10.07.2010
Une sortie, très relative et temporaire, de la crise est possible
Que va-t-il se passer ? Allons-nous vers une nouvelle et rapide crise, comme l’annonce le GEAB cité par Philippe Cohen et comme le sous-entend Paul Jorion ? Et si le système arrivait à s’équilibrer quelques temps fût-ce au prix d’une croissance atone…
D’accord sur l’essentiel
Avant d’analyser les points de désaccord, je crois qu’il est important de souligner que nous sommes d’accord sur l’essentiel, à savoir que le système économique actuel est à bout de souffre, qu’il produit des crises de plus en plus fréquentes et des injustices toujours plus criantes. Avec des nuances, nous faisons partie du courant de penser alternatif, rassemblant des libéraux humanistes, des keynésiens, des gaullistes ou des « alter-gauchistes ».
Nous pensons tous également que rien n’a été fait pour tirer les leçons de la grande crise que nous avons traversée, que l’anarchie économique n’a absolument pas été contenue. Par conséquent, le monde vogue vers une nouvelle crise économique, qui pourrait être provoquée par un défaut des Etats. C’est d’ailleurs la thèse que j’avais défendue dans ma série sur le Grand Choc de 2017, il y a un an et demi. En fait, subsiste des différences sur la vision des évènements à court terme.
L’apocalypse est-elle pour bientôt ?
C’est sur point, important il est vrai, que mon analyse diverge des prévisions du GEAB depuis une année, comme je l’avais exprimé en juin 2009, à raison pour l’instant. Pour être honnête, il y a bien sûr une possibilité d’explosion à l’automne prochain, si les marchés sont pris d’une nouvelle panique sur les dettes souveraines européennes. Mais, il y a le fond de soutien européen, qui permet de gagner du temps, et le niveau relativement bas de la bourse, qui protège d’un krach.
Si je ne mésestime pas le risque d’une crise à court terme, je crois qu’elle est peu probable et que le scénario qui devrait l’emporter est toujours celui qui semble se dessiner, à savoir une reprise mondiale qui sera beaucoup moins forte en Europe, qui sera le continent malade de la planète. Pas plus que je ne croyais aux trois vagues qui devaient amener les Etats-Unis et la Grande Bretagne au défaut en août 2009, je ne crois pas à l’accélération rapide de la crise prévue par le GEAB.
Pourquoi il faudra, sans doute, attendre
En 2006, le GEAB avait vu juste sur la crise, sur l’effondrement du dollar, comme d’autres également (Maurice Allais, Jean-Luc Gréau, Joseph Stiglitz, Paul Jorion…). Malheureusement, depuis, le GEAB s’est fait une spécialité d’annoncer l’apocalypse pour les prochains mois, tous les trimestres, sans que cela ne se passe. Car si ces arguments sont justes (persistance d’un fort chômage, fin des plans de soutien, hausse probable des impôts), le GEAB manque de nuance.
Il tend trop souvent à négliger les facteurs qui pourraient mitiger leurs scénarios, comme je l’avais signalé en juin 2009 : l’absence de réforme du système financier et le potentiel de hausse des marchés financiers qui peuvent produire une nouvelle bulle qui soutiendrait artificiellement la croissance, la forte croissance des pays émergents du fait du rattrapage technologique, la reprise de l’emploi outre-Atlantique et, pour l’Europe, l’affaiblissement de l’euro, même s’il est insuffisant.
Il est fort possible que l’Europe se dirige vers fausse reprise, avec une croissance limitée à 1% par an dans les années à venir, une répétition des années 2000, en encore plus médiocre. Nous ne serions pas techniquement en récession, mais le chômage resterait élevé, les bas salaires stagneraient pendant qu’une offensive sans précédent contre l’État Providence serait menée au nom de la baisse des déficits publics. La crise ne viendrait que plus tard. 2 ans ? 5 ans ? 10 ans ?
Ma conviction est que nous allons devoir encore un peu attendre. Et c’est peut-être souhaitable tant les conséquences d’une nouvelle crise serait imprévisibles. Cela laisse une chance à une réforme du système à froid, si les citoyens élisent de vrais défenseurs d’une politique alternative.
