10.11.2010
Charles de Gaulle, idéal politique
Hier, j’ai eu la chance de me recueillir sur la tombe du Général ainsi que de visiter le Mémorial et la Boisserie. L’occasion de revenir sur ce que nous a légué le plus grand homme de notre histoire.
Une éthique
C’est un des points qui ressort le plus facilement, surtout par comparaison avec ses successeurs. Le Général de Gaulle appliquait une rigueur toute militaire dans son rapport à l’argent. Il tenait à payer lui-même les factures d’électricité de ces appartements de l’Elysée, ou les repas donnés à titre privé. Ce sont ces mêmes principes qui lui ont fait renoncés à sa retraite de militaire comme à celle de président de la République pour ne vivre que de ses droits d’auteur.
Le Général de Gaulle était également un homme de principes du point de vue des idées. C’est ainsi que son respect profond du vote des Français excluait toute possibilité de rester au pouvoir en cas de référendum perdu. Il n’a fait aucun compromis avec la défense de la France, fût-ce au risque de sa vie ou de celle de ses proches pendant la guerre, et fut un ardent défenseur de sa souveraineté. Fruit de son héritage de chrétien social, il faisait de l’homme « la seule querelle qui vaille ».
Enfin, et c’est un aspect qui a été un peu oublié du fait des caricatures, le Général de Gaulle était tout sauf un nationaliste recroquevillé sur son pré carré. Il était profondément ouvert aux autres pays, et respectueux de leurs cultures, au point de faire l’effort de toujours prononcer des discours dans la langue du pays d’accueil. Il a porté au monde un message finalement très universaliste de tolérance, d’ouverture et de respect de l’identité et de la souveraineté des pays.
Une volonté
En ces temps où l’on répète trop souvent que rien n’est possible, il est fascinant de se pencher sur le parcours du Général de Gaulle, qui démontre que la volonté d’un homme, quand elle est inflexible et juste, peut littéralement déplacer des montagnes. Voici un sous-secrétaire d’Etat inconnu qui a réussi en quelques mois à incarner la France et à construire un gouvernement à partir de sa seule volonté. C’est lui qui a mis la France à la table des vainqueurs en 1945 malgré la déroute de 1940.
Et s’il a eu des échecs, quel parcours ! Voici un homme qui est parvenu à faire partager aux Français sa propre vision des Institutions, cas assez unique dans l’humanité, quitte à passer outre l’opposition de tous les autres partis, comme en 1962. Il a réussi à terminer la guerre d’Algérie dans un sens contraire à ce que certains l’imaginaient à son arrivée au pouvoir. Il a imposé à nos partenaires européens le compromis de Luxembourg. Bref, il a démontré tout ce que peut accomplir un homme politique.
Des idées
Enfin, le Général de Gaulle nous a légué de grands principes qui peuvent encore guider l’action politique aujourd’hui. La première d’entre elle est sans doute sa conception de la démocratie qu’il a su graver dans le marbre de notre Cinquième République. Bien loin des accusations mesquines de coup d’état (quel dictateur a remporté deux suffrages populaires et deux votes des grands élus en huit mois ?), il a créé des institutions qui permettent à la volonté des Français de s’exprimer pleinement.
Le deuxième grand principe est l’aspect fondamental de la souveraineté nationale. Lui avait bien compris que la nation est le moyen pour l’homme d’agir sur son destin et qu’il ne faut faire aucun compromis avec la souveraineté nationale, surtout quand on est faible, ce qui le poussa à une attitude intransigeante à la tête de la France Libre. Cette partie de son message prend une actualité brûlante avec les coups de canif régulier portés à la souveraineté des nations en Europe.
Enfin, le Général de Gaulle était un progressiste, dans le sens où il croyait au progrès économique, produit de l’effort de la collectivité nationale. Mais si ce progrès devait reposer sur l’économie de marché, il était trop conscient des faiblesses du capitalisme (instabilité, injustices), pour ne pas comprendre que l’Etat devait jouer un rôle fort pour en éviter les excès. Pour lui, le progrès devait être partagé par tous, d’où son attachement à la participation, même s’il ne fut pas pleinement couronné de succès.
On peut ne pas être d’accord avec ses idées ou sa vision des choses, mais le Général de Gaulle aura au moins démontré que la politique peut être faite avec une éthique et de la volonté au service de grandes idées, des qualités qui semblent trop souvent disparues aujourd’hui.
