09.09.2010
Santé, universités : quand le marché échoue aux Etats-Unis
Les libéraux et les néolibéraux affirment que la libéralisation et le marché pourraient être la solution à nos soucis dans presque tous les domaines, y compris la santé, la retraite et l’éducation. Malheureusement pour eux, les Etats-Unis montrent que ce n’est pas le cas.
Quand les universités dérapent
C’est The Economist, guère porté au collectivisme, qui a signé un papier très critique sur les universités étasuniennes, n’hésitant pas à les comparer aux constructeurs automobiles locaux avant leur chute. Pourtant, comme l’hebdomadaire anglais le souligne, ces universités dominent tous les classements internationaux, les étudiants se battent pour y entrer malgré un coût annuel proche de 40 000 dollars sans prendre en compte le logement et toutes les autres dépenses courantes…
Mais le portrait fait dans cet article n’est guère flatteur. Des étudiants qui travaillent de moins en moins (14 heures par semaine au lieu de 24 auparavant), des professeurs qui ne travaillent pas davantage (multipliant les congés sabbatiques et s’entendant tacitement avec les élèves pour ne pas se surcharger mutuellement), des dirigeants qui embauchent une administration pléthorique et font des travaux somptuaires pour le prestige de leur campus : voici les critiques du journal.
En fait, le prix semble être devenu un argument de vente, poussant toujours plus haut les frais d’inscription, dans une espèce de bulle où les frais supplémentaires ne rapportent rien de concret. Pour The Economist, les universités étasuniennes doivent se réveiller rapidement si elles ne veulent pas subir le sort des constructeurs automobiles de Détroit ! Et encore, le papier ne prend pas en compte l’effet très pervers de blocage de l’ascenseur social qu’évoque Paul Krugman.
Quand le système social dérape
Mais la libéralisation s’est également étendue au système de protection sociale, pour le plus grand malheur des Etats-Unis. Le système de retraite par capitalisation a montré toutes ses limites ces dernières années puisque les krachs boursiers et immobiliers ont réduit les retraites de certaines personnes à des niveaux leur imposant de se remettre à travailler, passé 75 ans. Ceci démontre la folie d’un système par capitalisation où les petites pensions varient avec le marché…
Mais ce n’est guère mieux pour la santé. Les Etats-Unis arrivent à la situation paradoxale où leur système, qui coûte au moins 50% de plus que tous les autres systèmes de santé du monde (France incluse) tout en ayant un résultat qualitatif très médiocre (la 37ème place sur le classement mondial de l’OMS). Bref, là encore, la libéralisation et le marché ne sont pas forcément la solution pour l’intérêt général. Les exemples abondent outre-Atlantique de disfonctionnements du marché.
Pour le système de santé, les raisons sont multiples. Le coût extrêmement élevé de la santé a plusieurs sources directement explicables par la libéralisation : l’explosion des frais de commercialisation, la marge bénéficiaire demandée par les actionnaires et l’envolée des coûts que peut provoquer un marché libre, comme l’illustre bien la situation des universités. Mais le pire est que pour la santé, l’efficacité n’est même pas au rendez-vous et 15% de la population en était exclue !
Bien sûr, la nationalisation n’est pas toujours la solution et le secteur public est loin d’être toujours efficace. Mais les libéraux devraient tout de même reconnaître que tel est aussi le cas de leur très cher marché, comme le montre bien la situation des Etats-Unis.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : etats-unis, the economist, universités, système de santé, retraites par capitalisation, retraites par répartition, oms




Commentaires
En ce qui me concerne , tout à fait d'accord !
A l'évidence, comme pour le communisme ou tout autre système qui confisque la créativité de la société civile au nom d'une puissance publique sensée représenter la somme des volontés individuelles, la vision d'une société transformée en grand marché ,est particulièrement idéologique et ne sert que les intérêts d'une minorité.
Mais enfin , les choses sont parfois complexes, et si l'on prend l'exemple des retraites, on voit l'avantage du système par répartition , il faut aussi bien voir que la déconnexion totale du niveau de vie des retraités dans leur ensemble , des conséquences de la crise , est , poussée un peu trop loin, assez mortifère pour les classes jeunes . A moins d'en faire les esclaves des seniors ... et de toutes les catégories à rentes fixes.
(Bon, d'accord , y'a qu'à prendre l'argent aux 'riches' ... ;) , mais en attendant ... )
Écrit par : Oppossum | 09.09.2010
En ce qui me concerne , tout à fait d'accord !
A l'évidence, comme pour le communisme ou tout autre système qui confisque la créativité de la société civile au nom d'une puissance publique sensée représenter la somme des volontés individuelles, la vision d'une société transformée en grand marché ,est particulièrement idéologique et ne sert que les intérêts d'une minorité.
