11.09.2010

La monétisation de la dette, outil pour la relance

Alors que la zone euro, sous l’influence de l’Allemagne s’est interdite toute intervention sur le marché de la dette publique par la BCE, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis profitent de l’intervention active de leur banque centrale. Bonne ou mauvaise politique ?

Un peu d’histoire

C’est le The Economist de la semaine dernière qui a fait un article passionnant sur le sujet. L’hebdomadaire montre que la politique monétaire britannique et étasunienne n’est pas nouvelle en prenant deux précédents majeurs : la politique de la Fed pendant la seconde guerre mondiale et celle de la banque du Japon depuis les années 90. En effet, la Fed a racheté pour l’équivalent de 10% du PIB de la dette des Etats-Unis de 1942 à 1946 (cela reviendrait à environ 1000 milliards de dollars aujourd’hui) pour maintenir des taux bas et permettre à l’Etat d’emprunter.

Plus près de nous, le Japon a mené une politique de monétisation importante de sa dette, dont le sommet a culminé de 2003 à 2005, quand la Banque centrale a détenu pour près de 20% du PIB de dette publique, contre moins de 10% au milieu des années 90. Il faut noter que ce chiffre était tombé à 13% en 2008. Enfin, face à la crise financière d’il y a deux ans, la Fed est intervenue de manière massive sur le marché en rachetant pour 1 750 milliards de dollars de bons du Trésor, soit plus de 15% du PIB des Etats-Unis, une action plus importante que lors de la Seconde Guerre Mondiale !

Pourquoi la monétisation ?

Le premier argument en faveur de la monétisation, défendu avec panache par André-Jacques Holbecq est le fait qu’aujourd’hui, ce sont les banques commerciales qui créent la monnaie et qui profitent de la manne des intérêts sur les dettes publiques. Il souligne dans un papier passionnant que la France a payé 1342 milliards d’euros d’intérêts de 1979 à 2009 alors que la dette a progressé de 1249 milliards dans le même intervalle. En clair, hors paiement des intérêts, la dette de l’Etat aurait légèrement baissé depuis trente ans, fait assez incroyable qu’il convient de retenir.

Du coup, on en vient à se poser forcément la question de la privatisation de la création monétaire au profit des banques. La création de la monnaie devrait être du ressort de l’Etat et si cela était le cas, ne pourrions-nous pas épargner ces intérêts ? Ainsi, la France ne serait quasiment pas endettée aujourd’hui (21.8% du PIB selon A-J Holbecq). A ceux qui trouveront un tel raisonnement trop hétérodoxe, il faut leur rappeler que cette monétisation de la dette n’aurait pas représenté une somme déraisonnable par rapport à la croissance globale de la masse monétaire depuis les années 90….

La monétisation n’est pas forcément dangereuse

Les tenants de l’orthodoxie soutiendront sans doute qu’une telle politique risque d’être inflationniste et agiteront le spectre de l’hyperinflation Allemande. Mais cette peur n’est pas vraiment justifiée. Tout d’abord, il faut noter que l’inflation a accéléré en France juste après la loi de 1973 interdisant à la Banque de France de monétiser la dette. Ensuite, les cas rapportés par The Economist permettent de relativiser les dangers de la monétisation. En effet, ni les Etats-Unis pendant la guerre ou cette crise, ni le Japon depuis vingt ans n’ont vu la monétisation se transformer en hyperinflation.

L’hebdomadaire explique que la monétisation a deux bénéfices : en augmentant la demande de dettes souveraines, elle pousse les taux à la baisse, permettant de faciliter son financement, un effet très important en période de crise et de déficits. Cela permet à l’Etat de faire des déficits sans que les taux d’intérêt ne remontent. Le deuxième effet positif est que la baisse des taux longs tend à dynamiser les marchés boursiers et de dettes privées, qui rapportent plus, ce qui nourrit la reprise en augmentant la richesse et en baissant le coût de financement des entreprises.

