09.10.2010
Le mythe des bienfaits de l’euro cher
Nouvelle catastrophique pour l’économie de la zone, l’euro monte et vient de dépasser le cap de 1,4 dollars. Pourtant, certains partisans de la monnaie unique arrivent encore à la défendre malgré tout, comme le chroniqueur économie de la matinale d’Europe 1 hier.
Une défense intenable
La ligne de défense d’Axel de Tarlé est assez basique. L’Allemagne ne souffrirait pas de l’euro cher, ce qui signifierait donc que la remontée de l’euro ne poserait pas de problème. Le raisonnement peut paraître séduisant, mais il est d’une superficialité assez incroyable pour un journaliste présenté comme un spécialiste de l’économie. En effet, la croissance du PIB de l’Allemagne pendant la décennie 2000 a été de 0.8%, une des plus faibles de l’OCDE.
Voilà donc pour les conséquences de la surévaluation chronique de l’euro. Et encore, l’Allemagne atteint ce résultat grâce à une bonne spécialisation industrielle (l’automobile haut de gamme et la machine outil) où la concurrence asiatique n’est pas présente et où les délocalisations sont très limitées. Il est donc totalement abusif de dire que l’Allemagne profite de l’euro cher. On imagine le niveau de sa croissance si sa spécialisation industrielle n’était pas aussi favorable…
La réalité de l’euro cher
Bien sûr, comme le souligne le journaliste, cela profite à ceux qui prennent leurs vacances en dehors de la zone euro, mais il s’agit d’une toute petite minorité. En revanche, cela est une calamité pour les industriels qui se battent avec des concurrents asiatiques, ou même étasuniens, britanniques ou d’Europe de l’Est. Ce n’est pas pour rien que la production automobile de Renault et PSA en France est passée de 3,3 millions de véhicules en 2005 à seulement 1,7 millions en 2009.
Ce n’est pas pour rien non plus qu’Airbus a décidé d’augmenter la part de ses composants en provenance de la zone dollar pour se protéger de la surévaluation chronique de l’euro. La réalité de l’euro cher, ce sont des délocalisations, des suppressions d’emplois et une pression supplémentaire à la baisse sur les salaires pour les emplois industriels. Il faut être aveugle ou alors refuser de voir la réalité pour le nier, comme le font malheureusement la majorité des politiques ou des médias.
Le laisser-faire européen
D’ailleurs, la plupart des pays cherchent à agir pour éviter d’avoir une monnaie surévaluée. Le Japon et la Suisse interviennent massivement pour freiner l’appréciation de leur monnaie. La Chine maintient un cours bas pour son yuan, sans que cela ne freine en aucun cas son ascension économique, malgré une consommation colossale de matières premières achetées au prix fort. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Suède ont utilisé la dépréciation monétaire pour relancer leur économie.
Comme le note Le Figaro, il n’y a que la BCE pour refuser de voir les conséquences d’une monnaie surévaluée et laisser le cours de leur monnaie balloter par les humeurs du marché. Ses partisans ont eu le nez creux d’utiliser l’adjectif « fort », porteur de valeurs positives qui sous-entendent que la surévaluation d’une monnaie pourrait être une bonne chose. Dans la réalité, l’euro est une monnaie chère, aujourd’hui surévaluée de 25 à 40%, qui est un boulet pour notre économie.
Déjà que l’euro porte en lui-même nombre de déséquilibres insolubles, parce qu’il pousse à une compression compétitive des salaires, vient s’ajouter une très dangereuse appréciation. La croissance n’est pas prête de repartir en Europe11:57 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : euro fort, euro cher, surévaluation, jean-claude trichet, bce




Commentaires
Article marrant chez Rue89:
http://bit.ly/cxzOQP
C'est en tout cas très marrant de retrouver cet argument infondé chez tous les défenseurs de l'euro:
"Mais, par parenthèse, quel serait le poids de l'Espagne, l'Italie, la France et même l'Allemagne seules, face au géant chinois, si la zone euro n'existait pas ? "
Ils se caricaturent eux-même.
