12.06.2010
Comment le néolibéralisme transforme sa crise en victoire
C’est tout le paradoxe de la crise que nous traversons depuis deux ans. Alors que la majorité des analystes s’accordent pour dire qu’elle est la conséquence directe du « laissez-faire » et du « laissez-passer », elle aboutit finalement à accentuer les mouvements qui l’avaient provoquée.
La crise de l’anarchie néolibérale
Bien sûr, quelques libéraux et néolibéraux affirment encore que la crise est la conséquence de l’excès de réglementation, pointant l’intervention de l’Etat sur les marchés immobiliers, via les niches fiscales et le rôle de Fannie Mae et Freddie Mac. Cependant, cette analyse ne résiste pas longtemps à l’analyse, comme peuvent l’attester les différents livres que vous trouverez ici en référence. Il est vrai que le rôle de l’Etat a pu amplifier certains excès, mais c’est bien l’anarchie néolibérale qui est responsable.
En effet, l’anarchie commerciale fait peser une pression énorme sur les bas salaires dans les pays occidentaux, en les mettant en concurrence avec des millions de personnes parfois payées 20 fois moins. On assiste donc à une stagnation, voire une baisse des bas salaires aux Etats-Unis comme en Europe. Ce blocage ou ce recul du pouvoir d’achat a été compensé par une augmentation de l’endettement proportionnelle (forte dans les pays anglo-saxons, plus faible en France).
Cette envolée de la dette a permis de maintenir une croissance de la consommation malgré la stagnation ou le recul des revenus. Mais parallèlement, les plus hauts revenus ont progressé de manière disproportionnée, amenant un flux de liquidités colossal sur les marchés. En outre, la libéralisation a permis aux banques de prêter toujours plus quitte à prendre des risques inconsidérés, créant une bulle. C’est cette séquence qui nous a menés au grand krach de l’automne 2008.
Quand les néolibéraux utilisent Keynes pour se sauver
Cela restera sans doute un des paradoxes les plus incroyables de la séquence que nous venons de vivre. A l’automne 2008, on a vu un journal comme The Economist implorer de « sauver le système sans le changer ». Les néolibéraux ont donc pris de Keynes ce qui les arrangeait et leur permettait de sauver ce qu’ils souhaitaient sauver, à savoir le système bancaire, au lieu de le laisser faire faillite (comme les néolibéraux les plus extrêmes le préconisaient).
L’hésitation a été forte et a culminé avec l’épisode Lehman Brothers où les plus radicaux ont emporté la décision et ont laissé faire la faillite de ce symbole du capitalisme. Mais rapidement, une majorité s’est dégagée pour revenir à un pragmatisme plus keynésien. Mieux, les leçons de la Grande Dépression ont aussi été tirées sur la croissance puisque les Etats ont substitué à la demande privée défaillante une augmentation de la demande publique pour relancer la machine économique.
C’est ainsi que les Etats-Unis ont adopté un plan de soutien massif de 800 milliards de dollars, honni par les plus néolibéraux des néolibéraux, mais soutenu par les plus réalistes d’entre eux (The Economist entre autres) malgré toutes ses limites. Ceci a permis à l’économie étasunienne de rebondir puisqu’on prévoit une croissance de 3% en 2010 qui annulera purement et simplement la récession de 2009. Quand Keynes permet de sauver le système néolibéral…
La grande glaciation néolibérale
Il y a un an et demi, j’avais publié une série de papiers « Le Grand Choc de 2017 », qui se voulaient une analyse prospective de ce qui pouvait arriver. Naturellement, un certain nombre de prédictions se sont révélées complètement fausses (réélection de Gordon Brown, popularité de Barack Obama), mais un certain nombre d’autres étaient plutôt bien vues, notamment l’évolution de la bourse en 2009. J’avais alors parié sur la victoire d’une lecture néolibérale de la crise…
Et c’est bien ce qui se passe aujourd’hui. La hausse des dépenses de l’Etat, suite aux plans de soutien aux banques et à l’économie a provoqué une explosion des déficits et de la dette qui provoque aujourd’hui un violent retour de bâtons en faveur de la baisse du poids de l’Etat dans l’économie, s’appuyant également sur des dérives réelles. Cela est illustré par le succès du mouvement « tea-party » aux Etats-Unis, qui pourrait bien porter Sarah Palin à la présidence des Etats-Unis en 2012.
