30.07.2010

Ce que les réponses à la crise disent des priorités de nos sociétés

La crise que nous traversons est un immense révélateur des priorités que suivent nos sociétés. Jamais n’ont été exposés aussi crûment les privilèges des banques et des grandes entreprises par rapport aux citoyens. Nouvel exemple donné par The Economist.

De la politique budgétaire et monétaire

Lors d’une crise, plusieurs réponses sont possibles pour l’Etat. Le premier réflexe est souvent une baisse des taux d’intérêt. Cette baisse a plusieurs conséquences. La première est de gonfler les marges bénéficiaires des banques. En effet, ces dernières peuvent emprunter à court terme auprès de la banque centrale (1% ou moins aux Etats-Unis et dans la zone euro) pour ensuite prêter à plus long terme aux particuliers, aux entreprises ou aux Etats en empochant la différence.

Les premiers bénéficiaires des baisses de taux sont donc clairement les institutions financières. Et si les banques centrales sont toujours promptes à baisser les taux en cas de baisse des marchés, c’est parce que les marges supplémentaires ainsi dégagées permettent de compenser en partie les pertes des banques sur les marchés. Bien sûr, les particuliers, les entreprises et les Etats peuvent aussi y gagner si les taux longs ont tendance à baisser (ce qui est souvent le cas).

Les plans de relance budgétaire ont en général un bénéfice plus large pour la société. Les baisses d’impôt profitent aux bénéficiaires mais elles ont tendance à n’être que très partiellement dépensées, ce qui limite grandement l’efficacité de ces mesures. Les économistes préfèrent en général les dépenses d’investissements, qui ont l’avantage de ne pas être récurrentes, et qui ont un effet direct sur l’emploi et l’activité, comme on a pu le constater aux Etats-Unis.

Ici le bénéfice est plus largement distribué. Les citoyens bénéficient de l’amélioration du marché de l’emploi. Si le taux de chômage reste à un haut niveau aux Etats-Unis, il a cessé de progresser et a même entamé une légère baisse. L’amélioration du climat économique profite directement à l’ensemble des entreprises qui voit leur activité dynamisée par l’intervention de l’Etat ainsi qu’à l’ensemble des banques qui voient les remboursements de leurs prêts stabilisés.

La priorité donnée à la finance

Les réponses à cette crise traduisent bien les priorités (conscientes ou inconscientes) de nos dirigeants. Aux Etats-Unis, l’Etat a mobilisé autant d’argent pour sauver les banques que l’économie (environ 800 milliards de dollars), ce qui démontre l’importance démesurée et déraisonnable du secteur financier. Beaucoup s’étaient émus à l’automne 2008 du fait que l’Etat sauvait les banques sans rien faire (ou presque) pour les ménages qui voyaient leur maison saisie, révélant une priorisation proprement inhumaine.

En effet, comment ne pas être révolté par un système où les banques, pour faire des profits supplémentaires, ont accordé des prêts extravagants à des individus et que le retournement du marché a rendu insolvables, puis que ces derniers soient sanctionnés par la perte de leur logement alors que les banques sont sauvées sans quasiment la moindre sanction. Dans quelle société vivent les Etasuniens pour accepter une telle injustice ?

Pire, après une phase où les Etats ont cherché à plus ou moins relancer l’économie en ouvrant les vannes de la dépense budgétaire, nous entrons dans une seconde phase où les Etats ont choisi l’austérité budgétaire pour réduire les déficits et chercher à maîtriser un endettement qui a explosé. En parallèle, la politique monétaire devrait rester très accommodante pour contrebalancer l’effet dépressif qu’auront les politiques budgétaires dans les prochaines années.

Mais le résultat d’une telle politique est un nouveau blanc-seing pour la finance, qui va profiter d’un financement à très bon marché pour de nombreuses années, après avoir été secouru à coup de milliards alors que les citoyens, qui n’étaient pas responsables de la crise, après avoir souffert de ses conséquences (chômage, pouvoir d’achat) vont souffrir d’une politique budgétaire restrictive  dans les années à venir. Décidemment, les banques gagnent toujours à la fin.

Un peu de recul permet de percevoir cette injustice fondamentale d’un système qui ne sert que les intérêts des banques et des grandes entreprises, qui seront toujours secourues par l’Etat en cas de besoin et des citoyens qui se retrouvent à payer la note de leurs erreurs.

Commentaires

Bien que ce soit un peu "hors sujet" je voudrais rappeler le problème des achats étrangers en Europe
Souvenez vous des achat chinois de docks au port du Pirée , du rachat de Volvo , du rachat du réseau de distribution électrique Britannique de EDF par le milliardaire de Hong Kong , et il y a peu, 7% du Club Med.

Je pense qu'il faudrait interdire le rachat de plus de 49% des actions et droits de vote de n'importe quelle société ou actif sur le sol français

Écrit par : A-J Holbecq | 31.07.2010

Effectivement le système monétaire et bancaire est profondément vicié en faveur des grandes banques, des grandes entreprises et des Etats.

Cela n'est pas le fruit du hasard, mais bien une tendance lourde ici et aux USA d'une alliance objective entre Etats et Banques.
Les Etats ont toujours besoin de plus d'argent pour financer leurs guerres ou leurs arrosages électoralistes.
les banques ont besoin d'un filet de sécurité para-étatique.

Tout cela ne se produirait pas dans un système libéral ou les banques deviendraient des entreprises privées comme les autres. Et la monnaie, un actif respectant les droits de propriétés.

Cette crise sera peut être l'occasion de remettre à plat le système monétaire et bancaire.

Écrit par : La monnaie pour les débutants | 01.08.2010

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