11:13 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : geab, philippe cohen, paul jorion, maurice allais, joseph stiglitz, jean-luc gréau, crise économique




Commentaires
@Laurent
Tout est affaire de sémantique au final puisque si l'on analyse certains chiffres le continent est toujours récession. La consommation d'énergie en France a par exemple diminuée de plus de 5.2% du jamais vue depuis 1975 et le choc pétrolier.
http://www.ginjfo.com/Publics/Actualites/Bilan-energetique-de-la-France-en-2009-:-Une-baisse-historique-depuis-1975-5427.html
A mon avis cela indique que les chiffres officiels du PIB en France et dans la plupart de pays industrialisés ne sont plus très fiables. Quand la consommation d'énergie baisse beaucoup plus vite que le PIB sans changement dans la technique c'est qu'il y a quelque chose de curieux dans les stats officiels. On peut rajouter les chiffres de Shadowstat qui utilisent les anciennes méthodes de calcul du PIB ou de l'inflation aux USA et la réalité n'a plus rien avoir avec les chiffres officiels.
http://www.shadowstats.com/alternate_data
Que ce soit aux USA ou en Europe le chômage ne fait qu'augmenter malgré les efforts indécents pour sortir les chômeurs des statistiques. Aux USA les chômeurs de longue duré disparaissent automatiquement le taux réel serait de plus de 23% pratiquement autant que durant la grade dépression. Ce qu'il y a de drôle c'est que tant que le système médiatiques dit que tout va bien tout monde semble penser que tout va bien. On vit dans un univers Orwelien. On pourrait avoir des famines en France sans que nos médias n'en parle.
A titre personnel je continue a dire que nous ne sommes pas sortie de la crise et que d'ailleurs nous ne sommes jamais sortie de la crise des années 70. La crise actuelle est la continuation de la crise du système produit par la fin du système de Bretton-woods et la généralisation du libre-échange. On a juste traversé des période d'accalmies nourrit par des dettes, suivit par quelques périodes d'aggravation. La crise actuelle c'est la phase terminale d'une crise qui dure depuis plus de trente ans en réalité.
Écrit par : yann | 10.07.2010
@ Yann
Je suis d'accord sur le fond, à savoir que nous sommes sur la continuation d'une crise dont nous ne sommes jamais vraiment sortis. Il y a néanmoins deux visions pour le court terme :
- soit une violente réplique de 2008, potentiellement encore plus forte (ce qu'annonce sans discontinuer le GEAB depuis des mois)
- soit une phase de "normalisation" avant un nouveau krach, qui interviendra dans le moyen terme, ma position
Après, cela n'enlève rien à l'analyse des immenses carences du système. C'est qu'au contraire, il met en place des mécanismes de résistance, comme le traitement statistique du chômage que tu mets bien en avant.
En France, le taux de chômage est calculé sur une base de 2,69 millions de chômeurs mais d'autres statistiques (officielles...) parlent de 4 millions de chômeurs (15% de la population active). Voilà le drame humain, le Munich Social auquel les tenants de la pensée unique nous condamne depuis 20 ans...
Écrit par : Laurent Pinsolle | 10.07.2010
@ Laurent
Je sors de ma torpeur estivale pour regretter une fois de plus que tu accordes autant de crédit (sans jeu de mots) à P.Jorion. Dans ta réponse à Yann, tu parles des énormes carences du système. P.Jorion ne les connaît pas puisqu’il défend une théorie de la monnaie totalement erronée. Et il ne s’agit pas ici de pinailler sur des détails mais de comprendre le système pour proposer des solutions. Comment peux-tu considérer quelqu’un qui prétend que les banques commerciales ne créent pas de monnaie comme crédible ? Comme l’a démontré Pierre-Noël Giraud et d’autres, la recherche de la croissance et le système bancaire actuel basé sur le crédit et la création monétaire expliquent la récurrence des crises. C’est un point fondamental et, à moins de démontrer le contraire, indispensable à prendre en compte si l’on veut proposer des solutions.
Objectivement et sans que je ne me prononce sur ses intentions réelles, Jorion sert de paravent au système bancaire bien content d’utiliser ce type pour masquer son pouvoir réel et engendrer encore plus d’opacité.
