14/01/2011

Trois voies pour les Etats-Unis

En ce début d’année, le nouveau Congrès, vient de se réunir, avec une volonté farouche d’en découdre avec Barack Obama. Dans quelle direction les Etats-Unis vont se diriger dans les mois à venir : à droite toute, au centre ou à gauche ?

Le moment Palin ?

Il y a déjà deux ans, j’avais anticipé la possible victoire de Sarah Palin en 2012. Depuis, ce scénario a malheureusement gagné en crédibilité, comme l’atteste la très large victoire des Républicains en novembre. Les démocrates semblent dépassés par la furie républicaine anti-Etat, alimentée par des déficits gigantesques et une envolée de la dette publique. En outre, la victoire des néolibéraux dans l’interprétation de la crise renforce clairement le clan républicain.

Entre temps, Sarah Palin est devenu une véritable star politique, et les ventes de ses livres atteignent des chiffres incroyables (plus d’un million de copie pour son premier). Bien sûr, certains doutent qu’une telle candidate puisse l’emporter, mais ce que l’on dit d’elle n’est pas très éloigné de ce que l’on disait de Georges Bush Junior en 2000. En outre, elle pourrait bien se présenter comme la candidate du bon sens populaire face au représentant de la bureaucratie de Washington.

Un moment Obama 2 ?

Même si je crois que l’hypothèse Palin reste malheureusement une forte possibilité, la cote de Barack Obama ne doit pas être sous-estimée. Si beaucoup de démocrates se sont émus de l’accord passé avec les républicains, qui prolongent les baisses d’impôts de Georges Bush contre le maintien d’aides pour les chômeurs et divers stimuli financiers, cet accord pourrait bien jouer un rôle majeur lors de l’élection présidentielle de 2012, en stimulant la croissance.

The Economist a ainsi chiffré que cela revenait à un nouveau plan de soutien, qui devrait permettre à l’économie étasunienne de croître de plus de 3% en 2011 (certains envisagent même près de 4%). Si cela était vérifié, le niveau de la croissance devrait permettre un net reflux du chômage dans les deux prochaines années, dont l’administration en place pourrait tirer le crédit. Bref, Barack Obama pourrait se présenter comme le candidat qui a su gérer la pire crise économique depuis 80 ans…

Le moment Roosevelt ?

C’est malheureusement l’option la moins probable, du fait du discours très centriste de Barack Obama. Pourtant, cette option est défendue avec vigueur par de brillants économistes. Comme le soulignait Edgar, Robert Reich, ministre du travail de Bill Clinton a appelé le président à s’inspirer de Franklin Roosevelt plutôt que de l’ancien président démocrate en osant affronter les républicains sur les sujets qui fâchent, l’augmentation des inégalités, le poids des multinationales.

Paul Krugman est vent debout contre les concessions faites par l’administration Obama aux républicains, que ce soit sur le gel des salaires des fonctionnaires, ou sur l’absence de mise en place de règles plus sévères suite à la crise financière. Il s’interroge sur cet immense paradoxe qui veut que les idées qui ont mené à la crise en sortent finalement renforcées alors qu’elles auraient du être discréditées. Malheureusement, une telle issue était prévisible.

A dire vrai, la troisième option n’est pas crédible. Barack Obama est un centriste, comme l’ont montré ses réactions à la crise. Du coup, malheureusement, les Etats-Unis resteront à la merci d’une nouvelle crise, faute d’une véritable réforme de la finance.

Commentaires

S'agirait-il seulement de "réformer la finance" ? Les Etats-Unis sont une demi-démocratie en concurrence avec une demi-ploutocratie. Tant que le peuple n'engagera pas de lui-même l'épreuve de force sur la base des pouvoirs dont il dispose encore, on ne voit pas ce qui pourrait le sortir du bourbier où il s'enfonce.

Écrit par : Marsault | 14/01/2011

Aux US une réforme de la finance passe par des lois anti-trust, anticoncentration et le démantèlement par exemple de Goldman Sachs, le rétablissement de la loi Glass Steagall. Seul un Obama réélu en 2012 peut le faire s'il le fait dès le début de sa mandature à moins que la conjoncture n'impose de telles mesures. Je ne crois pas en un moment Palin en effet l'Histoire ne se répéte pas.
En France la réforme de la finance passe par la nationalisation des banques pour leur faire passer l'envie de faire n'importe quoi avec la certitude d'être sauvé par des fonds publics de leurs errements et surtout pour financer l'économie productive et non la spéculation.
La Banque de France doit l'être en premier avec l'abrogation de la réforme de 1973 financer les nécessaires investissements publics à moindre frais ce qui sera indispensable en tous domaines pour rattraper et dépasser les sous investissements chroniques.
De toutes les façons la situation va empirer parce que les actuels dirigeants ne sont à la hauteur que du monde qui est en train de s'effondrer!