Mais enfin , les choses sont parfois complexes, et si l'on prend l'exemple des retraites, on voit l'avantage du système par répartition , il faut aussi bien voir que la déconnexion totale du niveau de vie des retraités dans leur ensemble , des conséquences de la crise , est , poussée un peu trop loin, assez mortifère pour les classes jeunes . A moins d'en faire les esclaves des seniors ... et de toutes les catégories à rentes fixes.
(Bon, d'accord , y'a qu'à prendre l'argent aux 'riches' ... ;) , mais en attendant ... )
Écrit par : Oppossum | 09.09.2010
@Opposum
Il me semble que le problème fondamental est qu'on sectorise les activités et les comptabilités, en faisant des "arrêts sur image" de la circulation monétaire, et en oubliant que les dépenses des uns FONT les recettes des autres.
Le seul "bilan" qui importe est celui de la balance des échanges extérieurs (et c'est pour cela qu'il faudrait pousser à transformer l'OMC vers un système plus proche de celui de la Charte de la Havane)
Écrit par : A-J Holbecq | 09.09.2010
André-Jacques
je ne suis pas sûr de voir toutes implications de ta remarque judicieuse, et je me dis simplement que même si les dépenses des uns font les recettes des autres, à trop concentrer l'activité sur des services à la personne -même si , au fond il y a là une véritable qualité de vie supérieure à la production/consommation de biens largement inutile et vite obsolètes- , cela pourrait renforcer une sorte de dé-industrialisation qui me semble nocive et source de fragilisation du pays.
Bien, un mondialiste de gauche ou de droite ne raisonne pas en terme de pays, mais il y a peut-être d'autres arguments à m'opposer ?
Écrit par : Oppossùm | 09.09.2010
@Opposum
Mon "mondialisme" est dans le cadre d'une Charte de la Havane (ou équivalent) donc avec des équilibres des échanges entre chaque pays (coopération équilibrée) et je suis un peu inquiet au moment où nous risquons de finir par signer les nouveaux accords de DOHA de l'OMC.
Ceci dit tout à fait d'accord avec toi: il faut AUSSI assurer la production des biens de consommation "re-régionalisée" autant que possible, au moins ceux nécessaires à notre souveraineté. Il faudra donc taxer les importations à bas prix (TVAS) et les transports de marchandise "au km", mais simultanément supprimer toute TVA (TVA = 0%) sur des listes d'articles faisant parti d'un panier de nécessité qui pourrait être établi par des associations telles "60 m de consommateurs", pour tous afin d"éviter des effets de seuils toujours très néfastes.
Le gros problème (pour nous) reste à mon avis celui de l'énergie liquide ou gazière nécessaire pour le chauffage, les déplacements et l'industrie
Écrit par : A-J Holbecq | 10.09.2010
@ Oppossum
D'accord avec le point sur les retraites. Il ne s'agit pas non plus d'imposer une charge trop lourde mais on peut jouer sur beaucoup de facteurs, comme la fiscalité (TVA sociale) pour taxer notre consommation et non pas notre production (ce qui pénalise l'emploi).
Concernant Sarkozy et les affaires, mon papier de ce jour va traiter une affaire proche de ce qui se passait sous Mitterrand....
@ A-J H
D'accord avec la re-régionalisation et la re-localisation. C'est un moyen de se prémunir de graves crises. Que fera-t-on le jour où 50% de la production de blé se fera dans 3 pays et qu'il y aura de graves problèmes dans un ou deux de ces pays. Ce sera la famine ! Pour le bien-être de l'humanité, il est important de ne pas mettre ses oeufs dans le même panier concernant l'alimentation. La logique de concentration est suicidaire et porte en elle des risques colossaux.
Sur l'énergie, je suis plus optimiste. Je crois qu'avec les bonnes incitations (notamment une taxe carbone), le génie humain fera que des substituts au hydrocarbures seront trouvés.
Il me tarde de pouvoir discuter ce WE à Dourdan !
Écrit par : Laurent Pinsolle | 10.09.2010
Sur les universités, personne n'a jamais prétendu que les entreprises privées ne faisaient jamais d'erreur. Ce que disent les libéraux c'est qu'elles en payent généralement le prix (les banques font exception, grâce à l'intervention de l'Etat) ce qui leur donne le choix entre les corriger ou mourir. C'est exactement ce que dit l'article, certaines universités de l'Ivy League ont adopté des stratégies de prix haut qui vont leur retomber sur la figure.
En face, on a le système étatique français qui ne fait pas plus d'erreur mais qui est conçu sur l'impossibilité de les corriger. ainsi nos universités nous coûtent cher et de plus en plus cher, constituent un immense gaspillage entre l'absentésisme des étudiants et les formations fantaisistes, ne constituent pas un ascenseur social et n'apparaissent pas dans les classements.