Écrit par : Jb | 09.10.2010
Une intéressante prévision du FMI indiquée par BA (issu du livre de Saint-Etienne:" Guerre et paix au XXI° siècle"
http://www.christiansaint-etienne.eu/blog/index.php?post/2010/10/06/Guerre-et-Paix-au-XXIe-siecle )
Prévisions du FMI pour l'année 2011 : la Chine est en tête (9,6%). Ensuite, l’Inde, etc... . Quant à la zone euro, elle est dernière, avec le Japon: 1,5%
Merci l'UE et l'euro
Écrit par : A-J Holbecq | 09.10.2010
Ce n'est pas l'euro qui est fort mais le dollar qui ne cesse de s'affaiblir. L'économie n'est pas du tout relancée aux USA, les gens s'appauvrissent car leur épargne est spoliée par l'inflation pour relancer la bulle du crédit ou subventionner les entreprises exportatrices. Lorsque l'hyperinflation va arriver la Fed va devoir remonter ses taux et le château de carte monté par Greenspan et Bernanke va définitivement s'effondrer, on ne veut pas la même chose en Europe.
Écrit par : jaar | 09.10.2010
@ Jaar
Le dollar s'effondre certes, mais nous, "européens", nous ne devrions rien faire ? On est en train de se faire massacrer par la sous évaluation du Yuan et de la sur-évaluation du dollar. Mais nous devrions dire oui à Sieur Trichet, qui ne veut manifestement rien faire ?!
Écrit par : Stan | 09.10.2010
Trichet ne cherche-t-il pas à ménager l'avenir et à avoir une marge d'action lorsqu'il s'agira de sauver l' Europe actuelle et son système bancaire , sans faire alors trop sombrer l'Euro (ce qui ne serait pas très bon non plus , ni pour l'Europe ni pour l' économie)
Bref Trichet est peut très logique , réaliste et prudent par rapport à sa hiérarchie des priorités.
Par ailleurs, même s'il n'y a pas de raison de ne pas l'utiliser si nécessaire, le tripotage des monnaies est-il vraiment une solution de fond bien saine ... ?
Le tripotage des taux d'intérêt a-t-il été bien positif au fond ?
Écrit par : Oppossùm | 10.10.2010
"Bla,bla,bla"...
Phosphorer sur le niveau de l'euro n'a pas beaucoup de sens,plus grave c'est le signe que le débat portant sur la stratégie économique est trop souvent d'une pauvreté inquiétante(affligeante en réalité).
Hier j'ai regardé sur internet l'émission de Taddei avec comme invité NDA.Un chemin de croix de près d'une heure!
Une économiste,Bénassy-Quéré,a pendant toute l'émission raconté que des anneries(heureusement pour elle il y avait Guigou...)et puis au cours de la dernière minute(!)la meilleure jeune économiste de France pour l'année 2000(...)a recadrer le débat qui,parce qu'il était mal présenté,n'avez à peu près aucun intérêt.
"Je suis très impressionné de voir que sur le banc d'en face on semble penser que le taux de change de l'euro est finalement le début et la fin de la stratégie de croissance pour la zone euro.C'est une foi dans la monnaie qui est tout à fait stupéfiante".
En somme c'est le chanteur Katerine qui a eu le dernier mots;
"Tu parles,bla bla bla,bla bla bla".
Le niveau de l'euro est un des déterminants de la compétitivité mais il n'est pas le seul,si le rapport entre les salaires chinois et français est de près de 30 vous pouvez faire baisser l'euro de 30% mais le continent ne sera toujours pas au niveau!
Savez vous que Samsung ne produit qu'en Corée?Que Canon ne délocalise pas?Pourquoi Valenciennes reste pour Toyota sa tête de pont en Europe(pour un segment de sa gamme)?Hermès possèdent des usines en Chine?Est-ce que les produits proposés par Apple sont réputés les moins chers?Et Audi?
