11.12.2010
Merci Angela !
L’Allemagne a une position compliquée aujourd’hui. D’une part, certains évoquent le modèle économique que notre voisin d’outre-Rhin représenterait et qu’il faudrait copier. De l’autre, d’autres dénoncent ses excédents commerciaux et sa réticence à prêter aux pays de la zone euro en difficulté.
Un modèle en partie dicté par l’Europe
Tout d’abord, il faut relativiser le « modèle Allemand ». Leur croissance annuelle n’a été que de 0.8% pendant les années 2000 contre 1.5% en France. Seule l’Italie a fait moins bien. Car si le pays accumule les excédents commerciaux vis-à-vis de ses partenaires de la zone euro, la compression des salaires pèse sur les salaires et le pouvoir d’achat, ce qui limite grandement la croissance globale du pays. En outre, sa désindustrialisation n’est pas moins rapide que celle de la France…
Bien sûr, le modèle Allemand est non coopératif dans la mesure où il s’appuie sur les exportations. Ce n’est donc pas un modèle réplicable à l’échelle du continent dans la mesure où tous les pays ne peuvent pas afficher un excédent. Mais ce modèle ressemble aux modèles asiatiques. Malheureusement, nous laissons également le Japon, la Corée du Sud ou la Chine accumuler les excédents en exportant comme bon leur semble en Europe alors qu’ils ferment souvent leurs marchés.
Et puis, l’euro a joué un grand rôle dans l’accentuation du modèle Allemand. C’est aussi parce que Berlin est entré dans la monnaie unique avec des coûts salariaux 25% supérieurs à la moyenne que l’Allemagne a mis en place cette politique de compression des coûts salariaux qui est passée par une stagnation des salaires et une réforme fiscale introduisant une part de TVA sociale. Dans les années 80, l’Allemagne se souciait moins de sa compétitivité coût qui fluctuait avec le cours des monnaies.
Vérités d’outre-Rhin
Même si je crois que l’Allemagne est davantage un contre-modèle qu’un exemple et que sa politique n’est pas soutenable si tout le monde l’imite, en revanche, on peut reconnaître qu’en règle générale, Angela Merkel défend bien mieux les intérêts Allemands que nos dirigeants ne le font avec les intérêts de la France et des Français. C’est simple, l’Allemagne se comporte de plus en plus comme la Grande-Bretagne, défendant bec et ongle ses positions.
C’est ainsi qu’Angela Merkel refuse l’émission d’euro-obligations, nouvelle idée farfelue de Jean-Claude Juncker, le président d’un paradis fiscal qu’il faudrait remettre à sa place. Et la chancelière Allemande a bien raison car au final, ce serait son pays qui assumerait la responsabilité de ces emprunts étant donnée sa situation financière meilleure que les autres. Elle a parfaitement raison de refuser de signer un chèque en blanc à une Europe qui place les banques au-dessus des peuples.
Angela Merkel a également raison de dire que les créanciers devraient prendre leur part dans les efforts d’assainissement des finances publiques. Il n’est pas juste que seuls les peuples paient les pots cassés de la crise financière. Les institutions européennes protègent les créanciers sans se soucier des conséquences de plans d’austérité pour les peuples. La chancelière Allemande est la seule dirigeante politique à avoir osé casser ce tabou et il faut l’en remercier.
Si l’Allemagne accentue la crise par son modèle et son refus de faire un chèque en blanc pour sauver les créanciers des autres Etats, elle montre l’exemple d’un Etat qui défend l’intérêt de ses citoyens. Ainsi, elle démontre tous les vices de cette construction monétaire artificielle. Pour cela, merci Angela !
11:15 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : angela merkel, modèle allemand, jean-claude juncker, zone euro, euro-obligations




Commentaires
Voila bien un post tout à fait fascinant.
Oui l'Allemagne semble savoir ce que l'Europe ne sera pas selon elle.
Les fédéralistes ont, pour l'instant, du battre en retraites, alors qu'ils proposent une solution à la crise de l'endettement européen.
Ceci dit, les souverainistes n'ont pas remporté la partie puisque leurs volontés s'opposent tout autant aux intérêts allemands.
Il est déplorable que le débat ne soit pas plus présent en France. Nous ferons bien si les marchés s'empressent de forcer la décision dès le début de l'année prochaine.
Écrit par : noeuddechaise | 11.12.2010
@Laurent : "Il n’est pas juste que seuls les peuples paient les pots cassés de la crise financière. Les institutions européennes protègent les créanciers sans se soucier des conséquences de plans d’austérité pour les peuples."
Bel exemple d'immoralité.
La question n'est pas là, il est absolument normal de payer ses dettes quand sois même on y a volontairement souscrite.
