le garant que les efforts ne seront pas réduits à néant par l'inflation, elle pose un cadre monétaire au sein duquel les acteurs saisissent les opportunités. En aucun cas, sa mission ne doit être le social ou la croissance, ce n'est pas son rôle.
Écrit par : Joe | 01.06.2010
Sur le rail, je ne suis pas du tout d'accord. Le monopole naturel ne concerne que la construction et la gestion du réseau. C'est l'affaire de RFF et personne ne parle de sa privatisation. Pour ce qui est de l'exploitation, qu'on ne vienne pas me raconter comme pour la poste que la SNCF est un "service public" C'est une entreprise purement commerciale, qui a des tarifs élevés, fait des bénéfices (parfois) et recherche partout la rentabilité du service. D'ailleurs la concurrence existe déjà. Entre Paris et Metz, tu peux prendre un TGV ou un ICE allemand. Et alors ? ou est le problème ?
Je trouve que tu es injuste avec les dirigeants de l'union soviétique en les comparant avec les eurocartes contemporains. Je te rappelle que le PCUS a désigné un réformateur en 1985 qui a engagé des profondes réformes (glasnost et perestroïka) au point que les russes datent la période de chaos des années 90 de l'époque Gorbatchev. C'est lui et non eltsine qu'on rend responsable de l'éclatement de l'URSS.
Malheureusement, on n'a encore rien vu de tel au sein du l'UE, aucune remise en cause, qu'une fuite en avant sans fin ...
Écrit par : Malakine | 01.06.2010
Merci beaucoup pour cet article Laurent, auquel je souscris entièrement!
@Malakine
Lorsque vous écrivez "C'est une entreprise purement commerciale, qui a des tarifs élevés, fait des bénéfices (parfois) et recherche partout la rentabilité du service" au sujet de la SNCF, j'ai envie de dire que je ne vois pas où est le problème... Cela ne remet pas en cause la pertinence du monopole. Ce qui le remet en cause, c'est bien sûr sur certains côtés la gabegie qui règne à la sncf (encore qu'il ne faille pas non plus exagérer) que permet le monopole.
Par ailleurs, les activités de la sncf restent largement transversales: c'est elle qui gère les gares, mais qui également entretient les réseaux. Pour réaliser ce que vous appellez visiblement de vos voeux, il faudrait que ces entités soient rattachés à RFF.
Le risque le plus important dans cette affaire, c'est que d'un monopole public on passe à un monopole, ou au mieux, à un oligopole privé. Et dans ces conditions, je préfère encore un monopole public, quelques que soient les torts de la sncf.
Écrit par : Tythan | 01.06.2010
@Malakine
Le problème, c'est que la concurrence ne va opérer que sur les lignes rentables.
Aux actionnaires privés les bénéfices de cette rentabilité, aux contribuables les charges des autres lignes.
La SNCF deviendra déficitaire, et comme elle est 100% état, au final c'est encore les contribuables qui devront régler la note.
Ce raisonnement vaut également pour d'autres domaines, en particulier la santé.
Concernant la politique commerciale de la SNCF, étant une entreprise 100% Etat, elle doit être j'imagine conforme à ce que demande l'actionnaire. Il n'appartient qu'à nous de changer cela aux élections de 2012.
Écrit par : EtonnéChaqueJour | 01.06.2010
@EtonnéChaqueJour. C'est effectivement le piège néolibéral, en trois temps :
1) libéralisation d'un secteur
2) l'ancien monopole public est concurrencé par le privé sur les segments rentables ...mais conserve de fait le monopole sur les segments non rentables
3) tous en cœur : "bouhouh le méchant service public déficitaire-qui-est-mal-géré"
Écrit par : Laurent de Boissieu | 01.06.2010
La Deutsche Bahn est une SA détenue
à 100% par l'état fédéral.
En tous cas la qualité y est largement supérieure à la celle de la SNCF. Confort, ponctualité, il y a même un restau service compris à des prix abordables.
Mais surtout, il y a site internet rapide bien fait et clair, à côté le site web SNCF est une cata complète, certes avec plein de jolies couleurs de crépuscule violet.
A croire qu'ils ont embauché 70% de marketeux, 28% de graphistes ou stylistes et 2% d'informaticiens stagiaires payés en tickets restaurant pour le "mettre au point".
Sociétés appartenant à l'état, c'est le cas des deux.
Écrit par : olaf | 01.06.2010
@ Joe
Alors là, pas du tout d'accord ! La mission d'une Banque Centrale pourrait être également la croissance et l'emploi (cf Fed des Etats-Unis)
@ Joe et Malakine,
Pas du tout d'accord, je crois que le transport ferroviaire est un service public car c'est un monopole naturel. Les investissements à faire sont tellement lourds que deux entreprises totalement distinctes ne pourraient pas opérer sur des voies différentes. Et même sur les mêmes voies, le poids des investissements en matière de rame fait que ce marché peut au mieux être un duopole et un duopole privé est forcément un oligopole qui va s'arranger pour tirer un maximum de profits (cf téléphonie).
Dès lors, je crois que le plus intéressant est d'avoir une entreprise publique, point barre. C'est la meilleure solution pour la collectivité. Et puis, sur la SNCF, il ne faut pas exagérer. Je prends souvent le train et cela fait longtemps que je n'ai pas été en retard. La qualité des rames s'améliore énormément. Bien sûr, tout n'est pas parfait, mais je ne crois pas que nous soyons les plus malheureux en Europe.
@ Malakine
Très bonne ta remarque sur l'URSS : je suis décidemment trop gentil !
@ Etonnéchaquejour
Très juste...
Écrit par : Laurent Pinsolle | 01.06.2010
@ Laurent
Très bonne analyse l'histoire de la séquence en trois temps.
@ Olaf
Arrêtons les caricatures sur la SNCF. Le site Internet est bien fait et le bar s'est beaucoup amélioré en qualité (mais pas en prix...)
Écrit par : Laurent Pinsolle | 01.06.2010
Le site SNCF, bien fait ! Arghh, j'ai faillit m'étrangler...
Quand au reste, j'insiste pas.
Écrit par : olaf | 01.06.2010
Ralala, je vous explique comment fonctionne un système privé de gestion du rail, vous verrez que ce n'est pas forcément la porte ouverte à toutes les fenêtres, bande de mauvaises langues :
1° Il faut créer un régulateur, chargé d'attribuer des lots et de veiller au bon respect du cahier des charges
2° Il faut définir des franchises, c'est à dire des zones homogènes de transport. Il faut faire attention à mettre des lignes rentables et des lignes déficitaires et à ne pas regrouper les uns ensemble et les autres ensemble (pour ça, il faut des informations fiables, chose que la SNCF n'est pas en mesure de donner : ce qui est rentable ou déficitaire pour elle ne l'est pas forcément pour les autres)
3° L'autorité de régulation fait un appel d'offre pour l'exploitation d'une franchise (donc d'une zone comprenant des bons tronçons et des mauvais tronçons) avec un cahier des charges minimum (en terme de dessertes, de prix, de qualité de service, d'investissements réalisés, ...)
4° La franchise est attribuée au mieux disant pour une durée limitée (généralement 6 ans)
5° L'autorité de régulation vérifie la bonne application du cahier des charges.
Conclusion, si le cahier des charges est irréaliste, vous aurez très peu de réponses à l'appel d'offres et vous devrez repenser votre cahier des charges, sinon, c'est que les sociétés répondant à l'appel d'offres pensent que compte tenu du cahier des charges, elles arriveront à gagner de l'argent, tout en maintenant les coûts conformément au cahier des charges.
Cela n'interdit en rien les missions de services publiques comme le transport des grands mutilés et des militaires, du moment qu'elles sont inscrites dans le cahier des charges. L'intérêt, c'est d'une part la maitrise du coût du service, d'autre part, la connaissance du coût réel du service (ou des services en l'occurrence).
Écrit par : Joe | 01.06.2010
@ Joe
Je connais... C'est ce que nous avons dans la téléphonie, avec des marges plus que plantureuses. Ces secteurs, où la concurrence est forcément limitée, se transforment vite en rentes pour les entreprises. C'est pour cela qu'il vaut mieux rester dans le public.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 01.06.2010
@Joe
Ce n'est pas comme cela que se fera la concurrence selon les directives européennes.
Les concurrents vont faire des réservations de sillons (créneaux de circulation de trains) sur les lignes de leur choix (lignes rentables).
Rüdiger GRUBE (président de la Deutsh Bahn) le 14 décembre dans un article du figaro : "La DB ne veut pas s'engager sur des dessertes qui ne sont pas économiquement viables".
Écrit par : EtonnéChaqueJour | 01.06.2010
Entre donner du fric à des actionnaires ou à des syndicalistes qui font grêve, (bref, entre la peste et le choléra), mon choix est vite fait. L'essentiel, c'est que l'oligopole ne coute pas plus cher que le monopole.
Écrit par : Joe | 01.06.2010
@Joe
« Entre donner du fric à des actionnaires ou à des syndicalistes qui font grêve, (bref, entre la peste et le choléra), mon choix est vite fait. »
Marrant le mien aussi et si je comprends votre discours pas le même que le votre.
Pourquoi déjà choisir le fort plutôt que le faible et un choix moral plus que discutable?
Mais surtout, il y a au moins un avantage a bien payer ses salariés c'est que en cas de pépin ils répondront présent alors que l'actionnaire vous pouvez toujours rêver il ira faire son fric ailleurs...
D'ailleurs je me demande toujours pourquoi les salariés d'EDF ou France Telecom acceptent encore de se défoncer en cas de catastrophe naturelle ou autre pour remettre les réseaux en état dans les plus brefs délais. Parce que quitte a être traité comme des pions ou du bétail autant réagir comme tel…
La transcendance est pour moi une des grande absente des débats actuels parce que quand on est fiers et motivé par un travail qui a du sens et reconnu de ses résultats par un salaire correct on est quand même beaucoup plus productif. Pensez vous vraiment que les gars qui ont développé Ariane, Airbus, le TGV, le Nucléaire… Faisaient leurs 35 h au minimum et rentraient chez eux ? Dans le même genre je me rappelle avoir lu que la productivité des travailleurs en 45 lors de la reconstruction avait été impressionnante malgré les moyens limités. Quand on voit qu’il ne reste plus qu’une vingtaine de pourcent des salariés de France telecom fiers de bosser pour cette boite on se dit que notre beau pays est bien mal parti …
Écrit par : red2 | 01.06.2010
Le problème est de savoir si les arbitrages sont mieux faits dans le privé que le public , je ne suis pas sûr que la démonstration soit faite dans un cas comme dans l'autre.
C'est un peu comme les théories économiques :
"L’économie est le seul domaine où deux chercheurs peuvent obtenir un prix Nobel alors qu’ils ont soutenus des thèses opposées."
Blague d'économistes. Remarquez, en physique théorique c'est pas loin non plus.
Écrit par : olaf | 01.06.2010
Encore pire, même dans des domaines techniques plus appliqués, à la médecine par exemple etc...on retrouve la même chose, là je connais mieux.
Écrit par : olaf | 01.06.2010
J'invite seulement à prendre les trains anglais et consulter leur tarifs... j'ai cru tomber en avril dernier pour un Douvres Portsmouth (durée, tarifs, complexité...).
Après vous comparerez!
Sur 100 trains SNCF combien partent et arrivent à l'heure?
Personnellement que ce soit TGV intercity ou TER, que j'emprune assez régulièrement, je ne vois pas où sont les problèmes dénoncés par certains.
Les tarifs sont de plus super avantageux si l'on s'y prend à l'avance, souvent la 1ère pour un euro de plus, ou famille nombreuse ou autres formules... exemple:moins de 40 euros pour un aller retour Paris Marseille en 2008, Argentine 2 France 00, la f^te toute la nuit, le 1er TGV à Saint Charles un bon dodo bercé par le feulement du train en service commercial le plus rapide du monde en vitesse absolue...que des bons souvenirs.
Ne crachez pas dans la soupe, même l'argentine l'a acheté le TGV, promis je n'y suis pour rien.
Écrit par : ETDAS | 01.06.2010
La Sncf est une grande réussite française
- Chaque année l'Etat allonge 2 milliards d'euros de notre poche pour équilibrer leur système de retraite dit par répartition. Rassurons nous, ils seraient exemptés de la prochaine réforme !
- Le couple aimable Sncf et son BadOrganisme RFF, aimable dichotomie destinée à noyer la présentation des déficits et à maquiller les comptes de la sncf pour les faire devenir profitables ... à coût de subventions publiques.
La réalité est chaque année un déficit global de plusieurs milliards qui lentement s'entassent sur une dette globale (50 milliards ?)
