20.01.2011

La fin de l’euro pourrait tarder…

Il y a quelques jours, Jacques Sapir et Emmanuel Todd annonçaient la fin probable de la monnaie d’ici à un an, diagnostic confirmé par Jean-Luc Gréau. Le GEAB, toujours aussi sombre, annonce lui aussi un cataclysme pour cette année. Et si cela prenait plus de temps ?

Les raisons pour une crise rapide

A dire vrai, les raisons qui pourraient provoquer une crise rapide sont nombreuses. Après tout, il suffirait que les marchés s’emballent sur les taux des dettes souveraines espagnoles et italiennes pour mettre à bat l’ensemble de l’édifice de défense de l’euro mis en place au printemps 2010. Parallèlement, il suffirait qu’un peuple se rebelle contre les plans d’austérité et décide de porter au pouvoir des alternatifs pour fragiliser le château de cartes monétaire qu’est l’euro.

Quand on constate la grande divergence entre l’Islande (qui a choisi de ne pas sauver ses banques et les créanciers étrangers) et l’Irlande, on se dit que ce dernier pays pourrait bien choisir une voie audacieuse lors des élections qui sont à venir. On ne peut pas négliger la possibilité d’une sortie de l’Irlande de l’euro pour sortir de la tutelle humiliante du FMI et de Bruxelles. Concernant le GEAB, si leurs arguments sont réels, ils prédisent un peu trop souvent une apocalypse imminente.

Enfin, comment ne pas constater à quel point la situation de la Grèce est intenable. The Economist rappelle cette semaine que, du fait de la baisse de 4% du PIB en 2010, le poids de la dette a atteint 140% du PIB en Grèce, ce qui signifie que les intérêts de la dette représentent, la somme extravagante de 7% du PIB ! En 2015, malgré un ajustement budgétaire brutal de 10 points du PIB, elle atteindra 165% du PIB, un montant ingérable que l’hebdomadaire appelle dès aujourd’hui à restructurer.

Et si l’agonie durait plus longtemps ?

Malheureusement, la messe n’est pas dite. Les fédéralistes veulent sauver l’euro coûte que coûte, quel qu’en soit le prix à payer par les peuples. Ils savent bien qu’une fin de l’euro hypothèquerait pour plusieurs décennies le modèle d’une Europe supranationale qu’ils construisent depuis 25 ans. Et les pays de la périphérie de l’Europe sont sans doute retenus par le fait que l’Europe leur a apporté beaucoup de subsides et qu’ils ne veulent pas paraître ingrats aujourd’hui.

Mais cela serait insuffisant sans l’intervention de la BCE. En effet, depuis quelques mois, la Banque Centrale Européenne recourt de plus en plus à une monétisation des dettes des pays en difficulté pour éviter d’activer une nouvelle fois le fonds européen. Comme le raconte la Chronique Agora, ce ne serait pas moins de 90% des émissions de bons du trésor Portugais, Espagnol et Italien des derniers jours qui auraient été achetées par la BCE et réduire la pression sur les marchés.

Bref, les autorités européennes sont prêtes à tout pour sauver l’euro, y compris à contredire la lettre des traités. Du coup, entre les 500 milliards encore disponibles dans le Fonds, la capacité gigantesque de monétisation de la BCE, l’aide de la Chine et la possibilité de restructurations, il est possible que les contradictions de l’euro soient protégées des marchés pour quelques années. Il faudrait alors qu’un pays décide volontairement de partir pour faire exploser la monnaie unique.

Bien sûr, la crise va se poursuivre. Mais comme pour les banques, les autorités européennes semblent prêtes à tout pour sauver l’euro, quelques soient ses carences. C’est pour cela qu’il faudra sans doute attendre un peu plus longtemps pour revenir au franc…

Commentaires

J'avais lancé un pari hier, mais mon message a disparu:
Un repas sur la disparition de l'Euro:
Si au 31/12/2011 l'Euro a disparu, vous aurez démontré que vous aviez raison, et je vous devrai un restaurant.
Si au 31/12/2011 l'Euro est encore là, alors c'est vous qui régalez, et on remet le couvert en 2012...

Au moins on aura un motif de se rejouir quelle que soit l'issue ;)

Tenu?

Écrit par : kama | 20.01.2011

@ Kama

Ce papier explique pourquoi je ne vais pas répondre à votre pari. Je crois que la disparition de la monnaie unique sera sans doute pour un peu plus tard. Je crois qu'avant 2013, la probabilité reste réelle, mais sans doute inférieure à 50%.

En outre, je ne suis pas un grand adepte des paris. Désolé, ce n'est pas très drôle...

Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.01.2011

@Laurent,

Personne n'est adepte des paris perdus ;)

Cela dit, si après toutes vos argumentations sur la disparition de l'Euro, vous pensez qu'il faudra attendre 2013, c'est que vous n'avez pas trop confiance dans votre diagnostic..... S'il resiste jusqu'en 2013, l'Euro ne disparaitra plus, le plus fort de l'¡orgae sera passé, et les marchés se seront tournés vers d'autres spreads plus avantageux.

