02.09.2010

Luc Châtel : un fiasco et une promesse

Aujourd’hui, c’est la rentrée et elle est chargée pour le ministre de l’éducation. Outre un fiasco calamiteux dans la production des manuels scolaires pour les élèves de seconde, il lance une initiative bienvenue pour lutter contre les incivilités à l’école.

Un immense fiasco

C’est une nouvelle preuve de l’amateurisme terrifiant du gouvernement : les manuels scolaires des élèves de seconde ne sont pas prêts à temps pour la rentrée. Du coup, le ministre se retrouve à devoir mettre en ligne les dits manuels, oubliant qu’une partie encore importante de la population n’a pas accès à Internet, ce qui va pénaliser des millions d’élèves, qui n’auront pas de support papier pour étudier chez eux. Un tel plantage pour une rentrée scolaire semble inédit puisqu’aucun média n’a cité de précédent et qu’un tel épisode ne me rappelle aucun fait comparable.

C’est bien la méthode du gouvernement qui est en cause, illustrant des travers malheureusement bien connus. La déconnexion avec la réalité est sidérante : en effet, les programmes ont été validés fin avril, ne laissant que quatre mois aux éditeurs, alors qu’il leur faut en général un an pour produire un nouveau manuel scolaire.  Le bon sens aurait commandé de repousser la réforme d’un an. En outre, il y a fort à parier que dans ces conditions, les manuels comporteront un certain nombre d’erreurs du fait d’un temps de développement trois fois plus court que la normale.

Une promesse d’ordre

En revanche, j’ai suffisamment dénoncé la chienlit à l’école pour me réjouir des dernières initiatives du gouvernement en matière d’ordre à l’école. Plusieurs choses devraient mises en place. Même si le détail des mesures manque, je considère qu’il est extrêmement positif de créer des établissements spécialisés pour les élèves les plus difficiles. Il faut absolument les séparer du reste des enfants, à la fois pour sanctionner leur comportement, pour faciliter leur remise dans le droit chemin (impossible s’ils sont maintenus dans le même établissement) et améliorer les conditions d’étude des autres.

Une telle mesure permettra de montrer aux enfants que la République, c’est aussi des devoirs et que la société est capable de sanctionner et de mettre des limites aux incivilités, au lieu de les subir comme elle le fait aujourd’hui. C’est pourquoi il est également très positif de sanctionner toute violence verbale, notamment avec des mesures d’utilité collective. En ne sanctionnant pas assez les incivilités, l’école créé un précédent fâcheux où la République laisse faire les petits caïds et ne se fait pas respecter. Il est vital de mettre un coup d’arrêt à ces dérives tolérées depuis trop longtemps.

Luc Châtel passe du pire au meilleur. Le pire avec ce désordre scolaire provoqué par l’absence des manuels de seconde pour la rentrée. Le meilleur quand il semble vouloir enfin mettre un frein à la chienlit scolaire. Espérons que sur le second point, il ne s’agisse pas juste d’effets d’annonce. 

Commentaires

Il est vrai que tout le monde n'a pas accès à internet, mais enfin quand il s'agit de réseaux sociaux, de téléchargement ou autres activités ludiques, la classe d'age des secondes trouve tous les moyens d'éviter cette fracture numérique ...

"Immense fiasco" est très légèrement excessif ...

Je pense que repousser la réforme d'un an était peut-être plus compliqué qu'on l'imagine et peut-être coûteux à plusieurs titres. J'imagine également que les lenteurs du mammouth central y sont probablement également pour quelque chose.

C'est vrai qu'il y a un certain amateurisme du gouvernement qui provient certainement de la méthode Sarko.
D'un autre côté le nombre de réformes surpréparées et qui en fin de compte ne fonctionnent pas ... ou bien ne règlent rien à force d'avoir pris en compte les contraintes et les avis de tous ...