C'est quand même pas mal pour un service qui aura de l'avenir un jour, (a moins qu'on en revienne plus bêtement aux bus interurbains ? ... soumis à diverses autorisations dont celle de la sncf!)) mais qui pour l'instant assure 5% des déplacements individuels et 3% de ceux en marchandises.
Pourquoi privatiser ? les dépenses sont déjà largement socialisées ;)
Écrit par : Oppossum | 01.06.2010
@ Laurent
Je ne vous cache pas que ça me fait bien plaisir de vous voir défendre les monopoles d'Etat… surtout quand vous étendez votre réflexion aux réseaux de communication. Quant à moi, des monopoles d'Etat "naturels" (je ne crois pas que le terme soit très bien choisi, je préfère "souhaitables"), j'en vois encore beaucoup d'autres. Je crois que d'une manière générale tous les réseaux sont concernés : les autoroutes, les transports en commun nationaux (y compris les transports aériens), le transport de marchandises sur le territoire national, la distribution d'eau et d'énergie, le réseau postal, le recyclage des matières premières, le financement des retraites (exclusivement par répartition), ou encore (et surtout) le réseau bancaire et financier en général (émission monétaire et assurances comprises)…
Et en dehors des réseaux, je vois encore pas mal de monopoles souhaitables : enseignement (à l'exclusion de la recherche) et petite enfance, santé (à l'exclusion de la recherche), services funéraires en tout genre, exploitation et distribution des matières premières, production d'énergies fossiles et nucléaires, biocarburants, logement locatif en résidence principale, location de véhicules.
Écrit par : Joe Liqueur | 02.06.2010
@Joe Liqueur
Je plussoie globalement
J'enlèverais sans doute dans votre liste "services funéraires en tout genre, location de véhicules "
Il me semble néanmoins qu'il n'est pas utile de nationaliser le réseau bancaire et financier si l'émission monétaire est réservée à l'Etat seul ET que les "banques universelles" sont cassées en au minimum "banques de dépôt" et "banques de prêt", comme le propose le "100% monnaie" ( sur la proposition initiale d'Irving Fisher http://revolution-monetaire.blogspot.com/ et la proposition actualisée de Christian Gomez http://monnaie.wikispaces.com/Proposition+C.+Gomez
A titre anecdotique vous pouvez lire également : http://postjorion.wordpress.com/2010/05/23/96-irving-fisher-sam-jorion-alexandre-et-consorts/ précédé d'un argumentaire de Sylvie Diatkine
@Tous
(à propos du Glass- Steagall Global et du précédent français, ainsi qu'à propos de "La planification, « ardente obligation »")
Je voudrais vous renvoyer sur un très bon article de Bertrand Buisson : http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Glass-Steagall+Act
Écrit par : A-J Holbecq | 02.06.2010
Je suis toujours étonné des positions de NDA, qui a l'art pour toujours vouloir une chose et son contraire, veillant ainsi à ne se couper d'aucun bord (européiste et souverainistes).
Il écrit, à propos de la sortie de l'euro : "La seule solution reste donc bel et bien le retour des monnaies nationales, qui pourraient être assorties d'un euro monnaie de réserve les surplombant et garantissant une coordination économique volontaire."
On voit là une allusion aux propositions de Sapir, bien peu réalistes au sens où personne dans l'Union ne les soutiendrait.
De plus, s'il s'agit de "sortir de l'euro" pour y revenir aussitôt sous forme d'un SME bis, c'est un peu, comment dire, sous-estimer l'intellect de l'électeur et sur le fond bien peu intéressant.
Écrit par : edgar | 02.06.2010
@edgar
L'objectif est de relancer l'activité en France pour diminuer le chômage, financer les retraites, réduire la dette, donner un avenir à nos jeunes.
Constat : Les contraintes de la monnaie unique font que l'état français ne dispose pas de leviers essentiels (dévaluation , création de la monnaie ...) pour atteindre cet objectif.
La proposition est donc de sortir de l'Euro "monnaie unique", mais pas de manière sauvage : les parités entre les monnaies de la zone Euro "monnaie commune" seraient fixes et révisables en fonction de la situation économique de chaque pays (SME bis oui, mais les parités ne sont pas définies par le marché : elles le sont politiquement ).
Dans ce cadre, la zone Euro pourrait être étendue à d'autres pays, par exemple le Royaume-uni.
Existe t-il d'autres solutions ?
Oui, du moins sur le papier : réaliser une fédération des Etats d'Europe. Pour que cela fonctionne il faut un budget Européen permettant des transferts budgétaires massifs entre les pays composants la fédération mais l'Allemagne n'en veut pas. Il faut également la mobilité des travailleurs dans la fédération, et à cela, je n'y crois pas du tout (barrière de la langue, de la culture, protection sociale, niveau des rémunérations ...).
Écrit par : EtonnéChaqueJour | 02.06.2010
Comme, de façon peu rationnelle, la dévaluation est mal vue, c'est, de facto, revenir à l'euro.
Autant dire que cette proposition est parfaitement inutile.
Écrit par : edgar | 02.06.2010
Désolé, mais vous faites tous du fétichisme avec ces notions de service public et de monopole que vous interprétez abusement comme des formes de socialisme ou de rejet de la logique de marché. Or elle est tout le temps présentes.
Regardez donc comment se passe en régions pour la gestion des TER. La collectivité achète le matériel roulant et définit le cahier des charges (fréquence des desserte, tarfication, lignes à desservir ...) Elle négocie comme elle peut avec la SNCF le coût de ce service. Le transport ferroviaire est toujours déficitaire. Aucune ligne, sauf les principales lignes TGV, ne peut subsister sans subvention publique. Donc les régions définissent le niveau de service à attendre et paient. Elles feront exactement de la même façon lorsque la concurrence sera ouverte, exactement !
La seule différence c'est que cela risque de faire baisser les coûts à la charge de la collectivité.
Par contre dans un système à monopole, c'est l'entreprise publique qui détermine toute seule, les tarifs, les lignes à desservir, le niveau de vétusté acceptable du matériel, la fréquence des trains ... en envoyant la facture ensuite à l'Etat. Vous trouvez ça démocratique vous ?
Franchement moi je préfère que l'opérateur ne fasse que son boulot d'opérateur (et de préférence le fasse bien) et que le cahier des charges du service soit déterminé par une autorité politique légitime. Le vrai service public c'est celui des origines : Autorité concédante, cahier des charges comportant des "sujétions de service public", exploitant privé et éventuellement subvention permettant de compenser les sujétions pour les services structurellement déficitaires.
Écrit par : Malakine | 02.06.2010
@ Joe
Vous omettez un point important. Dans des oligopoles privées, les marges peuvent atteindre des niveaux extrêmement importants (40% de résultat opérationnel dans la banque ou dans la pharmacie). Privatiser la SNCF, ce serait prendre le risque que les marges montent année après année, transformant le transport ferroviaire en rente pour les quelques opérateurs présents (car nous ne sommes pas sur un marché où il pourrait y avoir beaucoup d'opérateurs), comme sur la téléphonie, les parkings, les autoroutes . Cela me semble contraire à l'intérêt général de la collectivité.
Imaginons que les prix soient de 100 aujourd'hui avec des coûts globaux (subventions comprises) à 110. C'est vrai que la collectivité subventionne certaines lignes, mais cela me semble du domaine du service public.
Au bout de 10 ans, en privatisant, les coûts auront peut-être un peu baissé (encore que passer à plusieurs opérateurs augmentent de nombreux coûts : plus de rames, plus de pub....). Le risque, c'est que les prix grimpent largement, qu'on atteigne 150 et que le transport ferroviaire extraye 40 de profits sur la collectivité, qui s'en retrouve apauvrie au détriment de tous.
A noter que c'est le scénario du renseignement téléphonique. Il y a 10 ans, on payait 3 francs et quelques et on pouvait avoir 3 numéros en appelant le 12. Aujourd'hui, pour le triple, on ne peut avoir qu'un numéro. La privatisation a permis de multiplier le prix du numéro par 3 (si on ne demande qu'un numéro) ou par 9 (si on en demande 3). La privatisation, ce n'est pas toujours du progrès.
Enfin, Joe, pitié, arrêtons les caricatures si la SNCF. Il y a quelques syndicalistes qui abusent, mais c'est loin d'être la majorité...
@ Olaf,
Complètement d'accord, cela dépend.
@ Joe Liqueur
Votre liste va un peu plus loin que la mienne tout de même. Je ne suis pas convaincu sur le transport aérien, le transport routier, la location de véhicules (???)... Sur le recyclage de matières premières, je crois que le secteur privé peut être intéressant et stimuler une innovation dont nous avons bien besoin.
Après, sur l'eau, les autoroutes, la poste, la retraite, l'enseignement, le transport ferroviaire ou l'énergie, je partage complètement votre point. Pour moi, ces activités sont des monopoles dits naturels en théorie économique.
Sur le secteur bancaire, je me pose encore des questions. A minima, il faut un secteur public plus fort. Je verrai bien un système mixte privé / public (désolé, je n'ai pas le temps de développer, mais il faut que j'y réfléchisse davantage). Le niveau de marges des banques montre qu'il s'agit d'un oligopole qui vampirise tranquillement la collectivité et il faut corriger cela.
@ Edgar
Je suis atterré. Pourquoi tant d'acharnement ? L'euro monnaie de réserve, c'est une bonne idée (concurrence au dollar comme monnaie de réserve pour lui faire perdre son statut de monnaie de réserve internationale). Et NDA insiste suffisamment sur le besoin de dévaluer... Pourquoi faire un procès d'intention sur un système de monnaie commune en disant qu'il n'y aurait pas de dévaluations ? Après tout, le SME a fonctionné comme cela pendant quelques années. Il suffit d'avoir un système qui garantit la souveraineté des Etats...
Et puis, NDA à moitié européiste ???? Demande à n'importe quel soutien un peu engagé du TCE ou de Maastricht ce qu'il pense de nos positions.
Attention à ce que la recherche de pureté ne se transforme en comportement sectaire...
@ Etonnéchaquejour
La fédération n'est pas une solution car les Etats sont trop différents, qu'il n'y a pas de mobilité des travailleurs et surtout qu'il n'y a pas de peuple européen.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 02.06.2010
@Malakine
pourquoi pas si l'exploitant est bien absolument obligé de participer aux réseaux qui sont nécessaires au "service public" (service de la collectivité) . C'était le cas d'Air France au moins à une certaine époque.
En tout état de cause je pense que l'Etat Français doit détenir au moins 1 siège au conseil d'administration des exploitants afin d'être en état de surveiller.
Écrit par : A-J Holbecq | 02.06.2010
@ Malakine
Plusieurs opérateurs, ce n'est pas forcément des coûts plus bas (cf le cas du 12).
Après, c'est à l'Etat de faire son travail vis-à-vis du monopole. Le ministre des transports devrait peut-être siéger au Conseil d'Administration de la SNCF.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 02.06.2010
@Laurent
C'est un argument complétement fallacieux, le 12. En 10 ans, les prix ont été multiplié par 3. C'est marrant, en 20 ans, j'avais l'impression que les prix avaient été multiplié par 6,55957. Les prix en francs il y a 20 ans sont les prix en euros maintenant. A-t-on pour autant privatisé toute l'économie ? Si on continue ce raisonnement totalement absurde et qu'on s'intéresse aux gentils impôts locaux, qui par nature ne sont pas privatisables, comment expliquez vous qu'elles aient augmenté ?
Bien sûr que les opérateurs ne viendront que s'ils gagnent de l'argent et c'est normal qu'ils gagnent de l'argent. Si vous avez des craintes d'oligopole, c'est que vous ne faites pas confiance à l'organe de régulation qui sera mis en place et que vous craignez une trop forte influence des lobbys et des groupes de pression. Ca tombe bien, c'est exactement ce que je condamne.
Quand aux clichés sur les syndicalistes et la SNCF, c'est évident que je parle pas de la majorité silencieuse qui se contente d'encaisser les dividendes de la minorité visible qui fait grève. (voir plus bas, réponse à Red2)
@ Red2
Vous vous méprenez sur mes propos. Je n'ai rien contre les salariés ni les ouvriers et je ne revendique ni leur exploitation ni leur spoliation (étant moi même salarié par ailleurs). Je n'ai rien non plus contre les syndicats, qui sont nés de lois votées par les libéraux au 19ème siècle pour ne pas laisser l'individu à la merci de patrons indélicats. Non, j'ai un problème avec les syndicats français, notamment CGT, FO et bien sûr SUD. Et plus précisément, j'ai un problème avec leurs dirigeants.