Il y a quelques jours je lisais un article sur les studios français spécialisés dans les effets spéciaux pour le cinéma(ce n'est pas vraiment une niche puisque le secteur compte aussi les studios de production de jeux vidéos,un marché plus important que celui du cinéma,et ceux qui travaillent dans la publicité).
Si dans ce domaine les Français sont courtisés par les plus grand studios du monde ce n'est pas parce qu'ils sont les moins chers(!) mais bien parce qu'ils sont les meilleures!La parité euro/dollar n'a qu'une incidence négligeable sur leurs activités.
Ces entreprises sont compétitives parce qu'elles sont les plus créatives(elles profitent des ponts entre l'univers de la BD ,qu'elles connaissent bien,et le cinéma d'animation),parce qu'elles sont technologiquement très pointus(elles ont développé en interne des outils informatiques originales),parce que leurs salariés sont formés par des écoles réputées dans le monde(les Gobelins par exemple),grâce à leur flexibilité elles prennent des parts de marché aux entreprises concurrentes.Les Américains nous envient...notre droit du travail(!),le statut des intermittents du spectacle permet au studio de faire varier les effectifs sans faire exploser les coûts(alors qu'au EU de puissants syndicats défendent l'ensemble des métiers du cinéma).
Réduire la stratégie industrielle au taux de change,pire penser qu'un pays qui détruit sa monnaie devient compétitif c'est indigne,c'est une grosse ficelle politique qui ne grandit pas ceux qui la tirent...
"Bla bla bla,bla bla bla"
Écrit par : Balthazar | 10.10.2010
@ Balthazar
J'en profite pour revenir sur ce débat rapidement. J'ai été effaré par les raisonnements de la "meilleure économiste de France" (cela doit être un titre décerné par Kinder Surprise). Elle a tout de même fait un parallèle entre la situation des pays de la zone euro et les régions Français pour justifier le passage à l'euro...
Personne ici ne dit que les taux de change expliquent tout. Néanmoins ils sont un facteur important. Il suffit de voir qu'Airbus a décidé d'augmenter la part de ses composants achetés en zone dollar.
@ Oppossum
Je te trouve très sympa avec Trichet. Je crois tout simplement que pour lui, ce sont les marchés qui fixent la valeur de la monnaie et qu'il a un seul souci l'inflation. Résultat, l'euro s'envole...
Le tripotage des monnaies n'est pas forcément la solution mais quand la zone euro est la seule zone du monde qui ne fait rien, on s'approche du suicide économique...
@ Jaar et Stan
L'euro est cher par rapport à la plupart des grandes monnaies du monde (dollar, yuan, livre sterling...). On peut donc dire qu'il est cher dans l'absolu.
L'effondrement du dollar aura peut-être lieu un jour, mais comme cela fait au moins 20 ans qu'on l'annonce et qu'il n'arrive toujours pas, j'avoue prendre cela avec philosophie.
@ JB
Comme quoi, nous devons continuer le combat sur ces questions...
Écrit par : Laurent Pinsolle | 10.10.2010
Bénassy-Quéré...
"Il n'y a pas de guerre économique"
Oui,j'étais très mal à l'aise quand elle a fait sa sortie sur les différences entre les économies bretonnes et auvergnates(j'ai eu honte pour elle),je ne sais pas comment les équipes de Taddei ont trouvé cette oiseau,j'ose espérer que c'était de la mauvaise foi, mais j'ai un doute...
Ceci dit NDA se met à son niveau quand il fait l'apologie de la politique monétaire de la Banque d'Angleterre(dans ce pays les salaires baissent,les impôts augmentent,et les prix grimpent...c'est un enfer!Et je ne parle même pas du niveau de la dette,des chiffres du chômage,ou de la situation financière des banques du pays...) et qu'il explique sans rire que la BC devrait financer les retraites.
