03.12.2010
Irlande, Etats-Unis : l’enfer de la globalisation néolibérale
Les années que nous vivons ont le bénéfice indéniable de faire prendre conscience à beaucoup des réalités du système économique qui a été construit depuis quarante : il est inefficace, injuste et instable, comme le montrent les exemples Irlandais et Etasunien.
Le tigre est mort
Il y a encore quelques années, le « tigre celte » était donné en exemple à l’Europe entière, avec ses faibles impôts et sa croissance signe d’un dragon asiatique. Mais on comprend aujourd’hui que cette croissance était en partie une illusion et qu’elle portait en elle des déséquilibres économiques majeurs. Patrick Artus le résume particulièrement bien dans une de ses dernières notes : le modèle Irlandais est construit sur son comportement de passager clandestin et sa financiarisation excessive.
La faible fiscalité irlandaise explique en partie la bulle financière. Les bas taux d’IS ont attiré les banques, dont la taille du bilan est passée de 450% du PIB en 2002 à 1050% cette année ! La Grèce s’en tient à 550% aujourd’hui, la France à 400% et la prudente Allemagne à 300%. Le Royaume Uni, lui est passé de 650 à 950% dans le même intervalle. Bref, la bulle financière, nourrie par la faible fiscalité, porte une responsabilité majeure dans la crise Irlandaise.
Et aujourd’hui, l’ensemble de la population doit durement se serrer la ceinture avec un troisième plan de rigueur, une baisse du salaire minimum de plus de 10%, une hausse des impôts et une baisse des prestations sociales. Mais, parallèlement, aucune contribution ne sera demandée aux grandes entreprises qui continueront à ne verser que 12.5% d’IS et profiteront des baisses de salaire. Bref, la population paie cher les erreurs de politiques économiques de ses gouvernements.
Le rêve américain n’est plus
C’est un mythe encore vivace : le fait qu’aux Etats-Unis, tout le monde puisse réussir, quelque soit sa condition, une vision optimiste et individualiste que l’élection de Barack Obama contribue sans doute à entretenir. The Economist a de nombreuses fois souligné qu’au contraire, les Etats-Unis sont devenus un pays figé socialement, où les enfants des classes populaires ont beaucoup plus de mal à progresser que dans l’Europe continentale alors que la richesse se perpétue.
Car le rêve américain est bien mort, même si Barack Obama lui doit en partie son élection. L’envolée du coût de l’éducation supérieure y joue un rôle majeur, comme le souligne Paul Krugman. Un mauvais élève avec des parents riches a autant de chances d’aller à l’université qu’un bon élève dont les parents ne le sont pas. The Economist rapporte ainsi que les frais de scolarité moyens pour faire du droit sont passés d’un peu moins de 3 000 dollars en 1990 à près de 17 000 dollars aujourd’hui.
En outre, la croissance des années 90 et 2000 était en bonne partie illusoire. En effet, comme le rapporte également The Economist, le revenu réel médian (qui sépare les 50% les plus riches des 50% les moins riches) a baissé de 7.1% aux Etats-Unis de 1999 à 2009. Ce qui veut dire que la grande majorité de la population a vu ses revenus baisser, compensant par le recours au crédit. Et si la moyenne a progressé, c’est parce que les très hauts revenus ont explosé.
Bref, le modèle étasunien est bel et bien mort. Sa performance économique venait d’une bulle financière. Il est profondément injuste car il ne profite qu’à une petite minorité, en appauvrissant la majorité. Et les crises de 2001 et 2008 montre qu’en outre, il est très instable.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : globalisation néolibérale, irlande, etats-unis, bulle financière, rêve américain, barack obama, paul krugman




Commentaires
Le rêve américain ?
Voilà ce qu'en dit George Carlin :
They call it Amerian Dream, co's you must to be asleep to believe in it.
Je suis en entier et complet accord avec vous, Monsieur.
Bien plus que par le spectacle de la déchéance de l'Empire, je suis stupéfait devant la nature démoniaque du projet de la globalisation.
Un projet, qui devait fournir à certains individus identifiables les clefs de la gouvernance mondiale éternelle.
En échange d'une monnaie virtuelle, il devait permettre le contrôle des actifs tangibles.
C'est à cela , que doit servir la destruction des nations et la fabrication de zones de contrôle ( eurozones ) , entérinée par l'UE et clamée pas son tragique pitre : Hermann Van Rompuy.
