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17/01/2011

Quand Joseph Stiglitz évoque la sortie de l’euro

Il y a huit mois, le prix Nobel d’économie étasunien critiquait dans Le Monde les plans d’austérité sans pour autant remettre en cause l’existence de la monnaie unique européenne. Une nouvelle interview de Marianne permet de constater l’évolution de sa pensée sur le sujet.

La solution Argentine

Même s’il ne rentre pas dans le détail de l’argumentation d’un Jacques Sapir qui s’appuie sur l’analyse des balances commerciales et de l’évolution des coûts salariaux, Joseph Stiglitz affirme qu’ « en sortant de l’euro et en restructurant leur dette, la Grèce et l’Espagne retrouveraient leur compétitivité. Ces pays n’auraient évidemment plus accès aux marchés de capitaux. Mais c’est déjà le cas de la Grèce aujourd’hui. La pire des punitions, c’est ce qui leur arrive en ce moment… ».

Il s’appuie sur le cas Argentin en soulignant que « tous les problèmes de l’Argentine n’ont pas été résolus, mais la situation est objectivement meilleure aujourd’hui qu’auparavant ». Bref, lentement mais sûrement, le monde économique commence à comprendre que la situation des pays de la périphérie européenne est intenable et qu’on leur impose une cure sans fin d’austérité qui ne pourra se terminer que par une sortie de l’euro, une dévaluation et une restructuration de la dette.

D’ailleurs, même The Economist recommande avec une certaine gravité une restructuration des dettes de la Grèce, l’Irlande et le Portugal en soulignant que leur poids n’est pas soutenable. Il prévoit notamment que la dette de la Grèce atteindra 165% du PIB en 2014, soit une somme ingérable. Pour cette raison, l’hebdomadaire anglais propose une restructuration maintenant en argumentant que le plus tôt sera le mieux et que cela sera moins brutal que si cela est fait plus tard.

Un besoin insatisfait d’alternative

Plus globalement, il réitère sa critique des plans d’austérité européen en soulignant qu’elle « ne fait que retarder la solution des problèmes. Les économies seront plus faibles, les rentrées fiscales aussi, et le chômage sera plus élevé ». Il dénonce la domination de la finance et des banques dans l’interprétation de la crise et des solutions qui y sont apportées, affirmant même qu’aujourd’hui « les banques disposent de 51 % des votes, car elles achètent les gouvernements ».

Joseph Stiglitz semble passablement pessimiste, se posant même la question d’un possible virage à droite des Etats-Unis en 2012. Il critique durement le compromis passé par Barack Obama avec les républicains, qui prolonge les baisses d’impôt décidées par Georges Bush, soulignant qu’elles profitent principalement aux 1% de la population qui détient 40% des richesses. Au global, il souligne « qu’un moment politique important, favorable à une réforme de fond du capitalisme, a été raté ».

Petit à petit, le prix Nobel d’économie devient de plus en plus critique sur la politique conduite en Europe. S’il ne se prononce pas encore unilatéralement pour une fin de la monnaie unique, faute est de constater que nos idées continuent à progresser.

Commentaires

Une évolution dans la pensée du MRC ?

http://www.mrc-france.org/Desamorcons-la-bombe-euro-avec-precaution-et-rapidite_a216.html

Écrit par : Laurent Pinsolle | 17/01/2011

En réponse à vos certitudes sur la fin de l'Euro, une autre lecture des déclarations et décision politiques y voit au contraire son renforcement:
http://www.slate.fr/story/32751/europe-soulagement-doute-eric-le-boucher
Comme quoi, le politique l'emportant sur l'économique (du moins dans sa face bravache, quand le pouvoir politique s'oppose au dictat des marchés pour affirmer la suprématie du politique sur l'économique), je maintiens:
Malgré ses défauts de construction, malgré le peu d'efficacité de la 'zone euro' pour harmoniser les économies, je persiste:

Pas un seul homme politique serieux en Europe pour exiger la fin de l'Euro (quand je dis serieux, je veux dire qui aie de réelles chances d'appliquer un jour un programme économique, j'aime bien NDA, mais soyons clair, il ne sera jamais Président....), mais bien au contraire des déclarations unanimes des dirigeants en place dans le sens de son maintien....les opposants sont ce qu'ils sont: des opposants qui ne sont pas au pouvoir....certains restant dans l'opposition toute leur vie. Leur pouvoir de changement est donc éminemment réduit pour le moment.

Augmentation du Fonds de Secours, création des Eurobonds (on y arrivera, même si cela sera plus compliqué que de l'énoncer...), vraisemblablement création d'un 'serpent fiscal' pour les taux d'imposition en Europe, d'un 'common ground' économique et fiscal en ce qui concerne les dépenses des états et leurs déficits.... enfin bref, l'Europe n'a pas fini de se construire, et si elle doit changer, je ne crois pas que cela sera vers le passé....