Depuis quelques semaines j'ai noté chez lui ce virage(après le protectionnisme et l'euro cher voilà une nouvelle lubie la monétisation,une mystérieuse loi de 1973...),qui lui a fourgué cette mauvaise came?
Merci de me répondre.
"Personne ne dit ici que le taux de change expliquent tout"
Si vous dans vos billets et NDA pendant toute l'émission de France 3!
L'exemple d'Airbus si il est tentant n'en reste pas moins mauvais,c'est parce que le secteur est un duopole et son concurrent américain qu'Airbus est si sensible au taux de change de l'euro/dollar.
Vous n'allez quand même pas vous pointer en 2012 avec pour seul mots d'ordre "L'euro cher"!
Si?
Si vous voulez faire du de Gaulle(...)alors libérez le pays de sa dépendance au pétrole(même si c'est un peu tard...),quand le pétrole sera à 200$ dévaluer l'euro ne sauvera pas l'économie du pays...Condamner un secteur d'activité tout entier(le transport routier)pour sauver l'économie du pays c'est gaullien.
Je lisais il y a quelques semaines que l'Etat avait lancé un appel d'offres de plusieurs dizaines de milliards d'euros pour construire des champs éoliens,c'est délirant!C'est dans le transport ferroviaire qu'il faut investir des milliards pas dans des hélices,du vent.Aux Etats-Unis personne n'a encore compris pourquoi Warren Buffet avait racheté une "vieille" compagnie ferroviaire de transport de marchandises...
Et puis pourquoi ne pas flinguer Suez/Gaz de France,Fiaskozy a vendu à ses amis(Frère et Desmarais)un monopole,l'entreprise augmente sans cesse ses prix alors même que les prix du gaz sont au plus bas(et avec un culot sans pareil elle avance des explications vasseuses)c'est insupportable,c'est du racket et un frein à la compétitivité!Pour une fois une commission(musclée,déterminée...)pourrait être utile!
La question de l'énergie est aussi déterminante(sinon plus) pour la compétitivité que les taux de change,si on ne peut pas faire baisser le niveau de l'euro on peut faire baisser les prix de l'énergie(ou au moins prévenir l'inévitable hausse des prix)!
On commence à penser que l'Europe est peut-être riche de nombreux gisements de gaz non-conventionnel,alors au lieu de lancer à tout va des procédures de sanction contre des pays membres de l'Union que Bruxelles s'occupe de l'indépendance économique du continent,qu'elle favorise la prospection!
D'autre part je vous avez déjà écris que vous pourriez proposer de recouvrir le territoire de fibre optique("1 giga pour tous"),NDA deviendrait alors le héraut de l'internet et corrigerait sans populisme(au contraire avec une stratégie industrielle ambitieuse)cette image détestable de réacs qui lui colle à la peau,à plus forte raison si il continue à taper comme un sourd sur l'Hadopi,et travaille sérieusement à une proposition de "Licence globale".
Écrit par : Balthazar | 10.10.2010
http://www.lacrisedesannees2010.com/article-crise-financiere-et-renouvellement-de-l-offre-politique-57894468.html
Extrait "l’avalanche contagieuse des défauts, est stoppée net par le rétablissement de la souveraineté monétaire autorisée par l’article 16. Il s’agit simplement de reprendre autorité sur la banque centrale, de supprimer l’agence France Trésor devenue inutile, et d’exiger l’achat gratuit de bons du Trésor par le banquier de l’Etat, comme cela se déroulait sans heurts, avant la loi du 3 janvier 1973. Une telle décision, va contre les engagements bruxellois de la France, et débouche inéluctablement sur un conflit avec les tenants de l’autre paradigme, à savoir essentiellement l’Allemagne"
Écrit par : A-J Holbecq | 10.10.2010
Mystérieuse loi ?
