14.11.2010
Le petit remaniement d’un petit président
Après cinq mois d’un feuilleton interminable, Nicolas Sarkozy a enfin annoncé le remaniement du gouvernement. Cinq mois de perdus de plus pour un remaniement a minima qui ne changera rien et aura encore démontré toute la petitesse du président.
Un scénario ridicule
On pouvait s’attendre au maintien de François Fillon, comme je l’avais indiqué il y a tout juste un mois, car les autres hypothèses avaient chacune de grandes limites. Alors, pour donner une impression de surprise au renouvellement du Premier Ministre, le président a eu recours à tout un tas d’artifices qui semblent assez dérisoires aujourd’hui. Il a laissé fuiter une liste de successeurs potentiels dont la majeure partie n’étaient pas crédibles (Michèle Alliot-Marie, Bruno Le Marie ou François Baroin).
Dans la dernière ligne droite, nous avons eu droit à l’hypothèse Jean-Louis Borloo, annoncé à 99% sûr à Matignon. Il apparaît aujourd’hui pour ce qu’il était : un leurre destiné à entretenir le suspens, un moyen scénaristique d’entretenir l’intérêt de ce mauvais feuilleton. Pire, pour essayer de surprendre, la seule nouveauté qu’a trouvé l’Elysée a été d’effectuer la transition un week-end (une première) et de laisser la France quelques heures sans premier ministre.
Comment ne pas trouver navrant de voir le remaniement réduit à de telles mesquineries ? Alors que la tradition veut qu’un premier ministre reconduit soit renommé immédiatement, les quelques heures de latence, destinées à bien montrer qui est le chef, illustrent une nouvelle fois le côté bêtement enfantin de celui qui n’est décidemment qu’un petit président. Pire, comment imaginer que cela n’a pas affecté le travail du gouvernement pendant ces cinq derniers mois ?
Un petit remaniement
La composition du gouvernement est finalement tout sauf révolutionnaire. Beaucoup de ministres restent en place (Brice Hortefeux, Christine Lagarde, François Baroin, Luc Châtel, Bruno Le Maire, Valérie Pécresse). Les principaux nouveaux arrivants étaient annoncés de longue date. Le fait que ce soit des revenants, Alain Juppé et Xavier Bertrand, montre le caractère limité de ce remaniement. Le maire de Bordeaux est le principal poids lourd venu renforcer l’équipe en place.
Le ministre du travail, de l’emploi et de la santé est exfiltré après un travail peu convaincant à la tête de l’UMP pour être remplacé par un Jean-François Copé qui a réussi à obtenir la tête du parti présidentiel, le poste idéal pour préparer 2017… il est difficile de ne pas voir dans la majorité des nouveaux arrivants un souci cosmétique de représentation des femmes, des minorités visibles ou du centre.
Les départs ne surprendront personne non plus. L’ouverture n’est plus. Après Martin Hirsch et Alain Joyandet, Fadela Amara et Bernard Kouchner, très contestés, quittent le navire gouvernemental. Ne subsiste plus qu’Eric Besson. Le sacrifice d’Eric Woerth montre que Nicolas Sarkozy peut céder à la pression extérieure. Le départ de Jean-Louis Borloo est assez logique : après avoir espéré Matignon, il lui était sans doute difficile de rester seulement ministre.
Au final, jamais nous n’aurons autant parlé pendant aussi longtemps d’un aussi petit remaniement. Non seulement le nom des ministres n’a guère d’importance dans cette présidence, mais en plus, les changements sont limités. Beaucoup de bruit pour rien.
20:23 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, françois fillon, remaniement, xavier bertrand, alain juppé




Commentaires
Une stratégie (une de plus) qui permet au Président et à la majorité actuelle d'éviter les véritables sujets concernant l'intérêt du pays et de ses citoyens (Les institutions européennes, croissance économique, chômage, fiscalité...).
Le temps consacré par les médias à parler de ce remaniement tant attendu (5 mois) est autant de temps de gagné pour Sarkozy en vu de sa prochaine candidature à la Présidence de la République.