En Europe, le mouvement n’est pas moins fort et la pression pour la réduction des déficits publics y est particulièrement forte, par la voix même de la Commission. Un à un, les pays mettent en place des plans d’austérité, l’Allemagne décrochant pour l’instant la palme et une coordination se met en place pour s’assurer que personne ne suit une autre politique. Enfin, la déréglementation continue de gagner du terrain avec la récente ouverture des jeux en ligne, dont on se demande bien quel est l’intérêt.
Les néolibéraux nous ont précipités dans la crise en recréant une jungle économique instable et injuste. Alors que leur château de cartes menaçait de s’écrouler, ils ont imploré l’aide des Etats avant de se retourner contre eux pour les affaiblir. Le pire, c’est que ça marche !
11:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, crise financière, néolibéralisme, the economist, anarchie néolibérale




Commentaires
Bon article, toutefois vous êtes vous mêmes dans la logique de défense de la société néolibéral, donc du côté des collabos.
Écrit par : Front de Gauche 2012 | 12.06.2010
Cet article mérite que je prenne le temps de vous répondre. Ce sera chose faite lundi. Inutile de vous dire que je suis en totale désaccord avec vous, mais je développerai tout cela lundi.
Écrit par : Joe | 12.06.2010
@ Front de gauche 2012
Vous n'avez vraisemblablement pas lu ce que j'écris. Je ne vois pas en quoi je pourrais être dans la logique de défense de la société néolibérale.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 12.06.2010
Vous défendez la société bourgeoise et le capitalisme et en plus vous êtes nationaliste. Vous ne valez donc mieux que ceux que vous critiquer.
Écrit par : Front de Gauche 2012 | 12.06.2010
@Front de Gauche
Vous ne devriez pas prendre " Front de Gauche "comme pseudo, mais plutôt "Nouveau Parti Anticapitaliste" (qui ne fait pas parti du FG, n'est ce pas ?)
Écrit par : A-J Holbecq | 12.06.2010
@ Front de gauche 2012
Si vous êtes vraiment un militant du PG, je vous conseille de muscler un peu votre argumentation et de vraiment lire ce que j'écris depuis 3 ans et demi pour ne pas donner une mauvaise image des militants de votre parti en jettant des anathèmes un peu primaires et non argumentés.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 12.06.2010
Front de Gauche doit être un provocateur! En tout cas se prendre pour pseudo un nom de parti comme pour se prétendre la pensée incarnée de celui-ci, je trouve cela gonflé! Moi, je vais m'appeler "Front de Gauche 2010 bis", il n'y a pas de raison ! Eh oui, quoique sympathisante du FG, je pense que la notion de Nation a quelque validité ( et que ceux qui la récusent sont les idiots utiles du capitalisme financier...). Comme quoi, Front de Gauche 2012-premier ne représente pas toute la pensée du parti dont il se revendique...
Merci, Laurent, pour votre travail!
Anne
Écrit par : Anne | 12.06.2010
"Si vous êtes vraiment un militant du PG, je vous conseille de muscler un peu votre argumentation"
Je l'ai dit vous êtes partisan de la société bourgeoise, du capitalisme et du nationalisme. Ce qui revient au même que les néolibéraux, et vous classe parmi leurs alliés. Rappelons d'ailleurs que vous êtes de droite tout comme le P"S", l'UMP ou le MODEM.
"En tout cas se prendre pour pseudo un nom de parti"
Je revendique haut et fort mon appartenance. Et c'est cela qui permettra à des tas de personnes de se renseigner sur nos idées hors période électoral et donc d'accroitre la résistance contre les puissance financière qui gouverne ce monde.
"je pense que la notion de Nation a quelque validité"
La nation n'est pas le nationalisme. DLR peut avoir des idées intéressantes, mais il ne faut pas oublier qu'ils sont de droite donc nos ennemis politiques.
Écrit par : Front de Gauche 2012 | 12.06.2010
le néolibéral est au socialiste ce que le juif est à l'antisémite : une créature imaginaire.
Vous devriez lire le dernier opus de P. Salin qui, lui est un vrai libéral. Il parle beaucoup de Keynes et de ses idées, pour n'en dire que du mal
Écrit par : Théo31 | 13.06.2010
@ Anne
Merci.
@ Front de Gauche 2012
Non, je ne défends pas du tout les idées néolibérales. Lisez une partie des papiers du "Best of du blog" et vous verrez qu'au contraire je combats les excès du système économique actuel (excès d'inégalités, excès de dettes, excès de crise).
