07.10.2010
Joseph Stiglitz flingue l’Europe et l’euro
Joseph Stiglitz est clairement l’un des phares de la pensée économique de notre temps. Il vient de nouveau de prendre la parole pour dénoncer les politiques suivies en Europe et évoquer la possible explosion de la zone euro.
Le cocktail déflationniste européen
C’est le premier reproche qu’il fait aux dirigeants européens dans une réédition de son dernier livre, « Le triomphe de la cupidité ». Pour lui, les ajustements budgétaires viennent beaucoup trop tôt et pourraient casser la croissance, voir même provoquer une nouvelle récession. Se profile dans son analyse un parallèle avec la Grande Dépression, quand la réduction à marche forcée du déficit budgétaire étasunien avait provoqué une rechute de l’économie en 1938.
Et il est vrai que les pays de la périphérie (Grande-Bretagne, Irlande, Grèce, Espagne, Portugal) mènent aujourd’hui des politiques sauvages d’ajustement de leurs finances publiques, réduisant par exemple le traitement des fonctionnaires, leur nombre et augmentant les impôts. Le seul bémol que l’on peut apporter à ce raisonnement est le fait que les trois principales économies de la zone euro (Allemagne, France, Italie), mènent un ajustement beaucoup plus modéré.
Que faire de l’euro ?
Ces articles marquent une inflexion dans la pensée du prix Nobel d’économie. En effet, alors qu’il soutenait que la solution serait d’aller vers plus de fédéralisme en mai, il semble avoir radicalement changé son fusil d’épaule. Il soutient que « les pays qui partagent la même monnaie ont un taux de change fixe entre leur devise et abandonnent par conséquent un outil important d'ajustement. Tant qu'il n'y a pas de chocs, l'euro se portera bien. Le test sera quand un ou plusieurs pays subiront une crise".
Pour lui, « la différence des politiques convenant aux pays enregistrant des excédents commerciaux élevés et ceux qui sont déficitaires implique que la monnaie unique subit des tensions intenses et pourrait ne pas y survivre ». Il suggère que l’Allemagne pourrait quitter la monnaie unique pour permettre à l’euro de dévaluer pour faciliter les ajustements. Mais il faut noter qu’une telle évolution aurait toutes les chances d’être le prélude à un retour aux monnaies nationales.
Non seulement Joseph Stiglitz dénonce les politiques d’austérité mais il devient de plus en plus critique à l’égard de l’euro, soulignant ses faiblesses congénitales. Mieux, outre le fait d’évoquer sa probable explosion, il commence à présenter cela comme une solution.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : euro, monnaie unique, joseph stiglitz




Commentaires
Stiglitz a enfin compris que l'Euro est une stupidité et ne pourrait pas vivre bien longtemps.
Peut-étre comprendra-t-il bientôt que les relances Keynesiennes qu'il prône sont aussi stupides que l'Euro. Ne pas dépenser plus que l'on gagne, c'est pourtant du bon sens ...
Écrit par : Karizoc | 07.10.2010
@Karizoc
J'aimerais savoir comment un Etat pourrait investir sans que l'un des 3 agents (ménages, entreprises ou Etat) n'emprunte , puisque toute monnaie vient de l'emprunt...
Bien sur l'Etat peut augmenter ses prélèvements, mais ca imposera que les 2 autres agents empruntent.
Je vous suggère de lire Vallageas " Pourquoi les états et les entreprises ont normalement une trésorerie nette négative
ou pourquoi les états sont normalement en « déficit »
http://www.eco-life.fr/references/pourquoi_les_etats_sont_deficitaires.pdf
Écrit par : A-J Holbecq | 07.10.2010
@A-J Holbecq: Pourquoi serait-ce à un État d'investir ?
Une entreprise investit pour améliorer ses capacités de production et gagner plus d'argent. Un ménage investit pour augmenter son confort. Un État investit pour ... rien, enfin si, pour cette chimère d'intérêt général.
Écrit par : Karizoc | 07.10.2010
Prévisions du FMI pour l'année 2011 : la Chine est en tête. Ensuite, l’Inde. Quant à la zone euro, elle est dernière, avec le Japon.
- Chine : croissance de + 9,6 %.
- Inde : croissance de + 8,4 %.
- Afrique subsaharienne : croissance de + 5,5 %.
- ASEAN (Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande et Vietnam) : croissance de + 5,4 %.
- Moyen-Orient et Afrique du Nord : croissance de + 5,1 %.
- Nouvelles économies industrielles d'Asie : croissance de + 4,5 %.
- Russie : croissance de + 4,3 %.
- Production mondiale : croissance de + 4,2 %.
- Brésil : croissance de + 4,1 %.
- Mexique : croissance de + 3,9 %.
- Canada : croissance de + 2,7 %.
- Etats-Unis : croissance de + 2,3 %.
- Royaume-Uni : croissance de + 2 %.
- Japon : croissance de + 1,5 %.
- Zone euro : croissance de + 1,5 %.
http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/weo/2010/02/pdf/textf.pdf
Vous vous rappelez ce que les ouistes nous répétaient depuis 1992 ?
Depuis 1992, les ouistes nous répétaient :
"La zone euro, c'est la prospérité. La zone euro, c'est la croissance économique. Et patati, et patata."
Écrit par : BA | 07.10.2010
@ Karizoc
Et les infrastructures publiques ?
@ BA
Très juste rappel. Le pire est que cela dure depuis dix ans...
Écrit par : Laurent Pinsolle | 07.10.2010
@ Karizoc
Il est très sain de partir d'un certain bon sens car souvent ça peut servir de boussole, mais il faut également aller plus loin.
Actuellement la monnaie est un crédit qui circule ou une promesse. Il y a donc au départ une sorte de dépense qui n'est forcément pas couverte par un avoir initial. Et on a dépensé plus qu'on gagne.
Je préfèrerai la formule : Il ne faut pas dépenser plus qu'on va gagner.
Formule qu'il ne faut pas confondre avec la formule keynésienne : quand on dépense on gagne !
... avec laquelle on passe rapidement de la vite émoussée théorie du multiplicateur, à la martingale ponziesque à grande échelle, si diablement attirante que les monétaristes eux-aussi ont cru à la création de valeur magique.
Le problème de l'Etat n'est pas fondamentalement tant la dette , que l'affectation de celle-ci à des dépenses courantes qui ne constituent pas un réel investissement , ou bien dont le financement est tellement automatique qu'à un moment ces activités sont plus des charges que des investissements
Le tout étant toujours entretenu par l'idée que toute dépense est forcément productive.
Écrit par : oppossum | 07.10.2010
@ BA !
Wouaou !
Une putain de croissance à la 9,6 , ça serait le bonheur ! Trop forts ces Chinois ! ... (Pourvou qué ça duré)
Écrit par : Oppossum | 07.10.2010
Le "phare de la pensée" il est de plus en plus difficile à suivre...
"Il semble avoir radicalement changé son fusil d'épaule"
Je ne vous le fait pas dire...
Ceci dit il ne peut pas toujours dire des bêtises;
"The irony is that FED is creating all this liquidity with the hope that it will revive the American economy[...]It's doing nothing for the American economy but it's causing chaos over the rest of the world"
Il y en a encore(de moins en moins quand même...)qui pense que le marché est responsable de tous les maux,qu'il faut réguler...
Bernanke régule et avant lui Greenspan régulait déjà!Il finira couvert de plumes et de goudron.
Écrit par : Balthazar | 10.10.2010
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