25.12.2010
La Grèce prend le chemin de l’Argentine
Cette semaine, le Parlement Grec a adopté un énième plan d’austérité pour suivre les recommandations du FMI et de la Commission Européenne, malgré les protestations de la population. Personne ne semble voir que ces plans sont vains et sans issue. La Grèce glisse dans la situation de l’Argentine.
Une cure d’austérité illusoire
Certes, la Grèce est en partie là du fait des fautes du gouvernement précédent. Mais, ce n’est pas en acceptant de se voir imposer une cure d’austérité aussi sévère aussi longtemps qu’Athènes parviendra à assainir la situation. En effet, la sévérité des mesures (baisse cumulée de 15% des salaires des fonctionnaires, hausse des impôts…) provoque une baisse du PIB suicidaire. Car la baisse de la richesse nationale alourdit le poids de la dette, qui, elle, continue à croître.
C’est ainsi qu’en 2013, la Grèce devrait avoir une dette publique supérieure à 140% du PIB. Le paiement des intérêts de la dette devrait donc représenter 7% de la richesse nationale annuelle (en prenant l’hypothèse d’un taux de 5%). La moindre tension sur les taux d’intérêt enverra irrémédiablement le pays au défaut car il y a une limite à ce qu’un Etat peut payer chaque année pour honorer le service de sa dette dans un système où il ne lui est pas possible de monétiser.
Quand l’euro aggrave les choses
La complexité de la situation Grecque tient à ce que le pays cumule une double crise : une crise de ses finances publiques avec une crise plus globale de perte de compétitivité puisque ses coûts salariaux ont progressé plus rapidement que la moyenne. Le problème est que la Grèce se retrouve dans une union monétaire qui ne lui permet pas de dévaluer pour retrouver de la compétitivité. Résultat, elle essaie d’organiser une dévaluation interne par la baisse des salaires et des prix.
Mais, outre le fait que cela est extrêmement difficile à faire, la déflation contribue encore à réduire la richesse nationale, ce qui alourdit plus encore le poids de la dette. Bref, la restauration de la compétitivité du pays complique plus encore sa situation financière. Si la Grèce avait encore la drachme, elle aurait pu procéder à une dévaluation et utiliser la monétisation pour essayer de résoudre les deux problèmes de concert sans qu’une action ne parasite l’autre.
Un air de tango règne à Athènes
Résultat, et c’est une évidence que les eurocrates refusent malheureusement d’admettre, la Grèce est dans une situation proche de celle l’Argentine de 1999 qui avait essayé de retrouver sa compétitivité perdue face au Brésil ou aux pays Asiatiques en organisant une déflation. Il faut rappeler que cela avait aboutit à une baisse de 10% du PIB de 1998 à 2001 puis à la grave crise de 2002, la dévaluation et le défaut, mais, ultimement, au redressement de l’économie Argentine.
Bref, l’issue probable pour la Grèce est un défaut partiel sur sa dette car la déflation qu’elle accepte de se voir imposer la rend in remboursable, ainsi qu’une sortie de l’euro et une dévaluation de la drachme. La question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand. Le plus tôt sera le mieux car l’ajustement sera alors moins brutal. Si la Grèce était sortie de l’euro cette année, elle n’aurait qu’à restructurer une dette de 110% du PIB. En 2013, ce sera une dette de 140%.
Mais voilà, les autorités veulent absolument sauver un euro mal conçu, quitte à faire suer sang et eau au peuple grec. Ils ne font qu’acheter du temps (payé par les Grecs) sans sembler se rendre compte qu’à retarder la crise, ils ne font qu’en amplifier les conséquences…
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : grèce, argentine, défaut, dévaluation, euro, 2002




Commentaires
@Laurent : "En effet, la sévérité des mesures (baisse cumulée de 15% des salaires des fonctionnaires, hausse des impôts…) provoque une baisse du PIB suicidaire."
En effet la hausse des impôts est une ânerie sans borne. Passe encore chez les anglais qui on de la marge à court terme, mais en Grèce ...