DLR allié du P"S" et de l'UMP ? Il suffit de voir le débat où NDA a affronté un Moscovici et un Lellouche bouffis de certitudes et hostiles aux idées qu'il avançait...
En revanche, je ne suis pas anticapitaliste. Je crois juste à un capitalisme dirigé par l'action de l'Etat, humanisé, qui soit au service de l'intérêt général et pas de quelques uns.
Le Général de Gaulle disait que le patriotisme, c'est l'amour des siens, le nationalisme, la haine des autres. DLR est un parti patriote qui met la question de la nation au centre des enjeux actuels car la globalisation ne sert que les intérêts d'une minorité et que seuls les Etats-nations peuvent s'y opposer pour que se soit l'intérêt de tous qui l'emporte.
De droite ? Cela fait bientôt 20 ans que je ne considère plus ni de droite ni de gauche. Je crois que ces notions n'ont plus de sens face aux débats actuels.
Vous n'avancez pas des idées, mais juste des jugements de valeur à l'emporte pièce.
@ Théo31
J'ai récemment lu un papier qui essayait de démonter la lecture keynésienne de la crise de 1929 que m'avait posté un commentateur. Désolé de dire que ce n'était pas du tout convaincant (il oubliait juste le rôle de la spéculation sur les marchés et de l'effet de levier, le fait que les banques privées créent la monnaie et autres "détails")...
Écrit par : Laurent Pinsolle | 13.06.2010
"Non, je ne défends pas du tout les idées néolibérales. Lisez une partie des papiers du "Best of du blog" et vous verrez qu'au contraire je combats les excès du système économique actuel "
Le néolibéralisme n'est pas qu'économique. Ors vous défendez quand même une société néolibéral et bourgeoise.
Écrit par : Front de Gauche 2012 | 13.06.2010
@ Front de gauche
Je vais à nouveau vous recommander de muscler votre argumentation. L'économie est une part importante de la logique néolibérale. Quand je prends position contre la libéralisation des jeux en ligne, cela ne me semble guère néolibéral.
Et c'est quoi une société bourgeoise, ou pas bourgeoise d'ailleurs ?
Écrit par : Laurent Pinsolle | 13.06.2010
@Front de Gauche
Vous employez le terme "néolibéral" pour essayer de classer dans cette catégorie les idées que nous sommes beaucoup (pas tous) à essayer de défendre sur ce blog et en particulier notre hôte, Laurent Pinsolle"
Voici l'analyse de ce qu'est le néolibéralisme ( http://www.toupie.org/Dictionnaire/Neoliberalisme.htm ) sur le "dictionnaire politique"
Etymologie : du latin neo, nouveau et liberalis, généreux, noble, digne d'une personne libre.
Le sens originel de "néolibéralisme" désigne, en matière économique, différentes écoles libérales du XXe siècle, comme l'école autrichienne ou celle de Chicago. Ce courant est aussi appelé néoclassique.
Utilisé depuis quelques années en Europe, le "néolibéralisme", voire l'"ultralibéralisme", est un terme plutôt vague, ayant une connotation péjorative, pour désigner tout à la fois une idéologie, une vision du monde, des modes de gouvernement, des théories marquant un renouveau et une radicalisation du libéralisme, forme actuelle du capitalisme.
Le terme de néolibéralisme est utilisé, essentiellement par ses détracteurs, pour désigner les politiques :
* de Margaret Thatcher (Royaume-Uni) et de Ronald Reagan (Etats-Unis) dans les années 1980,
* des instances internationales comme le Fonds Monétaire International (FMI), l'Organisation Mondiale du Commerce, la Banque Mondiale,
* de l'Union européenne aujourd'hui.
Le néolibéralisme se caractérise par :
* une limitation du rôle de l'Etat en matière économique, sociale et juridique ;
* l'ouverture de nouveaux domaines d'activité à la loi du marché
* une vision de l'individu en tant qu'"entrepreneur de lui-même" ou "capital humain" que celui-ci parviendra à développer et à faire fructifier s'il sait s'adapter, innover...
Les partisans du néolibéralisme le présentent comme faisant l'objet d'un consensus et comme étant sans alternative. Ses conséquences doivent être perçues comme des phénomènes inévitables qu'il faut accepter. Les idées opposées au néolibéralisme sont qualifiées d'archaïques.