Tu m’as dit que tu étais têtu et que je ne te ferai pas changer d’avis. J’en suis vraiment désolé car en accordant autant de publicité à ce type, tu joues contre ton propre camp.
Et je ne parle même pas de la manière dont ce monsieur envisage le dialogue avec ceux qui ne partagent pas ses idées.
Écrit par : RST | 10.07.2010
@RST
Enfin j'ai quand même lu un texte de Jean Luc Gréau sur le blog de Jorion récemment vue l'audimat du blog je trouve ça plutôt bien. tu sais on est trop peu nombreux pour faire la fine bouche, Jorion il est à coté de la plaque sur la monnaie mais il participe aussi à un réveille des consciences. Après les gens qui ont un peu de jugeote finiront par se lasser du nouvel apôtre, mais ils auront peut-être alors ouvert les yeux sur des problèmes dont ils n'avaient pas conscience jusqu'alors. Ils se tourneront alors vers des voies alternatives réellement réfklchit. Dans le même genre ont peut remercier Sarkozy d'avoir pour des raisons électoralistes mis à fin à l'ostracisme concernant le protectionnisme. Tout comme je remercie Artus d'avoir récemment fait part du besoins d'augmenter les salaires et de dévaluer la monnaie, et ce même si je suis pas totalement d'accord avec lui, loin s'en faut:
http://lebondosage.over-blog.fr/article-patrick-artus-veut-augmenter-les-salaires-53524644.html
On ne changera pas les mentalités d'un coup çà se fait petit à petit.
@Laurent
Le GEAB est un organisme européiste en lisant leurs textes j'ai souvent l'impression qu'il voudrait que l'Europe joue le rôle des USA ce sont des espèce de néoconservateur pro-européens en quelque sorte. Ça se voit notamment avec leurs attaques permanentes sur la GB ou même la Suisse et les pays non-membre de l'euro qui pourtant s'en sortent mieux que nous. La balance commercial de la GB s'est pourtant nettement redressé grâce à la dévaluation mais çà le GEAB ne veut pas le voir. Ils défendent une Europe supra-nationale et mettent tout les problèmes sur le dos des nations qui agiraient de façon trop égoïste, comme les marxistes ils cherchent à plier le réel à leur idéologie. C'est pour cela qu'il faut prendre leurs analyses avec des pincettes même si elle sont souvent intéressantes bien sure.
Écrit par : yann | 10.07.2010
@ RST
En même temps, je lis toutes les semaines The Economist, j'en parle beaucoup, souvent en les critiquant, mais parfois en approuvant certaines de leurs prises de position. Idem pour le Monde ou le Figaro. On ne peut tout de même pas uniquement parler des gens avec lesquels on est 100% d'accord, si tant est que cela existe. Je n'ai jamais dit que j'étais d'accord avec tout ce que disent tous les gens que je cite. Devrais-je ne plus citer Stiglitz parce qu'il pense que la solution à la crise européenne est d'aller vers plus de fédéralisme. Je pense que non. Pourtant, à mes yeux, c'est une erreur d'analyse majeure... C'est la même chose pour le GEAB. Ils ont fait de bonnes prédictions. Ils se sont plantés pour d'autres... Bref, il faut prendre toutes les opinions avec du recul.
D'ailleurs, c'est aussi vrai de ce que j'écris. Dans le Grand Choc de 2017, j'ai fait de bonnes prédictions (la bourse et la "reprise" en 2009) et d'autres beaucoup moins bonnes (réélection de Brown, sans doute les élections de l'automne 2010 aux Etats-Unis, Bayrou en 2012...)
Je peux être en désaccord avec Jorion sur les questions monétaires mais sur d'autres sujets, je persiste à le trouver très intéressant.
@ Yann
Très juste.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 10.07.2010
@ Laurent & Yann
Je ne suis absolument pas d'accord. Cela vient peut être du fait que j’accorde trop d’importance au rôle de la monnaie mais tant que l’on ne m’aura pas démontré que je me trompe, je maintiendrai que P.Jorion est un dangereux personnage.