C'est à croire que tout ce qu'ils visent et le ralentissement de l'économie.
Sans doute Papandréou a-t-il peur d'être traité d'ultra libéral.
Écrit par : Alf | 25.12.2010
Seule la croissance est susceptible de sortir la grèce du trou. Pour cela il faut libérer les forces productives et donc, baisser les impots sur les sociétés et même sur les revenus. Bien entendu, quand il s'agit d'une crise de "fiscalité" diminuer les rentrées est extrèment difficile a faire accepter, surtout si on ne peut l'assortir d'une dévaluation. D'ou la préférence pour la déflation: baisse des salaires, augmentation des impots.
Écrit par : brennec | 28.12.2010
autant l'article est intéressant, les commentaires sont du plus pur style Bush.Lequel Bush a sauvé le monde , comme chacun sait.
Les Chicago Boys n’admettront jamais , je dis bien jamais ,leur échec dévastateur
Écrit par : ric | 02.07.2011
L'euro n'existerait pas sans une certaine vision de l'organisation économique et financière du marché unique européen dont les bases ont été jetées avec le traité de Maastricht. Au cours de ces trente dernières années, l'Allemagne s'est construite un véritable empire économique né de sa suprématie industrielle et des relations étroites de financement mutuel entre les banques rendues possibles par la libéralisation des biens et des services. Seules les multinationales auront bénéficié de cette libéralisation au sein du marché unique européen, dans la mesure où elle est restée quasi lettre morte pour les particuliers toujours otages de leurs administrations nationales, charge pour elles de payer des études d'impact des directives européennes pour nous faire croire le contraire, au moins pour ceux dont le regard aura eu la malchance de croiser ces morceaux d'ontologie bureaucratique indéchiffrable. La disparition de l'euro entraînera de facto la suspension de ces liens économiques fondés sur la dépendance des nations périphériques par rapport à la puissance dominante qu'est l'Allemagne, avec la plongée dans la récession pour tout le monde. L'organisation du Marché intérieur avait ceci de vicieux qu'elle était construite à partir des avantages comparatifs des états partenaires, entendez par là que l'Allemagne se spécialisait dans les industries fortement exportatrices, tandis que les autres comme la France se concentrait sur ces champions bancaires ou industriels du CAC40, tandis que les autres se voyaient reléguer au rang de nations touristiques, afin de faire valoir le patrimoine culturel européen « que le monde entier nous envie ». Cette organisation mondiale du commerce délirante produit aujourd'hui tous ses effets désastreux avec des banques françaises menacées d'être balayées en raison de leur surexposition au financement des pays "club Med", tandis que l'Allemagne se retrouve prise au piège de la récession dans les pays importateurs, non seulement en Europe mais aussi en Chine à cause de la surchauffe inflationniste qui menace de plonger ce réservoir de croissance à son tour dans la récession molle. La sortie de cette impasse ne pourra qu'être longue et fastidieuse parce qu'il va falloir revenir sur nombre de schémas idéologiques mis en oeuvre par les adeptes du structuralisme économique qui s'imaginaient, comme leurs confrères soviétiques qu'une bonne économie provient d'une bonne organisation . Malheureusement l'idéologie se fracasse tôt ou tard sur les murs de la réalité soumise aux lois naturelles et surnaturels qui gouvernent l'être et l'agir en ce bas monde. Le défi intellectuel posé aux idéologues qui ont mis dans ce pétrin s'annonce colossale, d'autant plus que cette espèce est très peu douée pour la remise en question à force de toujours répéter les mêmes méthodes de gestion nées d'une vision t terriblement réductrice de la vie économique réduite au stade de schéma comptable et de la fameuse "bottom line". La suite s'annonce pour le moins chaotique dans la mesure où une nouvelle idéologie née du chaos ne peut mûrir qu'à force de tâtonnements et d'erreurs jusqu'à ce qu’elle accouche d'un nouvel ordre stable.
Écrit par : Nicolas | 03.10.2011
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