Si cette dette est largement illégitime, c'est parce qu'elle à été souscrite par les politiciens irresponsables et avides de pouvoir sur le dos d'une partie des français.
La vérité est que vous êtes favorables au reniement de la dette, non pas pour assainir les finances publiques comme vous le prétendez mais plutôt pour pouvoir à nouveau dépenser sans subir les conséquences de vos choix politique socialistes.
Il y a toutes les différences du monde entre ces deux approches.
Écrit par : Alf | 12.12.2010
L'Allemagne après avoir été la meilleure élève de la mondialisation, est désormais prête pour la nouvelle ère qui s'ouvre, celle des nations souveraines attachées à leur intérêt national. Nous ne l'avons pas suivi sur le chemin qu'elle a suivi ces dix dernières années, mais nous serions désormais bien inspiré de suivre son évolution.
J'approuve : Oui, Merci Angela !! Si on laissait faire Sarkozy, la France serait en train de faire des chèques à toute l'Europe.
Écrit par : Malakine | 12.12.2010
@ Malakine
C'est clair, l'évolution de l'Allemagne est très intéressante et rassurante par rapport aux délires d'euro-obligations d'irresponsables qui veulent rajouter encore une couche de dettes.
@ Alf
Un peu lapidaire. Mon propos vaut essentiellement pour la Grèce. Tout le monde sait que la situation actuelle est intenable et que même après plusieurs plans de rigueur plus durs les uns que les autres, la Grèce n'arrivera pas à tout rembourser.
En outre, comme le souligne A.Merkel, il y a un moment, les emprunteurs doivent assumer. Ils ne peuvent pas toucher des primes monstrueuses par rapport aux Bund Allemands sans prendre le risque d'un défaut, sinon cela serait trop facile. La prime qu'ils touchent indiquent le risque de défaut qu'ils intègrent déjà dans leur calcul, c'est tout.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 12.12.2010
@Laurent
Je suis entrain de lire un très bon bouquin.
Le sien
http://ladettedelafrance.blogspot.com/2010/12/la-grece-reechelonne.html
Écrit par : Alf | 12.12.2010
La Banque Centrale Européenne est devenue une gigantesque fosse à m….
La Banque Centrale Européenne a racheté des dizaines de milliards d’euros d’obligations d’Etat, mais ce sont des obligations pourries : ce sont des obligations de l’Etat portugais, de l’Etat irlandais, de l’Etat italien, de l’Etat grec, de l’Etat espagnol.
La Banque Centrale Européenne a dans son bilan des dizaines de milliards d’euros de ces obligations DONT LA VALEUR REELLE EST EGALE A ZERO.
Lundi 13 décembre 2010 :
La Banque centrale européenne (BCE) envisage de demander une augmentation de son capital aux pays membres de la zone euro, a-t-on déclaré à Reuters de sources proches de la BCE.
L'une d'entre elles a précisé que l'une des options sur la table était le doublement du capital de la BCE, qui, selon les sources, s'inquiète des pertes potentielles liées aux achats d'obligations auxquels elle procède depuis le mois de mai.
La banque centrale de la zone euro a annoncé lundi avoir acquis pour 2,667 milliards d'euros d'obligations lors de la semaine au 10 décembre, contre 1,965 milliard la semaine précédente, ce qui porte ses rachats totaux à 72 milliards d'euros.
La BCE avait décidé de procéder à ce type de rachats après le plan de sauvetage établi par la Grèce.
Les montants hebdomadaires achetés atteignent ces semaines des niveaux jamais vu depuis le mois de juin dans un contexte de plan d'aide à l'Irlande, deuxième pays membre de la zone qui a dû faire appel à une assistance extérieure.
La Grèce et l'Irlande ont ou vont recevoir un total de 195 milliards d'euros, des fonds fournis par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI). Bon nombre d'analystes pensent que le Portugal sera bientôt le prochain sur la liste.
La BCE ne donne pas de détails sur ces achats, mais la plupart des analystes estiment que la banque centrale concentre ses achats sur la dette des pays en difficulté tels que l'Irlande, la Grèce et le Portugal.
"En ce moment, les montants achetés par la BCE restent modestes, mais que se passerait-il si, d'une part, les volumes achetés augmentaient de manière sensible et que, d'autre part, les obligations perdaient tout à coup 30 % de leur valeur", a dit l'une des sources.
La BCE s'est refusée à tout commentaire.
Sa base de capital souscrit est de près de 5,8 milliards d'euros, alors que la taille de son bilan s'approche des 138 milliards d'euros, selon le dernier rapport annuel de la BCE.
http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE6BC0XO20101213
Écrit par : BA | 13.12.2010
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