Vous les croisez dans Paris, en C6 ou 607 toutes options avec chauffeur (mais attention camarade, on n'est pas des patrons, nous on monte devant à côté du chauffeur, on est proche des travailleurs). Ils vivent de la misère des gens qu'ils contribuent à entretenir pour conserver leur job, n'ont aucune notion de la conséquence de leurs actions ou du moins s'en moquent, l'essentiel est de faire "plier le patronat", qu'importe si la boîte coule ensuite, c'est une grande victoire sociale.
Petite anecdote amusante, dans le cadre d'une fermeture d'usine, la société voulait faire les choses bien et prévoit un plan social généreux. Elle le présente au responsable syndical de l'usine, qui explique que ça ne va pas du tout et qu'il va faire des propositions. Il revient la semaine suivante et explique que pour une enveloppe globale identique, si on lui assure une prime trois fois plus importante pour lui (donc prise sur les primes des autres salariés), il se fait fort de faire accepter le plan social sans remous (ce qui fut fait). Naturellement, il s'est posé en sauveur auprès des autres salariés et a expliqué ce qu'il a réussi à obtenir de haute lutte avec le patronat, bref une grande victoire.
En dehors de l'aspect immoral de cette anecdote, ce qu'elle exprime, ce sont les coûts cachés pour la collectivité (au sein d'une entreprise ou au sein de la société française) des syndicats. Combien coûte le syndicat du livre, combien coûte les syndicats de cheminots à la société française ? (que ce soit en terme de prix des services vendus ou en terme d'impôts). C'est pour cela que je préfère un actionnaire à un syndicaliste, l'acteur affiche clairement qu'il est là pour le profit et non qu'il cherche à défendre des usagers ou des employés alors qu'il ne sert que ses intérêts. Par ailleurs, un actionnaire prend le risque de perdre son capital, le syndicaliste ne prend aucun risque.
Écrit par : Joe | 02.06.2010
Tiens, j'ai aussi une anecdote concernant un syndicaliste ayant obtenu une grosse promotion dans une boite moyennant ses services compréhensifs.
Écrit par : olaf | 02.06.2010
Joe, ce sont des anecdotes sans poids réel. Il y a certes des patrons de syndicats en 607. Dans les grandes boites surtout privatisées, ce sont les top 100 cadres qui sont en 607, avec les marges accrues par l'oligopole privé qui se substitue souvent au monopole public.
Écrit par : edgar | 02.06.2010
@ Joe
Qui apporte des arguments fallacieux, vous qui décrivez des anecdotes en semblant sous-entendre que ce sont des généralités ou moi qui prend un exemple concret ?
La privatisation du 12 est un cas concret. Et je suis désolé, les prix n'ont pas doublé en 10 ans. Vu qu'il y a eu environ 2% d'inflation tous les ans, les prix n'ont pas augmenté de plus de 25% en 10 ans.
Vous ne pouvez pas disqualifier d'un revers de la main le cas du 12 avec des arguments malhonnêtes parce qu'il ne correspond pas à votre vision de la vie. Je ne dis pas qu'il faut tout nationaliser, je démontre (j'insiste) que la privatisation ne va pas forcément dans l'intérêt général.
Les organismes de régulation, vous savez bien ce que c'est. France Telecom / Orange, SFR et Bouygues en rigolent encore avec leurs marges plantureuses et l'absence totale de compétition sur ce marché (vous avez déjà vu une publicité d'un des trois principaux acteurs portant sur les prix par exemple).
Écrit par : Laurent Pinsolle | 02.06.2010
Même en admettant que les tarifs du 12 aient augmenté au dela du raisonnable, à qui la faute ? Aux entreprises ou au régulateur ? Le boulot du régulateur n'est il pas de prévenir les ententes et de s'assurer que les barrières à l'entrée ne sont pas infranchissables ? Dans la téléphonie mobile que vous semblez bien connaître, d'où vient l'absence de concurrence véritable ? De la difficulté des nouveaux entrants à proposer des offres attractives car ils ne peuvent pas mettre en place un réseau qui leur serait propre (cf le cas de Free). Le cadre règlementaire a été établi pour favoriser cet oligopole, la pression des lobbys a été efficace et quand on regarde ce qui s'est passé pour l'attribution de la 4ème licence, c'est assez navrant.
Je suis donc en partie d'accord avec vous : la privatisation ne va pas dans le sens de l'intérêt général quand il s'agit de faire des cadeaux à ses amis en politique, mais peut on encore parler de privatisation ?
Quant à mon anecdote, il s'agissait bien d'une anecdote (comme spécifiée) et non d'un cas général. Elle n'avait pas d'autre but que de servir d'illustration à mes propos, décrivant une attitude générale d'usage de la compassion pour des salariés afin de servir leurs intérêts propres.
Sur la hausse des prix, je peux vous trouver une multitude de services ou de produits qui ont augmenté de manière totalement décorellée de l'inflation : le prix du pain, le prix du café, les vêtements, ...
Écrit par : Joe | 02.06.2010
Laurent, je suis désolé de t'atterrer, mais la réalité c'est qu'en système de SME les dévaluations sont vécues comme un drame, même quand elles sont nécessaires. Cet inconvénient a du sens si le SME est l'antichambre d'une monnaie commune, sinon le SME n'a comme seul intérêt que de pouvoir dire qu'on conserve un lien avec le système UE.
Il ne s'agit pas d'intégrisme, ce n'est que du réalisme.
Écrit par : edgar | 02.06.2010
Eh bien Edgar, restons en à l'euro unique, on voit le résultat.
Maintenant, j'en ai discuté avec des collègues allemands, leur opinion est qu'il faut continuer avec l'euro unique, c'est simplement un problème d'apprentissage de leur point de vue. C'est un peu ce que j'ai vécu ici en Allamagne, sauf que j'ai un moment donné posé mes conditions de façon ferme et que ça a été accepté.
Les allemands sont un peu comme les USA, ça passe ou ça casse.
Écrit par : olaf | 02.06.2010
Eh bien Edgar, restons en à l'euro unique, on voit le résultat.
Maintenant, j'en ai discuté avec des collègues allemands, leur opinion est qu'il faut continuer avec l'euro unique, c'est simplement un problème d'apprentissage de leur point de vue. C'est un peu ce que j'ai vécu ici en Allemagne, sauf que j'ai un moment donné posé mes conditions de façon ferme et que ça a été accepté.
Les allemands sont un peu comme les USA, ça passe ou ça casse.
Écrit par : olaf | 02.06.2010
@ Joe
Le cas du 12 est très intéressant car pour le coup, il s'agit d'un marché qu'on pourrait croire normal de privatiser (nous ne sommes pas dans le cas de la Poste ou de la SNCF). Il y a eu une bonne dizaine d'intervenants qui s'y sont collés. Les conditions de la concurrence semblaient réunies. Je ne vois pas ce que le régulateur aurait pu faire (on ne va pas contrôler les prix tout de même : même moi je n'y suis pas favorable).
Au final, le consommateur a un service beaucoup moins bon (il est plus compliqué de se souvenir de tous les numéros), le coût de ce service a explosé et les seuls qui en ont profité sont les médias sur lesquels les opérateurs font de la publicité et les actionnaires de ces mêmes opérateurs.
Je crois que cet exemple montre qu'il ne faut pas avoir une attitude dogmatique vis-à-vis des privatisations, tout le contraire d'une Europe qui veut absolument tout privatiser.
Oui, mais là, l'inflation est de 200 (pour 1 numéro) à 800% (pour 3 numéros). Vous aurez du mal à trouver mieux... (à part sur certains frais bancaires j'imagine).
@ Edgar
Dans ce cas là, il faut expliquer que les dévaluations sont quelques choses qui n'est pas anormal. En même temps, cela ne nous a pas empêché d'y avoir recours de multiples fois sous la Cinquième République... Donc je ne vois pas en quoi cela empêcherait de revenir à cette pratique qui est vieille comme la création des monnaies.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 02.06.2010
@ Laurent et A-J Holbecq
Je conçois très bien que ma liste aille un peu plus loin (ou beaucoup plus loin) que la votre ; mais c'est déjà pas mal que l'on puisse parler de "monopoles d'Etat" sans être accusé ipso facto de crypto-stalinisme (j'imagine que Petit Tonnerre est en vacances). Après, quand Malakine parle de "fétichisme", j'estime qu'il se maintient dans le cadre d'un débat serein (et néanmoins vif), et ça me suffit bien.
Pour la location de véhicules, je comprends que cela vous intrigue. Je commence par préciser que dans mon esprit, c'est bien sûr un point assez secondaire ; mais il me semble que dans ce domaine, un service public payant peut fournir un complément de recettes non-fiscales.
J'imagine en effet que si certains services publics devraient être gratuits (certains services bancaires, certaines assurances, l'enseignement, les crèches, la santé, les services funéraires, les retraites, les transports en commun sur les réseaux ferroviaires ou routiers locaux et nationaux, les télécommunications, les routes et le recyclage des matières premières), d'autres devraient être payants ET RENTABLES (certains services bancaires, certaines assurances, la distribution d'eau, d'électricité et de carburant, la location de logement en résidence principale, les transports en commun sur le réseau aérien national, le transport de marchandises sur le territoire national, la location de véhicules et la distribution de certaines drogues).
Par ailleurs je fais un peu le même raisonnement que pour les FAI. Ils fournissent quoi au juste, les FAI ? Un tuyau ? Où est l’innovation, où est la créativité, où est l’entreprise, où est l’initiative ? Qu’est-ce qui peut justifier qu’il existe des opérateurs privés dans ce secteur ? De même les loueurs de voitures ne font que mettre à disposition des véhicules ; quel est le rôle de la créativité entrepreneuriale dans cette affaire ? Et je me fais bien sûr le même genre de réflexion pour les autres monopoles que j'estime souhaitables - services bancaires et financiers compris…
Mon idée est que les services publics payants (et rentables) devraient servir à financer (au moins en partie) les services publics gratuits. Ce qui résume assez bien ma vision d'un socialisme modéré qui laisserait toute sa place au capitalisme privé, sans accabler les entreprises privées de taxes, impôts et autres cotisations, mais en assignant en revanche au secteur privé un périmètre bien défini. Pour ce qui est d'équilibrer convenablement le rapport de force capital/travail, je crois que le droit au travail (ou même dans une moindre mesure le plein emploi) y pourvoirait bien mieux que l'IRPP progressif.
@ A-J Holbecq
L'article de Bertrand Buisson est tout à fait excellent, j'apprécie tout particulièrement l'appel en faveur de la recherche scientifique et des programmes spatiaux. Mais concernant certaines postures adoptées par S&P, je suis extrêmement réservé, c'est le moins que je puisse dire.
Du coup je suis avec intérêt le débat en cours chez RST, sans avoir encore trouvé comment y participer… Faut que je m'y mette, votre dernier commentaire là-bas fera un bon point de départ.
@ Laurent
Edgar fait certes preuve d'acharnement - ce en quoi d'ailleurs je l'approuve ; et je regrette que vous soyez à ce point "atterré".
Je ne crois pas qu'il s'agisse d'un comportement sectaire ; de mon point de vue, il s'agit d'une approche essentiellement pragmatique, aux antipodes de toute vision sectaire ou puriste.
Écrit par : Joe Liqueur | 02.06.2010
Le débat (concernant "Solidarité et Progrès" dont il est question chez RST est ici: http://ecodemystificateur.blog.free.fr/index.php?post/A-la-colère-qui-vient
Pour que tout soit clair, je tiens à recopier sur ce blog la toute petite intervention que j'ai faite sur le blog de RST, et dont parle Joe Liqueur
//J'ai eu l'occasion de participer il y a quelque temps à un débat avec Étienne Chouard et Jacques Cheminade à Marseille, et, franchement, je ne le trouve en rien extrémiste même si je considère son site internet un peu trop "inféodé" à la LaRouche et ses attaques contre "l’Empire financier de la City " qui serait à l'origine de tous nos problèmes un peu excessives.
Je suis à 100% d'accord avec ses analyses sur la monnaie et le système bancaire, j'ai plus de doutes quant à sa volonté de "développement" tous azimut (technologies de pointe, modes de production de biens et d’énergie , une politique spatiale digne de ce nom, la colonisation de la Lune et de Mars., le Maglev, etc)
Que "les agriculteurs doivent produire d’abord des cultures vivrières pour leur population et non des cultures d’exportation.", évidemment d'accord, mais ses fans me traitèrent à une époque de "malthusien" parce que je pense, comme Meadows, qu'il y a des "limites à la croissance" alors que Jacques Cheminade pense qu'il n'y en a pas, ni pour la croissance des biens ni pour celle de la population.