Bien sûr, la monétisation, mal utilisée, pourrait avoir des conséquences dangereuses. Mais elle est aussi un outil indispensable de politique économique, notamment en période de crise. Plus globalement, elle pose la question essentielle de la privatisation actuelle de la création monétaire et de ses bénéfices.

Commentaires

Que la monétisation de la dette ne soit une nouveauté ne la rend pas pour autant automatiquement souhaitable.

Sans remonter à la dernière guerre où les conditions étaient très différentes, l'exemple du Japon n'est pas très probant en ce sens que l'arrosage de liquidité n'a précisément pas provoqué de relance. Quand à la politique monétaire de la Fed depuis deux ans, il me semble qu'elle donne lieu à une reprise extrêmement artificielle qui a bénéficié d'abord au secteur bancaire et permet aux très gros opérateurs qui avaient perdu , de se refaire.

D'un autre côte l'argument dénoncé selon lequel les orthodoxes manient le spectre de l'inflation est un peu inexact : les orthodoxes disent que c'est un risque . Il ne leur a pas échappé que ce n'est pas une nécessite économique : ainsi le Japon ! ... mais avec cette nuance que le contexte de la crise , sans être le même partout, est mondial.

Mais;, il faudra donc mécaniquement , à un moment donné ou bien sur une longue période, une adaptation, un ajustement : s'il n'y a pas inflation , il devrait y avoir 'bulle' dans d'autres secteurs ou bien un autre phénomène économique , à priori dangereux.

Bref prendre, un risque toute de même, sans résultat probant : ce n'est à priori peut-être pas la bonne solution.

En ce qui concerne la création monétaire du système bancaire je ne vois pas pourquoi il faudrait la rendre au seul Etat au prétexte que l' Etat devrait pouvoir emprunter sans intérêt : il suffit de revenir au système où la BC prête à l'Etat directement à taux préférentiel ... à condition que ce soit du véritable investissement et pas pour du fonctionnement ou pour boucher des trous.

(Si on souhaite rendre la création de la monnaie au seul Etat, pourquoi pas, mais pour d'autres motifs alors.)

Hormis ce cas, un taux d'intérêt trop bas entraîne mécaniquement des emprunts , sans que ce soit la 'faute' du système bancaire même s'il en 'profite' : en temps normal cela sera 'tiré' par des projets pas très rentables (mais qui permettent à tous de vivre , au moins) et en période de crise cela sera 'tiré' par la spéculation sur les purs écarts de taux ou bien celle qui génère les bulles et pompe la valeur au travers d'elles .

Ceci dit il y a des raisons de monétiser probablement , mais la sempiternelle ritournelle de la relance magique parait un argument bien mécanique de la panoplie des politiciens , probablement généré par le système démocratico-médiatique.

Écrit par : Oppossùm | 11.09.2010

D'abord 2 remarques,à la lecture de la première de vos phrases on se demande bien pourquoi on devrait continuer à vous faire crédit(au moins sur cette question...).La BCE achète des obligations souveraines!
La seconde c'est que si The Economist est libéral(comme vous aimez le répéter)alors Mr Bruni est gaulliste!

"Le premier argument en faveur de la monétisation"

Même si ils font leur petit effet les calculs de votre ami Holbecq ne démontre en réalité qu'une seule chose,l'effroyable incurie des politicards.Rien n'interdit aux dirigeants d'équilibrer le budget,si les intérêts augmentent c'est que la dette augmente(35 ans de déficit cumulés!),les lois mathématiques fonctionnent dans les "deux sens",si le taux de croissance est supérieur à l'augmentation de la dette cette dernière se résorbe.

Si ce sont les banques qui accordent les crédits ce sont bien les Banques centrales(émanations publiques!)qui sont responsables de réguler la masse monétaire!
En d'autres termes la raison commande de faire exactement le contraire de ce que vous préconisez,les populations doivent se garder de l'incontinence financière des politicards,la création monétaire doit être bridée.