Il ne s’agit pas de désaccords philosophiques, politiques ou rhétoriques sur des prises de position ou des prédictions, il s’agit de savoir objectivement si nous comprenons tous le système de la même façon. C’est indispensable comme base de départ pour ensuite discuter des solutions, même si on est en désaccord. Or pour faire une comparaison vaseuse, P.Jorion maintient que la terre est plate alors que tout le monde sait qu’elle est ronde. On fait comment pour discuter à partir de là ? Comment discuter du bien fondé du « 100 % money » avec quelqu’un qui prétend que nous y somme déjà et que M. Allais n’a rien compris ?
Le problème est trop fondamental pour dire ok, il divague sur un sujet fondamental mais il dit des choses intéressantes par ailleurs. Comme quoi d’ailleurs ? Sa proposition de constitution pour l’économie ? Cela reste un principe qu’il n’a jamais développé. Sa proposition d’interdire les paris sur les prix ? Pourquoi ne pas interdire la cupidité pendant qu’on y est ?
Et puis je trouve insupportable sa façon de procéder en interdisant à ceux qui ne sont pas d’accord avec lui de s’exprimer sur son blog.
Marine Lepen aussi dit des choses intéressantes et pourtant Laurent, tu la diabolises et refuses de la considérer comme un interlocuteur valable.
Je ne veux pas tomber dans la théorie du complot mais je trouve surprenant que ce charlatan soit invité partout y compris par Elkabbach ! Et quant au fait que Gréau a publié un texte chez lui, je pense que cela fait plus de publicité à Jorion qu’à Gréau.
Écrit par : RST | 11.07.2010
@ RST
Décidément, je crois que cette polémique va durer...
Je persiste. Jorion a fait une très bonne analyse du volet financier et immobilier de la crise. J'aime beaucoup la conclusion d'un de ces livres où il compare la libéralisation à une sorte de retour à l'état de nature, un recul de la civilisation. Bref, il y a beaucoup de choses intéressantes chez lui.
La comparaison entre MLP et lui est non avenue. Marine Le Pen ne produit pas des analyses inédites ou qui éclairent d'une lumière différente notre économie. En outre, à mes yeux, elle est extrémiste et extrémiste, ce qui autrement plus grave à mes yeux que d'avoir une vision fausse de la monnaie...
Comme je l'avais déjà écrit, Jorion, c'est comme un ophtalmo qui parlerait de cardiologie à tort. Voilà. Mais cela ne rend pas ses analyses sur l'ophtalmologie moins intéressantes.
Et puis, Rémi, comme je l'ai dit dans mon commentaire, je ne vois pas pourquoi je ferai un embargo sur Jorion et pas sur le Monde, le Figaro, The Economist et consorts ? Après tout, ils ne reconnaissent pas l'impact du libre-échange sur le chômage et le pouvoir d'achat. Une source n'est qu'une source. Ce n'est pas parce qu'on la cite que l'on adhère à tout ce qu'elle dit.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 11.07.2010
Laurent,
on va arrêter là, je ne veux pas polluer ton blog.
Nous ne sommes pas d'accord sur le niveau d'importance de la chose. Toi tu considères qu'il s'agit de différences d'opinion et moi d'une totale incompréhension du fonctionnement du système bancaire.
Ta comparaison finale ne tient pas la route. L'impact du libre échange sur le chômage est sujet à interprétation, pas les mécanismes de création monétaire.
Écrit par : RST | 11.07.2010
Une dernière chose (je ne peux pas m'en empêcher): si ton ophtalmo prétend, à l'encontre de tous les cardiologues, que ce n'est pas le cœur qui fait circuler le sang mais l'oreille droite, un conseil: change d'ophtalmo ;-)
Écrit par : RST | 11.07.2010
Je partage votre sentiment mais ce que vous oubliez de dire ou plutôt de faire c'est un examen de conscience!
Vous avez été un partisan des politiques de relance conduites à travers la planète,des politiques calamiteuses qui n'ont pas simplement repoussé les problèmes mais condamné les peuples à la déchéance sociale et financière.
Début 2009 j'écrivais sur ce blog que la relance était illusoire,pire qu'elle précipiterait des désordres plus graves encore.
Le piège s'est refermé,les imbéciles qui nous gouvernent nous imposent une crise "perpétuelle"(qui immanquablement se terminera par un effondrement total).
"Une réforme du système à froid(...)"
Comment raisonnablement penser que l'on puisse régler une crise de surendettement par encore plus d'endettement(et de création monétaire puisque vous êtes aujourd'hui partisan de l'école zimbabwenne).