( http://www.societal.org/docs/cdr1.pdf ... et http://www.societal.org/docs/cdr2.pdf ... )
//
Quand à l'article de Bertrand Buisson dont il est question (excellent article à mon avis qui ne traite pas seulement du Glass Steagall Act mais aussi de "l'économie planifiée"), je rappelle l'adresse sous laquelle, avec son autorisation, je l'ai inclus sur mon site: http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Glass-Steagall+Act
Écrit par : A-J Holbecq | 03.06.2010
Jeudi 3 juin :
- Si l’Espagne avait dû lancer un emprunt à 10 ans, elle aurait dû payer un taux d’intérêt de 4,518 %.
Le graphique des taux d'intérêt des obligations espagnoles est incroyable : les taux d'intérêt espagnols sont en train d'exploser.
http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=GSPG10YR%3AIND
- Si l’Irlande avait dû lancer un emprunt à 10 ans, elle aurait dû payer un taux d’intérêt de 5,007 %.
http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=GIGB10YR%3AIND
- Si le Portugal avait dû lancer un emprunt à 10 ans, il aurait dû payer un taux d’intérêt de 5,032 %.
http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=GSPT10YR%3AIND
- Si la Grèce avait dû lancer un emprunt à 10 ans, elle aurait dû payer un taux d’intérêt de 8,08 %.
http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=GGGB10YR%3AIND
Ces taux d’intérêt hallucinants montrent que le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne vont devoir emprunter à des taux d’intérêt de plus en plus exorbitants.
Le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne foncent vers le défaut de paiement.
Écrit par : BA | 04.06.2010
La vision de Joe Liqueur est particulièrement intéressante, sur un plan sociologique du moins. Si j'ai bien compris sa pensée, pour lui, le secteur privé devrait se cantonner à l'innovation et à la prise de risque, et donc au fur et à mesure que les secteurs se banalisent, il faudrait les faire passer sous contrôle étatique. Ainsi, l'entrepreneur prend des risques, et une fois ces risques pris et devenant enfin rentable, il devrait passer la main à l'état. C'est oublier, en dehors de la rémunération du risque que j'estime légitime, (par exemple, le risque financier de l'installation des tuyaux pour les telecoms) que les vaches à lait servent à développer les technologies de demain. C'est oublier également que les innovations ne se font pas uniquement dans les nouvelles technologies : prenez l'exemple des tuyaux d'électricité, quoi de plus basique n'est ce pas ? Pourtant, ce secteur fait l'objet d'innovations continues pour réduire les déperditions d'électricité.
Par contre, parler de socialisme modéré quand vous proposer de nationaliser plus de la moitié de l'économie, c'est un peu fort !
Par ailleurs, j'aimerais attirer votre attention sur le fait qu'un service public n'est JAMAIS gratuit. Dans tous les cas, vous le payez d'une façon ou d'une autre. C'est la grande différence entre le public et le privé : si un produit ou un service produit par le privé ne vous convient pas, vous n'êtes pas obligés de l'acheter par contre, vous êtes obligés de payer pour un bien ou un service public, quand bien même il ne vous conviendrait pas.
Par ailleurs, ce qui fait que les services publiques sont en délabrement complet, ce n'est pas le manque de moyens dénoncés à corps et à cris, c'est uniquement le fait que personne n'est responsable. Sans propriété, pas de responsabilité. Puisque ce bien appartient à tout le monde, il n'appartient à personne et chaque individu ne voit pas l'intérêt de chercher à l'entretenir ou à l'améliorer.
Pour les anglophones, je vous invite à lire cet article du NY Times sur la réforme en cours du système éducatif aux USA. C'est assez différent de la France et je ne vous demande pas de comparer, mais instructif :
http://www.nytimes.com/2010/05/23/magazine/23Race-t.html?pagewanted=1&ref=magazine
Écrit par : Joe | 04.06.2010
@ Joe
Je parle en effet de "socialisme modéré", et je comprends que cela vous intrigue. Je prétends simplement faire preuve d'un minimum de rigueur lexicale, dans un souci d'honnêteté intellectuelle. Je propose en effet de nationaliser plus de la moitié de l'économie - c'est exactement ça ! Mais je propose aussi de maintenir une sphère capitaliste privée, dont le périmètre serait borné via une répartition sectorielle, mais dont le poids restait tout de même considérable - notez que les biens de consommation en général, ou encore nombre de services (la restauration par exemple), ne seraient pas concernés par le monopole d'Etat.
Tout ça pour dire que ce "socialisme modéré" (je maintiens le terme) se distingue nettement du socialisme qui avait cours en URSS et dans ses pays satellites : il ne s'agit nullement de nationaliser l'ensemble de l'économie. Pour moi, le socialisme "orthodoxe" (on pourrait bien sûr discuter de ce terme) désigne une politique mettant en œuvre une économie administrée à 100%. Ce n'est pas ce que je propose, d'où ce qualificatif de "modéré". Ce n'est sans doute pas très modéré à vos yeux (je comprends cela), mais encore une fois c'est une question de rigueur intellectuelle (ou du moins j'ai cette prétention…). Je parle aussi volontiers de "communisme libéral", ce qui permet à la fois de suggérer que la libre entreprise conserve une place, et de suggérer aussi qu'il s'agit bien d'un socialisme de type réformiste, i. e. qui doit s'imposer par la voie des urnes et non par une révolution avec dictature du prolétariat, goulag et tout le tremblement. Ce qui justifie encore le terme "modéré".
Ensuite, pour ce qui est de l'"innovation" et des "risques", je crois qu'on s'est mal compris - mais peut-être n'ai-je pas été très clair. En fait je citais l'"innovation", la "créativité entrepreneuriale" et l’"initiative" simplement parce que ce sont les habituelles tartes à la crème qu'affectionnent les néolibéraux et les libertariens (que je ne mets pas tous dans le même sac, même si ceux-ci ont fortement inspiré ceux-là) quand ils veulent glorifier l'entrepreneur privé tout en vouant aux gémonies le vilain fonctionnaire bien au chaud dans ses pantoufles et tout bouffi de primes, de régimes spéciaux et de "sécurité-de-l'emploi". J'avais oublié la fameuse "prise de risque", laquelle fait également partie du bréviaire.
Il est clair que la "prise de risque" est plutôt l'apanage de l'entrepreneur privé, et que ça se respecte. Mais la possibilité de s'enrichir parfois très vite est aussi l'apanage de l'entrepreneur privé ; une possibilité à laquelle le fonctionnaire renonce parce qu'il est content de travailler pour la collectivité. Par ailleurs, dans la mesure où je prône le droit au travail, et dans la mesure où j'en appelle à la planification et aux grands projets collectifs industriels et scientifiques, j'envisage du même coup que les entrepreneurs privés bénéficient d'un vrai "filet de sécurité" en cas de faillite (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui). Du coup cela modifie profondément les perspectives en matière de "prise de risque".
Quant à l'innovation, à l'initiative et à la créativité, il faut être clair : les agents privés n'ont pas le monopole de l'innovation, de l'initiative et à la créativité !
Notez bien qu'il ne s'agit nullement, comme vous semblez le croire, de "faire passer sous contrôle étatique" les innovations produites dans le secteur privé. Il s'agit plutôt d'innover dans le secteur public, et de laisser les agents privés profiter des fruits de leurs propres innovations… sans leur interdire bien sûr de profiter également des innovations produites dans le secteur public. D'ailleurs vous n'imaginez pas à quel point je suis (aussi) libéral, puisque je défends la suppression pure et simple de l'impôt sur les sociétés.
Je pense en effet que l’impôt est une contribution à la République, et même qu'il constitue en fait le lien social fondamental entre les citoyens. Pour moi, l'impôt et les éventuelles taxes doivent donc frapper exclusivement les personnes physiques ; imposer les personnes morales n’a aucun sens.
En quand vous dites que "les "vaches à lait" servent à développer les technologies de demain", ou qu'"un service public n'est JAMAIS gratuit" et que "dans tous les cas, vous le payez d'une façon ou d'une autre" (encore des éléments centraux du petit catéchisme néolibéral ou libertarien !), je me dis que vous n'avez pas bien lu mon commentaire précédent : pour moi il s'agit d'assurer l'auto-financement du secteur public - les services publics payants financeraient les services publics gratuits. Ainsi le capitalisme d'Etat serait-il monopolistique et auto-suffisant. Comme en URSS, je ne vous le cache pas. Seule différence, de taille : le monopole public ne serait pas universel et laisserait ainsi tout sa place à une économie capitaliste privée qui, pour le coup, fonctionnerait selon des règles quasiment libertariennes (je me contenterais d'un impôt progressif sur le capital, avec une assiette universelle et un taux raisonnable ; cet impôt concernerait aussi les fonctionnaires, cela va de soi).
J'envisage éventuellement que l'on puisse maintenir une TVA qui assurerait un financement complémentaire - voire redondant - des services publics gratuits. La TVA concerne les personnes physiques, non les personnes morales, et elle a l'avantage d'être particulièrement efficace et rémunératrice (aujourd'hui plus de 100 milliards d'euros, si je ne m'abuse, soit deux fois la recette de l'IRPP). Mais sur ce point ma réflexion est en suspens.
J'ajoute que pour développer les "technologies de demain", la simple création monétaire par la banque centrale (crédit public) est un outil parfaitement efficient et adapté.
Écrit par : Joe Liqueur | 04.06.2010
Merci Joe Liqueur pour votre prompt et détaillée réponse.
Votre idée est séduisante sur le papier mais appelle de ma part un certain nombre de commentaires :
- Les services payants finançant les services gratuits : cela signifie donc que le prix des services payants intègrent le coût des services gratuits, donc par conséquent que les services payants sont beaucoup plus chers qu'ils ne devraient être et les gens sont obligés de les acheter en raison du monopole. Ce n'est pas de l'extorsion par hasard ?
- Pour vos précisions sémantiques, c'est bien ce dont je me doutais mais je voulais une confirmation. Dans ce cas, le terme socialisme libéral n'est ni plus ni moins qu'un oxymore.
- Sur l'innovation possible des fonctionnaires, je crois que nous allons nous heurter à des problèmes philosophiques. Je pense personnellement que l'économie est mue par une somme de comportements humains, ces comportements étant déclenchés par des stimulus et des incitations divers et variés. En tant que libéral (au sens étymologique du terme), je pense que les gens agissent dans un sens parce que c'est leur intérêt et que servir leur intérêt, dans un cadre défini, sert l'intérêt de la collectivité. Partant de ce postulat, quelles sont les incitations pour un fonctionnaire à innover ou prendre des risques ? En dehors de la gloire qui ne nourrit plus son homme depuis longtemps, aucun. Contrairement au secteur privé où l'employé a un intérêt direct à innover et à s'améliorer, puisque cela influe sur son avenir. En ce sens, je pense qu'il est illusoire de croire qu'une majorité de fonctionnaires, non responsables de leurs actes et non intéressés à leurs conséquences sera capable d'innover suffisamment (je parle d'une majorité).
- Vos considérations sur l'impôt sont intéressantes, mais ne tiennent pas compte des arbitrages possibles. Je prends un exemple. Je suis actuellement salarié. Imaginons que mon salaire net annuel soit de 100. Mon salaire brut chargé est donc de 200. N'ayant aucune confiance dans le système de retraite actuel ou ayant cotisé 25 ans avec un bon salaire, je vais voir mon patron et je lui propose de me verser mon salaire sous la forme d'honoraires auprès d'une société que je viens de créer. Il me verse donc 200 (c'est à dire le coût que je représentais pour lui). Je décide alors de me payer au SMIC (pour la sécu), d'utiliser un mécanisme défiscalisé de retraite chapeau (les fameux articles 37 et 83). Naturellement, je m'octroie voiture de fonction, appartement de fonction et tout le bordel. Le reste, je me verse une partie en dividendes (ce qu'il me faut pour vivre) et l'autre partie, je le place en épargne dans la société (afin de prévoir un éventuel chômage, ...). Conclusion, je gagne 2 fois plus qu'avant, je suis assuré contre la maladie à un coût minime, je me constitue une retraite par capitalisation autrement plus performante et je cotise très peu aux dépenses sociales. S'il n'y a pas d'impôts sur les sociétés, je suis extrêmement gagnant !
- quant à mon "petit catéchisme", expliquez moi comment un service peut être gratuit quand il est financé soit par mes impôts, soit par des produits et services que je suis contraint d'acheter plus cher que leur valeur marchande. C'est l'illusion de la gratuité, ni plus, ni moins. Mais dans tous les cas, vous le payez.
- la création monétaire, c'est aussi le renchérissement de l'ensemble des biens et services par l'inflation, cela revient à créer un impôts sur toutes les transactions. C'est certainement efficace, mais ça a un coût également.
