29.11.2010

Le PS s’attaque aux conséquences de la crise, pas aux causes

En quelques temps, le Parti Socialiste a publié trois textes qui en disent assez long sur son programme, une tribune d’un député européen sur le « juste-échange », un texte d’un autre député sur la monnaie et le texte de Benoît Hamon sur l’égalité réelle, adopté par le Conseil National.

Des moyens pour tous !

Le texte sur l’égalité réelle, qui a fait tant polémique est doublement intéressant. Il présente une véritable logique dans la droite ligne du « care » mort-né de Martine Aubry. S’il y a bien sûr des mesures intéressantes (fusion CSG / Impôt sur le revenu, interdiction du crédit revolving…), ce premier jet du programme du parti socialiste comporte également d’innombrables nouvelles dépenses (allocation étudiant, nouvelles places de crèche, allongement de la durée de la scolarisation…)

En clair, le Parti Socialiste prend soin de tous. Pour les jeunes, il promet une allocation étudiant, 80% de bacheliers, 50% d’étudiants dans le supérieur. Pour les salariés, il promet une augmentation des salaires, des logements meilleurs marchés. On ne compte plus les aides nouvelles proposées dans ce projet. Naturellement, les méchantes entreprises seront pénalisées par des taxes supplémentaires si elles distribuent trop de dividendes ou ont trop de contrats précaires.

L’oubli de la mondialisation

Ce texte révèle tout de même une incompréhension incroyable des mécanismes économiques (peut-on y voir les conséquences du départ de Jacques Généreux ?). Bien sûr, le PS propose des sanctions contre les méchantes entreprises et les méchants banquiers. Mais les socialistes ne remettent absolument pas en cause cette globalisation néolibérale qui appauvrit les classes populaires et entretient un chômage de masse, comme le soulignent de nombreux économistes.

Le rôle du libre-échange, de la libre-circulation des mouvements de capitaux, de la déréglementation financière sont largement ignorés. Le PS ne propose pas de changer les règles du jeu mais d’essayer de compenser les effets pervers de la globalisation en distribuant un argent que l’Etat n’a plus et dont la globalisation le prive. Et pour dénoncer certaines dérives, il propose des sanctions qui sont soit indolores, soit qui auront des effets pervers (augmentation des charges).

Une aile gauche hors sujet

De manière assez intéressante, l’aile droite du parti a mal accueilli ces propositions. On peut y voir du réalisme politique ou une forme de mutation terminale du socialisme en un parti centriste conservateur et gestionnaire qui n’aurait plus la moindre envie de changer quoique ce soit. Car finalement, que propose cette aile droite ? Elle camoufle une incapacité à proposer une alternative économique en une capacité de gestion dont on voit aujourd’hui qu’elle est bien illusoire.

Mais ce qui montre l’épuisement total du PS, c’est bien le manque de radicalité de son aile gauche sur les questions économiques malgré la crise que nous traversons. Le « juste-échange » est uniquement une posture. En cela, le texte du discours de candidature d’Arnaud Montebourg résume parfaitement la situation. Ce n’est pas pour changer la vie des Français qu’il souhaite se présenter, mais bien pour satisfaire un ego dont la boursouflure éclabousse tout son texte.

Oui, la France a beaucoup de problèmes. Le Parti Socialiste en est un en ce qu’il est le principal parti d’opposition mais qu’il ne propose en aucun cas une alternative. Et comme même son aile gauche ne le fait pas, les Français ont tout intérêt à aller voir ailleurs pour changer leur vie.

Commentaires

Le PS n'est pas un parti d'opposition mais une droite girondine. Il ne s'agit pas tellement d'un duel PS/UMP mais plutôt d'une juxtaposition territoriale. L'UMP est forte dans les régions qui ont soutenu viscéralement la révolution française plus la Bretagne libérale. Chaque camp doit avant tout faire le plein de son électorat naturel. EE est le successeur logique du PS, il n'y a donc pas de mort du PS mais mutation. Je parie, mêmes zones de force au niveau électoral mais électeurs et militants simplement plus jeunes. La dimension sociale disparaît chez EE, ce qui est conforme à l'hypothèse de droite girondine.
Les combats les plus acharnés devraient concerner le PS face à EE et l'UMP contre le FN.
L'avenir, le renouveau se situent dans les classes populaires du Bassin parisien. Apparemment, la gauche y est morte et le seul enjeu est de savoir si elles basculeront au FN ou si une droite républicaine émergera.