Les reproches faits au néolibéralisme :
* accroissement des inégalités sociales et de la précarité;
* réduction de la souveraineté nationale;
* frein au développement économique du tiers monde;
* transformation de l'homme en marchandise...
Écrit par : A-J Holbecq | 14.06.2010
"l’anarchie commerciale fait peser une pression énorme sur les bas salaires dans les pays occidentaux" : je vous renvoie au concept de destruction créatrice. La faute n'est pas à chercher dans le marché (on dirait que ça vous pose un problème que le niveau de vie en Chine soit en train de s'élever et que les pays en voie de développement qui se sont ouverts au marché, notamment en Asie, soit désormais très développé), mais dans la défaillance de l'Etat. Bien sûr, la loi du marché est dure, il y a de la compétition. C'est pour cela qu'il faut se préparer, comme un champion prépare sa compétition. Ainsi l'Etat (et c'est particulièrement vrai en France) s'est échiné à défendre des secteurs d'activités économiquement non viables (les mines, le textile, ...) alors que ses efforts auraient dû porté sur la formation et le reclassement. Perdre son job est devenu un drame UNIQUEMENT à cause de l'Etat.
L'envolée de la dette a avant tout été permise par une politique de taux d'intérêt dirigée ou appuyée par les Etats (principalement aux US). Cette politique de relance monétaire est à l'origine de bulle (ce que vous avez observé) qui sont justement dénoncées par Hayek. Vous conviendrez de ce fait que les libéraux ne peuvent être responsable d'une situation de surendettement alors qu'il dénonce l'économie de la dette, appellent de leurs voeux une économie de l'épargne (et proposent de fiscaliser les dettes au même tarif que le capital pour lutter contre les spéculations et les investissements non productifs).
Les banques : Encore une fois (puisqu'on en a déjà parlé), le libéralisme voudrait que les banques soient responsables de leurs actes (comme n'importe quel acteur économique). En réalité, les banques sont le secteur d'activité le plus règlementé au monde. Cette règlementation, en leur imposant de nombreuses règles contraignantes (ratio de fonds propres, niveau de risque, ...) les a complètement déresponsabilisées : tant que je respecte la règlementation, je peux faire n'importe quoi, l'Etat viendra me sauver. Et effectivement, elles ont fait (surtout aux US) n'importe quoi. Est ce la faute du libéralisme ? Non, mais de celui qui leur a imposé cette règlementation au lieu de leur imposer la transparence et la responsabilité. Par ailleurs, il aurait fallu les laisser faire faillite (quitte à trouver un stratagème interventionniste pour limiter le risque systémique) pour nettoyer le marché de ses brebis galeuses.
Les plans de relance n'ont pas été voulu par les libéraux mais par les groupes de pression qui savaient qu'ils arriveraient à obtenir une part du gâteau. Les économistes libéraux savent et expliquent que la relance budgétaire ne fait qu'aggraver la crise en la déplaçant dans le temps. Les dysfonctionnements qui ont mené à la crise ne sont pas résolus, l'épargne n'est pas réorientée, le marché du travail n'évolue pas. La relance budgétaire, c'est de la morphine pour un grand brûlé : alors que pour le sauver, il lui faudrait des greffes de peau, on le met sous morphine et il se sent mieux, mais son corps continue de bruler.
Pour les jeux en ligne, la question à se poser serait plutôt quel est l'intérêt de nationaliser ce service ? S'agit il d'un service public ?
Je vous accorde néanmoins un point. Il est possible que certains libéraux, en fin stratège, aient vu dans la situation une occasion unique, qu'ils aient laisser faire les keynésiens sachant que le retour de balancier après leur échec serait en leur faveur.
Écrit par : Joe | 14.06.2010
@Tous
Laissez tomber avec le troll du FG qui visiblement a du mal à faire la différence entre argumentation et propos de comptoir.
@Joe
Dans une économie où l'Etat est impliqué à plus ou moins forte dose, il est toujours facile de lui attribuer tous les maux mais depuis une quarantaine d'années, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaitre que l'Etat se désengage régulièrement de la vie économique, à tort ou à raison.
"Est ce la faute du libéralisme? Non, mais de celui qui leur a imposé cette règlementation au lieu de leur imposer la transparence et la responsabilité. Par ailleurs, il aurait fallu les laisser faire faillite (quitte à trouver un stratagème interventionniste pour limiter le risque systémique) pour nettoyer le marché de ses brebis galeuses."