Quoi qu'il en soit, je vous remercie de vos éclaircissements, c'est très intéressant de discuter avec vous (ceci dit sans ironie aucune)
Écrit par : Joe | 04.06.2010
@ Joe et Joe Liqueur
Cela fait plaisir de lire un débat respectueux entre personnes qui ont des idées aussi radicalement différentes. J'essaierai de me joindre à vous demain.
En attendant, une petite question pour Joe Liqueur : si vous vous considérez comme un "socialiste modéré" (ce qui a du sens intellectuellement), comment qualifierez-vous les responsables actuels du Parti (dit) Socialiste ?
Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.06.2010
Le capitalisme mondialisé a besoin d'effacer les frontières, car elles posent problème au profit à tout prix.
Pour un parfait libre échange des marchandises, des capitaux, et des ressources humaines, les frontières sont un frein, un boulet.
Mais pour effacer vraiment des frontières, il faut d'abord effacer les peuples, si les gens se sentent français en France, la France a lieux d'exister et les français n'accepteront pas qu'on efface leurs frontières.
Par contre si vous arrivez à faire en sorte que tout les français rejettent leur identité française, en leur faisant par exemple croire qu'elle n'existe pas, ou encore qu'il serait tres mal d'en être fier (facho!), et que tout le monde en France se sent juste "citoyen du monde" :
Alors c'est gagné! Vous avez sous la main une population totalement déracinée, changeable et interchangeable selon les besoins, uniformisée, et adieu les frontières, car qui défendra les frontières d'un peuple qui n'existe plus?
Écrit par : Gaulliste social | 05.06.2010
@ Joe
Vous pouvez appeler ça de l’extorsion ; quant à moi, dans la mesure où ce programme serait approuvé démocratiquement à l’issue d’un scrutin, je considère que ce ne serait pas de l'extorsion mais la simple expression de la démocratie (je vous accorde cependant que je rêve un peu, d’ailleurs quand j’en parle à des supporters de Mélenchon, ils me disent que je suis un “agent du NPA”, ce qui est absurde voire quelque peu blessant).
Vous pouvez considérer que “communisme libéral” est un oxymore ; quant à moi j’y vois plutôt une synthèse des courants socialiste et libertarien (c’est assez osé, je vous l’accorde, mais pourquoi parler d'oxymore ?).
Vous pouvez dire que “les gens agissent dans un sens parce que c'est leur intérêt”, mais quant à moi je pense que “les gens” sont aussi capables d’agir dans un sens parce qu'ils le veulent, tout simplement ; parce qu’ils sont doués d’un libre-arbitre qui peut parfois (et même souvent) supplanter leur intérêt privé bien compris. Ou alors, ce ne sont plus des hommes. Or l’expérience montre que “les gens” sont des hommes (heureusement). Puisque nous sommes sur un blog “gaulliste”, je me permets d’oser cette question : croyez-vous que les résistants de la France libre aient agi parce que c’était leur intérêt immédiat ? Croyez-vous que les citoyens de l’île de Sein aient songé à leur intérêt quand ils ont traversé la Manche pour rejoindre de Gaulle ?
Ensuite, quand vous dites que “servir leur intérêt, dans un cadre défini, sert l'intérêt de la collectivité”, j'ai du mal à vous suivre. Certains intérêts des agents capitalistes privés sont clairement opposés à l’intérêt de la collectivité. Je prends un exemple particulièrement frappant : l’industrie pharmaceutique. Je ne vous fais pas un dessin : les dirigeants de cette industrie n’ont pas du tout intérêt à ce que “les gens” soient tous et toujours bien portants (ou à ce qu’ils se considèrent comme tels). D’où la vogue actuelle (pour le moins inquiétante) du “disease mongering”.
Quand vous demandez “quelles sont les incitations pour un fonctionnaire à innover ou à prendre des risques ?”, et quand vous répondez : “en dehors de la gloire qui ne nourrit plus son homme depuis longtemps, aucun”, eh bien je vous réponds que vous avez plutôt raison ! Mais vous oubliez qu’un homme peut agir simplement parce qu’il en a décidé ainsi, sans souci de son intérêt, autrement dit sans “incitation” particulière, et même sans souci de sa “gloire”. Je vous réponds que le discours néolibéral, qui prétend réduire l’homme à son “intérêt bien compris”, est formidablement réducteur, destructeur, délirant et nihiliste. Cela ne signifie pas qu’il faille évacuer de la réflexion cet “intérêt bien compris”, qui est un élément indubitablement réel ; cela signifie simplement qu’il est effrayant et inhumain de tout réduire à cet “intérêt bien compris”. L'intérêt bien compris doit être pris en compte parce qu’il existe et qu’il a une grande force ; mais de là à évacuer, comme vous semblez le faire, le libre-arbitre et la créativité désintéressée, il y a un pas !
Ainsi, vous pensez qu'"il est illusoire de croire qu’une majorité de fonctionnaires, non responsables de leurs actes et non intéressés à leurs conséquences, sera capable d’innover suffisamment”.
C’est quand même aller un peu vite en besogne. Un fonctionnaire est responsable de ses actes, comme n’importe quel salarié du privé. Il peut même être licencié ou révoqué. Et pour l’intéresser aux conséquences de ses actes, il y a quand même l’avancement et les gratifications sonnantes et trébuchantes qui vont avec.
Pour ce qui est de l’innovation, je me répète sans doute, mais je voudrais insister sur le fait que d’une manière générale, les capacités d’innovation d’un agent économique privé sont intrinsèquement limitées par l’exigence de rentabilité. Un agent privé produit très rarement une innovation sans avoir au minimum un vague espoir de rentabiliser son investissement. C’est pourquoi il est par exemple aberrant et irresponsable de songer à démanteler la recherche publique. Seul le secteur public est en mesure de financer la recherche fondamentale. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que les agents privés ne soient pas capables de financer des recherches ; mais il y a beaucoup de recherches qu’ils ne feront jamais…
Du coup je peux vous retourner votre question : quelles sont les incitations, pour un agent privé, à produire des innovations qui ne peuvent être rentables au sens de son intérêt bien compris mais pourraient être utiles pour la collectivité ? Réponse : aucune.
Il est vrai que le salarié du privé comme son patron peuvent perdre leur emploi en cas de faillite, alors que le fonctionnaire ne connaît pas ce risque. Mais avec le droit au travail que j’appelle de mes vœux, cette différence notable serait quelque peu estompée ; c’est le filet de sécurité dont le parlais dans mon précédent commentaire. J’ajoute qu’à défaut de droit au travail, le simple plein emploi produirait des effets assez comparables, dans une moindre mesure cependant.
L’exemple que vous donnez à propos des “arbitrages possibles” est très intéressant. Je reconnais bien là une inspiration libertarienne. Pour commencer, il me semble que le rapport entre salaire net et salaire brut “chargé” (je préfère quand même le terme de “cotisations” à celui de “charges”, c’est plus neutre) n’est pas de 1 à 2 mais plutôt de 1 à 1,5/1,8 selon le niveau de salaire (détrompez-moi si vous avez des chiffres différents). Autre précision : il me semble que les articles du Code général des impôts concernant les “retraites chapeau” sont les 39 (et non pas 37) et 83. Pour ceux que ça intéresse :
http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=1BDC6F361A07B47BADF67785DD225775.tpdjo09v_2?idArticle=LEGIARTI000022200632&cidTexte=LEGITEXT000006069577&dateTexte=20100605
http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=1BDC6F361A07B47BADF67785DD225775.tpdjo09v_2?idArticle=LEGIARTI000022201005&cidTexte=LEGITEXT000006069577&dateTexte=20100605
Quelques remarques :
-Dans le système que je propose, le financement des retraites ne relèverait pas exactement du monopole d’Etat – j’ai un peu simplifié dans un de mes commentaires précédents. Rien n’interdirait en effet aux citoyens d’accumuler du capital (sous une forme ou sous une autre) en vue de s’assurer des vieux jours plus fastes. En revanche, il y aurait un système universel de financement public des retraites. Pour cela j’ai réfléchi à deux possibilités :
1/ La répartition : un IRPP proportionnel serait dédié exclusivement au financement de ce système. Après un calcul rapide et assez approximatif, en prenant les chiffres de 2007 (avec un âge légal de la retraite fixé à 60 ans) et en partant du principe que le revenu moyen des retraités devrait au minimum être égal au revenu moyen de la population active, j’aboutis à un taux d’environ 35% pour une population active de 28 millions de personnes et une population retraitée de 15 millions de personnes. Ce taux peut paraître élevé pour les revenus modestes, mais il faut prendre en compte l’existence de services publics gratuits, la possibilité de proposer des logements à des prix très raisonnables, la gratuité des transports ferroviaires, etc.
Par ailleurs, si l’on admet que le montant moyen de ce revenu universel peut être inférieur au revenu moyen de la population active et/ou que l’âge légal de la retraite peut être relevé, on aboutit alors un un taux inférieur.
2/ Le financement par les bénéfices des services publics payants. Dans ce cas, j’imagine volontiers un revenu vieillesse universel qui pourrait être plus ou moins égalitaire (aux alentours de 200% du SMIC actuel, soit environ le montant du salaire moyen).
Sur ce point, comme pour la TVA, ma réflexion est en suspens ; je trouve que l’idée de la retraite par répartition est foncièrement séduisante parce qu’elle met en œuvre une solidarité inter-générationnelle très directe, et que l’IRPP proportionnel est outil très immédiat et parfaitement adapté pour financer ce système. Mais en réalité, l’idée d’un revenu universel n’est pas moins séduisante en termes de solidarité inter-générationnelle. Vous conviendrez d’ailleurs que cette idée évoque fortement le “revenu d’existence” que défendent nombre de libertariens.
Quelle que soit la solution retenue, le budget de la branche vieillesse de la sécu serait intégralement transféré au budget de l’Etat ; on pourrait donc oublier les cotisations salariales et patronales puisque le financement public des retraites serait assuré d’une autre manière.
Je précise aussi que je ne fais aucun “blocage” quant à l’âge légal de la retraite. Je pense que l’on peut tout à fait décider de fixer celui-ci à 65 voire 70 ans. Dans l’absolu, cela ne me choque nullement. Si les propositions de notre gouvernement actuel me choquent, c’est uniquement parce qu’il me paraît aberrant, voire scandaleux, de prétendre que les gens vont travailler plus longtemps alors même que sévit le chômage de masse. Dans un tel contexte, en allongeant les durées de cotisations, on ne fait que plonger une partie de nos anciens dans une misère encore plus noire, ce qui relève du suicide social. Je crois que nos dirigeants sont réellement dangereux.
Mais dans un contexte de plein emploi ou mieux encore de droit au travail, je pense que chacun devrait être autorisé à travailler aussi longtemps qu’il le souhaite, sans limitation d’âge aucune. Ce qui permet d’ailleurs d’envisager plus facilement un revenu vieillesse universel dont le montant serait plus ou moins égalitaire : dans le cas où ils ne disposeraient pas d’un capital pour leurs vieux jours, les citoyens bénéficiant de hauts revenus pourraient ainsi poursuivre une activité professionnelle afin d’éviter une révision déchirante de leur train de vie.
-Dans le système que je propose, vous n’avez pas besoin de vous payer au SMIC pour la branche maladie de la sécu, vu qu’il n’y a plus de branche maladie de la sécu. Je m’explique : je défends (carrément) le transfert intégral du budget de la sécu au budget de l’Etat (Beveridge plutôt que Bismarck, pour faire très bref) ; la santé serait “gratuite” (les guillemets c’est juste pour vous faire plaisir), financée par les bénéfices du secteur public payant, et donc, là encore, adieu les cotisations !
-Dans le système que je propose, il serait tout à fait envisageable de conserver des assurances-chômage (lesquelles relèveraient du monopole d’Etat comme toutes les assurances) ; cependant, encore une fois, le droit au travail vous assurerait de toute façon un filet de sécurité, sans parler du logement social à bas coût, de la santé “gratuite” ou encore des transports ferroviaires “gratuits” (je fais des efforts pour les guillemets).
Il serait judicieux de conserver des assurances-chômage dans la mesure où le droit au travail serait associé à un salaire minimum d’Etat dont je n’envisage pas qu’il soit beaucoup supérieur au SMIC actuel (dans mes divagations socialistes j’essaie d’être réaliste). En gros, ce salaire minimum serait compris dans une fourchette allant de 1 000 à 2 000 euros, ce qui est bien peu pour un salarié habitué à des revenus plus substantiels. Je précise que ce droit au travail serait mis en œuvre sous la forme de créations de postes de fonctionnaires (ou de contractuels en CDI pour les étrangers), et que dans mon esprit, l’instauration de ce droit permettrait de supprimer purement et simplement le SMIC et le RSA (un revenu décent serait cependant versé aux personnes que leur état physique ou mental empêche de travailler, cela va de soi). Le RSA deviendrait en effet sans objet, de même que le SMIC puisqu’aucun employeur ne pourrait sérieusement envisager de payer des salariés très en-dessous du nouveau salaire minimum d’Etat (sous peine de ne jamais pouvoir recruter personne).