"La discipline budgétaire a officiellement rendu l'âme a Washington le 30 septembre 2002,le jour ou le Congrès a laissé expirer la loi anti-déficit(Budget Enforcement Act"
Greenspan.
Voté sous la présidence Bush(père)le Congrès s'imposait des plafonds discrétionnaires et des règles de compensation qui exigeaient que toute nouvelle dépense(ou réduction d'impôts) soit contrebalancée par un autre poste du budget.

"La monétisation a deux bénéfices"
"Elle pousse les taux à la baisse permettant de faciliter le financement[...]Cela permet à l'Etat de faire des déficits sans que les taux d'intérêts ne remontent"
La réalité c'est que les Banques centrales,en manipulant le marché,gonflent une bulle obligataire,comme hier elles ont gonflé une bulle immobilière!La martingale des subprime supposait que les taux n'augmentent pas et que les prix des maisons ne baissent pas...Aujourd'hui la martingale ne peut fonctionner que si les taux n'augmentent pas(plus jamais...)et que si la croissance ne faiblit pas(plus jamais...)mieux il faut qu'elle augmente plus vite que la dette...
En somme on est en plein déni.Encore un peu et on va entrer en récession avec des taux déjà au tapis et des déficits et des dettes insupportables,sans plus aucune marge de manoeuvre.

"Le deuxième effet positif est que la baisse des taux longs tend à dynamiser les marchés boursiers et de dettes privées,qui rapportent plus ce qui nourrit la reprise en augmentant la richesse et en baissant le coût de financement des entreprises"
Je suis effaré,lire ici que l'intervention publique peut avoir pour finalité l'enrichissement des seuls détenteurs d'actifs boursiers me désespère.Comme si on pouvait assurer une croissance économique pérenne en dopant artificiellement les Bourses,alors que dans le même temps on creuse les comptes publiques(on condamne le contribuable,le consommateur).Et puis si les entreprises les plus solides voient leur situation financière(la gestion de leurs dettes pas leurs résultats commerciaux)se détendre leurs marchés sont toujours aussi difficiles,si la demande est atone,l'horizon bouché,l'investissement productif est impensable.

C'est à peine croyable,on crève de trop d'endettement et vous écrivez tranquillement qu'il faudrait s'endetter encore plus,et sans limite!Vous délirez!Pardonnez-moi mais il n'y a pas d'autre mots.Quand les politicards contrôle sans garde-fou(c'est le cas de le dire!)l'émission de la monnaie,ils la détruisent,l'argent est dévalué,les prix grimpent.
Au lieu de disserter sur les Etats-Unis de 1945 les journalistes de The Economist devraient plutôt expliquer à leurs lecteurs anglais pourquoi l'inflation atteint 5% dans le pays,alors que la livre a rebondit et avant même une augmentation de la TVA qui va faire encore grimper les prix de près de 1%.

Écrit par : Balthazar | 12.09.2010

J'allais oublier...

"La baisse des taux longs tend à dynamiser les marchés boursiers[...]ce qui nourrit la reprise en augmentant la richesse".

Vous(ou les journalistes de The Economist)ne pouvez pas écrire que la monétisation de la dette n'est pas inflationniste et puis ensuite nous expliquer qu'un des bénéfices de cette politique c'est de créer un effet richesse en dopant les marchés boursiers!
?

Écrit par : Balthazar | 12.09.2010

@Balthazar
Bien sur que les dirigeants peuvent équilibrer les budgets:
- demander plus de participation aux plus riches (en augmentant l'endettement privé)
- demander plus de participation aux plus pauvres (ils sont les plus nombreux)
- faire peur sur l'avenir pour pousser les citoyens à une épargne de précaution (en assurance vie et fonds de pensions) laquelle se retrouvera prêtée à l'Etat
- diminuer le service public
- diminuer les investissements qui bénéficieront aux générations futures

La question n'est pas là: pourquoi l'Etat doit il emprunter aux banques commerciales (qui obtiennent de la Banque Centrale la monnaie qu'elles prêteront ensuite aux Etats) plutôt que - directement - sa propre banque centrale?

