05.01.2011

Jean-Pierre Chevènement défend la France

Evènement : aujourd’hui sort le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement, « La France est-elle finie ? » aux éditions Fayard. J’ai eu la chance de le recevoir en avant-première et j’ai donc pu le lire pendant les vacances. Un livre essentiel dont je vous recommande vivement la lecture.

Une histoire économique et européenne

C’est toujours avec un immense plaisir que j’écoute ou lit Jean-Pierre Chevènement. Ce n’est pas pour rien qu’il fait partie des références de ce blog. Lui et Philippe Séguin ont été les deux personnes qui ont le plus compté dans ma construction intellectuelle au début des années 1990, lors de la campagne référendaire sur le traité de Maastricht et du débat sur l’autre politique (opposée au franc cher, dit « fort »). Paradoxalement, je n’ai véritablement découvert le Général de Gaulle qu’après et grâce aux citations qu’ils en faisaient dans leur combat contre cette Europe supranationale et monétariste.

Ce livre ressemble un peu à une réactualisation de son testament politique, où le vieux lion de Belfort, que j’aurai tant aimé voir accéder à l’Elysée en 2002, résume à nouveau tout ce qu’il a tiré de sa vie politique. Cet essai remet en lumière l’évolution de la construction européenne et de la libéralisation économique qui s’est accélérée en France à partir de 1983. Jean-Pierre Chevènement nous montre à quel point l’influence de la seconde guerre mondiale a joué dans la construction d’une Europe supranationale conçue avec une volonté farouche d’affaiblir les nations.

Le président d’honneur du MRC revient également sur le virage de 1983 et la conversion des socialistes à l’orthodoxie. Il montre bien à quel point le Parti Socialiste est coresponsable de la déréglementation généralisée de l’économie des trente dernières années. Et, à le lire, on a surtout l’impression que la frange souverainiste et interventionniste du PS a toujours été minoritaire et que la parenthèse du programme commun était seulement une tactique mitterrandienne puisque les ténors d’alors (Rocard, Mauroy, Delors) n’avaient rien à envier à DSK ou Manuel Valls…

Un gaulliste qui croit être un socialiste ?

On retrouve encore dans le discours de Jean-Pierre Chevènement cet espoir que la gauche en général et le PS en particulier se décident enfin à comprendre les ravages de la globalisation néolibérale. Cependant, le portrait qu’il fait de son ancien parti ne laisse guère d’espoir. Quand on constate que Pierre Mauroy faisait partie des « orthodoxes », on se dit que le centre de gravité du PS a toujours penché beaucoup plus à droite qu’on ne le pense sur les questions économiques.

En outre, l’universalisme des socialistes les conduit à une méfiance innée dans la nation et à une croyance naïve que la globalisation est une bonne chose malgré l’accumulation de preuves du contraire, notamment dans les classes populaires, qu’ils ont abandonnées de toutes les façons. De manière significative, l’ombre du Général de Gaulle hante ce livre. Il est très souvent évoqué, toujours de manière positive, sur d’innombrables sujets (international, économie, Résistance…).

On en vient à se demander (mais je suis un peu de parti pris) si, en fait, il n’est pas un gaulliste qui s’ignore, un gaulliste qui croît être socialiste. Car sur les thèmes qui lui sont chers (la nation, la déréglementation, la politique industrielle, l’éducation…), il semble presque toujours en décalage avec la pensée de la majorité des socialistes mais bien proche des idées du Général. Ne cherche-t-il pas inconsciemment à transformer les socialistes en gaullistes (de gauche) ?

La perspective d’une candidature de Dominique Strauss-Kahn n’en devient que plus intéressante car elle trancherait clairement le débat. Que feront nos frères républicains du MRC dans un tel contexte ? En tout cas, j’espère que la voix de Jean-Pierre Chevènement continuera à porter.

Vous pouvez commander directement le livre sur son site.

Commentaires

C'est triste à dire, mais les députés et politiques sont à la solde de leur parti qui compte au delà de tout. C'est la vache qui les nourrit.

Sarko l'a bien compris quand il a dit que c'est la place dans le parti qui compte, le pouvoir étatique vient de surcroit comme la cerise sur le gâteau. Les léninistes ne disaient rien d'autre.

Tant que les élus ne seront pas affranchis des partis, alors rien ne changera. De Gaulle l'avait dit d'une certaine façon en se mettant au dessus des partis, qui ne sont que des oligarchies carriéristes.

Écrit par : olaf | 06.01.2011

Intéressant, mais on peut tout aussi bien vous renvoyer la question. Les gaullistes de DLR sont-ils à droite ? La réponse est clairement non. D'ailleurs même le logo, la liberté conduisant le peuple sur les barricades, est un symbole républicain, donc de gauche dans son contexte.