C’est d’ailleurs ce genre de considérations qui m’incite à me réclamer aussi du libéralisme (voire du libertarianisme), et pas seulement du socialisme.
-Quand vous dites qu’une retraite par capitalisation est “autrement plus performante” qu’une retraite financée par répartition, je suis assez dubitatif. Les événements récents n’ont-ils pas montré que cette “performance” était tout de même quelque peu aléatoire ?
-Pour finir, dans le système que je propose, les arbitrages que vous envisagez resteraient possibles. Simplement, ils n’auraient pas autant d’intérêt…
Vous voulez ensuite que je vous explique “comment un service peut être gratuit quand il est financé soit par mes impôts, soit par des produits et services que je suis contraint d’acheter plus cher que leur valeur marchande”. Je vous explique.
Je ne peux pas vous donner tort ; mais si vous allez par là, rien n’est gratuit à part l’amour et l’eau fraîche (et encore pour l’eau fraîche c’est pas sûr et pour l’amour certains en discutent encore). Quand j’utilise le terme “gratuit”, je veux simplement dire que l’usage des services en question n’est pas soumis à un paiement. Evidemment cela ne veut pas dire que ça tombe du ciel.
Par ailleurs je voudrais attirer votre attention sur cette notion de “valeur marchande” que vous utilisez ici. Vous conviendrez que dans le cadre de l’économie capitaliste privée, cette valeur marchande inclut bien souvent un bénéfice ; il en est tout bonnement de même pour un service public payant. Rien ne permet d’affirmer a priori que ce bénéfice serait plus important dans le cadre du secteur public que dans le cadre du secteur privé. Vous pouvez me dire que les agents privés sont plus efficaces car plus directement intéressés, et qu’ils proposent donc, de toute façon, des prix plus bas ; c’est discutable, et surtout je vous réponds que d’un autre côté, les investisseurs privés sont parfois très gourmands puisque certains en arrivent aujourd’hui à exiger des rendements de 15% alors même que la croissance stagne à 1 ou 2% (voire moins, dans nos contrées, par les temps qui courent !). Voir certains papiers récents de Frédéric Lordon.
Prenons l’exemple de la location de véhicules : avant le monopole d’Etat, vous louez une Clio pour 30 euros/jour, ce prix incluant un bénéfice de 2 euros ; avec le monopole d’Etat, vous louez la même Clio pour 30 euros, ce prix incluant le même bénéfice de 2 euros qui, au lieu de payer la grosse berline de M. Avis, vous permet de voyager gratuitement en TGV – pardon : de prendre le TGV sans payer.
Autre exemple, un peu plus considérable : le crédit bancaire. Avant le monopole, vous contractez un crédit qui doit vous coûter 8 000 euros d’intérêts incluant un bénéfice de 500 euros. Avec le monopole d’Etat, vous contractez le même crédit qui vous coûte les mêmes 8 000 euros d’intérêts incluant le même bénéfice de 500 euro, lequel bénéfice, au lieu de payer la coke de quelque trader ou le yacht de M. HSBC (ou de ses gros actionnaires), vous permet d’avoir la fibre optique chez vous sans rien payer, ou de vous faire poser des couronnes dentaires sans payer ni le dentiste ni une quelconque assurance.
Même en limitant le monopole d’Etat à l’émission monétaire proprement dite, on arrive à des recettes non-fiscales assez colossales. D’après Maurice Allais, ou plutôt d’après une notice d’A-J Holbecq, “dans l’hypothèse d’une croissance du revenu national réel au taux annuel de 4 % et avec une augmentation modérée des prix de 2 % par an, qui paraît recommandable, l'attribution à l'état des revenus correspondant à l'accroissement de la masse monétaire représenterait environ 4,5 % du revenu national, soit environ la totalité du produit actuel de l'impôt progressif sur le revenu (soit environ 20% des recettes fiscales actuelles)”.
Voici le lien :
http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Allais+Fiscalit%C3%A9
Ce n’est pas tout de même pas rien ! (même si la TVA rapporte le double…)
Pendant que j’y suis, je signale au passage que, toujours d’après l’article d’A-J Holbecq sur la page que je viens de citer, un impôt (proportionnel) sur le capital, qui serait constitué par une taxe annuelle de l'ordre de 2 % sur tous les capitaux physiques, “assurerait des recettes de l’ordre de 8 % du PIB (soit environ 50% des recettes fiscales actuelles)”. Soit à peu près l’équivalent de la recette de la TVA. “De l’argent il y en a”, comme dirait l’autre ! Mais Allais nous dit où et comment le trouver, quand Besancenot se contente de placarder partout des affiches aux slogans tous plus débiles les uns que les autres (genre “taxons les patrons”).
De mon point de vue, vous ne pouvez donc pas affirmer a priori qu’un système d’économie mixte à répartition sectorielle vous oblige à acheter des produits et services “plus cher que leur valeur marchande”. En revanche, en fonction des besoins de financement des services publics gratuits, il est clair que la rentabilité des services publics payants pourra être ajustée en sorte que dans certains cas, le prix de ces services payants pourra être supérieur à leur “valeur marchande”. Mais à l’inverse, il serait aussi possible de faire fonctionner de manière déficitaire tel ou tel service payant, ou telle ou telle activité au sein d’un service payant particulier (je pense par exemple au logement social) ; l’essentiel étant que les services payants dans leur ensemble dégagent des bénéfices suffisants pour financer le fonctionnement des services gratuits. Sachant que pour l’investissement, on aura plutôt recours au crédit public, ce qui me fait une transition.
“La création monétaire, dites-vous, c’est aussi le renchérissement de l’ensemble des biens et services par l’inflation, cela revient à créer un impôt sur toutes les transactions. C’est certainement efficace, mais ça a un coût également”.
Il me semble que l’inflation est fondamentalement un impôt sur le capital, plutôt que sur les transactions. Un impôt sur le capital, ce n’est pas pour me déplaire… L’inflation ne pose pas de problème tant qu’elle est maîtrisée et que les salaires y sont indexés (ce qui n’est plus le cas je crois depuis 1982, encore un petit cadeau de mes amis “socialistes” qui ont aussi privatisé la finance, fait graver dans le marbre des traités européens la privatisation de l’émission monétaire, j’en passe et des pires).
Mais surtout, je ne crois pas que l’émission monétaire, tant qu’elle est utilisée pour l’investissement à long terme, soit un facteur d’inflation.
Même si on utilisait cet outil pour monétiser une partie de la dette publique actuelle, il ne faudrait pas forcément craindre l’inflation. Voir le dernier commentaire de Malakine chez Yann :
http://lebondosage.over-blog.fr/article-de-la-deflation-a-la-depression-51108589-comments.html#anchorComment
Tant qu’à faire, et puisque j’évoquais plus haut la recherche, j’en profite pour préciser que dans mon esprit, en dehors du secteur public monopolistique, des entreprises publiques devraient aussi exister dans les domaines suivants (je parle donc d’un secteur public non-monopolistique) : énergies “renouvelables”, industrie aéronautique et spatiale, industrie d’armement, recherche scientifique, industrie chimique, biotechnologies et nanotechnologies, collecte d’eau de pluie et dessalinisation de l’eau de mer, industrie sidérurgique, industries de l’informatique et de la téléphonie, industrie automobile, industrie ferroviaire, industrie textile, agriculture, restauration, industrie agro-alimentaire, bâtiment, media, profession d’avocat.
Intéressant aussi de discuter avec vous, ça me donne l’occasion de réfléchir un peu mieux à ce que je dis en me confrontant aux arguments libéraux ; et je suis très surpris de pouvoir ainsi parler du socialisme réformiste tel que je le défends sans être immédiatement qualifié de “nostalgique” ou de “réactionnaire”. Figurez-vous que d’une manière générale c’est bien plus facile avec des vrais libéraux tels que vous qu’avec les gens du P“S” ou même du P“G” qui ne sont en fait ni libéraux ni socialistes – le fameux ni-ni mitterrandien, qui en disait quand même long sur une certaine idée de la politique… et du socialisme (et même de la France). Ces gens sont-ils à ce point pétrifiés de trouille à l’idée que le premier UMP de service leur balance les “crimes du communisme” ou même les accuse plus sobrement de “conservatisme” ; ou bien sont-ils tout simplement dans le même camp ? Des fois je ne sais plus trop quoi penser de ces crapules… à part bien sûr que je ne voterai plus jamais pour eux !
Écrit par : Joe Liqueur | 05.06.2010
@ Joe Liqueur
Votre message appelle une longue réponse de ma part, que j'espère pouvoir vous faire demain. Toutefois, deux petites remarques :
- sur la taxation du capital, 2%, c'est beaucoup (comparé aux rendements que l'on peut obtenir sur un capital diversifié) et un taux plus faible (ISF) en a fait fuir plus d'un !
- sur les bénéfices servant à financer les services "gratuits" : je crains que les coûts des services gratuits ne soient bien supérieurs aux bénéfices que vous attendez. Petit contrôle de cohérence : quel est le bénéfice cumulé de l'ensemble des sociétés du CAC 40 (sachant qu'elles réalisent une grosse partie de leur activité à l'étranger) ? (de mémoire, c'est 110 Mds mais à vérifier). Comparé aux coûts de sécu, au budget de la SNCF, ... J'ai bien peur que le compte n'y soit pas.
Je vous laisse réfléchir à ces deux éléments et je vous fais une réponse complète demain.
Écrit par : Joe | 05.06.2010
@ Laurent
"Le parti (dit) socialiste" - ça me fait plaisir de lire ça ! En toute modestie je vous suggère d'adopter définitivement cette terminologie pour vos prochains billets… Personnellement je fais appel aux guillemets, qui m'ont été inspirés par la lecture de Sébastien Fontenelle. Vous connaissez peut-être, c'est un "gauchiste" encore plus forcené que moi, doué d'une plume qui fait honneur à son nom (je ne sais pas s'il est apparenté à l'écrivain centenaire). Je vous recommande par exemple ceci (si vous ne l'avez déjà lu) :
http://www.monde-diplomatique.fr/2009/08/FONTENELLE/17746
Dans la prose de Fontenelle (Sébastien), cela donnait :
"Le P"S" (rires)".
Mais je m'égare. Alors comment qualifierais-je les dirigeants actuels du P"S" ? Dans mon commentaire précédent je les qualifie de "crapules"… Je suis assez tenté aussi par "cafards abjects, sycophantes glaireux", tant il est vrai qu'ils se comportent un peu comme des barbouzes de carnaval. Plus sérieusement, je les qualifierais volontiers de néolibéraux "soft" - faussement niais, en fait sournois et retors.
Cela peut paraître sévère ou même outrancier, mais je vous prie de considérer que c'est un point de vue socialiste. Si tous ces gens voulaient bien renoncer enfin à leur étiquette "socialiste" (certains d'entre eux y songent sérieusement d'ailleurs), je serais tout de suite beaucoup mois sévère. Mais je n'aime pas être pris pour un con. Se dire "socialiste" quand on est mouillé jusqu’à l’os dans l’affaire de la privatisation de la monnaie (ce n'est qu'un exemple mais sans doute le plus énorme), c'est quand même un peu fort !! Quand les bornes sont franchies y a plus de limites. Plus c'est gros mieux ça passe dit-on. Mais chez moi ça ne passe pas et je ne suis pas le seul.
Comprenez-moi bien, il ne me viendrait pas à l'idée de reprocher à NDA, ou à vous-mêmes, de n'être pas suffisamment socialistes à mon goût. Parce que de toute façon vous ne prétendez pas être socialistes… c'est toute la différence ! Et c'est d'autant plus frappant que le discours de NDA est beaucoup moins éloigné du socialisme que celui des dirigeants du P dit S. Ce discours est même assez proche, à bien des égards, de celui du P dit G (je pense par exemple à ce pôle bancaire public que l'on retrouve à peu près à l'identique de part et d'autre). Sauf que là encore, NDA ne prétend pas être "de gauche"… (vous l'aurez compris, je suis porté à mettre P"G" et P"S" dans le même panier, mais je sais que ce n'est pas votre point de vue).