Écrit par : DAF | 14.11.2010
J'écoute la composition du nouveau gouvernement. Il est risible de voir des sortants non repris dans la nouvelle équipe, critiquer par dépit. Je pense notamment à Rama Yade et à Hervé Morin. Pourquoi n'ont-ils pas démissionné de leur fonction ministerielle s'ils n'étaient pas en accord avec la politique menée ? Tout cela est vraiment navrant. De plus, entendre dire que MAM est gaulliste m'agace profondément.
Écrit par : J.-J.S | 14.11.2010
Effectivement, Jean-François COPE est en bonne posture pour être présidentiable en 2017 en prenant la tête de l 'ump.
JUPPE se tire une balle dans le pied en intégrant la Défense dans un gouvernement en fin de parcours et un manque de latitude dans la réintégration de l'Otan qui déplaît souverainement au public.
Sarkozy sauve le communautarisme en mettant Jeannette BOUGRADE (La Halde) jeunesse et vie associative pour drainer de l' électorat et compenser le départ de Rama YADE et Fadela AMARA.
Jean-Louis BORLOO ira rejoindre le Nouveau Centre de Morin (scénario probable déjà discuté et envisagé).
Rien de très palpitant sous les sunlights.
Écrit par : GAIA | 14.11.2010
Ce n'est vraiment pas gentil Laurent de se moquer de la taille du président... ^^
Écrit par : B&G | 15.11.2010
Moi je n'ai pas vu de changement : Olli Rehn est toujours ministre de l'économie, Viviane Redding ministre de la justice, Antonio Tajani ministre de l'industrie, Catherine Ashton ministre des affaires étrangères, Janusz
Lewandowski ministre du budget ....
J'ai pas bien compris le battage médiatique pour le changement de quelques traducteurs de directives européennes.
Écrit par : Philippe Ségard | 15.11.2010
La seule "surprise" (mais en est-ce vraiment une ?) est l'arrivée de M.A. Montchamp, porte-parole de République Solidaire, qui peut s'interpréter de 2 façons:
- torpiller Villepin en lui prenant ses fidèles (toujours à l'UMP) si NS se représente en 2012 OU
- valider Villepin (via ses soutiens devenus ministres) comme candidat de l'UMP si NS ne se représente pas !
Écrit par : Claribelle | 15.11.2010
Absolument d'accord avec Philippe.
Écrit par : laurentD | 15.11.2010
@ JJS
Complètement d'accord. Entendre Morin s'épancher de la sorte est lamentable. MAM gaulliste : un roseau qui se prend pour un chêne et va à la soupe...
@ B&G
Il n'y a aucun sous-entendu physique. Un grand Président peut être petit par la taille. Je dis "petit" président pour ce qu'il a fait de sa fonction...
@ P.Ségard
Très juste...
@ Claribelle
Pas faux. La 2ème hypothèse me semble hautement improbable...
Écrit par : Laurent Pinsolle | 15.11.2010
La reconduction de Fillon n'indique-t'elle pas que Sarkozy est démonétisé dans son propre camp? Pour moi, c'est le début de la mise à l'écart du président avec le premier ministre comme candidat le mieux placé de l'UMP aux présidentielles.
La droite latine aurait-elle réussi une manoeuvre collective? Fillon et Sarkozy devraient se déchirer pendant une année, donc affaiblir encore l'UMP et le premier ministre sera décrédibilisé par sa probable politique d'austérité.
UMP et PS sont à bout de souffle, nous devrions assister à l'émergence de quelque chose de nouveau. Les identitaires nous indiquent que le pire fait parti du possible.
Écrit par : Jardidi | 15.11.2010
Pour moi le remaniement est plus important qu'il n'y paraît. Le président vient de placer ses pions pour lancer sa campagne de réélection, et la composition du gouvernement indique une stratégie qui, malgré de nombreuses embuches politiques, n'en demeure pas moins viable malgré son impopularité et le contexte réel...
Stratégie possible ? Tenir la ligne RPR classique et ringardiser la gauche en redurcissant le clivage droite-gauche.