Juste content de voir qu'après tout vous me donnez raison, personne ne peut faire de prédictions aussi loin que 2013, et si vous en êtes a y releguer la disparition de l'Euro, autant la mettre aux calendes grecques, finalement cela revient au même....

Pour le pari fun, c'est juste dommage, nous perdons une occasion de nous rencontrer....

Écrit par : kama | 20.01.2011

C'est plus de 1900 milliards que la zone euro va demander aux marchés cette année (http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0201085653314-dette-les-etats-europeens-emprunteront-moins-en-2011.htm ) et ce ne sont que des prévisions.

La BCE ne peut rien faire, sauf à monétiser directement (ce qui ne me semble pas être le cas ces derniers jours.. de toute façon ses statuts le lui interdisent) .. et pour cela il faudra modifier les Traités ou trouver des astuces comme une utilisation "dévoyée" du 123/2 en opposition avec l'esprit des Traités. Trichet fera évidemment tout pour ne pas être "le " banquier central qui aura enterré l'euro

Patrick Arthus estime qu'il faut passer à une monétisation directe ainsi que l'expriment deux "flash" récents (
http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=55914 et http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=56172 )

Mais ce sont les " investisseurs " qui vont faire la loi sur ces 1900 Md€ ... et si leurs demandes (taux d'intérêts) sont trop fortes pour certains pays majeurs (Espagne, Italie et France) de la zone euro, je ne crois pas que l'Allemagne suivra dans un principe de "caution mutuelle" (pour lequel on sait bien que ce sont toujours ceux qui sont les plus riches qui payent en premier)

Alors 2011 ou 2012.. moi je pense plutôt 2011, mais je ne suis pas "Madame Soleil" .

Écrit par : A-J Holbecq | 20.01.2011

@ Kama,

C'est le papier de ce jour : avec l'appui de la BCE, qui commence à monétiser beaucoup et de la Chine, l'euro peut tenir plus longtemps. Après tout, l'Argentine est restée 3 ans dans la dépression avec d'abandonner son peg. En 2013, quand le PIB de la Grèce aura encore baissé de 10%, la situation sera encore plus intenable qu'aujourd'hui (et probablement également pour l'Espagne et le Portugal).

Après, les chances que cela explose avant reste non négligeable mais de là à parier...

Après, on peut quand même prendre un pot. Cela m'arrive fréquemment avec des blogueurs et parfois avec des commentateurs (mon mail est dans l'à propos).

Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.01.2011

@ André-Jacques

Je n'étais pas loin de penser comme toi il y a quelques jours. Puis, j'ai vu la note sur la monétisation de la BCE et la Chine... Du coup, si je devais parier aujourd'hui, je dirai que l'euro traversera (malheureusement) 2011.

Certes, il y a 1900 Mds à financer, mais beaucoup viennent de la France, l'Allemagne, l'Italie, trois pays pour l'instant épargnés par les marchés...

Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.01.2011

Vous avez raison parce qu'à une structure molle qu'est l'euro ne peut correspondre un lent effritement, une lente et longue hémorragie. Il se peut que Sapir soit trop optimiste comme Todd qui voient l'euro s'effondrer au cours de l'année ou au plus tard vers l'hiver 2011/2012. Comme le pense Alain Cotta "quitter l'euro ou mourir à petit feu" !!

Écrit par : cording | 20.01.2011

D'accord avec cet invitation à la prudence dans les anticipations. Leur datation est un exercice des plus difficiles. On prend trop facilement ses désirs pour des réalités prochaines.

Concernant la BCE, on ne sait pas trop où vont ses interventions. En dernier ressort, elle monétise, en effet. Mais Trichet a fait savoir qu'il faudrait bientôt remplacer ça par "d'énormes efforts" de la part ds Etats. En Allemagne, il ne doit pas manquer de gens influents pour l'applaudir.

Écrit par : Marsault | 20.01.2011

@Laurent

C'est noté, la prochaine fois que je monte sur Paris (de Madrid), je vous envoie un mail et nous pourrons feter la resistance de l'Euro pour les uns, et sa fin prochaine pour les autres.... je ne suis pas sectaire ;)

Cela dit, le pari date d'il y a qques jours, je l'ai noté sur le post sur Stiglitz.... Serai-je visionnaire? ;)

Écrit par : kama | 20.01.2011

@ Laurent

Il est vrai que la prédiction de Todd (à 90%, l'euro disparaîtra en 2011) relève plus de la discussion entre potes ou alors d'Elizabeth Teissier.
Il faut voir que l'Euro est avant tout une décision politique - certains fédéralistes assumés le reconnaissent volontiers, ou alors ne le nient pas, même s'ils produisent des raisons d'ordre économique pour donner le change. Comme tu le dis, ils "veulent sauver l'Euro coûte que coûte. De nombreuses personnalités, y compris libérales, avaient dès le début mis en garde contre la monnaie unique.

