08.06.2010

Le G-rien

Cela fera bientôt deux ans que le monde est entré dans une crise économique d’une ampleur inégalée depuis 80 ans. Pourtant, les efforts pour réguler la finance sont toujours au point mort, comme le montre l’échec des négociations de la semaine dernière.

Rien ne change, suite, mais pas fin

En effet, les ministres des finances du G20 se sont réunis la semaine dernière pour discuter d’une taxe bancaire mondiale. L’idée, poussée par le FMI comme la Commission Européenne, était d’instaurer une taxe sur l’ensemble des institutions financières de manière à alimenter un fonds de soutien qui pourrait servir en cas de nouvelle crise. On pouvait déjà être très sceptique sur cette idée qui ne consiste pas à traiter les causes de la crise mais seulement les conséquences.

En effet, cela signifiait implicitement que les membres du G20 renonçaient à toute régulation et se contentaient d’essayer de mettre de l’argent de côté au cas où, précaution rendue nécessaire par la dégradation de la situation financière de la plupart des Etats. Mais de cela, les pays émergents n’ont pas voulu, estimant qu’ils n’avaient pas à payer pour les banques des pays occidentaux. Comme si les crises s’arrêtaient miraculeusement aux frontières…

Comment réformer la finance ?

Tout ceci montre à nouveau que l’échelle supranationale est totalement impropre à une réforme de la finance. Le FMI et la Commission Européenne se sont contentés de proposer un mécanisme destiné à sanctuariser de l’argent pour secourir les banques sans changer grand chose au mode de fonctionnement des institutions financières. Et la coopération interétatique bute sur la disparité de pays qui ne parviennent pas à se mettre d’accord.

En clair, cela montre que le bon échelon pour réformer la finance est l’échelle nationale. Les nations doivent avancer seules, ou à quelques unes, pour réglementer une profession qui profite de la globalisation pour éviter toutes les règles. Si la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pouvaient s’entendre, alors tout serait possible. Mais cela ne sera possible qu’en imposant de nouveau un contrôle des mouvements de capitaux pour pouvoir imposer de véritables règles nationales.

Comme d’habitude, les dirigeants de la planète parlent beaucoup de la nécessaire moralisation ou régulation du capitalisme. On voit malheureusement que dans les faits, rien ne bouge, ni n’avance. Jusqu’à la prochaine crise…

Commentaires

Je vous invite à réfléchir aux conséquences d'une taxe bancaire pour prévenir le risque systémique, non en terme financier, c'est accessoire, mais en terme de comportement : ne craignez vous pas que cette taxe ouvre la voie aux attitudes les plus irresponsables de la part des banques. En effet, à quoi bon chercher à limiter les risques lorsque l'on a pris une assurance (car c'est bien de cela qu'il s'agit) contre le risque de faillite. J'ai payé pour qu'on me sauve si c'est la merde, j'y ai droit (toute allusion à d'autres mécanismes de l'état providence serait totalement fortuite).

A mon sens, cette taxe, qu'elle soit internationale ou nationale, irait dans le sens d'une déresponsabilisation des acteurs bancaires et serait donc contre-productive par rapport à votre objectif de "moralisation" de la finance.

Au risque de me répéter, toute réforme du système bancaire doit aller vers plus de transparence et plus de responsabilité, il ne faut pas que les responsables puissent se cacher derrière des normes mal conçues ou des législations pour justifier leurs prises de risque, comme ce fut le cas. "On a respecté Bâle II, si on fait faillite, ce n'est pas de notre faute, c'est le système".

Écrit par : Joe | 08.06.2010

@Joe
Je suis tout à fait d'accord avec vous que cette taxe serait néfaste. Elle sera de toute façon supportée par les clients.
La solution, c'est le 100% money, que les banques ne puissent plus créer de monnaie...

Écrit par : A-J Holbecq | 08.06.2010

@ Joe et A-J Holbecq

Je ne suis pas favorable à cette taxe non plus. Vous pouvez voir qu'elle ne fait pas partie de mes 18 propositions pour réformer la finance.

En revanche, je suis favorable à une taxe sur les transactions financières, d'au moins 0.1%. Une telle taxe a un double objectif :
- réduire la spéculation et le volume des flux financiers, dont l'importance explique aussi les effets néfastes
- améliorer la contribution du monde financier à la collectivité, pour reprendre un argument que Stiglitz avance dans la Grande désillusion.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 08.06.2010

@Laurent
D'accord avec toi sur la TTF... mais là encore, soit c'est au niveau de l'UE (qui ne le fera pas), soit il faudra préalablement retrouver notre souveraineté.

Écrit par : A-J Holbecq | 08.06.2010

Si la France décide de mettre en place maintenant la taxe sur les transactions financières, en demandant publiquement aux autres pays de l'UE de nous rejoindre, il sera très difficile politiquement, pour les dirigeants de ces pays de ne pas suivre le mouvement.

Écrit par : EtonnéChaqueJOur | 08.06.2010

@ AJH et Etonné

Je pense que l'échelle de l'UE ne fonctionnera pas (à cause de la Grande-Bretagne). En revanche, la zone euro peut être le bon échelon et je crois qu'Allemagne, Italie, Espagne seraient partant. Après, il suffit de remettre un contrôle des mouvements de capitaux, ce qui forcera les institutions financières à rapatrier les capitaux qui fuyaient sur Londres en profitant de la liberté de circulation.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 08.06.2010

@Laurent
Oui, tu as raison, je ne pensais en fait pas à l'UE mais à la zone euro .. au temps pour moi.
Mais de toute façon nous sommes "bloqués" par le concept de la libre circulation.

Écrit par : A-J Holbecq | 08.06.2010

"Si la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pouvaient s’entendre"

Pour les deux premiers, c'est raté ! Et à la vue du plan d'austérité qui vient d'être décrété en Allemagne, c'est définitivement foutu.

Écrit par : Karizoc | 08.06.2010

Que ce soit au niveau mondial ou européen, il n'existe aucun consensus sur les solutions à apporter. D'où des déclarations creuses et des mesures au coup par coup sous la pression des événements. Inféodation à la finance et stratégies de passager clandestin se conjuguent pour paralyser les "sommets".
Il ne saurait en aller autrement tant qu'aucun État ne renversera la marmite et ne proposera aux autres de l'imiter. D'abord la souveraineté, et ensuite la coopération. Sinon, nous n'aurons ni l'une ni l'autre, et l'Europe finira comme l'Argentine.

Écrit par : J.Halpern | 08.06.2010

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