Le fait que l'immigration revienne à l'intérieur signifie une moindre attention - au moins médiatique - à la question. Le gouvernement va stopper sa phase de séduction de l'électorat populaire en pensant qu'il en en a assez fait pour qu'ils votent pour lui en 2012, et en pariant sur le bordel au FN après l'élection du successeur de le Pen l'année prochaine... Quitte à l'instituer. Le fait, voulu ou non, que Borloo et Morin soit lâché dans le poulayer centriste, plus la présence de Bayrou, est fait pour empêcher toute unité de la droite centriste, voir toute candidature crédible. Le nouveau centre, le modem, le parti radical valoisien, le parti radical de gauche, vont se tirer dans les pieds au moins autant que dans le gouvernement. Ils n'arriveront à rien de sérieux pour 2012.
En empruntant la ligne du RPR classique, le gouvernement a désormais quatre défis politiques. Le premier, c'est de dégommer Villepin via le procès Clearstream pour l'empêcher d'être candidat, afin de rester devant le FN au premier tour. Le second, c'est de jouer sur le clivage droite/gauche en mimant sur le plan économique les modernes (la droite) contre les archaïques (la gauche) - sarkozy va donc tout faire pour écarter DSK et préfer Aubry - et en soulevant des réformes de justice sociale comme la réforme fiscale ou de la dépendance pour diviser à gauche entre les modérés et les durs afin de s'imposer sur un 51/49. Le troisième, c'est justement de semer la zizanie à gauche. Jouer Mélanchon ou Besancenot contre le PS. Jouer l'aile gauche du PS contre son aile droite. D'autant plus facile qu'ils ont déjà commencé tout seul. Le quatrième défi sera de cacher la contradiction fondamentale d'une ligne RPR attachée traditionnellement à l'indépendance de la France quant on est comptable du traité de Lisbonne et du retour de l'OTAN. A ce titre, un candidat qui parviendrait à émerger sur cette contestation, soit sur la ligne gaulliste, type NDA, soit jacobine, type Mélanchon s'il choisit cette voie, peut faire quelque chose à la présidentielle. A condition que le clivage droite/gauche ne soit pas trop réactivé...
En fait le principal obstacle sera de passer le premier tour, puisque ça fait un moment que le rapport droite/gauche cumulé est favorable à la droite. Il pari donc sur le fait d'être devant le FN au premier tour, et devant les candidats centristes, en perdant un peu de voix par rapport au 2007, mais en limitant la dispersion en prenant la ligne centrale RPR et en divisant les voix de la gauche aussi...
Il ne faut pas s'y tromper : si Sarkozy parvient à durcir le clivage droite/gauche, dans la lignée du conflit sur les retraites, la situation sera mauvaise pour les alternatifs en 2012...
Écrit par : N. Gonzales | 15.11.2010
Laurent, je plaisantais... c'était de l'ironie. Je croyais que ça se voyait...
Écrit par : B&G | 15.11.2010
Et dès lors, plus personne ne parle du problème des retraites, que ce gouvernement n'a jamais voulu aborder sur le fond, en restant à une suite d'assertions parfois fausses et souvent peu pertinentes (sur l'espérance de vie notamment). La mobilisation sociale la plus longue et la plus forte des quarante dernières années est déjà oubliée par les médias. Les manifestations à travers toute l'Europe (Écosse - ministère des Finances occupé !, Angleterre, Autriche, Belgique, Allemagne...) ne les intéressent pas, sauf quand il y a de la casse. C'est vraiment très triste, je ne pense pas qu'on puisse encore parler de République
Écrit par : Poupée Gonflable | 16.11.2010
@ N. Gonzales
Oui, la stratégie mise en place dans la perspective de l'échéance 2012 est sous jacente au remaniement ministériel cache en réalité une avance de pions pour torpiller l'émergence de partis alternatifs.
Sarkozy essaie de ramener à lui la volatilité des gaullistes qu'il sent venir c'est pourquoi il essaie par le Nouveau Centre mené par Borloo de capter de l'électorat de Bayrou MoDem par l'aile droite (j'ai dit aile gauche dans un autre billet, je me suis trompée).
L'association ump-rpr n'est pas du hasard.
Il va essayer par le Nouveau Centre de conforter l'ump sous une nouvelle dénomination et fusion ultérieure.
Sarko veut réussir le Grand Rassemblement des Gaullistes et je vius garantis qu'il a DLR dans le collimateur (moyen objectif).
Écrit par : GAIA | 16.11.2010
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