Je rappelle qu'il n'y a pas de monnaie sans endettement... aucune!
Lorsque le robinet du crédit est fermé, le lavabo de la masse monétaire se vide progressivement au fil du temps du remboursement des crédit.

Merci

Écrit par : A-J Holbecq | 13.09.2010

A-J Holbecq,
Pour la même raison qui fait qu'on hésite à confier une ligne de crédit illimité à un type surendetté : on sait qu'il va en abuser.
.
Par ailleurs, les Etats ont déjà le monopole de l'émission monétaire (l'idée selon laquelle la création monétaire serait privatisée au profit des banques est une fumisterie) et l'expérience de la soit-disant 'crise des subprimes' a clairement démontré qu'ils sont de piètres gestionnaires.
.
Ce régime de 'fiat money' et les politiques monétaires de nos banques centrales vont finir par saborder complètement nos économies. Il est urgent d'en prendre conscience.

Écrit par : fatback | 19.09.2010

@fatback
"les Etats ont déjà le monopole de l'émission monétaire"
"l'idée selon laquelle la création monétaire serait privatisée au profit des banques est une fumisterie""

Ah ? références (sérieuses) s'il vous plait pour ces deux assertions...

Écrit par : A-J Holbecq | 19.09.2010

A-J Holbecq

Des références sérieuses?
Le "Que sais-je"sur les BCs ou "L'économie monétaire pour les nuls" devraient suffire...
Vous allez apprendre que la BC régule la masse monétaire en circulation.
En alimentant le système bancaire en liquidités et en jouant sur les réserves obligatoires(le compte courant des banques)elle définit un multiplicateur du crédit,une limite à la création monétaire.

La monétisation

Un Etat qui n'a plus d'argent devrait en emprunter à sa BC,sans intérêts!
Mais la BC,émanation publique,n'en a pas plus!
Même un enfant de 8 ans pourrait comprendre que votre proposition est(elle aussi)inique...

Si une BC émet de la monnaie,sans contrepartie(sans une augmentation "équivalente" de la richesse nationale),l'argent est dévalué,les prix grimpent(la population s'appauvrit).
L'argent prété à l'Etat indigent provient de l'épargne(!),il ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval(dans les caisses des BCs)!
Encore heureux que l'Etat verse des intérêts!

Écrit par : Balthazar | 19.09.2010

A-J Holbecq,
Balthazar vous a répondu à ma place. Si mes souvenirs sont exacts j'ai étudié ça en 2ème année de DEUG. Je vous suggère de revoir les notions de monnaie centrale, réserves obligatoires, multiplicateur monétaire. Comme Balthazar vous l'a très justement indiqué, n'importe quel manuel d'introduction à l'économie devrait faire l'affaire. Alternativement le site de la Fed (www.federalreserve.gov) propose quelques notes explicatives relativement accessibles (en anglais).

Écrit par : fatback | 19.09.2010

@ fatback & Balthazar

Bien que je ne sois pas ici chez moi et que l’on ne m’ait pas demandé mon avis, je vais quand même me permettre de réagir vivement, Laurent me pardonnera je l’espère.
Je n’ai pas la patience d’AJH : votre ton à tous les 2 m'insupporte au plus haut point et votre façon condescendante et méprisante de donner des leçons est totalement déplacée dans l’absolu mais aussi dans ce cas précis où vos connaissances semblent bien superficielles et approximatives.
fFatback a écrit une grosse connerie : la création monétaire est bien actuellement privatisée. Vous avez visiblement mal retenu vos leçons en 2ème année de DEUG. Peut-être d’ailleurs ne les avez-vous même pas compris.
C’est vous et Balthazar qui devriez relire un manuel d’économie avant de répondre totalement à côté de la plaque à la question posée par AJH. Que la BC joue un rôle dans la limitation de la création monétaire, personne ne le nie, même si il y aurait beaucoup à dire sur le sujet et notamment sur le sens de fonctionnement du fameux multiplicateur monétaire. Et puisque vous faites le savant en citant les réserves obligatoires (dont le rôle est marginal aujourd’hui) vous auriez aussi pu parler des mécanismes d’ « open market » qui, si je ne m’abuse, constitue de nos jours l’outil principal de régulation de la création monétaire. Les choses ont visiblement évolué depuis que vous eu ( ?) votre prestigieux DEUG.