Et j'ai déjà écris ce que je pensais de vos "18 propositions"...
Comme il ne fallait pas "sauver" les banques il ne faut pas aujourd'hui sauver les Etats,en réalité encore une fois sauver les banques(condamnées!)...
La France devrait prendre l'initiative et organiser la répudiation de la dette publique(dans notre pays une tradition séculaire...),la liquidation du système bancaire.
PS:2017?
Vous êtes d'un naturel optimiste,je pense que le désastre est programmé pour l'année prochaine ou peut-être 2012.Ceci dit il faut bien noter un paradoxe stupéfiant,quand la peur saisie les "marchés" l'argent abonde vers l'obligataire américain,le pays le plus endetté de toute l'histoire se finance alors sans mal,à des taux très avantageux.En d'autres termes Bernanke peut continuer son petit manège pendant encore un moment.
Mais la fin de l'histoire est écrite,et en attendant les entreprises se débattent avec leurs difficultés( financement,marché atone,désordres monétaire)et les populations sont pris en tenaille par le chômage et l'inflation.
Écrit par : Balthazar | 11.07.2010
Personnellement, je me contrefous du statut à reconnaître à l'économiste autoproclamé qu'est Jorion. Je ne rentrerais donc pas dans vos débats.
Je veux juste réagir sur le billet pour demander à Laurent s'il n'occulte pas la problématique des plans de rigueur et de leurs effet récessif. Avec un déficit de 8% du PIB, notre économie est toujours sous perfusion. Il suffirait que le swap avec la RFA augmente à la rentrée pour que la France soit obligé de tailler méchamment dans les dépenses et/ d'augmenter les impôts.
Le plan de sauvetage mis en place protège les Etats ... heu non pardon, les marchés financiers, contre le risque de défaut, mais pas du tout d'une défiance des marchés qui les obligerait à opérer une purge plus vite que prévue. Compte tenu de l'état de notre économie, c'est à mon avis, ça qui ferait le plus mal.
Sinon, j'aime beaucoup le premier paragraphe où il est dit que le système à bout de souffle produit des crises récurrentes. Il y a quelque chose de l'oxymore dans cette phrase :-) En principe un système produit un équilibre stable et la crise est soit un choc temporaire, soit le moment où on passe d'un système vers l'autre. Or, en ce moment, le système se manifeste par ce qu'on appelle la crise, à tel point que les expression "sortir de la crise" et "sortir du système" sont devenus des synonymes !
Écrit par : Malakine | 11.07.2010
@Laurent
Tu devrais tenter de développer sur le blog de Jorion (par exemple en commentaire de http://www.pauljorion.com/blog/?p=13374 ) une proposition d'interdiction de création monétaire par les banques commerciales, et le transfert de cette création à la banque Centrale notamment en ce qui concerne les besoins de financement de l'État.
Nous pourrions peut être avoir une "ouverture" qui permettrait de mettre Jorion qui actuellement "fricote" avec les verts de notre coté...
Écrit par : A-J Holbecq | 11.07.2010
tout à fait d'accord avec RST
le fait que Jorion ait décrit correctement le mécanisme des subprimes ne le dédouane point des énormités ridicules qu'il a soutenues à propos de la monnaie, énormités destinées probablement à occulter le rôle des banques dans la crise
le voir encore pris comme référence, après la polémique qu'il a suscitée, c'est assez troublant...
Écrit par : vasco | 12.07.2010
Jorion a peut-être fait une bonne analyse des subprimes, mais enfin il ne s'agit là que d'une des mèches possibles du déclenchement de la crise.
La crise a d'autres fondements auxquels il ne s'est intéressé qu'après, et d'abord en amateur (il suffit de voir ces hésitations récentes sur la monnaie et certains faits monétaires) .
Bien sûr si comparer la libéralisation à un (hypothétique) retour à l'etat de nature (imaginaire, à mon avis) , et à un recul de la civilisation (ce qui signifierait que la civilisation commence en 1945 ?) , te suffit , Laurent , alors fort bien ... ;)
Personnellement je trouve cette analyse très primitive , à la fois sur le fond (L'état mutualisateur et décideur total prenant en charge des individus dépossédés d'eux même au nom du Collectif, est-il vraiment un radieux avenir de l'homme ?) , et également dans la forme (La dérégulation des années 80 s'est aussi accompagnée d'une socialisation , mutualisation et réglementation sans précédent dans l'histoire de l'humanité).