Non, rien de mystérieux là dedans
La loi du 3 janvier 1973 en intégralité:
http://www.legifrance.gouv.fr/jo_pdf.do?cidTexte=JORFTEXT000000334815 (et deux pages suivantes)
Article 25 "Le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France"
Écrit par : A-J Holbecq | 11.10.2010
L'impact de l'Euro fort sur l'économie française a été clairement établi par une Note de l'INSEE datant de 2008, n'en déplaise à Balthazar.
On peut considérer que toute hausse au dessus d'un cours d'équilibre, que l'on peut estimer à 1,05USD (ne pas oublier que de très nombreux pays ont indexé leur monnaie sur le dollar), coûte à l'industrie française environ 1% de croissance par tranche de hausse de 15%.
Je signale que même l'Allemagne souffre aujourd'hui d'un Euro surévalué (voire la baisse des exportations allemandes hors zone euro sur le 3ème trimestre de 2010...).
On peut, bien sur, trouver des biens dont l'élasticités demande/prix est très faible, mais ils sont peu nombreux.
Pour faire baisser l'Euro les solutions possibles sont
(a) autoriser les avances au Trésor Public pour les pays de la zone Euro et laisser la BCE émettre pour 1200 milliards d'euros dans les 6 prochains mois.
(b) réintroduire des contrôles de capitaux drastiques tant à l'entrée qu'à la sortie pour avoir un taux de change "administtré" (dans le sens économique du terme).
Je pense qu'une combinaison de ces deux mesures pourrait donner le meilleur résultat mais la possibilité de voir de telles mesures adoptées par la zone Euro est nulle. L'Allemagne se console de sa perte de compétitivité hors zone euro en renforçant sa compétitivité DANS la zone euro à notre détriment. L'excédent commercial de l'Allemagne en 2009 sur les 6 principaux pays de la Zone Euro s'élève à 95 milliards d'Euros alors que le déficit de l'ensemble de la zone Euro vis-à-vis de la Chine (dont le Yuan est en partie indéxé sur le Dollar) est de 96 milliards pour 2010 (exactement 48 milliards d'Euros au premier semestre 2010).
Le problème auquel nous sommes confrontés est double.
d'une part il y a la surévaluation de l'Euro et d'autre part il y a la politique néo-marcantiliste de l'Allemagne.
Je partage l'avis qu'il faudrait user de l'article 16 pour établir une réquisition de la banque de France et procéder unilatéralement à une émission de 400 milliards d'euros.
J. Sapir
Écrit par : Sapir | 11.10.2010
@ J.Sapir
Un grand merci pour ces précisions utiles, auxquelles je souscris totalement.
Je suis complètement d'accord avec les propositions pour faire baisser l'euro.
En réponse au papier de Rue89, je suis allé chercher quelques statistiques :
- l'excédent commercial de l'UE par rapport aux Etats-Unis a été divisé par deux de 2006 à 2009 passant de 120 à 60 Mds$
- l'excédent Allemand est tombé de 50 à 28 Mds$ de 2005 à 2009 malgré le décalage de croissance entre les deux pays.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 11.10.2010
@J.Sapir
Que pensez vous de la propositions que votre collègue économiste Patrick Artus avait fait sur une dévaluation de l'euro de 20% couplée à une relance des salaires concomitante de 20%?
Personnellement je pense que l'idée d'un protectionnisme est difficile à vendre toute seule à nos concitoyens. Y compris la question de la dévaluation. Par contre si l'on propose le protectionnisme POUR augmenter les salaires et les revenus alors il y a là matière à entrainer un mouvement populaire positif. Bien sûr contrairement à Artus je ne crois pas cela politiquement possible à l'échelle de l'UE, mais ce serait un moyen pour faire entendre la parole protectionniste dans l'opinion publique ne croyez vous pas?