Il me semble que le marché des produits dérivés est responsable du risque systémique, qu'il n'est soumis qu'à très peu de règles puisqu'aujourd'hui encore, un an et demi après la crise, son fonctionnement est toujours aussi opaque, et que les brebis galeuses ne sont pas forcément celles qu'on croit puisque les prêts hypothécaires ont été titrisés puis revendus par tranches à des "partenaires" plutôt naifs puis "CDSisés" etc... sans parler de l'affaire Goldman Sachs - Abacus. Je ne vois pas en quoi moins de règles auraient évité la crise, si tant est que moins que rien soit possible.
Par contre, je suis entièrement d'accord avec vous quand vous dites que les libéraux sont fin stratèges: je suis également persuadé que devant l'ampleur de la catastrophe, certains savaient très bien ou du moins se doutaient que les plans de relance échoueraient lamentablement et leur permettraient de reprendre la main comme c'est le cas aujourd'hui.
Écrit par : Ryan | 14.06.2010
B Maris, à son tour préconise une forme de protectionnisme :
http://www.marianne2.fr/Seul-un-protectionnisme-selectif-sauvera-la-zone-euro_a194086.html
Écrit par : olaf | 14.06.2010
Et en plus de la dose protectioniste, il entre dans la logique de l'euro commun en écrivant " De combien l’euro est-il surévalué pour la Grèce ? sans doute de 100%. Il faudra donc trouver un mécanisme qui fasse que l’euro soit modulable en fonction du pays : fort pour les marchands de machines, faible pour les marchands de tourisme. "
Écrit par : A-J Holbecq | 14.06.2010
Ce courant est aussi appelé néoclassique.
Ouh lala ! L'école autrichienne n'a absolument rien à voir avec les néoclassiques et l'école de Chicago n'est pas spécialement libérale, surtout sur le plan monétaire. Smith et Ricardo définissaient le prix des marchandises par la valeur du travail incorporé. Les Autrichiens ont démontré que les prix étaient subjectifs.
"il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaitre que l'Etat se désengage régulièrement de la vie économique"
Première nouvelle. Les dépenses publiques en France représentent 56 % du PIB : un record absolu. Sans parler des 19 nouvelles taxes créées par le petit homme depuis 2007. Les PO sont en train d'asphyxier et de détruire des pans entiers de l'économie du pays, contraignant bon nombre d'entreprises soit à délocaliser soit à faire faillite.
Écrit par : Théo31 | 14.06.2010
@Théo
"Les dépenses publiques en France représentent 56 % du PIB"
Et quelle est la part des simples transferts sociaux qui n'ont rien à voir avec des "dépenses publiques".
Car ces transferts sociaux, ce sont des recettes pour les bénéficiaires, l'Administration n'étant que le "gestionnaire" de ces transferts... non?
Ce qui me semble important c'est de connaitre exactement le "coût" de l'administration.. tout en pensant que ce "coût" c'est aussi du pouvoir d'achat pour les fonctionnaires, et donc de l'activité pour leurs "fournisseurs" .
Écrit par : A-J Holbecq | 14.06.2010
@ A-J H
Merci.
@ Joe
Mais perdre son job quand il y a 10% de chômage officiellement et sans doute le double réellement, c'est un DRAME !!!! Et les banlieues où 40% des jeunes sont au chômage, c'est un drame également. La grande majorité souhaiterait travailler, mais nous avons créé un système incapable de parvenir au plein emploi.
La théorie de la destruction créative est peut-être belle intellectuellement mais elle est horrible et inhumaine dans la réalité.
Bonne blague les pays du Sud-Est asiatique. Leur modèle est très interventionniste et protectionniste, au contraire de la présentation superficielle qui en est faite. La Chine a imposé aux constructeurs occidentaux de venir construire des usines sur son territoire avec des droits de douane supérieurs à 100% et en imposant des JV avec des entreprises locales. Ensuite, ils ont relevé les droits de douane sur les pièces détachées pour augmenter la VA locale. Et maintenant, plus de 95% des voitures vendues sont produites localement et les constructeurs chinois montrent les dents. Soit dit en passant, ils ont suivi le modèle japonais et coréen (dans ses deux pays, plus de 95% des voitures vendues sont produites localement). Il n'y a que les imbéciles de la Commission pour ne pas comprendre qu'il y a un intérêt à conserver une base productive locale.