Écrit par : Jardidi | 29.11.2010

L'absence de discours audible par l'aile gauche du PS, contre le libre echange, est d'autant plus affligeante que cette aile gauche est contre le libre échange. C'est ce qu'on voit en lisant la motion Hamon, "Un Monde d'Avance", presentée par l'aile gauche au congres de Reims, ainsi que certaines interviews donnees par le Secretaire National adjoint à l'économie du PS, Liem Hoang NGoc, economiste membre de l'aile gauche. On raconte que l'aile gauche s'auto-censure depuis que Hamon est porte-parole du PS.

Écrit par : samuel * | 29.11.2010

@ Jardidi

J'espère que nous sommes à la veille d'une révolution électorale....

@ Samuel

Oui, mais l'aile gauche du PS me fait penser à Patrick Artus : le bon constat sur les ravages du libre-échange mais une incapacité à aller très loin dans les propositions....

Écrit par : Laurent Pinsolle | 29.11.2010

"les Français ont tout intérêt à aller voir ailleurs pour changer leur vie."

Pour ceux ayant un minimum de qualification, c'est outre Rhin que va probablement être cet ailleurs.

Ça risque de provoquer une belle fuite des qualifiés qui auront bénéficié de l'enseignement français, gros gâchis...

http://alternatives-economiques.fr/blogs/lechevalier

Écrit par : olaf | 29.11.2010

L'aile gauche, pour une part au moins, n'est-elle pas le Parti de Gauche de Mélenchon ? Ce qui reste du PS est devenu franchement nuisible. Pour les raisons qu'énonce Laurent Pinsolle, ses promesses intenables, sont de la pure démagogie. Elles nous menacent d'une pseudo-alternance.

Écrit par : Marsault | 29.11.2010

Comme le dit Todd, le PS est trop bien élevé face à une UMP vorace.

Les premiers de la classe PS propres sur eux vont se faire dévorer.

Car NS est un redoutable tacticien et communiquant qui a mis l'UMP à sa botte. C'est malheureux, mais lui sait galvaniser les foules en dépit de tout bon sens. Je l'ai bien vu en 2007, il refera le coup en 2012.

Écrit par : olaf | 29.11.2010

Tous ces constats sont bien jolis mais à quand le travail d'union
des "compagnons", "amis" et "camarades" sur des objectifs
communs ?

Le temps presse et les discussions de salons ne suffiront pas.

Écrit par : DC | 29.11.2010

Entre ceux qui annoncent des dépenses à tir-larigot et ceux qui s'en prennent au libre échange, ceux qui veulent augmenter les impôts. On à le la totale pour ruiner la France c'est magnifique. Rajoutez la banque centrale qui veut maintenir l'inflation.


C'est magnifique on va dans le mur, c'est absolument incroyable de constater à quel point les États hypertrophiés peuvent détruire la civilisation en quelques décennie.


Rappel de ce qu'il faut faire :
- Faire une politique monétaire de déflation douce.
- Ne pas augmenter les impôts (je sais c'est dur).
- supprimer toute législation qui incite à l'endettement des particuliers (prêts à taux zero, etc.).
- réduire les dépenses publiques jusqu'à être sensiblement en positif pour faire face à la hausse des taux et à la déflation.
- Assainir le monde bancaire par restauration de la responsabilité sans cesse détruite depuis 150 ans.
- Supprimer les taxes au libre échange.

Écrit par : Alf | 30.11.2010

Entre ceux qui annoncent des dépenses à tir-larigot et ceux qui s'en prennent au libre échange, ceux qui veulent augmenter les impôts. On à le la totale pour ruiner la France c'est magnifique. Rajoutez la banque centrale qui veut maintenir l'inflation.


C'est magnifique on va dans le mur à 300km en chantant, c'est absolument incroyable de constater à quel point les États hypertrophiés peuvent détruire la civilisation en quelques décennie.


Rappel de ce qu'il faut faire :
- Faire une politique monétaire de déflation douce.
- Ne pas augmenter les impôts (je sais c'est dur).
- supprimer toute législation qui incite à l'endettement des particuliers (prêts à taux zero, etc.).
- réduire les dépenses publiques jusqu'à être sensiblement en positif pour faire face à la hausse des taux et à la déflation.
- Assainir le monde bancaire par restauration de la responsabilité sans cesse détruite depuis 150 ans.
- Supprimer les taxes au libre échange.