@Laurent
Tout le problème c'est que l'UE n'a pas de problème commercial avec les USA. En toute rigueur le dollars n'est pas sous-évalué si l'on regarde la balance commerciale entre l'Europe et les USA. Par contre comme le Souligne J. Sapir ce sont les monnaies collées au dollars qui sont largement sous-évalués, et l'on voit là toute la problématique du système à change flottant. Si nous dévaluons l'euro nous rétabliront notre balance commerciale face à la Chine au Japon ou à la Corée, mais nous fabriquerons un excédent face aux USA.
C'est inextricable, sans quotas et droits de douanes, il faut rétablir notre balance commerciale face à la Chine sans pour autant créer un excédent avec les USA. Cela prouve que l'on ne peut pas réguler le commerce uniquement en jouant sur les taux de changes, le système actuelle est naturellement chaotique.
Écrit par : yann | 11.10.2010
@yann
Ce qu'on appelle "protectionisme" n'est qu'un contingentement raisonné des importations et non une fermeture pure et simple des frontières, faut-il le rappeler.
Pour le faire comprendre dans l'opinion, il ne me paraît pas opportun de brandir la sortie de l'euro comme remède à tous nos maux, mais d'insister sur les raisons qui nous poussent à sortir du système européen actuel, à savoir l'endettement, la charge grandissante de l'impôt, la crise de l'emploi et des revenus, l'incapacité de nos représentants politiques devenus gestionnaires de la BCE, etc. Entre les obscures théories économiques et les slogans simplistes, il faut choisir.
Écrit par : toujourplus | 11.10.2010
Les positions de P. Artus sont intéressantes - il est loin d'être un imbécile - mais elles se heurtent au principe de réalité politique.
Le protectionnisme, conçu comme rationnement pas les prix et non comme simple contingentement (système des quotas), pourrait se justifier à l'évidence par une volonté politique de retrouver notre autonomie quant à notre système social et au partage en interne de la valeur ajouté.
On peut alors justifier le protectionnisme par les pratiques de dumping fiscal que pratiquent certains pays européens, par le dumping social (avoir un salaire global bien plus faible que ce qu'exige son niveau de productivité) et par le dumping écologique.
On peut d'ailleurs, sémantiquement, distinguer entre le protectionnisme (pur et simple) que l'on appliquerait aux pays hors UE et les "montants compensatoires, sociaux, écologiques et fiscaux" que l'on pourrait applique dans l'UE.
Enfin, je rappelle qu'il faut éviter d'appeler "Europe" l'UE car un certain nombre de pays européens (comme la Russie, l'Ukraine, le Belarus, mais aussi la Norvège et la Suisse) n'en font pas partie. C'est une mystification de Bruxelles d'appeler "Europe" ce qui ne l'est pas.
Mais, il faut aussi dire que la question de la monnaie est au moins aussi centrale que celle de la protection. Soit nous faisons évoluer l'Euro vers un système de monnaie de réserve avec le retour aux monnaies nationales le tout dans un système de compensation multilaterallisé (style UEP des années 50), ce qui pour le coup nous assurerait à la fois une protection face aux fluctuations internationale et une flexibilité intérieure importante (compte tenu du fait que dans la zone Euro les taux d'inflation structurels ne sont pas identiques), soit nous faisons éclater la zone Euro.
Mais, sur ce point, il ne peut y avoir de demi-mesure.
Bien à vous
JS
Écrit par : sapir | 11.10.2010
@Sapir
Merci pour votre réponse. Pour ce qui est de l'Europe il s'agit bien sûr d'un abus de langage. L'UE usant ici de la même stratégie que les USA qui se nomme eux même l'Amérique, sous-entendant par là un expansionnisme territoriale sur tout le continent.
Écrit par : yann | 12.10.2010
@ Yann,
Très juste remarque sémantique. D'ailleurs, depuis que j'ai vu F.Lordon utiliser le terme "étasunien", j'essaie d'employer systématiquement car les Etats-Unis ne sont pas l'Amérique. Il faut que je fasse la même chose sur l'UE et l'Europe. Le choix des mots est important.