Si les libéraux sont également responsables de la dette quand ils en font un substitut à la demande privée naturelle quand les salaires sont trop comprimés aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, ou quand leurs réformes autorisent les banques à emprunter plus que de raison...
Sur les banques, lisez Lordon ou Jorion (ou les résumés que j'en ai fait). Les présenter comme les victimes innocentes de la mauvaise politique monétaire des BC est abusif. Même The Economist a reconnu qu'elles ont fait n'importe quoi en passant outre les règles qu'elles s'étaient fixé (n'oubliez pas que Bâle 2, ce ne sont pas les gouvernements, ce sont les banquiers qui s'auto-régulent)...
Sur les plans de relance, pas d'accord : The Economist était favorable aux plans de relance.
Pour les jeux en ligne. Ne voyant pas ce que cela peut apporter à l'intérêt général mais voyant très bien les problèmes que cela peut engendrer (addiction...) pour moi, c'est interdiction. Mais ce raisonnement est sans doute celui de quelqu'un qui n'est pas un libéral au fond...
@ Ryan
D'accord.
@ Théo
Il y a une différence entre le niveau de dépenses et le niveau de contrainte. D'abord, le niveau de prélèvements est stable depuis assez longtemps. Ensuite, les contraintes macro ont tendance à baisser, notamment dans le domaine financier.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 14.06.2010
Laurent, si vous n'écoutez pas ce que je dis, si vous ne lisez pas ce que j'écris et si vous ne cherchez pas à comprendre, je pense que je vais aller commenter ailleurs et vous laisser entre adeptes de la monétisation de la dette et autres fanatiques du c'est-la-faute-aux-marchés-nous-on-y-est-pour-rien-donnez-nous-des-sous-et-faites-péter-la-dépense-publique.
Je dis "En soit perdre son job n'est pas un drame, mais le perdre en France en ce moment (depuis 20 ans en fait), c'en est un". Je dis donc bien que perdre son job EST UN DRAME.
Si vous avez trouvé le lien sur le New Deal léger et que vous persistez à croire que le keynésianisme a bien fonctionné, je pense qu'effectivement, je ne pourrais jamais vous amener à modifier un tant soit peu vos croyances vers un peu plus de raison.
Par ailleurs, je vous ai déjà expliqué 15 fois que Bâle II a été mis en place par les banquiers centraux et non par les banquiers. Le mensonge par omission est si pratique... Je ne suis pas allé plus loin, ça m'a suffit.
Écrit par : Joe | 15.06.2010
@ Joe
OK, je suis allé trop vite sur le commentaire concernant l'emploi.
Mais je ne suis pas le seul à aller un peu vite... J'ai déjà dit plusieurs fois que ce sont les politiques qui sont les premiers responsables du système économique actuel, plus que les marchés. Les entreprises et les banques se comportent comme elles se comportent parce qu'elles jouent avec le cadre qu'on leur a donnée.
En règle générale, je suis pour un budget à l'équilibre, comme je l'ai souvent répété. Mais aujourd'hui, nous sommes dans une période extra-ordinaire. L'austérité risque de provoquer plus de problèmes que d'en résoudre.
Le lien sur le New Deal est léger. Je persiste. Il revient à regarder le problème par le petit bout de la lorgnette. Il ne prend pas en compte les carences du marché, son rôle dans les bulles. Toutes les bulles ne sont pas créé par des taux d'intérêts trop faibles. Cette fable néolibérale est trop commode. Elle sert à exonérer la main invisible de toute responsabilité. Mais cette main invisible est humaine. Elle est perfectible, peut-être même plus que l'homme d'ailleurs, parce qu'il y a les effets moutonniers.
France Telecom à 219 euros ainsi que de multiples actions Internet à des prix délirants, cela révèle un disfonctionnement majeur du marché en lui-même, totalement indépendant du prix de l'argent. Un abonné FT ne pouvait pas être "valoir" plusieurs milliers d'euros. C'était débile.
Je persiste sur Bâle 2. Les banquiers centraux ne font que servir les intérêts des banquiers. Pour moi, les normes prudentielles devraient être supervisées par des politiques, les ministres des finances de quelques pays avec des économistes et des banquiers (centraux et autres), sous la supervision des politiques, les seuls qui devraient avoir une telle responsabilité.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 15.06.2010
Quand on voit comment les politiques traitent les dossiers techniques (par exemple, les retraites), je ne suis pas sûr que nous puissions leur faire confiance pour mettre au point des normes prudentielles.