L'idée de mettre Jorion de notre côté ou de penser qu'il participe à un combat commun pour des idées qu'il me semble partager avec vous est erroné.
Jorion est au fond, derrière la dentelle plus ou moins critique des mots, un européen , tenant de la monnaie unique, globaliste, acquis d'emblée aux thèses du giec, anti-protectionniste, fondamentalement keynésien ...
Il n'y a pas mal à croire à tout cela , mais le gênant est qu'il avance plutôt masqué sur ces questions là , sous couvert d'une illusoire liberté de parole et de réflexion qui se présente sous la forme d'une expression modérée, d'une ouverture culturelle , et des signes constants de bienveillance et de gentillesse ... (même dans l'admonestation sourcilleuse)
C'est ce contraste , -même si l'homme lui-même n'est pas en cause-, lorsqu'on l'a bien décelé, qui provoque quelques réactions basées sur le sentiment d'avoir été dupé .
Bien entendu Jorion n'a pas à être ostracisé puisqu'il est tout bêtement victime de ses ambiguïtés et de sa prétention à délivrer la vérité en 10 leçons en son blog participatif , sur des domaines en dehors de sa formation initiale , alors que des chercheurs y passent leur vie.
Il aura donc longtemps cette mauvaise réputation accrochée à son dos, même si , en stratège prudent , (comme tous les génétiquement consensualistes rationalistes judéo-chrétien un poil jésuites) , il cherche ensuite par en dessous, à renouer les fils du sacro-saint dialogue avec certains de ces déçus -enfin ceux qui comptent ...- .
Bref, comme vasco, et même si la personne même de Jorion n'est pas en cause, je trouve , comme pas mal de personnes, que le voir pris en référence paraît pour le moins curieux .
Écrit par : Oppossum | 12.07.2010
@Oppossum
Juste une remarque sur ce que vous avez dit pour qualifier le "jorionnisme". Je ne crois pas du tout qu'il soit keynésien et par keynésien, je pense à ceux qui se réfèrent aux réflexions de Keynes pas aux post-keynésiens qui sont pour moi une bande d'escrocs qui ont usurpé la pensée de Keynes. Keynes prônait le protectionnisme et des politiques contra-cyclique à l'abri de barrières douanières ou complétés de dévaluation. Keynes ne prônait pas les relances n'importe comment, sous n'importe quelle condition. Comme il le disait lui même "Quand les faits changent, je change mon point de vue".
Personnellement je pense que Jorion et François Leclerc son sbire sont plutôt des marxistes, et effectivement ils avancent masqués. Alors je sais bien que chez certains on ne fait pas la distinction entre marxiste et keynésiens mais croyez moi c'est le jour et la nuit notamment sur la question nationale. Pour les marxistes la nation n'existe pas, c'est juste une truc voué à disparaitre et à défendre l'intérêt des classes dominantes. Car la seule chose qui existe pour eux ce sont les rapports de classe et tout se ramène à çà. Et comme ils n'aiment pas les nations il n'aiment pas les frontières et ils rejoignent sur bien des points leurs cousins libéraux. Il n'y a aucune chance pour qu'une solution à la crise actuelle sorte d'un esprit marxiste, à moins qu'il sorte de son cadre de base à savoir que peut-être les rapports de classe ne font pas tout.
Écrit par : yann | 12.07.2010
Oui Yann, il me semble que vous avez raison pour keynes ... qui n'a jamais été ... post-keynésien ! Mais difficile de savoir ce qu'il aurait prôné 30 à 50 après son décès !
C'est d'autant plus difficile de porter un jugement qu'il semble que la victoire (et la responsabilité) appartienne au batard 'consensus monétaire' des années 80 à nos jours, ou monétarisme et keynésianisme se conjuguent dans leurs plus mauvais aspects (Masse monétaire non contrôlé en fait + culture du déficit et de l'endettement = fuite complaisante devant les contradictions )
Pour ce qui est de Jorion, il me semble au fond plutôt keynésien , au moins par défaut , lorsqu 'on est au pied du mur , encore de dans son esprit les choses soient primitivement simples : puisque la richesse semblent s'être concentrée (pour lui c'est la seule explication à la crise), il faut la dé-concentrée en l'enlevant de ces mains là !