Ce rêve monstrueux tire aujourd'hui sur sa fin. Mais ses fervents et intéressés détracteurs nous préparent déjà des guerres sans la moindre consultation des peuples qui pourtant, devront fournir la chair à canon des batallions et subir la ruine.
Une pensée à la France, Messieurs.
Écrit par : courtier-or | 03.12.2010
Courtier Or, on est sur la même longueur d'ondes.
Un peu gloom & doom quand même
Écrit par : lg | 03.12.2010
ça à plus de 40 ans, 3 digues majeures ont sauté depuis près de 150 ans.
1971 est la fin de la destruction pas le début.
- La première au milieu du 19eme est l'application de la responsabilité limitée au banques.
- La 2eme est la création d'un monopole monétaire avec les BC dont résulte la disparition de la contrepartie réelle qui en et les taux impossiblement bas.
- La troisième est l'augmentation de la fiscalité des capitaux qui rend les fonds propres plus couteux que le crédit, qui fragilise tout le tissu économique.
Écrit par : Alf | 03.12.2010
En voilà encore une qui crois que la fausse monnaie française est meilleur que la fausse monnaie européenne. Encore une qui crois que l'inflation massive est gratuite alors qu'elle signifie la ruine injuste de nombreux épargnants français non préparés (assurance vie en euro...) au bénéfice surtout du plus gros des dépensiers, l'Etat.
http://www.dailymotion.com/video/xfuymp_resorber-notre-dette-sortir-de-la-loi-de-1973_news
Pour la perspective Historique, je vous recommande le petit billet que j'ai posté jadis sur la question.
http://blog.laissez-faire.eu/index.php?post/2008/12/07/Votre-epargne-est-entre-de-bonnes-mains-ayez-confiance-confiance-confiance
Écrit par : Alf | 04.12.2010
Chez les libéraux, la faute est à l'euro:
http://www.contrepoints.org/2010/12/03/8346-8346
Écrit par : Gaulliste Social | 04.12.2010
@ gaulliste social
L'article auquel vous renvoyez prétend que le "libre marché" n'est pas la cause des problèmes de l'Irlande, et il pointe à juste titre la responsabilité de l'euro et des engagements de l'État vis-à-vis des banques.
Le problème de cet article est qu'il se réfère à un fantasme : "le libre marché". TOUT marché est le produit d'une réglementation - ce qui est licite et ce qui ne l'est pas, conditions de formation et de sortie des contrats, organisation de la circulation de l'information, règles relatives aux monopoles et à la propriété intellectuelle, organisation des flux monétaires - je pourrais poursuivre longtemps là liste !
Le marché n'est pas une réalité sui generis mais une institution à laquelle l'héritage socio-culturel et l'évolution du droit imprime des propriétés différentes.
Nous pouvons donc être d'accord sur l'indésirabilité de certaines politiques, comme celle de l'Union Européenne, d'accord même peut-être sur l'utilité de construire des situations de marché viables dans un certain nombre de cas, mais certainement pas en se référant à un "libre marché" indéterminé.
Pour finir : la pleine liberté d'entreprendre mène aux monopoles, c'est l'intervention publique qui protège la concurrence ; la liberté des opérations financières mène aux bulles spéculatives qui ravagent l'activité d'entreprise ; la "liberté" du marché du travail mène à la précarité et à l'instabilité des revenus dont les entreprises sont finalement victimes, etc. Le monde réel est rempli de passagers clandestins dont les cris de "liberté, liberté" ne libéreront pas "le marché" mais leur appétit de puissance au détriment de tous les autres et du marché lui-même.
Écrit par : J. Halpern | 05.12.2010
@ J.Halpern
Totalement d'accord avec votre réponse.
J'ajouterai que "le libre marché" ou "le laissez-faire, le laissez-passer" pour reprendre les mots du Général de Gaulle pose d'innombrables problèmes. Outre la constitution de monopoles, quand il y a de forts écarts de salaires entre pays, le libre-échange produit un alignement par le bas et du chômage dans les pays où les salaires sont les plus élevés. Il produit également une loi de la jungle où le plus fort écrase les plus petits. Dans la finance, c'est bien cette liberté sans limite qui a produit la crise économique de 2008....
Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.12.2010
@J. Halpern : "Le marché n'est pas une réalité sui generis mais une institution à laquelle l'héritage socio-culturel et l'évolution du droit imprime des propriétés différentes.
Nous pouvons donc être d'accord sur l'indésirabilité de certaines politiques, comme celle de l'Union Européenne, d'accord même peut-être sur l'utilité de construire des situations de marché viables dans un certain nombre de cas, mais certainement pas en se référant à un "libre marché" indéterminé."
Cette partie de votre réponse est la seule qui ne soit pas hors de propos. Je vais donc répondre au reste.
Vous commencer par le magnifique sophisme de l'homme de paille aussi grotesque que répandu chez ennemis de la liberté qui consiste à faire croire que "le libre marché" est identique à "l'anomie", c'est à dire l'absence de règles de droits.
Le concept de liberté (incluant le libre marché) est lui même le résulta de progrès antérieur du droit. Hayek développe particulièrement ce point.
@J. Halpern : "la pleine liberté d'entreprendre mène aux monopoles"
Absurde, le monopole suppose l'usage de la violence, au quel cas, soit vous faite l'erreur que vous "dénoncez" plus haut en croyant que "le libre marché" n'impliquerait aucune règle pour protéger de la violence, voir aucune règle du tout.
Soit vous travestissez délibérément la vérité afin de minimiser la fange des monopoles ou casi-monopoles légaux imposé par le pouvoir, ceux pour les quel les forces de l'"ordre" vienne vous rendre visite.
Écrit par : Alf | 05.12.2010
@ Alf,
Nul besoin de violence pour imposer un monopole, juste laisser les grandes entreprises se racheter les unes les autres pour qu'elles gagnent un pouvoir sur le marché, ce qui est monnaie courante sur de nombreux marchés, où la concentration est toujours plus forte.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.12.2010
@ Alf
Vos références à Hayek n'y changent rien : LE "marché" n'existe pas, ce sont DES marchés qui se constituent et ceci, comme le constate Hayek, encadrés par le droit et la coutume. Hayek malheureusement postule que ces marchés ne sont menacés que par le méchant État, jamais il ne semble lui venir à l'esprit que ces marchés idéaux soient perturbés par des variations technologiques, des coalitions d'intérêt financiers oui d'autres produits de la transformation socioéconomique qu'entraîne le progrès technique.
Bref Hayek généralise abusivement une analyse juste mais partielle de la formation et des effets des marchés.
Écrit par : J. Halpern | 05.12.2010
@laurent : "Nul besoin de violence pour imposer un monopole, juste laisser les grandes entreprises se racheter les unes les autres pour qu'elles gagnent un pouvoir sur le marché, ce qui est monnaie courante sur de nombreux marchés, où la concentration est toujours plus forte."
ABSURDE, L'accroissement de la taille demande de résoudre des Problèmes de coordination considérables du même ordre que la planification économique tentée par les états socialistes.
Il est vraisemblable que beaucoup de grands groupes disparaitraient s'ils n'avaient pas acquis un pouvoir politique le permettant d'obtenir des subventions affichées ou cachées, toujours plus grande avec l'omni-Etat.
Beaucoup de fusion acquisitions échouent en silence par la revente de pans entiers de sociétés.
La fusion de Snecma et Sagem planifiée à grand bruit par votre ami Villepin en est un exemple caricatural.
http://www.sagem.com/index.php
Si vous n'apprenez même pas de "vos" erreurs on se demande comment vous pouvez progresser.
Ouep, elle est méchante celle-là, mais j'ai pas pu me retenir.
@J. Halpern
Faire du contorsionnisme avec le mot marché n'améliore pas votre argumentation. LE marché, DES marchés ou "autant-de-marches-qu'il-y-a-de-couples-offreur-demandeur" pour moi c'est du pareil au même. "le marché" n'a que l'avantage d'être plus court.
A la limite, vous pourriez enquiquiner un néoclassique qui crois à la concurence pure et parfaite.
Etant Hayekien, il va falloir il va falloir vous intéresser au paradigme Autrichien et changez lourdement de votre arsenal.
Quand à la défense de privilèges Étatiques comme "produits de la transformation socioéconomique qu'entraîne le progrès technique".
Niet, le progrès technique à en revanche l'avantage de montrer la nullité de ces dinosaures incapable de la moindre adaptation.
Écrit par : Alf | 05.12.2010
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