Pas complètement d'accord sur la parité euro / dollar. Quand on voit Airbus faire délocaliser une partie de la production de son A350 aux Etats-Unis (alors que Boeing ne le fait pas), on se dit que la surévaluation est dangereuse. Je crois que le déficit commercial vient ici d'un décalage entre un pays qui sur-consomme et n'épargne pas et un ensemble de pays plus raisonnable sur leur consommation et qui épargnent davantage...
Écrit par : Laurent Pinsolle | 13.10.2010
Un article de Natixis qui interessera les lecteurs de ce blog
" Est-il vrai que l’Allemagne ne souffre pas
d’une appréciation de l’euro, alors que les
autres pays de la zone euro sont fortement
pénalisés par un euro fort ?"
On entend souvent, en particulier en Allemagne, défendre la thèse suivante :l’euro fort pénalise la France, l’Espagne, l’Italie, mais pas l’Allemagne qui, au contraire, a toujours su profiter de la force de sa monnaie pour monter en gamme, externaliser des productions à l’étranger, et a ainsi construit une économie résistante à l’appréciation de l’euro. Cet argument est particulièrement important aujourd’hui, alors qu’une partie de l’opinion publique en Allemagne pense que quitter l’euro serait une bonne idée, tandis que beaucoup d’économistes pensent que l’appréciation induite de la monnaie Allemagne serait désastreuse pour l’Allemagne.
Nous regardons donc l’effet des mouvements du taux de change de l’euro sur l’Allemagne et sur les trois autres grands pays de la zone euro ; il dépend de la nature de la spécialisation productive, de la taille des importations et des b exportations, du caractère plus ou moins price-maker ou price-taker des exportateurs.
Nous voyons :
− que l’Allemagne souffre effectivement moins que les autres pays de la zone euro d’une appréciation de l’euro,
− mais qu’elle souffre quand même (perte de production et d’emplois
dans l’industrie, perte de salaires, perte d’exportations) comme on l’a
vu après 1991.
http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=54924
Écrit par : A-J Holbecq | 14.10.2010
Guerre d' échanges
J Sapir,
Manifestement vous vous méprennez,d'abord,parce que je suis souverainiste,je ne suis favorable ni à un euro fort ni à un euro faible...Et puis je n'ai même pas écris que l'économie française ne souffrait pas d'un euro fort,j'écris simplement que le taux de change n'est pas le seul déterminant de la compétitivité.
Un euro faible ne favoriserait que les entreprises qui vendent à faible marge des biens peu originaux pour lesquels aucune "prime" importante ne peut être exigée.Dans une économie compétitive les entreprises ont le pouvoir de déterminer,d'imposer(!)dans une certaine mesure leurs prix(les anglo-saxons parlent du pricing power),leurs produits ne sont pas les moins chers mais ils restent les "meilleurs"(les plus demandés).
Aujourd'hui la plupart des fabricants d'électronique domestique font fabriquer leurs produits en Asie,souvent dans les mêmes usines(par les mêmes salariés,dans les mêmes conditions),les composants assemblés sont bien souvent identiques,mais c'est Apple qui est devenue une des 1ère capitalisation boursière de la planète...
D'autre part une entreprise peut importer(acheter)...sa compétitivité!
Je ne vois pas bien quel est l'intérêt pour un fabricant de voiture de faire grimper sa facture en aluminium(matière première libellée en dollar)de plusieurs dizaines de %,ou de payer plus cher les boites de vitesse que l'entreprise importe...
Pour une compagnie aérienne que pèse les salaires des personnels navigants par rapport à la facture carburant?En Europe un agriculteur paye l'énergie qui propulse ses engins en dollar,les engrais sont un dérivé du pétrole...Un aciériste,avant d'éventuellement exporter,commence(dans beaucoup de pays)par importer du fer,du coke,de l'énergie(du charbon ou de l'électricité).