A mon avis, le découpage en deux camps ne doit plus se lire entre droite et gauche. La gauche est insignifiante en France depuis que le parti socialiste l'a quitté il y a trente ans. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de partis tentent en vain de dépasser le clivage gauche-droite : il est impossible de dépasser un clivage qui n'existe plus.

Le découpage aujourd'hui est autre et horizontal : il est entre la Plaine et la Montagne. Dans la Plaine, les partis de gouvernement, l'UMPS et ses auxiliaires, partisans de la mondialisation élitaire, néolibérale, oligarchique. Sur la Montagne, les autres, les souverainistes démocrates, populaires, partisans d'une économie plus régulée par le politique - donc par le peuple - et avec des outils de production plus ou moins au mains des travailleurs (participation, services vraiment publics, etc.).

Évidemment, au sein de la Plaine ou de la Montagne vous allez pouvoir trouver des différences droite-gauche et même des centres. C'est d'ailleurs la dessus que joue la grande presse qui ne focalise que sur les petites différences topographiques qui existent dans la Plaine. C'est très parisien : Sainte-Geneviève a sa montagne. Quand elle parle de la Montagne, la vraie, c'est juste pour voir le marais brun du FN ou rouge des Trotskistes qui lui barre la route vers elle. Donc elle voit dans la Montagne un lieu dangereux. Le FN ou NPA jouent le rôle d'épouvantails : ils empêchent les électeurs de la Plaine de gagner la Montagne, car là-bas, c'est bien connu, vivent les sauvages, les barbares, ceux qui ne parlent pas la bonne langue ou ne pensent pas comme les "civilisés", les irresponsables, les crétins des Alpes. Mélenchon accusé d'être un Le Pen de gauche ou de NDA traité de populiste sont des exemples récents d'une logique bien huilée. Les messages de la Montagne sont automatiquement brouillés par les pestilences des marais.

Sauf qu'avec Chevènement, Mélenchon, l'UPR, vous êtes dans la montagne au delà des marécages, des lieux diversifiés et plus agréables à vivre souvent que la morne plaine néolibérale. L'air y est plus vif, c'est d'ailleurs peut-être pour cela qu'on y réfléchis mieux. Les horizons y sont plus larges. Les gens sont plus autonomes donc plus accueillants et hospitaliers. Vous devriez créer une sorte d'Union montagnarde en 2012. Ça sonne révolutionnaire (et un peu écolo aussi, ce qui ne vous fera pas de mal : qui n'aime pas la Montagne ?)

Avec ce post farfelu et géographique, je vous souhaite une bonne et heureuse année.

Amitiés

Écrit par : Ovide | 06.01.2011

> "la globalisation est une bonne chose malgré l’accumulation de preuves du contraire"

Où sont ces preuves ? Il me semble que les pays hier sous-développés ont vu leur niveau de vie augmenté.

Écrit par : argone | 06.01.2011

@ Olaf

Très juste.

@ Ovide

J'aime beaucoup votre commentaire. Pour moi, le gaullisme n'est ni de droite ni de gauche et à titre personnel, je ne me reconnais pas dans ce clivage que je crois de plus en plus dépassé.

Déjà, nous nous parlons, ce qui est positif. Je crois que les circonstances font que notre message peut davantage passer. En 2002, cela n'a malheureusement pas été possible mais cela le sera peut-être en 2012.

Amitiés républicaines (et montagnardes)

@ Argone

Pour les pays dits en voie de développement : le nombre de pauvres ne diminue pas au global, même s'il est vrai que cela semble être le cas en Chine (même s'il faut mettre en balance les conditions de travail et de vie dans l'atelier du monde, qui sont parfois franchement moyenâgeuse pour ne pas dire plus).

Pour les pays dits développés, là, toutes les statistiques le confirment : il y a un appauvrissement des classes populaires et moyennes. Le salaire médian (qui sépare les 50% qui gagnent le plus des 50% qui gagnent le moins) recule en Europe comme aux Etats-Unis (-7% de 1999 à 2009 alors que le PIB / habitant a progressé d'autant).

Le problème est qu'aujourd'hui, la croissance des pays en voie de développement, quand elle repose sur les exportations, se fait au détriment des pays dits développés. Nous devons construire un système qui permette à tout le monde d'en profiter.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 06.01.2011

@ argone:

En ce qui concerne l'amélioration des conditions de vie des pauvres dans le monde, on peut dire que la mondialisation a surtout creusé les inégalités au sein des pays en voie de développement autant que dans les pays développés.

La globalisation a ainsi plus servi les riches que les pauvres...