@ Joe
Je me suis un peu embrouillé dans mes explications à propos du salaire minimum d'Etat. La fourchette de 1 000 à 2 000 euros correspondrait à la fourchette salariale pour la nouvelle catégorie de fonctionnaires (désignée comme "droit au travail") dans son ensemble ; quant au salaire minimum d'Etat proprement dit, je le vois plutôt à 1 000 qu'à 2 000 (encore une fois je prétends être réaliste).
Écrit par : Joe Liqueur | 05.06.2010
@ Joe Liqueur
Merci pour ce débat passionnant. Je ne pourrais malheureusement pas prolonger sur tous les points. Même si nous n'avons pas la même vision du secteur public (qui ne comprend pas les compagnies de location de voitures ou les compagnies aériennes pour moi, entre autres...), je partage la plupart de vos réflexions. J'ai une vision plus limitative du secteur public, qui doit comprendre les "monopoles naturels" (eau, autoroute, énergie, Poste, transport ferroviaire...), la Sécurité Sociale (retraite, santé, chômage) pour laquelle le privé ne propose pas de bonnes solutions (cf Etats-Unis où le service est beaucoup moins bon pour un coût supérieur) voir quelques incursions dans certains domaines où le privé a ses limites (banques, labos pharmaceutiques, quid telecom)...
Il est clair que les motivations de l'homme ne peuvent pas être réduites à la quête de son propre intérêt. C'est une négation de la politique et de la recherche du bien commun. Dans les années 30, Charles de Gaulle avait pris position pour que le commandement de la guerre soit confié aux politiques et non aux militaires parce que la conduite de la guerre allait bien au-delà de considérations purement militaire. Ainsi, il s'extrayait de sa condition d'alors pour réfléchir au bien commun, même si cela consistait à prendre une position qui pouvait sembler aller contre l'intérêt de sa condition.
Je crois que c'est J.Généreux qui parlait de la mutation du libéralisme en néolibéralisme sous la double influence de Darwin et des mathématiques, qui poussent à simplifier à l'outrance les comportements humains pour pouvoir les mettre en équation. Le problème, c'est qu'après avoir simplifié, beaucoup de néolibéraux en finissent par réduire l'homme à cette variable d'équation au raisonnement aussi binaire qu'inhumain, qui ne correspond pas à la réalité. La vie, l'humanité, c'est autre chose (cf déclaration de Robert Kennedy sur le PIB...).
D'accord sur le fait que le public a un horizon de temps en général supérieur au privé (et ses contraintes de résultats trimestriels), même s'il y a quelques exceptions.
En revanche, je partage un point avec Joe, à savoir que l'ensemble des bénéfices dégagés sur le secteur public profitable ne me semblerait pas suffisant pour rendre "gratuit" tous les secteurs que vous évoquez. Si je suis d'accord pour la retraite, la santé ou l'assurance chômage, je crois qu'il n'est pas anormal que l'on paie son billet de TGV. La gratuité peut également poser un problème de considération du service. C'est ainsi que pour les élections régionales, nous étions pour un pass Navigo à 50 euros pour l'ensemble de l'IdF, même prix quelques soient les zones (après tout, ceux qui paient le plus cher aujourd'hui sont souvent ceux qui ont les plus bas revenus) mais pas pour la gratuité (contrairement au NPA).
Sur les charges, je confirme. Je suis patron. Le salaire complet revient entre 1,5 à 1,8 le salaire net.
Plus qu'une taxe sur tous les capitaux physiques, je suis partisan de la taxe Tobin. Sachant que les transactions financières représentent 70 fois le PIB, une taxe de 0.1% sur chaque transaction représenterait théoriquement 7% du PIB (140 Mds d'euros en France). Bon, il faut prendre en compte le fait que cela réduirait sans doute les transactions, mais même si elles baissaient de 75%, cela représente tout de même 35 milliards (et encore, on peut monter le taux à 0.2 ou 0.3%...). C'est une forme de TVA sur les activités financières qui feraient davantage contribuer ce monde à la collectivité, ce qui ne serait pas un mal. Je trouve plus juste de taxer les mouvements (car cela pénalise la spéculation) que le stock (qui peut contraindre à vendre certains pour acquitter l'impôt). La réduction des transactions est un moyen de dégonfler cette bulle financière devenue trop puissante par rapport aux Etats. En la réduisant, les politiques retrouveraient des marges de manoeuvre par rapport au marché.
Je suis également un partisan de l'Etatisation de la Sécurité Sociale, dans la mesure où il s'agit d'un domaine éminemment politique. Concernant la retraite, je partage complètement votre point de vue. Le système par capitalisation n'a absolument pas prouvé sa supériorité, au contraire. Que feraient les pauvres retraités dont les fonds ont perdu tant de valeur depuis 2000 (le CAC était à plus de 6000 points en 2001, à peine 3400 aujourd'hui). Les Etats-Unis regorgent d'exemples de petits vieux obligés à nouveau de retravailler car leurs retraites s'est effondrée avec la crise financière. Il faut trouver un système plus stable, et donc qui ne repose pas sur les marchés exubérants et irrationnels.
En outre, Joe, vous oubliez les coûts de transition (paiement de la répartition et début de la capitalisation) qui sont totalement inabordables. Comment les gens pourraient-ils payer aujourd'hui à la fois pour les retraités actuels et leur propre retraite ?
J'aime bien les "néolibéraux soft". Et pourquoi pas "néolibéraux compatissants", ce qui indique qu'ils compatissent sans vraiment faire quelque chose.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 06.06.2010
@ Laurent
Le problème des retraites est intéressant. Il est malheureusement pollué par son caractère technique, difficile à expliquer au grand public. Le premier point est que le problème de nos retraites actuelles n'est pas dû à la répartition. Il est dû au fait que notre système de répartition fonctionne à cotisation et prestation définies, et que les trous sont bouchés par de la dette. D'autres systèmes de répartition pourraient ne pas faire faillite. Je pense néanmoins que le système par capitalisation est le meilleur, comme le prouve la performance des fonds chiliens depuis leur création en 1981 : un TCAM de 9% sur la période (y compris les nombreuses crises financières). Il est normal que les fonds de pension progressent plus que le CAC, d'une part, parce qu'ils ont un périmètre d'intervention plus large et d'autre part, parce qu'ils pratiquent le stock picking. Par ailleurs, il s'agit bien souvent d'investisseurs de long terme. Néanmoins, point très important, ces fonds de pension ne sont pas investis en action d'une seule entreprise, comme c'est le cas sur certains fonds d'entreprise US (avec tous les risques que cela comprend). Les américains sans retraite suite à la capitalisation dont vous parlez sont ceux là, qui n'ont pas pu bénéficier d'une gestion diversifiée et donc beaucoup moins risquée. Pour la transition, en théorie les produits des privatisations servent à financer cette transition. Etant donné que ce n'est plus possible en France, il faut en passer par une transition plus longue, basée sur le volontariat et couplée sur deux systèmes de retraite : le plus important par répartition (version cotisations définies et donc prestations indéfinies) et une petite part obligatoire par capitalisation. Au fur et à mesure, la part de capitalisation devient plus importante que le besoin du système par répartition diminue. (A ce sujet, lire les livres de Jacques Garello, économiste français, professeur à l'université Paul Cezanne).
Au niveau de la santé, vous pouvez prendre l'exemple américain pour vous convaincre de l'excellence du système français. La réalité est un peu différente. Je peux vous en parler puisque je suis allé assez loin dans le processus. Si on m'autorisait aujourd'hui même à ne plus être dépendant de la Sécu pour l'assurance maladie mais à choisir l'assureur de mon choix, je choisirais l'assureur belge DKV, qui m'assure mieux que la sécu (prise en compte des médecines parallèles telles que l'homéopathie, l'acupuncture, l'ostéopathie, ...) pour un coût compris entre 171 et 477 € en fonction de mon âge (et uniquement en fonction de mon âge). Comparé au coût de l'assurance maladie actuel (environ 20% de mon salaire brut, parts salariales et patronales), vous conviendrez que je ne suis pas certain de l'efficacité du public.
Votre argument sur les libéraux est amusant car la plupart des économistes libéraux actuels (en dehors de l'école de Chicago) rejettent l'usage des chiffres et des mathématiques pour expliquer les évolutions économiques. Ces derniers expliquent qu'une approche chiffrée est forcément imparfaite, ne prend pas en compte l'immensité des possibilités au niveau micro-économique. Dans l'ensemble, ils rejettent toute vision macro-économique de l'économie (A l'inverse des keynésiens). A cet égard, je vous invite à consulter les vidéos des conférences de Serge Schweitzer, qui vous expliquera mieux que moi tout cela. (il est passionnant cet homme là). Le libéral est justement celui qui a le plus foi en l'homme, pensant que chacun est suffisamment intelligent et responsable pour savoir ce qui est bon pour lui alors que les constructivistes affirment que l'homme a besoin d'une minorité éclairée pour lui apporter le bonheur.
@ Joe Liqueur,
Puisqu'on parle de minorité éclairée ;)
En terme de sémantique pour commencer, dans mon esprit, les courants libertariens et socialistes (libéraux et constructivistes) sont à l'opposé l'un de l'autre par définition dans leur conception de l'homme. L'un veut laisser l'homme décider tout seul tandis que l'autre veut lui imposer sa vision. C'est pour cela que je parlais d'oxymore.
Le grand débat sur les motivations de l'individu. C'est amusant, parce qu'en fait on est d'accord. Quand j'emploie le terme d'intérêt personnel, ce n'est aucunement limitatif à l'intérêt financier. Je veux juste dire que les gens font les choses parce qu'ils en ont envie et non pas parce que c'est comme ça. Et que si vous voulez qu'ils fassent quelque chose qu'ils n'ont pas envie de faire, il faut mettre en place les conditions qui leur donnent envie de le faire. C'est tout à votre honneur de croire que la plupart des gens travaillent par amour du travail bien fait. Ma maigre expérience me fait dire qu'il s'agit malheureusement d'une minorité. Et que sans stimulus (de tout ordre, financier, prestige, confort, ...), les gens font le strict minimum. Croyez vous qu'il y aurait autant de candidats à la fonction publique sans la garantie de l'emploi ? Bien sûr que cela n'empêche pas les gens de faire des actions gratuites, juste pour le plaisir de rendre service (que ce soit dans le privé ou dans le public), mais je doute qu'à l'échelle d'une carrière (bientôt 45 ans, gasp), cela représente un élément significatif. Pour vous en convaincre, regarder les horaires d'ouverture des différents services administratifs, la complexité des différentes procédures administratives à mener, ... S'agit il d'un système qui cherche à s'adapter à sa "clientèle" ? S'agit il d'un système qui cherche à rendre service le mieux possible ? (et on ne parle pas de coût)
Au niveau des industries pharmaceutiques, bien sûr que les labos n'ont pas intérêts à ce que les gens soient bien portants. Fort heureusement, la nature se charge de leur rendre service. Par contre, un labo a intérêt à ce que son médicament soit le plus performant possible, sinon, il ne le vendra pas . Ainsi, l'intérêt privé rejoint l'intérêt général.
Au niveau de la recherche, vous pensez que l'intérêt de la recherche publique est de financer une recherche qui ne serait pas forcément rentable. J'aurais tendance à penser qu'une recherche qui n'est pas rentable (c'est à dire qui ne débouche pas sur une innovation qui sera utilisée à grande échelle), elle n'a aucun intérêt. Sinon, investir sur le long terme pour une recherche potentiellement rentable, je suis navré mais le privé le fait également (ex : la voiture électrique, la pile à hydrogène, ... qui prendront plusieurs décennies). Une recherche qui à long terme n'est pas rentable est juste une perte de temps et surtout d'argent public. L'argent de l'Etat doit servir pour le bien de l'ensemble de la population et non pas être la marotte de quelques chercheurs et dirigeants politiques. (je sens que ça va pas vous plaire ce passage ^^) Pour répondre à votre question, si une innovation peut être utile à la collectivité, elle sera rentable. Si la collectivité en a vraiment besoin, elle sera prête à payer le prix, sinon, ce n'est qu'un gadget dont elle peut se passer.
Pour le salaire, si mon brut est de 100, mon net est de 77 et mon brut chargé de 145 à 150. Ce qui fait un ratio entre 1,86 et 1,92. Je me suis permis d'arrondir à 2, milles excuses.
Pour votre système, globalement, je pense que vous avez beaucoup réfléchi à votre petit monde imaginaire, néanmoins, je pense que vous êtes victime d'un léger travers : à chaque incohérence, vous le résolvez en créant un droit : le droit au travail, le droit à la retraite, ... Ca me semble peu rigoureux. Quelques remarques dans le détail :
- un taux de prélèvement pour les retraites de 35 %, c'est énorme. Bien sur, les autres services seront gratuits (réponse magique).