10:55 Publié dans Actualités, Gaullisme | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : charles de gaulle, gaullisme




Commentaires
Dans l'unique définition qu'il en donna, Charles de Gaulle présenta le gaullisme comme "un système de pensée, de volonté et d'action" (9 septembre 1968); Nicolas Sarkozy fait l'impasse sur le premier facteur. Vous avez donc raison d'insister, par contraste, sur les idées...
Nicolas Sarkozy: un gaullisme commémoratif et désidéologisé
http://www.ipolitique.fr/archive/2010/11/09/sarkozy-gaullisme.html
Écrit par : Laurent de Boissieu | 10.11.2010
@ Laurent
Merci pour cette citation, que je ne connaissais pas.
Je recommande la lecture de votre papier, très juste.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 10.11.2010
Le général De Gaulle n'était sûrement pas nationaliste, mais bien nationiste, héritier en cela des principes républicains. Le problème est que ses successeurs, en rejetant à juste raison le nationalisme, ont rejeté dans le même geste les nations et en particulier la Nation Française et ce qui en fait sa richesse et son originalité. Où l'on peut constater que ceux qui sont aux garde à vous devant des injonctions extérieures ne sont pas les militaires mais bien les politiques professionnels qu'il dénonçait à juste titre !
En revanche, permettez-moi d'exprimer mon désaccord avec votre point de vue sur sa politique algérienne. Le seul "petit problème" est que son changement de cap, tout justifié qu'il pouvait le penser pour libérer la France du "fardeau algérien" et lancer sa politique de grandeur et d'autonomie, s'est fait au prix de la dernière guerre civile française et à celui d'un exode sans précédent depuis 1940. Mais pour lui, cela n'était qu'affaire d'intendance !
Pour le reste je suis en total accord avec votre analyse.
Écrit par : Erel | 10.11.2010
Beau papier Laurent,
Tu oublies dans ton papier le fait que le Général a œuvré à la réconciliation nationale à la fin de la IIème guerre mondiale, et ce n'était pas une mince affaire. De même avec l'Allemagne lorsqu'il propose la réconciliation à Adenauer. Savoir tourner la page et aller vers l'avant, c'est un de ses plus précieux héritage.
Sur la guerre d'Algérie, c'est l'affaire que le Général a traité et qui reste certainement la plus douloureuse. Lorsqu'il revient au pouvoir, les parachutistes sont près à sauter sur Paris. "Je vous ai compris" s'inscrit dans ce moment et de Gaulle a toujours tenu compte des réalités. La décision de l'indépendance algérienne est prise lorsqu'il prend acte que la France ne gagnera pas cette guerre sur le terrain. Les français de métropole ont approuvé massivement cette décision par référendum (90%). Les négociations avec le FLN ont été très dures. Et les conséquences dramatiques : un exode massif de centaines de milliers de personnes, des gens qui ont perdu tout ce qu'ils avaient, sauf la vie, "chance" que n'ont pas eu les dizaines de milliers de français restés en Algérie et harkis qui se sont fait massacrés.
Écrit par : Philippe Ségard | 10.11.2010
@ Philippe Ségard
Il y a un trait de la période DeGaulle qui m'interpelle :
C'est la stabilité.
Malgré les aspects de l'histoire que vous évoquez.
Par ailleurs, dans un discours célèbre, De Gaulle s'est laissé entendre sur l'or et la stabilité monétaire.
Qu'en est-il maintenant ? Voici ce que j'en pense :
http://www.courtier-or.fr/int/index.php/104-politique-non-orthodoxe-et-linstabilite-monetaire.html
Cordialement,
Écrit par : courtier-or.fr | 10.11.2010
@ P.Séguard
Très juste : j'aurai pu parler de la réconciliation franco-allemande, symbolisée par la visite de la Boisserie par Adenauer. C'était un très beau geste pour quelqu'un qui a vécu dans sa chair les deux guerres mondiales.
@ Erel
C'est juste mais la guerre d'Algérie avait commencé 4 ans avant son arrivée au pouvoir. Je ne pense pas que c'était uniquement une affaire d'intendance. Beaucoup de témoignages indiquent qu'il souhaitait profondément que l'Algérie conserve un lien fort avec la France et qu'il s'est résolu à une indépendance complète quand il a constaté que les excès des uns et des autres ne rendait pas une autre solution possible. Je crois qu'il a fait pour le mieux dans des circonstances extraordinairement difficile. Certaines conséquences ont été horribles, il y a sans doute eu des erreurs de commises mais je crois qu'il a constamment cherché à faire du mieux qu'il pouvait pour la France, les Français et l'Algérie.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 11.11.2010
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