On vous a demandé des références (sérieuses) pour démontrer votre assertion selon laquelle la théorie de la privatisation de la création monétaire serait une fumisterie. Au lieu de répondre par des diversions, proposez nous donc vos références !
Allez, je suis charitable, je vous épargne une recherche inutile : il n’y en a pas.
Par contre, je peux vous donner sans problèmes au moins une bonne dizaine de références sérieuses qui soutiennent qu’effectivement, la monnaie est bien principalement créée par les banques commerciales.

Écrit par : RST | 19.09.2010

RST,
Une banque centrale, par définition, détient le monopole de l’émission de la base monétaire (la BCE, ça vous ira comme source sérieuse ?). Une banque centrale, par construction (et à quelques rares exceptions près), détermine le niveau des réserves obligatoires et donc le fonctionnement du multiplicateur (la Fed c’est une source sérieuse ?).
Ce sont donc les banques centrales qui contrôlent l’ensemble des agrégats monétaires et l’activité de crédit des banques commerciales : c’est l’objet même de ce qu’on appelle une politique monétaire. A ce titre, parler de privatisation de la création monétaire et une fumisterie pure et simple.
Bonne chance pour votre DEUG.

Écrit par : fatback | 19.09.2010

@Balthazar et Fatback

Je ne vais pas expliquer ici la création monétaire.. mais puisque vous parlez d'un livre qui n'existe pas ("L'économie monétaire pour les nuls") je vous suggère de lire un article qui lui existe bien " http://www.societal.org/monnaie/creationmonnaiepourlesnuls.pdf "
Vous pouvez aussi lire Plihon "La monnaie et ses mécanismes" à 10 € avant de passer à un peu plus universitaire comme " Economie monétaire et financière" (ed Breal)

Ceci dit effectivement la Banque Centrale est sensée réguler la quantité de monnaie émise par les banques commerciales: mais s'agit-il d'un multiplicateur où la Banque Central a "la main" ou d'un diviseur où la Banque Centrale n'a d'autre solution que "de suivre" ?
Mais aussi les livres des deux piles de gauche de l'image sur la page http://monnaie.wikispaces.com/Cr%C3%A9ation+mon%C3%A9taire

Vous écrivez "Mais la BC, émanation publique, n'en a pas plus!"
vous semblez ne pas savoir que la BC crée la monnaie centrale qu'elle veut, à volonté, en portant à son actif les obligations souveraines qui lui sont déposées et en créditant le compte des banques commerciales (plus largement des établissements financiers) en banques centrale. La seule différence existante avec ce que je préconise c'est que les obligations pourraient être déposées directement par les Etats en garantie à la Banque Centrale (ce qu'interdit formellement l'article 123 de Lisbonne) permettant aux Banques Centrales de créditer directement le Trésor Public, au lieu de nécessairement transiter par des banques commerciales.

Pour le reste RST a (bien) répondu. Je rajouterais qu'il m'importe peu que vous croyez ce que vous voulez, mais manifestement, comme Fatback , vous n'avez sans doute pas très bien écouté en cours ou lu avec attention le fascicule de la FED que cite Fatback.

Ceci dit, si vous considérez que la monnaie bancaire (monnaie de crédit ou monnaie-dette) n'est pas de la monnaie, que seule la monnaie centrale est de la monnaie, alors il faudra revoir toute l'explication.