Écrit par : Alf | 30.11.2010

"Le rôle du libre-échange, de la libre-circulation des mouvements de capitaux, de la déréglementation financière sont largement ignorés. " Je veux bien vous croire, mais quels sont vos propositions en ces domaines ?

Écrit par : Georget | 30.11.2010

Complément pour le commentaire de Alf:
- achetez aussi quelques kalachnikov qui seront nécessaires dans ce monde ultra libéral du chacun pour soi

Écrit par : A-J Holbecq | 30.11.2010

@ Georget

Vous pouvez cliquer sur des liens dans la rubrique "Le meilleur du blog" pour en savoir un peu plus sur mes propositions. Vous pouvez cliquer sur le billet sur "la crise de l'anarchie néolibérale" et les papiers suivants qui synthétise ma vision économique. Sur la finance, vous trouverez une version plus actualisée dans le papier "18 propositions concrètes pour réformer la finance".

@ Alf

OK pour le 3ème point, mais c'est tout. Faire de la déflation ? Mais vous nous proposez une redite de la Grande Dépression étasunienne, 25% de chômage. Une telle politique revient à un suicide économique, comme on le voit bien en Grèce ou en Irlande. Bien sûr, il faut remettre de la responsabilité, y compris en matière budgétaire mais il faut justement casser le cercle vicieux de la déflation !

@ Olaf

Le PS n'est pas trop bien élevé (notamment entre eux...) mais il est juste à la ramasse idéologiquement. Il est devenu (mais a-t-il seulement jamais été autre chose) un parti libéral-libertaire avec quand même quelques penchants bien interventionnistes.

@ DC

D'accord. J'essaie d'y contribuer.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 30.11.2010

C'est tout à votre honneur, donnez-vous les moyens, beaucoup
de Français d'horizons divers mais partageant des valeurs et
objectifs communs sont prêts à se rassembler, il manque le
leader ou tout au moins la structure d'alliance.
Tout le monde le sait mais pour l'instant l'émergence est
difficile et la chasse aux signatures présidentielles, dérisoire, il
faut un projet commun et des alliances, seul chacun dans son
coin, cela ne mène à rien.

Écrit par : DC | 30.11.2010

@Laurent

NON ,vous croyez que je vous parle d'une hausse des taux de la BC causant de la déflation. ABSOLUMENT PAS

ASSAINIR le système bancaire est ABSOLUMENT nécessaire, c'est la SEUL façon de s'en sortir et cela causera NÉCESSAIREMENT une hausse des taux commerciaux et une réduction de la masse monétaire, c'est à dire de la DEFLATION.

Tant que l'ETAT n'assainis pas sa PROPRE situation d'endettement, tant qu'il est DROGUE AU CREDIT il ne pourra pas faire de reformes bancaire.

--------

Je paris, sur une sortie de l'euro avec dévaluation massive (l'avenir le dira). Même mon approche suppose une coordination des états de la zone euro pour ajuster les taux BC ou d'avoir sa propre banque centrale.

Écrit par : Alf | 01.12.2010

@Laurent

Votre "Gaulisme" est une auberge espagnole idéologique.

Je vous recommande quand même de vous informer sur le plan Pinay-Rueff appliqué par de Gaulle (sachant que la situation n'était pas identique évidement )

http://www.herodote.net/almanach/jour.php?ID=2758

Écrit par : Alf | 01.12.2010

@A-J Holbecq:"Complément pour le commentaire de Alf:
- achetez aussi quelques kalachnikov qui seront nécessaires dans ce monde ultra libéral du chacun pour soi"

Pour moi ce sera plutôt Colt ou Remington, on est pas du même bord.

Dans la mesure ou vous refusez TOUTE mesure de mise au pas du monde bancaire par gout de l'endettement et par peur d'une petite déflation, vous êtes mal placé pour vous plaindre.

Écrit par : Alf | 01.12.2010

Il est sûr qu'avec le "gaullisme" d'Alf on se retrouve dans une
auberge espagnole pour rester poli.

Alf doit savoir qu'il n'est plus temps de faire de la
"collaboration" pour préserver un système moribond, mais de
la résistance, pour changer le système.