Écrit par : cording | 14/01/2011

Aux US une réforme de la finance passe par des lois anti-trust, anticoncentration et le démantèlement par exemple de Goldman Sachs, le rétablissement de la loi Glass Steagall. Seul un Obama réélu en 2012 peut le faire s'il le fait dès le début de sa mandature à moins que la conjoncture n'impose de telles mesures. Je ne crois pas en un moment Palin en effet l'Histoire ne se répéte pas.
En France la réforme de la finance passe par la nationalisation des banques pour leur faire passer l'envie de faire n'importe quoi avec la certitude d'être sauvé par des fonds publics de leurs errements et surtout pour financer l'économie productive et non la spéculation.
La Banque de France doit l'être en premier avec l'abrogation de la réforme de 1973 financer les nécessaires investissements publics à moindre frais ce qui sera indispensable en tous domaines pour rattraper et dépasser les sous investissements chroniques.
De toutes les façons la situation va empirer parce que les actuels dirigeants ne sont à la hauteur que du monde qui est en train de s'effondrer!

Écrit par : cording | 14/01/2011

Pour ma part, je ne peux que souhaiter la réelection d'Obama lors de la prochaine présidentielle US. Si S. Palin était élue (ce dont je doute), ce serait une catastrophe, notamment pour les plus pauvres et le peuple américain aurait vite fait de déchanter de cette femme.
L'idée de sécurité sociale à l'américaine était une bonne initiative; dommage que certains républicains soient profondément égoistes au nom de l'individualisme. Et dire que certains se réclament du Général Frémont au sein du Tea Party; quelle plaisanterie !... Je doute fort que celui-ci (généreux et anti-esclavagiste), s'il vivait à notre époque, les rejoigne.

Écrit par : J-J.S | 14/01/2011

Le moment FAILLITE !

Cher Laurent,

Comme promis, je me suis penché sur la question de la dette portugaise, jusqu'au bout.

Donc voici un aperçu des coulisses de l'auction :

http://www.courtier-or.fr/int/index.php/139-la-terreur-financiere-apres-la-derniere-bond-selling-auction-du-portugal.html

Écrit par : courtier-or | 14/01/2011

@ Cording et JJS

En fait, je crois qu'Obama a raté le moment Roosevelt en 2008. Il aurait pu gagner avec un agenda plus radical et plus critique de la déréglementation et mettre les républicains dans la minorité pour quelques années. Malheureusement, il est trop centriste et il a laissé s'imposer la lecture néolibérale de la crise, ce qui a permis la victoire des Tea Partys.

Même si sa réforme de la santé est un grand plus, je n'ai plus aucun espoir sur la réforme de la finance.

Sinon, je suis d'accord sur la nécessité de réformes radicales car le système est d'une absurdité incroyable.

@ Marsault

Pas totalement faux...

Écrit par : Laurent Pinsolle | 14/01/2011

Bonjour,

Ms. Palin n'est plus dans le jeu politique, elle est déjà passée à la suite (tournée de conférences, bouquin, animateur sur Fox-News) : elle fait de l'argent avec sa célébrité.
Elle a abandonné son mandat de gouverneur de l'Alaska - si elle voulait rester dans le jeu, elle l'aurait conservé - ou elle aurait fait acte de candidature au Sénat.

Mr. Obama a une chance réelle de réélection face à l'absence de candidat qui se détache du côté républicain. Il ne sera sans doute pas contesté lors de la primaire démocrate.
Ses ambitions réformatrices sont derrière lui; la réforme de la santé, qui a été le thême principal de la campagne des élections de mi-mandat, lui a couté la majorité à la chambre.
Il peut se contenter de repousser à plus tard le moment des ajustement douloureux en continuant de creuser la dette publique.
Quant à une réforme à tendance socialiste de la finance, il n'en a jamais été question pour lui: il est élu avec les contributions des grandes institutions de Wall Street.

Cordialement,

Écrit par : Olivier | 17/01/2011

@ Olivier,

Sur Ms Palin, c'est ce que beaucoup d'observateurs se sont dits quand elle a abandonné son poste de gouverneur. Mais aujourd'hui, elle est plus forte qu'elle ne l'était alors. Lors des élections de l'automne, elle s'est comportée comme une candidate. The Economist souligne que tout tient dans la perspective d'une candidature et que si elle n'y allait pas, elle se dégonflerait. Pourquoi faire tout ce qu'elle fait si elle n'y va pas ? Et puis, elle n'est pas moins futée que Georges Bush Jr...

Sur Obama, je crois qu'un choc avec Palin serait violent. L'issue me semble incertaine tant la "story" de Palin serait facile, mais tant ses carences sont fortes (mais elles n'ont pas empêché Bush Jr d'arriver à la Maison Blanche en 2000). L'état de l'économie pourrait aider Obama.

Après, il est clair que l'on pouvait s'attendre au manque d'ambition de sa réforme du système financier. The Economist citait un membre de son équipe disant qu'heureusement, il n'y avait pas de gauchiste comme Krugman, Stiglitz ou Reich...

Écrit par : Laurent Pinsolle | 17/01/2011

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