Écrit par : Relique | 06.01.2011

Faut-il voir en JPC ce qu'il n'y a plus?
Qu'à cet âge on ait la sagesse et l'on fasse sereinement, n'ayant plus rien à prouver ni à perdre, le bilan des années passées est une chose.
Qu'on persiste avec l'idée de nécessité de rester "de gauche" ou "socialiste" est autre chose.
Le socialisme est associé à l'idéologie mondialiste néolibérale dès le début (lui servant de caution éthique, pour l'image), avec Mitterrand notamment. Ne pas le dire dans ces termes est se faire encore aujourd'hui l'avocat du diable de ce qui a été le début de la fin pour notre pays.
Le socialisme mitterrandien a créé et cultivé l'injustice sociale, a été l'applicateur brillant du regroupement familial libéralo-giscardien, a assomé petit à petit les entreprises à coups de massue fiscale, s'est chargé d'amorcer la perte des classes moyennes DONC celle de l'idéal démocratico-républicain...
Donc être un gentil garde fou c'est bien mais aujourd'hui la souffrance appelle qu'on se fâche. Mais encore faut-il la voir, cette souffrance.
Pour moi la manière tranquille qu'a JPC d'évoquer les problèmes nationaux et globaux, et sa diplomatie sémantique à l'égard des acteurs du démantèlement de ce qui fait notre pays, aujourd'hui, sont équivoques et indécents.
Les lignes rouges sont franchies, il convient d'adopter un tout autre ton. Question de conviction rélle.

Écrit par : julia | 07.01.2011

Lors de la Révolution Française les Montagnards étaient des Jacobins qui se sont déchirés, depuis l'éxécution du Roi le 21 janvier 1793 et celle de Robespierre le 9 Thermidor soit en juillet 1794, entre Danton et Robespierre après avoir éliminé les modérés, centristes, La Plaine, le Marais. Ils ont déclenché une période "La Terreur" comme mode de gouvernement. Je ne pense pas qu'aucun d'entre vous ne souhaite vivre une période pareille même si l'on sait que l'Histoire ne se répète jamais du moins à l'identique.

Écrit par : cording | 07.01.2011

JPC défend la France... mouais, ça se discute. Il déclare : ""J'envisage d'être candidat en 2012 car je ne vois personne entre Sarkozy et Strauss-Kahn qui puisse être le candidat de l'alternative"
Il n'a pas bien regardé, à mon avis et à son âge, il a mieux à faire que de se présenter. Il pourrait, par exemple, soutenir un candidat, jeune, républicain, gaulliste, plus à gauche que DSK et moins à droite que Sarkozy. Vous voyez de qui je parle ?

Écrit par : RST | 07.01.2011

JPC défend la France... mouais, ça se discute. Il déclare : ""J'envisage d'être candidat en 2012 car je ne vois personne entre Sarkozy et Strauss-Kahn qui puisse être le candidat de l'alternative"
Il n'a pas bien regardé, à mon avis et à son âge, il a mieux à faire que de se présenter. Il pourrait, par exemple, soutenir un candidat, jeune, républicain, gaulliste, plus à gauche que DSK et moins à droite que Sarkozy. Vous voyez de qui je parle ?

Écrit par : RST | 07.01.2011

@ Julia,

Ne soyons pas plus royalistes que le roi. A chacun, avec ses termes, avec sa manière de défendre sa ligne politique. Sur les idées à mettre en place, JPC fait clairement partie des alternatifs.

Je crois au contraire qu'il est bien d'avoir des personnes avec des tons différents pour pouvoir rassembler un maximum de Français le moment venu. JPC est un gage de crédibilité car il a été ministre et qu'il garde un ton modéré.

Il n'y a pas un ton à avoir. C'est à chacun d'exprimer ce qu'il croit à sa manière.

Sur le fond, même sur l'euro, sa position est intéressante. Les conditions qu'il pose pour que l'euro marche mieux ne seront jamais appliquées. Du coup, il n'est pas loin d'être dans notre camp....

@ RST

Si, c'est la thèse de son livre : la France n'est pas finie. Elle peut encore faire de grandes choses.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 07.01.2011

A Argone. "ont vue leur niveau de vie augmenter". Parleriez-vous de ces paysans des pays défavorisés que l'on déracine de leurs terres pour aller vivre en ville dans des bidonvilles ou pour travailler dans des conditions "d'esclaves" dans des usines ?... Je ne suis pas sûr que ces personnes approuvent votre vision des choses.

Écrit par : L'indépendant | 07.01.2011

Un gaulliste qui croit être socialiste?

Non un socialiste qui se prend pour un gaulliste!