Bon, il ne dit pas , ni qu'il s'agit en réalité de la concentration d'une illusion de richesse (qui rapporte bien cependant) , ni comment il serait possible d'aller le leur reprendre, aux riches !
C'est vrai qu'on pourrait penser que Jorion est vaguement marxiste, là, -même de façon inconséquente- , et ceci d'autant plus qu'il renforce cela par une analyse des rapports sociaux et notamment du marché et de la formation des prix , comme déterminés par des rapports de pouvoir. C'est quand même là un socle vulgaire indéniable du marxisme.
Néanmoins, cette rigueur aux allures froides et implacables semble se réclamer plus d'Aristote que de Marx, ce qui lui permet de faire l'économie des conséquences politiques qui le rapprocheraient alors effectivement d'une gauche très rougeoyante.
Le marxisme de Jorion est donc une coquetterie , me semble-t-il . Comme beaucoup d'intellos, on aime à s'encanailler un peu avec la radicalité du père Marx, pour prétendre le dépasser soit par du post-modernisme , soit par un retour au source soit au XVIIe , ou dans l'antiquité. (Il n'a pas tout vu, il n'a pas tout inventé, mais ça et là , il a vu juste)
D'ailleurs la veine profonde de Jorion est un certain universalisme globaliste multi-culturel humaniste et pacifiste , mélange cartilagineux dont le seul avantage est à mes yeux une certaine modération et le primat de l'individu, bien que ce soit un individu imaginaire réduit à sa seule composante d'un social idéaliste , magnifié , artificiel et fusionnel !
PS/ je n'ai rien contre l'espèce protégé des marxistes : j'adore Jérôme Leroy!
Bon allez, tout ça c'est pour de rire !
Écrit par : Oppossum | 12.07.2010
@ Tous
Sur Jorion, je persiste, je ne vais pas arrêter de le lire ou de le citer, même s'il dit des énormités sur certains sujets. Je vous rappelle que je lis The Economist toutes les semaines, et pourtant, dieu sait le nombre d'énormités que je peux en lire (le libre-échange apporte forcément de la croissance, le protectionnisme est le mal absolu...). Je crois que Jorion est une source intéressante à lire. Il participe en partie à notre combat. Et de toutes les façons, je n'ai jamais dit que j'étais d'accord avec tout ce qu'il dit...
On ne va tout même pas établir une liste des gens qu'il nous est autorisé de lire et citer !
@ Malakine,
Complètement d'accord sur le risque de défiance des marchés, notamment pour la France. En même temps, les marchés pourraient voir d'un oeil positif le fait de soumettre la France à un plan de rigueur plus dur, du moment que les profits des grandes entreprises ne souffrent pas trop...
@ Yann
Merci pour les précisions.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 13.07.2010
Non, Laurent le combat de Jorion n'est pas le mien, ne serait-ce que parce qu'il pratique la censure. Quel genre de société nous promet-il avec de telles pratiques ?
Encore une fois, il n'est pas question d'être d'accord sur tout avec tout le monde mais de partager un minimum de choses sur les questions essentielles. Ce n'est pas le cas ici.
Il y a assez de gens intéressants qui analysent et proposent des choses pour que nous ne fassions pas appel à ceux qui sont sujet à polémique et qui peuvent entrainer des divisions inutiles.
Je ne sais pas qu'elle est ta pratique de Jorion en dehors de ses bouquins. Je l'ai suivi sur son blog et il se comporte réellement comme une sorte de gourou.
Il est capable de parler tout à la fois d'économie, d'anthropologie, de philosophie, de physique quantique, j'en passe et des meilleurs. Ce type est, soit un génie, soit un charlatan. Tu te doutes que je n'adhère pas à la première hypothèse !
Écrit par : RST | 13.07.2010
@ RST
Attention, je n'ai pas dit que je partageais son combat, mais qu'il "contribue en partie à notre combat".
Écrit par : Laurent Pinsolle | 13.07.2010
Écrire un commentaire