Entre parenthèse je m'empresse d'ajouter que je n'ai aucune espèce d'admiration pour le "modèle allemand"(qui succède dans le coeur des politiques aux modèles américains,irlandais,anglais,et espagnols...),une économie parasite dans la zone euro.Une économie qui appauvrit... les allemands!
La stratégie américaine qui consiste à détruire la monnaie en croyant procurer au entreprise du pays un avantage concurrentiel est une stratégie de gribouille,à courte vue,l'assurance que le pays sera encore moins bien taillé pour la compétition commerciale,l'assurance que l'inflation importée va peser sur les entreprises,les ménages,et in fine sur les taux...
Depuis la fin de la guerre le yen s'est apprécié de 400% contre le dollar,mais les Américains ne sont toujours pas compétitif...
A terme le dollar va beaucoup baisser contre le yuan,il perdra probablement 80% de sa valeur,la Chine sera alors la 1ère puissance économique dans le monde...
Evidemment que les changes peuvent être une source de déséquilibre,mais en l'occurrence le problème de la France ce n'est pas l'euro fort mais l'euro tout court,ce qui est préjudiciable à une économie ce n'est pas tellement une monnaie forte mais plutôt une monnaie artificiellement liée, "administrée" pour reprendre votre mots(le franc fort,le peso argentin,certaines devises asiatiques dans les années 90...),ou alors des variations erratiques du taux de change.Ce qui m'amène à la question de la monétisation...
Qui est responsable de l'expansion monétaire irraisonnée(depuis 1996 la base monétaire dans le monde a augmenté de 18% par an en moyenne,3 fois plus vite que le PIB!)?Pourquoi les déséquilibres se sont creusés en Europe et entre la Chine et les Etats-Unis?Qui aujourd'hui perturbe l'ordre monétaire(les échanges de biens et de services sont devenues une variable secondaire dans la valorisation relative des monnaies)?Qui aujourd'hui gonfle une "bulle" sur les marchés obligataires?
Le secret bien gardé de la crise c'est que les politicards, assistés par des économistes en peau de lapin,sont comme souvent(ou comme toujours)les grands responsables du désastre.
"Toutes les turpitudes de notre régime,j'en ai toujours trouvé la source dans des interventions de l'Etat.Les systèmes malthusiens donnent à leurs auteurs toutes les apparences de l'action généreuse,alors qu'ils organisent la misère et la ruine"Jacques Rueff.
PS:Si Artus n'est pas un imbécile,il est pour le moins incompétent.
Si le monde était gouverné par la raison l'économiste en chef de la banque Natixis aurait dû être viré à coup de pompe dans le train,avec la direction et avant les guichetiers ou les secrétaires,mieux si ce monsieur avait le sens de l'honneur,ou au moins un peu de décence,il aurait démissionné(on peut toujours rêvé).
"Les marchés financiers croient n'importe quoi.Les corrections successives des marchés d'actions en février-mars sont liées à une série de craintes des marchés:
. la liquidité va se raréfier(fin du "carry trade")
. l'économie chinoise va fortement ralentir
. il peut y avoir une récession aux Etats-Unis
. la profitabilité va se retourner à la baisse
. la crise du crédit immobilier "subprime" aux Etats-Unis va déclencher une crise bancaire et financière
Or toutes ces affirmations sont fausses.La crédulité et l'absence de sang froid des marchés financiers sont donc remarquables"
Natixis "Flash Marchés"22 mars 2007.
"Le potentiel des Bourses européennes est gigantesque"
Challenges n°81,24 mai 2007.
Mi-2008 le mage de Natixis remettait le couvert,la crise était finie...
Si Kerviel commence à sentir le vent du boulet la direction de Natixis elle...court toujours!Pourtant la note est bien supérieure à 5 milliards...
Je crois me souvenir que Todd le rangeait parmi les pieds nickelés de l'économie.
Écrit par : Balthazar | 17.10.2010
Écrire un commentaire