L'heure, où il est encore temps pour Alf de constater son
égarement et de quitter Vichy pour Londres.

Écrit par : DC | 01.12.2010

Il est sûr qu'avec le "gaullisme" d'Alf on se retrouve dans une
auberge espagnole pour rester poli.

Alf doit savoir qu'il n'est plus temps de faire de la
"collaboration" pour préserver un système moribond, mais de
la résistance, pour changer le système.

L'heure, où il est encore temps pour Alf de constater son
égarement et de quitter Vichy pour Londres.

Écrit par : DC | 01.12.2010

@ Alf

J'aimerai bien que vous répondiez à mon point sur la Grande Dépression. Je ne vous parle pas du tout d'une hausse des taux de la BC. C'est vous qui inventez. Votre déflation, c'est ce que vous évoquez : coupe dans les dépenses publiques, réforme bancaire (à laquelle je souscris en partie) à un moment où il n'y a pas de croissance. Le résultat, on le connaît, ce sera une Dépression. Et je veux éviter cela.

Je crois qu'il y a d'autres moyens de s'en sortir, en s'inspirant de ce qui avait été fait avec le New Deal (mais pas uniquement).

La mise au pas du système bancaire : lisez mes "18 propositions concrètes pour réformer la finance", vous verrez que j'en suis un partisan plutôt radical, même si vous ne serez pas forcément d'accord sur tout...

Je suis d'accord pour une Déflation financière mais pour que l'économie entière n'entre pas en Déflation et Dépression Economique, il faut des mécanismes équilibrants (monétisation et grands travaux). Sinon, le chômage va continuer à progresser.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 01.12.2010

@Laurent : "J'aimerai bien que vous répondiez à mon point sur la Grande Dépression."

Ce qui a causé la grande dépression en 29, des taux durablement bas suivis d'une brusque remonté (2.5 points en 2 ans.). Le catalyseur de bulle a été les actions, probablement industrielles (Voitures accessibles à la classe moyenne) et surement des tracteurs achetés à crédit, les matières premières cotées à Chicago, vu les dispositions protectionnistes d'aide aux agriculteurs prises par Hoover (pas de fumée sans feu).

http://yfrog.com/bhscreenshot034g
http://www.federalreserve.gov/pubs/FEDS/2004/200401/200401pap.pdf

Voilà donc pour sortir de ce cercle infernal de crises tous les 7-8 ans il faut réformer le système bancaire. Pas continuer à l'engraisser de crédit.

La seule manière de le faire est d'une manière ou d'une autre (certaines son meilleures que d'autres) de restaurer la responsabilité des banquiers (les fonds propres détruits par les politiciens depuis 150 ans).

Je propose l'une d'elle dans mon article mais quelque soit la manière, ça implique une hausse des crédits commerciaux (pour l'Etat comme pour les particuliers) et donc une baisse de la masse monétaire synonyme de déflation (sinon c'est une farce).
En plus il faut une très progressive remonté des taux BC pour arrêter la machine à bulle.

Il faut donc que l'État réduise ses dépenses pour :
1 - n'ait plus à emprunter
2 - supporte l'accroissement de la charge réelle de sa dette
3 - diminuer les impôts afin que les particuliers puisse eux même faire face à leurs emprunts et sur le capital mobilier pour permettre aux entreprises, banques comprises, de reconstituer leurs fonds propres, en cash.

Alors oui, il faudra faire des coupes budgétaires importantes, accroitre les échanges, assouplir la règlementation du travail, baisser les salaires de la fonction publique. La question des traders se règlera d'elle même par la fermeture de la planche à billet. Idem pour les prix des denrées quotidiennes qui baissera de lui même.

Pour ce qui est des proposition de relance "Keynésiennes", dans le paradigme Libéral Autrichien, elles sont DESTRUCTRICES point.


@DC : "la résistance, pour changer le système.
L'heure, où il est encore temps pour Alf de constater son
égarement et de quitter Vichy pour Londres."

Vous n'avez probablement qu'une idée très superficielle quand à la manière de "changer le système".

Au cas ou vous ne l'auriez pas remarqué, vu la politique du gouvernement UK, c'est plutôt moi qui suis idéologiquement à Londres. Vous ...?

Écrit par : Alf | 03.12.2010

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