Écrit par : Oppossum | 02.09.2010

Avez-vous entendu parler de deux autres projets de Luc Chatel :

1 - Supprimer tous les livres à l'école ?
2 - Supprimer l'Histoire de France au profit de l'histoire des civilisations africaines ( qui sont de vraies civilisations, d'ailleurs, personne de sérieux ne le conteste ) ?

Personnellement, je ressens ça comme la volonté clairement affirmée de créer des générations décérébrées et sans racines.

Écrit par : Sancelrien | 02.09.2010

Le problème des manuels s'était déjà posé l'an passé pour la classe de seconde il me semble. Je crois savoir qu'en math par exemple certains profs ont fait leur année sans manuel.

Écrit par : Jb | 02.09.2010

@ Oppossum

Quand même, ne pas avoir les manuels pour la rentrée, c'est quand même un très gros raté. D'ailleurs, personne ne semble avoir découvert de précédent... Et je trouve que cela montre l'amateurisme effrayant du gouvernement, qui ne s'améliore pas.

@ Jb

Merci pour l'info mais là, le problème concerne toutes les matières !

Écrit par : Laurent Pinsolle | 02.09.2010

Bonjour,

***Même si le détail des mesures manque, je considère qu’il est extrêmement positif de créer des établissements spécialisés pour les élèves les plus difficiles.***

Mais... ils existent, ces établissements. Tellement bien que j'y ai effectué quasiment toute ma carrière. Ou je devrais plutôt écrire "ils existaient", car avec l'escroquerie démagogique du "collège unique" et autres fadaises du même acabit, on a complètement démantibulé l'enseignement spécialisé.

On a joué sur des violons larmoyants l'air de "l'intégration à tout va", en forçant sur la corde "socio-pédagogique cucul"... et en masquant soigneusement le véritable objectif, bien moins glorieux : faire des éconocroques.

Et ces économies, on les a faites. Non contents de ne plus fournir aux jeunes fauves (inciviques, pré-délinquants, délinquants, violents, etc.) le cadre rigoureux dont ils avaient besoin, les puissants penseurs du ministère de l'EN les ont envoyés dans de paisibles collèges ; au grand dam des enseignants, certes, mais surtout des autres élèves. On a fait des économies de bouts de chandelle, on a joué le grand jeu de la démagogie, et il faudrait désormais dépenser beaucoup d'argent pour rétablir la situation. Et comme Maman République n'a plus de sous pour construire son avenir, on va encore nous présenter des projets fumeux et clinquants, aussi efficaces qu'un cautère sur une jambe de bois, mais bien enrobés.

Eh oui ! Selon une démarche désormais coutumière, on cherche à nous "revendre" un produit dont nous disposions, qui fonctionnait plutôt bien, mais qu'on nous a joyeusement saboté.

Et je vous rassure : ils y ont tous trempé, dans cette arnaque, la gauche comme la droite.

Insticateur : 35 ans en IME(*), IMP, IRP, SES, etc.

IME : Institut Médico-Educatif. Un établissement où l'on recevait (entre autres) les jeunes "perturbateurs". Au moins ceux-là ne mettaient pas le souk dans des collèges et des lycées... où l'on pouvait étudier.

Écrit par : Insticateur | 03.09.2010

Ma dernière fille vient d'effectuer sa rentrée en 2nde.
37 élèves ! Un emploi du temps bien rempli: j'y ai vu les 2 heures de "suivi personnalisé" transformées en une heure de soutien maths ou une heure de soutien français (comme annoncé par le proviseur en juin, il s'agira de soutien en petit groupe, donc pas pour tout le monde à la fois, idée utopique s'il en était).
Elle a rapporté des livres dans toutes les matières (sauf la physique et les sciences éco) mais ils sont tous vieux d'au moins 5 ou 6 ans (les profs se débrouilleront avec les modifs du programme).
Ses profs sont a priori des "anciens", elle a au moins évité de tomber sur les nouveaux reçus (ceux qui démarrent sans formation) à qui j'espère on évitera de fourguer des classes comme la 2nde où le programme a changé et qui n'ont même pas de livres "à jour" pour les guider.

Écrit par : Claribelle | 03.09.2010

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