24/06/2010

La démocratie étasunienne vérolée par l’argent

Ce mois-ci, deux anciennes grandes patronnes ont gagné des élections primaires républicaines en Californie, pour les postes de gouverneur et de sénatrice de l’Etat. Faut-il y voir une belle promotion des femmes en politiques ou une nouvelle dérive de la démocratie étasunienne ?

L’ascension de deux femmes d’affaires

Même si cela est extrêmement rare en France, au premier abord, on pourrait se féliciter de voir Meg Whitman et Carly Fiorina représenter le parti républicain aux élections californiennes cet automne. Après tout, ces deux femmes ont fait une très belle carrière dans le monde des affaires. La première a été la patronne d’eBay, permettant à la start-up de devenir la grande entreprise qu’elle est aujourd’hui. La seconde a présidé aux destinées de Hewlett Packard.

A l’origine, les deux anciennes PDG faisaient plutôt partie de l’aile modérée du parti républicain, élément important pour espérer l’emporter dans un Etat qui penche plutôt côté démocrate. Mais la campagne, sous l’influence des éléments les plus extrémistes du parti républicain et des « tea party », les a poussées vers la droite dans des primaires où ce sont souvent les éléments les plus engagés qui se déplacent pour départager les postulants de chacun des partis.

Le cancer de l’argent

Mais cette élection démontre également le pouvoir de l’argent sur la politique aux Etats-Unis. Alors que le coût d’une élection présidentielle en France est limité à une dizaine de millions d’euros, les deux candidates républicaines ont dépensé la bagatelle de 70 millions de dollars uniquement pour les primaires (le budget annuel de la marque L’Oréal en France !). Il n’y a pas de limite à utiliser sa fortune personnelle. The Economist a calculé qu’elles ont dépensé la bagatelle de 60 dollars par vote !

Ce constat pose un immense problème pour la démocratie étasunienne. En effet, il est difficile de ne pas considérer que les deux femmes d’affaires ont en partie « acheté » leur candidature. Les règles, ou plutôt, l’absence de règles, donne un pouvoir hallucinant à l’argent, instaurant de facto une forme d’aristocratie politique où les personnes riches disposent d’atouts colossaux pour emporter les campagnes électorales, d’autant plus qu’il est plus ou moins possible de dire ce que l’on veut…

Comme le raconte Paul Krugman dans « L’Amérique que nous voulons », ce problème est ancien puisque les républicains avaient dépensé l’équivalent de trois milliards de dollars d’aujourd’hui pour la campagne présidentielle de 1896 afin de faire barrage à un candidat démocrate un peu trop révolutionnaire, qui avait affirmé (à tort) : « vous ne crucifierez pas l’humanité sur une croix d’or ». Pour mémoire, les élections présidentielles de 2008 ont coûté plus de 2 milliards.

L’emprise de l’argent sur la vie politique aux Etats-Unis est une calamité démocratique. En l’absence de réforme du financement des campagnes électorales, il reste à espérer que les électeurs californiens arriveront à extraire leur jugement de l’influence des spots électoraux.

Commentaires

La réglementation du financement des campagnes, notamment au niveau fédéral (mais sans doute pour la plupart des Etats), s'attache surtout à limiter les contributions plutôt que les dépenses. L'idée est que le contributeur influence potentiellement le candidat. Bien sur, il y a moins de raisons de limiter les contributions sur fonds propres.
Si des réformes du financement sont à l'étude elles concerneront toujours les contributions, voire le "soft money", c'est à dire l'argent qui n'est lié qu'indirectement à la campagne et qui vise à pomouvoir un agenda donné ou un intérêt particulier.
En plus le fait d'avoir l'argent n'est pas toujours indispensable pour gagner, c'est plutôt l'inverse qui est vrai : les contributions vont à celui qui à le plus de chances de l'emporter.

Un autre problème à mon sens important est le charcutage électoral, qui fait que beaucoup de circonscritions législatives sont taillées sur mesure pour le représentant sortant et donc peu disputées. (Mais ça ne s'applique pas au gouverneur et sénateur qui concernent l'Etat entier).

Écrit par : Olivier | 25/06/2010

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