Dire que les banquiers centraux sont à la botte des banquiers, je trouve l'argument aussi facile qu'invérifiable.
Pour la relance ou la rigueur, je pense que les mécanismes économiques ont prouvé que la relance atténuait la crise sur le moment pour l'amplifier par la suite (par exemple, ces deux dernières années, c'est exactement ce qu'à fait Hoover avant que Roosvelt n'arrive). La rigueur, c'est ce qu'a fait Truman à la sortie de la guerre et qui a généré la croissance des 30 glorieuses. Ce qui a fait le succès du New Deal, ce n'est pas le volet économique, c'est juste que Roosvelt ait engagé le pays dans le combat pour la liberté, qu'il soit mort dans son fauteuil roulant, ... Bref, comme dans bon nombre de cas, on a réécrit l'histoire, notamment en France où l'étatisme et le socialisme imprègne tant le corps des profs d'histoire. (dans toute ma scolarité, je n'ai dû croisé qu'un seul prof qui n'était pas communiste, et c'était en prépa).
La formation des bulles. Vous pouvez trouver ça commode, mais c'est peut être plus parce que ça ne colle à la réalité que vous vous êtes inventé. Pourtant, c'est simple : pourquoi investir ? Pour réaliser un gain. Comment évaluer ce gain ? Il faut que ce que ça me coûte maintenant soit inférieur à ce que ça me rapportera demain. Si je peux emprunter facilement et à pas cher, quasiment tout ce qui sera très légèrement rentable deviendra très rentable. La facilité d'accès au crédit démultipliera les échanges, rendant encore plus rentable les investissements (puisque les cours montent extrêmement vite) et la bulle s'entretiendra jusqu'à ce qu'on découvre que le roi est nu.
les libéraux se sont beaucoup intéressés aux bulles et ont mené quelques recherches. Ainsi, ils ont établi que les acteurs du marché préféraient tout perdre à l'éclatement de la bulle plutôt que de s'arrêter avant car ils préféraient avoir tort collectivement plutôt que de manquer un morceau des gains. C'est pour cela que les bulles éclatent toujours violemment.
Bref, sur les bulles, votre explication est : les marchés sont fous. La mienne est : s'ils n'avaient pas accès à de la liquidité facile, les placements seraient plus judicieux.
Entre les deux théories, j'ai tendance à trouver la mienne plus pertinente.
Écrit par : Joe | 16.06.2010
Les deux explications sont pertinentes mais je dirais " s'ils n'avaient pas accès à de la liquidité facile, les marchés ne pourraient devenir fous"
Le "100% monnaie" permets d'éviter la formation de bulles de crédits qui permettent elles même la formation de bulles spéculatives.
Écrit par : A-J Holbecq | 16.06.2010
C'est je crois, la thèse de Hayek. Y aurait-il en vous un libéral qui s'ignore ?
Écrit par : Joe | 16.06.2010
@ Joe
On ne peut pas ignorer que le PIB baisse de 30% de 1929 à 1932 et revient au niveau de 1929 dès 1937 (avec une rechute en 1938) avec des politiques extrêmement volontaristes (travaux publics...)
Je suis parfaitement d'accord avec votre analyse sur les marchés : ce qui compte, c'est la probabilité que la valeur de l'actif monte encore qui détermine les acteurs. Mais cela a abouti à des valorisations absolument déraisonnables (qui se retrouvent de manière fréquente dans l'histoire). Si ce n'était qu'une question de coût de l'argent, toutes les actions seraient mal valorisées or la bulle internet a abouti à des différences de valorisation qui montrent que c'est bien le jugement du marché qui était défaillant.
C'est tout de même incroyable que vous n'arriviez pas à admettre que le marché puisse avoir des défaillances. Même Greenspan l'a reconnu. Et je reconnais que les mécanismes de marché peuvent être très utiles. Par exemple, je suis partisan d'une taxe carbone (plutôt que des subventions ad hoc et changeantes) qui progresserait année après année selon un programme défini à l'avance de manière à favoriser, par le jeu naturel du marché, le passage à des énergies plus propres et à une moindre consommation.
Mais cela ne me fait pas ignorer que parfois, les mécanismes du marché sont irrationnels et exubérants.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 16.06.2010
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