"Il parle comme de Gaulle,il agit comme Guy Mollet!"
Max Gallo...son ami.

"Le cocu de la gauche"
Eric Zemmour.

PS:Encore une fois...
On écrit le Général ou le général de Gaulle,pas le Général de Gaulle.

Écrit par : Balthazar | 08.01.2011

@ Balthazar

Je ne trouve pas la phrase de Gallo juste. JPC a démissionné trois fois d'un gouvernement, s'est présenté aux présidentielles, a lancé son parti...

Merci pour la précision sur le Général.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 09.01.2011

Bonjour,

C'est quoi défendre la France ?

Ne serait-ce pas avant , avant tout, tout défendre les valeurs de notre république de plus en plus bafouées par certains ?

Tout va de guingois en France :

La justice curieusement protège des intouchables et prend pour des idiots des victimes …qui ne peuvent bien souvent que rédiger un blog pour crier que ça ne va pas (et victimes qui n'ont rien bien souvent et priori pas l'âme contestataire, qui au contraire sont républicaines)

la démocratie, c'est devenu en résumé : « Je me présente comme candidat, je serre des mains, je fais des promesses, vous allez accomplir votre devoir civique, je suis élu , je m'installe puis je fais ce que je veux et mes promesses direct aux oubliettes . Demain, je me présenterai encore comme candidat, je referai des promesses, vous revoterez pour moi et si ce n'est pas le cas, peu importe car de toute façon vous voterez pour mon clone (le candidat du parti opposé) et lui aussi une fois élu fera ce que bon lui semble » => C'est cela qu'on appelle la démocratie !!!!!

etc … la liste serait longue de ce qui ne va pas


Assurément De Gaulle a pris de bonnes décisions , surtout et principalement pendant la guerre 39/45 contre des fachos qu'étaient certains allemands (pas tous fachos, bien évidement) . Mais, sans faire de l'anti-gaullisme, ne restons pas aveugles, toutes ses décisions ne sont empreintes de la totale perfection (exemple : enter dans le nucléaire civil).

Certains politiques se permettent de dire que sortir du nucléaire serait une régression, au contraire la régression na-t-elle pas été d'y entrer ?

Mais le rôle d'un républicain ne devrait-il pas être d'appeler un chat/un chat.


Assurément, sortir du nucléaire pourrait être considéré comme une régression si on avait les connaissances qui permettent d éviter des désastres en cas de problème . Par exemple , si on était apte a en arrêter le processus de combustion en cas de nécessité et de danger et si on était apte à rendre non nuisibles les déchets.

La régression n'a-t-elle pas été, avec De Gaulle et au contraire de foncer tête baissée dans le nucléaire, tandis qu'on savait pertinemment qu'on était incapables d'arrêter le processus en cas d'incidents majeurs et très importants et que les déchets restaient nuisibles pour de nombreuses, de très nombreuses années.

Cherchons et trouvons d'abord, la technologie qui permette de rendre non nuisibles les déchets (au lieu de les enterrer ou de les mettre dans la mer) et trouvons aussi une technique pour savoir arrêter facilement la combustion et alors => OUI , fonçons vers le nucléaire et encore plus qu'aujourd'hui !!!

Bref, une fois de plus , comme avec l'Europe telle qu'elle est => avec le nucléaire, la « charrue a été mise avant les bœufs » (je suis fils de paysan), sauf quand cas de gros pépins : bonjour les dégâts !!

Qui peut garantir aux citoyens le risque zéro ? Ma réponse : personne et encore moins nos politiques !!! Assurément , le risque zéro n'existe nulle part, mais cet argument n'est que et ne serait pas tenable pour le nucléaire qui présente un risque connu d'avance et très dangereux et surtout irrémédiable (sur l'écologie, la santé des plantes et animaux y compris l'homme) pour les dégâts que le nucléaire peut causer..


Pour revenir à un autre sujet, notre république n'est certes pas une monarchie, mais ne serait-ce pas au contraire , ce qu'ignorent beaucoup de citoyens => une monarchie républicaine ?

Assurément, les valeurs de la république sont belles et merveilleuses, sur le papier et sur le fronton de toutes nos mairie. Sauf que certains citoyens quand ils sont confrontés à des fachos (mot qui convient, je les aie endurées les méthodes fascisantes avant de fuir de la commune du kremlin bicêtre ) n'ont rien à attendre des services de la république . En d'autres termes , pourquoi certains citoyens sont-ils implicitement au-dessus de tout soupçon et intouchables dans notre troublante république ?

Assurément, troublante, très troublante république.

http://troublante-republique.over-blog.com/article-bilan-61630317.html

Cordialement

Écrit par : crochemore | 05.05.2011

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