Écrit par : A-J Holbecq | 20.09.2010

Les liens :
Base monétaire (BCE)
“The Eurosystem is the sole issuer of banknotes and bank reserves in the euro area. This makes it the monopoly supplier of the monetary base […]”
http://www.ecb.europa.eu/mopo/intro/operational/html/index.en.html

Réserves obligatoires et multiplicateur (Fed)
http://www.newyorkfed.org/aboutthefed/fedpoint/fed45.html

Écrit par : fatback | 20.09.2010

[monetary base] ... la base monétaire (monnaie centrale) n'est pas une monnaie scripturale secondaire (la seule scripturale dont nous pouvons nous servir) émise par les banques centrales qui circule dans l'économie. Cette base monétaire ne quitte pas le circuit des IFM (sauf dans un cas particulier qui est celui du Trésor Public où elle subit une "transformation" monnaie centrale =>monnaie secondaire.)
Cette base monétaire ne circule pas dans l'économie, elle n'a rien à voir avec la monnaie scripturale secondaire, il n'y a pas de lien, et ce n'est pas celle ci que les banques nous prêtent

Dernier point ; les RO sont d'environ 200 G€ et la monnaie M1 scripturale est de 3700 GE (sans parler de M3 de 8700 G€ni du montant de créances détenues par le système bancaire commercial)

Mais j'arrête ici ce débat sans intérêt tant que vous n'avez relu vos cours :)

Écrit par : A-J Holbecq | 20.09.2010

Revenons à la monétisation de la dette.
Il existe évidemment, pour un État, d'autres moyens que le remboursement aux créanciers pour se libérer de sa dette: forcer l'inflation, faire défaut total ou partiel, sont deux des méthodes possibles.

Une donnée importante à avoir en mémoire:
Le déficit primaire, c'est le déficit (de l'Etat) sans intérêts.
Or, en cumulant de 1980 à 2007, SI nous n'avions pas du payer d'intérêts, le solde primaire des budgets des APu (ce sont leurs déficits qui forment la dette au sens de Maastricht ) aurait été positif de 215 G€ , et même encore de 76 G€ à fin 2009 (malgré 2009 catastrophique). Nous sommes tout à fait capables de d'avoir des budgets primaires en équilibre et même mieux...

Mais admettons que notre Etat soit honnête, et qu'il désire rembourser la dette due de 1600 G€ actuelle.
En fait il suffit pour ce faire:
- d'avoir des budgets primaires en équilibre (ne pas faire de dette supplémentaire)
- de monétiser chaque année directement a) le montant des intérêts en cours, b) le rachat de tout ou partie de la dette arrivant à échéance.

Un simple calcul permet d'affirmer qu'avec une hypothèse d'inflation de 2% l'an et un montant fixe monétisé de 100 G€ chaque année (ce qui représente une augmentation de 5% de la masse monétaire en France la première année, dégressif en pourcentage les années suivantes), en 17 ans l'ensemble de la dette serait remboursée.

Une autre solution est possible: ce serait l'application du système 100% qui aurait pour effet (calculs de Christian Gomez):
- de rembourser instantanément environ 3/4 de la dette publique (mais c'est un "pistolet à 1 coup")
- de fournir à l'Etat des recettes supplémentaires annuelles d'environ 80 G€ par an ... autant d'impôts en moins.

Écrit par : A-J Holbecq | 20.09.2010

@ Tous

Je répondrai mercredi faute de temps...

Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.09.2010

En complément des travaux remarquables de A.J , Holbecq sur la monétisation, le dernier papier de F. Lordon ce jour, sur le même sujet :

http://blog.mondediplo.net/2010-11-15-Crise-europeenne-deuxieme-service-partie-2

Écrit par : Philippe Ségard | 15.11.2010

@Philippe Ségard

Merci du compliment

Il faut reconnaitre que la conclusion de l'article de Frédéric Lordon me fait très plaisir

Écrit par : A-J Holbecq | 15.11.2010

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