- Vous encouragez les gens à maintenir une épargne forte pour leur retraite, et en même temps, vous voulez taxer leur capital de 2%. Si vous taxez le capital de 2%, c'est simple, vous n'aurez plus de capitaux en France, parce que le rendement des capitaux placés en France sera de facto de 2% plus faible que dans tout autre pays. Bien sûr qu'il y a de l'argent, nous sommes un pays riche. Sauf que l'avantage de l'argent, par rapport aux autres biens, c'est qu'il est liquide et mobile. Tel un banc de poisson autour duquel vous cherchez à jeter votre épuisette, il s'échappe dans tous les sens et votre filet remonte vide.
- Sur l'efficacité budgétaire de votre système, je dis juste que vous rajoutez énormément de dépenses (santé, transport, ...) et qu'au final, vous obtiendrez assez peu de bénéfices (le surplus de vos services payants), tout du moins en conservant les bénéfices actuels, donc les prix actuels. A mon sens, il faudrait une très forte augmentation des prix pour que vous vous y retrouviez.
Écrit par : Joe | 06.06.2010
@ Joe et Laurent
Je vous fais une réponse quelque peu succinte et brouillonne, j’espère bien y revenir plus tard.
D’abord, merci encore de porter tant d’intérêt à mes propos, lesquels, je tiens à le souligner, n’engagent strictement que moi.
Après avoir fait quelques recherches très superficielles, je dois dire que votre principale objection me paraît tout à fait fondée… et que cela m’incite à adopter définitivement l’idée de conserver une TVA, voire un IRPP proportionnel.
Je m’explique : 110 milliards, c’est bien léger en effet - il est clair que le compte n’y serait pas, tant s’en faut ! Je n’ignore pas que le budget global de la sécurité sociale est supérieur à 300 milliards, ce qui nous donne un budget global d’au moins 600 milliards si l’on transfère le budget de la sécu au budget de l’Etat. Je pensais par exemple que si un monopole sur l’émission monétaire pouvait rapporter 50 milliards, alors un monopole sur le secteur bancaire et financier dans son ensemble devrait produire une recette encore bien plus considérable ; ce qui est loin d’être si évident puisque, d’après les chiffres que j’ai pu trouver entre temps, le bénéfice cumulé des grandes banques françaises ne dépasse pas une dizaine de milliards. Je vous sais gré de m’avoir signalé ce fait important ! (honnêtement, je suis loin d’avoir vos compétences en matière économique, cela ne vous aura pas échappé, mais je me soigne…).
Notez quand même qu’un ICPP à assiette universelle pourrait rapporter au moins 100 milliards si l’on en croit Maurice Allais (j’ai tendance à accorder un grand crédit aux propos de M. Allais…), et pourquoi pas un peu plus avec une progressivité (dans les propositions de M. Allais il s’agit d’un impôt proportionnel) et surtout un taux moyen plus élevé. Encore une fois, il ne s’agit surtout pas de taxer les bénéfices des entreprises privées, mais bien de limiter l’accumulation du capital des personnes physiques. Du coup, les bénéfices des entreprises privées ne seraient pas directement affectés. Le capital prélevé auprès des personnes physiques pourrait en revanche être ré-injecté dans le financement des services publics gratuits.
Pour reprendre la comparaison maritime de Joe, je n’envisage pas d’utiliser une épuisette pour lever l’impôt sur le capital ; plutôt un chalut, et ce chalut, c’est le monopole d’Etat sur le secteur bancaire et financier.
Il me semble d’ailleurs que M. Allais lui-même propose de rétablir un contrôle strict des mouvements de capitaux (la séparation des banques d’affaires et des banques de dépôt pouvant en elle-même y contribuer de manière non négligeable).
Par ailleurs je ré-affirme que les taux de bénéfices dans le secteur public payant pourraient être ajustés à loisir, à la hausse si besoin - ce qui va bien sûr dans le sens des remarques de Joe à propos de la “valeur marchande”, et d’une “très forte augmentation des prix” des services public payants.
Mais notez bien que tout l’argent non-dépensé par les citoyens pour le paiement des services gratuits se retrouverait pour une part dans leur capital personnel (d’où une augmentation de la recette de l’ICPP progressif), pour une autre part dans la consommation (d’où une augmentation de la recette de la TVA). Il faut tenir compte de ces transferts. Vous allez me dire que du coup il s’agit un peu d’un double demi-tour, n’empêche que la simplification administrative représente en elle-même un bénéfice évident pour la nation et pour l’économie dans leur ensemble. Les patrons de PME ou de TPE que je côtoie se plaignent souvent, et à bon droit je pense, de passer des journées entières à “faire de l’administratif”. De ce point de vue je suis assez en phase avec les libertariens : toute cette énergie dépensée en pure perte, pour nourrir un système kafkaïen, serait bien mieux employée ailleurs, i. e. dans des activités directement productives. Je suis pour la simplicification administrative, et à cet égard l’existence de deux lignes budgétaires (caisses de la sécu et budget de l’Etat), là où une seule suffirait, m’apparaît comme une aberration pure et simple - et ce même en dehors de toute considération socialiste !
De même, les cotisations salariales et patronales (qui seraient supprimées) se retrouveraient dans les patrimoines personnels (des salariés, de leurs patrons et de leurs actionnaires), dans la consommation… et aussi - ce dernier point est très important - dans les bénéfices des services publics payants (ainsi révisés à la hausse) et dans le coût des services publics gratuits (ainsi révisés à la baisse).
De même, les sommes non acquittées par les entreprises au titre de l’impôt sur les sociétés (qui serait supprimé) se retrouveraient dans les salaires et dans les bénéfices, et donc dans la consommation, dans les patrimoines personnels… ainsi que dans les bénéfices des services publics payants et dans les coûts des services publics gratuits.
En bref il s’agit de modifier profondément les circuits économiques (plutôt que de “taxer les patrons”). Il s’agit pour moi d’imaginer un socialisme modéré qui soit réellement modéré… mais réellement socialiste (c’est un monde imaginaire, Joe, je vous l’accorde, mais encore une fois, de l’utopie à la réalité, la seule frontière légitime est celle du suffrage, je pense que l’on peut s’accorder au moins sur ce point).
J’ajoute que l’on peut aussi compter sur les bénéfices du secteur public non-monopolistique, lesquels pourraient être assez substantiels également.
J’ajoute encore que le secteur public payant comprendrait aussi la distribution des matières premières en général – et pas seulement la distribution des carburants. Là encore, on peut en espérer des bénéfices substantiels.
Une remarque au passage : c’est une chose qui me fascine toujours que de voir des “socialistes” sanctifier l’IRPP, autrement dit l’impôt sur le travail, plutôt que défendre l’impôt sur le capital. Etrange pour des “socialistes”, non ? De ce point de vue Allais est bien plus socialiste puisqu’il prône l’inverse (même s’il n’envisage pas de progressivité pour l’ICPP).
Autre remarque : l’instauration du droit au travail, que j’appelle de mes vœux, impliquerait de mon point de vue la création de 4 millions de postes de fonctionnaires – je crains que cela vous fasse frémir, Joe… Dans le contexte actuel, cela représente une masse salariale d’environ 120 milliards d’euros (même ordre de grandeur que la recette actuelle de la TVA). Mais il faut en soustraire d’une part le montant des cotisations sociales, d’autre part la valeur des richesses créées par ces nouveaux fonctionnaires. Parmi les principes fondamentaux du “communisme libéral” (tel que je le conçois), il y a en effet l’idée de payer les travailleurs du secteur public avec les richesses qu’eux-mêmes produisent – exactement comme cela se pratique dans le secteur privé.
De ce point de vue, le travail du M’PEP, pour méritoire et sérieux qu’il soit, ne tient pas compte me semble-t-il de ces “arbitrages possibles”…
Le travail du M’PEP ici (pas très socialiste à les yeux) :
http://www.m-pep.org/spip.php?article1035
@ Joe
Je me répète, mais mon approche est avant tout pragmatique et réformiste. Le “communisme libéral” se distingue à la fois du socialisme “orthodoxe” et du libertarianisme “orthodoxe” dans la mesure où il ne cherche pas à imposer sa vision, mais à convaincre ; je suis un réformiste, j’avance des propositions vouées à être éventuellement approuvées de manière démocratique. Du coup je ne songe nullement à une “minorité éclairée”, mais au contraire à une MAJORITE éclairée.
Concernant l’industrie pharmaceutique, je ne vous suis pas : vous dites qu’“un labo a intérêt à ce que son médicament soit le plus performant possible, sinon, il ne le vendra pas” et qu’ainsi “l'intérêt privé rejoint l'intérêt général”. De mon point de vue, ce raisonnement n’est valable, au mieux, que dans certains cas. Dans d’autres cas (sans doute bien plus nombreux à mon avis), c’est tout le contraire : un labo a intérêt à ce que son médicament ne soit pas trop performant, sinon il n’en vendra plus du tout (une fois que la pathologie sera éradiquée). Ainsi l’intérêt privé s’oppose-t-il à l’intérêt général.
Concernant la recherche fondamentale, il me semble qu’il est absolument impossible de déterminer a priori dans quelle mesure elle sera “rentable”, ni à quelle échance, ni pour qui. Et que par conséquent le secteur privé est fondamentalement déficient dans ce domaine (je tâcherai de revenir là-dessus, cela me paraît absolument essentiel).
Dans mon esprit, le droit au travail n’est pas censé résoudre une quelconque incohérence ; c’est au contraire l’un des fondements du socialisme modéré (notez au passage que Louis Blanc, qui fut l’un des grands défenseurs de ce droit, était modéré et réformiste au point de n’avoir pas voulu prendre fait et cause pour les communards).
Je ne crois pas avoir parlé de “droit à la retraite”, néanmoins je suis en effet partisan d’un tel droit. Par ailleurs je n’“encourage” pas les gens à maintenir une épargne importante pour leur retraite, simplement, je leur laisse cette possibilité qui me paraît bien légitime.
@ Laurent
“Néolibéraux compatissants”, c’est pas mal non plus ; ça me fait penser au fameux “care”…
Votre taxe Tobin me paraît quand même très intéressante. Qui sait, vous allez peut-être finir par me convaincre… sauf que de mon point de vue cette taxe devient sans objet dès le moment où l’on peut contrôler directement les mouvements de capitaux via un monopole d’Etat sur les services bancaires et financiers.
Par ailleurs je ne vois pas bien où est la différence fondamentale entre cette taxe et un ICPP.
En forme de conclusion, très provisoire et peut-être légèrement subliminale, je dirais ceci :
Il faut un pilote dans l’avion. Sans quoi nous n’irons jamais nulle part.
Tant que l’Etat ne proposera pas d’autre horizon à notre jeunesse que l’accumulation de biens de consommation (bagnole, smartphones et autres, je n’ai rien contre au demeurant), notre société n’aura aucun avenir.
Écrit par : Joe Liqueur | 08.06.2010
Bonjour Joe Liqueur
Juste à propos des banques et du monopole de l'émission bancaire.
Ne vous fiez pas au chiffre des bénéfices: ce n'est pas représentatif.
Le *patrimoine* (c'est bien "le capital") des banques et sociétés financières est passé (pour la France) de 4939 Md€ à 11268 Md€ entre 1998 et 2008. Pour toutes les autres sociétés (dites "non financières") les chiffres sont 4161 à 8046. Les banques se sont plutôt relativement bien débrouillées et on ne parle ici que des patrimoines en France (qu'en est-il des paradis fiscaux et de l'étranger ?)
L'ensemble de leurs créances (qui correspondent à des crédits accordés, donc "payants") est de #16000 Md€ pour la Zone euro et de # 3200 Md€ pour la France. A 4% c'est respectivement 640 Md€ d'intérêts et #190 Md€ d'intérêts annuels.
Christian Gomez (patron d'un grand groupe bancaire français à l'étranger, ancien prof d'université et élève d'Allais) écrit dans un article récent concernant le "100% monnaie":
//" Tous calculs faits , les gains résultant de la réforme monétaire pour la zone Euro se solderaient en régime de croisière, tous les ajustements réalisés par:
(1) un effacement au 2/3 de la dette publique (sur la base des chiffres 2007),
(2) des ressources budgétaires supplémentaires de l’ordre de € 400 mds soit environ 4.5 % du PIB de la zone euro
En première approximation, l’impôt sur le revenu pourrait être réduit de 50% à l’échelle européenne en régime de croisière, toutes choses égales par ailleurs."//
http://osonsallais.wordpress.com/2010/02/22/christian-gomez-100-money/
Écrit par : A-J Holbecq | 08.06.2010
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