Quant à comparer la zone euro, tant avec la Tchécoslovaquie qu'avec l'Argentine relève de l'exercice intellectuel plus que de la prospective économique.
Par définition, les hypothèses étant différentes, la solution ne peut être la même, et arguer du contraire serait nier les différences économiques et politiques existant entre ces 3 entités économique si diversifiées:
Un pays seul, au sein d'une alliance économique qui n'a jamais été plus loin qu'une zone de libre-échange (le Mercosur), utilisant des armes classiques de relance éco: dévaluation, réechelonnement de la dette, voir défaut partiel... toutes choses que nous avons pratiquées par le passé.
La tchécoslovaquie: 30 ans sinon plus d'un régime dictatorial qui maintenait uni deux pays aux volontés séparatistes. Pas besoin de parler de ZMO ou pas: ces deux pays ne se sont jamais entendus, et on sait bien que la paix imposée par la force vole en éclat dès que la coercition disparaît. Il était logique que leurs économies se scindent, cf l'exemple des serbes et croates....

Alors disparition de l'Euro ou pas?

Je veux bien parier un bon restau que non, à bon entendeur....

Écrit par : kama | 17/01/2011

@kama

L'euro est dors et déjà détruit, sa promesse de stabilité est déjà ruinée. Même si son nom persiste, il y aura autant de différence avec l'euro d'hier qu'entre le Franc or et le nouveau Franc.

Les politiciens sont prêt a tout les sacrifices (des autres) tant qu'il ne s'agit pas de renoncer à leur dette.

Écrit par : Alf | 17/01/2011

Nous pouvons faire le bilan de la semaine qui vient de s'écouler.

- Grèce, emprunt à 6 mois :
Le 9 novembre 2010, pour un emprunt à 6 mois, la Grèce avait dû payer un taux d'intérêt de 4,82 %.
Mardi 11 janvier 2011, pour un emprunt à 6 mois, la Grèce a dû payer un taux d'intérêt de 4,90 %. LES TAUX SONT EN HAUSSE.

- Portugal, emprunt à 3 ans :
Mercredi 12 janvier 2011, pour un emprunt à 3 ans, le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 5,396 % (contre 4,041 % lors d'une opération similaire en novembre dernier). LES TAUX SONT EN HAUSSE.

- Portugal, emprunt à 9 ans :
Mercredi 12 janvier 2011, pour un emprunt à 9 ans, le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 6,716 % (contre 6,806 % lors d'une opération similaire en novembre dernier). LES TAUX SONT EN BAISSE, MAIS ILS RESTENT TRES ELEVES.

- Italie, emprunt à 5 ans :
Jeudi 13 janvier 2011, pour un emprunt à 5 ans, l'Italie a dû payer un taux d'intérêt de 3,67 % (c'était 3,24 % lors de la dernière émission similaire le 12 novembre 2010). LES TAUX SONT EN HAUSSE.

- Espagne, emprunt à 5 ans :
Jeudi 13 janvier 2011, pour un emprunt à 5 ans, l'Espagne a dû payer un taux d'intérêt de 4,542 % (c'était 3,576 % lors de la dernière émission similaire le 4 novembre 2010). LES TAUX SONT EN HAUSSE.

- Italie, emprunt à 15 ans :
Jeudi 13 janvier 2011, pour un emprunt à 15 ans, l'Italie a dû payer un taux d'intérêt de 5,06 % (c'était 4,81 % lors de la dernière émission similaire le 12 novembre 2010). LES TAUX SONT EN HAUSSE.

Conclusion : ces quatre Etats sont surendettés. Plus les jours passent, plus ils se surendettent.

Tout va très bien, madame la marquise.

Écrit par : BA | 17/01/2011

@ Kama

Il est possible qu'à force d'acharnement les oligarques sauvent l'euro - au prix d'une profonde régression en Europe. C'est la pire des solution, mais elle est possible. Mais cette Europe affaiblie, minée par la désindustrialisation le chômage et la régression sociale, serait mûre pour être emportée par une crise politique ou un soubresaut spéculatif de plus...
L'euro sera sans doute supprimé par quelques Sarkozys en panique, à leur corps défendant. Et ils seront bien incapable, si les choses se passent ainsi, de rebâtir quelque chose de solide... à part un camps de vacances pour milliardaires chinois peut-être...
Mais plutôt que nous complaire dans la contemplation morbide de ce scénario catastrophe, essayons de faire avancer d'autres possibilités, moins "probables" certes, mais qui pourraient le devenir si nous sommes quelques uns à ne pas renoncer.

Écrit par : J. Halpern | 18/01/2011

@ Kama

On verra bien car il faudra du temps pour que l'euro disparaisse. Les gouvernements et les autorités européennes utilisent tous les moyens pour le sauver (avec l'aide de la Chine et du Japon, dont on se dit du coup que c'est aussi dans leur intérêt de sauver l'euro, ce qui est intéressant...). Mais la situation n'est pas tenable pour certains pays d'Europe du Sud.

Pour l'instant, les euro-obligations restent limitées aux 60 Mds décidées au printemps 2010, rien n'a bougé (ce qui est également intéressant), tout comme la taille du fonds.

Je n'exclus pas que l'Allemagne remette un peu au pot pour ne pas prendre l'initiative qui détruirait la monnaie unique, mais dans ce cas là, cela reviendra à repousser le problème (en le faisant grossir).

@ Joël,

Je suis bien d'accord.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 18/01/2011

Je vous applaudis pour votre article. c'est un vrai boulot d'écriture. Poursuivez .

Écrit par : cliquez ici | 11/08/2014

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