Sur les retraites par capitalisation, on lit tout et son contraire. Quand on veut dire du mal des actionnaires on dit qu'ils extraient une valeur excessive des entreprises en exigeant 15% de rendement. Quand on veut flinguer la répartition on dit que les actionnaires sont ruinés. La réalité est que l'investissement en actions cotées sert sur le long terme un rendement de 4% au-dessus de l'inflation. Alors oui, avec la crise des subprimes, la bourse a perdu 50% en 18 mois. Mais on est en train de parler de retraites, c'est à dire de sommes qui ont été investies pendant 40 ans et qui sont désinvesties sur 20 ans ou plus. Ce type de profil d'investissement lissé absorbe tous les krachs.
L'alternative française, c'est un système hérité de Vichy où on force les gens à mettre leur argent dans une espèce de Ponzi déficitaire garanti par un Etat qui fait 100 milliards par an de déficit (150 en incluant les caisses sociales).
Si le seul défaut que vous voyez à la capitalisation, c'est que des gens qui ont investi toutes leurs économies dans un fonds immobilier leveragé risquent de devoir se remettre à travailler à 75 ans, je vous propose le schéma suivant : (i) on abandonne la répartition et les cotisations qui vont avec, (ii) on généralise le minimum vieillesse en instaurant un impôt nettement plus petit, (iii) avec l'écart entre les 2 chacun est libre de faire ce que bon lui semble : consommer, jouer au loto, acheter des Bunds, investir dans des éoliennes...
S'agissant de la santé, la plupart des libéraux reconnaissent que le marché n'y est pas totalement efficace en raison de problèmes d'alea moral ou d'externalités. Ceci dit, cela n'interdit pas de chercher des façons d'améliorer l'efficacité. Des pistes ont été explorées consistant à séparer les maladies graves (qui restent couvertes par la communauté) de la "bobologie" où chacun s'auto-assure. Là encore, le système français n'est pas un modèle; il n'est pas financé ce qui a des conséquences en termes de sous-investissement, vétusté des installations, dégradation des remboursements...
Écrit par : Lib | 13.09.2010
Aux USA, la base de la retraite, c'est aussi la répartition. Et comme en France, ça ne fonctionne pas.
http://www.objectifliberte.fr/2010/08/retraites-publiques-usa-faillite.html
@lib : il n'y a pas de cotisations dans le système par répartition contrairement à ce que l'on fait croire. L'argent prélevé tous les mois sur les salariés n'est pas placé sur un compte épargne, il est donné directement à un retraité. Pour parler de cotisation, il faudrait être en système par capitalisation qui, en France, est réservée aux seuls fonctionnaires et à leurs conjoints, sous conditions.
Écrit par : Théo31 | 14.09.2010
@ Lib
Je ne dis pas que notre système d'universités n'a pas de limites... Mais je trouve très intéressantes, celles, immenses du système étasunien, qui coûte extrêmement cher, bloque complètement l'ascenseur social et produit un immense gaspillage. Que dirait-on si un système public dépensait autant d'argent que ces universités privées ? Les gaspillages ne sont pas l'apanage du public...
Le privé est parfois plus efficace, d'autres fois non et dans le cas de l'éducation supérieure, je crois qu'il démontre d'immenses limites aux Etats-Unis.
Sur la retraite, bien sûr, sur certaines périodes, la capitalisation rapporte beaucoup mais je ne suis pas sûr que ce soit toujours le cas. N'oublions pas que le Nikkei reste 75% sous son plus haut de... 1990. La bourse de Paris est beaucoup plus basse qu'en 2001...
En outre, il ne faut pas oublier que le passage de la répartition à la capitalisation imposerait une double cotisation au démarrage pour assurer la retraite des personnes qui sont parties et qui seraient proches de le faire, et donc pas capables de capitaliser suffisamment.
@ Théo 31
Je n'ai jamais dit que l'argent des cotisations retraites est placé sur un compte. Bien sûr, il s'agit d'un simple transfert.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 16.09.2010
"Les gaspillages ne sont pas l'apanage du public..."
C'est vrai, mais ils sont sanctionnés par le marché.
Écrit par : Théo31 | 16.09.2010
@ Théo31
C'est justement là le problème. Ce n'est pas toujours vrai, comme le montre les bulles. Pensons aux immenses gaspillages de certaines start ups ou l'exemple des universités étasuniennes. Le marché ne sanctionne pas toujours les gaspillages parce qu'il n'est pas toujours efficient.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 17.09.2010
Les bulles résultent d'interventions étatiques. Celle qui se produit en ce moment sur l'immobilier parisien résulte des avantages fiscaux accompagnant le prêt à taux zéro. Celui-ci prenant fin le 31 décembre, les gens se ruent sur les logements disponibles et font exploser les prix. Un carambar qu'à partir de janvier prochain, le marché parisien va partir à la baisse.
Le prêt à taux zéro revient donc à subventionner le vendeur au détriment du client puisque pour bénéficier des avantages fiscaux, il devra débourser une somme plus importante pour acquérir son logement.
Écrit par : Théo31 | 18.09.2010
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