Je crois toujours que pour bien établir des propositions alternatives, pour leur donner l'allure raisonnable qu'elles doivent avoir si elles veulent l'emporter (pourquoi pas?), il faut imaginer, comme le font Todd et Chevènement, et présenter un scénario de maintien de l'Euro. Sinon on donne l'impression de "sauter par le hublot"*. Ce qui n'exclut évidemment pas de préparer une sortie intelligente.


* En période de crise économique, aussi bizarre que cela puisse paraître, les gens peuvent être à la fois mécontents d'une politique et élire celui qui en est en quelque sorte le représentant chimiquement pur, pour autant qu'il apparaisse compétent, ou moins catastrophiste. Suivez mon regard.

Écrit par : Archibald | 20.01.2011

@ Archibald,

En fait, nous étions sur la position de JPC et Todd pour la campagne des élections européennes et je crois que c'est une erreur. En travaillant sur la question depuis un an, en en discutant avec quantité de gens, je suis vraiment arrivé à la conclusion que l'euro comme monnaie unique ne peut pas marcher. Du coup, je ne crois pas à un discours disant que cela pourrait marcher et je pense en outre qu'un tel discours donne beaucoup trop d'eau au moulin des fédéralistes qui veulent prendre l'occasion de faire avancer leur agenda fédéraliste. Je pense que c'est une bonne chose d'être plus clair et plus tranché.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.01.2011

@ Laurent

Si c'est une conviction tu as raison de la suivre (mon problème est que je n'en ai pas sur le sujet). Mais j'ai peur que les "alternatifs", comme tu les appelles, se fassent des illusions sur leur capacité à convaincre.
Si on regarde les sondages, c'est DSK le mieux placé. Justement parce que sa compétence suposée et son conservatisme rassurent.

Le défaut des alternatifs est d'accentuer les clivages - notamment sur l'Euro, symbole de l'Europe, que l'on n'aime pas beaucoup (l'Euro) sans trop savoir ce que sa disparition donnerait.
Il conviendrait à mon sens de monter que ce sont les autres, ceux qui veulent laisser le pouvoir aux marchés financiers et adapter nos modèles sociaux à la globalisation, les cinglés. Il faudrait donc qu'un candidat "du système", ou pas trop éloigné, défende les thèses alternatives - note que je suis parfaitement conscient du fait que nous en sommes encore loin.
De ce point de vue la percée de Marine Le Pen, si elle ravit ceux qui veulent en découdre symboliquement, est LA mauvaise nouvelle pour ceux qui souhaitent un changement.

Écrit par : Archibald | 20.01.2011

Comme à mon habitude, je vais introduire l'élément pétrole dans la discussion. En fait, on ne sait pas combien de temps l'euro va tenir, ni combien de temps la "crise" va durer avant de s'accentuer car on ne sait pas combien de temps nous allons rester sur le "plateau", soit en haut de la courbe de Hubbert, autrement dit de la production mondiale maximale de pétrole jamais atteinte, avant de décliner. Comme je l'ai déjà écrit, l'Agence internationale de l'énergie a déclaré que nous étions arrivé sur ce plateau, en 2006. La crise a commencer un an après, autrement dit encore quand la production de pétrole à cesser de croitre. Le prochain choc aura lieu quelque temps après que la production aura commencer de décroitre, car on s'en aperçoit toujours après. A ce moment là, il ne s'agira plus de parier sur la monnaie mais sur la capacité de notre agriculture à nourrir les gens...

Écrit par : Ovide | 20.01.2011

J'ai abordé dans ma dernière note la question du maintien de l'euro (http://bloc-notesdejoelhalpern.hautetfort.com/archive/2011/01/09/sauver-l-euro.html). Je pense en effet que le maintien de l'euro est désastreux, mais techniquement possible à condition que l'Allemagne et la BCE y mettent le prix. Comme ils vont sans doute mixer mesures de sauvetage et austérité, c'est probablement sur le plan de la crise politique et sociale que pourraient survenir les ruptures à court terme.

Écrit par : J. Halpern | 20.01.2011

@Ovide

Je suis d'accord mais par contre je pense que le plateau va être très long et donc qu'on va rester dans une zone de stabilité quelques année (une dizaine ?) ... coup de chance je crois car on peut encore réagir.

Après, la sélection se fera par les revenus , tout simplement (hélas); il y aura ceux qui pourront payer une nourriture de plus en plus chère et ceux qui ne pourront pas...

Je suis sur ce sujet pétrole beaucoup moins optimiste que Laurent ;-)

Écrit par : A-J Holbecq | 20.01.2011

Tu as parfaitement raison de signaler que les ressorts permettant de maintenir sous respiration artificielle la zone euro et la monnaie unique elle-même sont puissants, notamment du fait que les dirigeants de l'immense camp de travail à ciel ouvert n'ont pas l'intention de voir disparaître le principal débouché de leurs babioles... et disposent de toutes les liquidités nécessaires pour nous réduire progressivement en esclavage.
L'histoire ne peut être réorientée que par la seule volonté des peuples. C'est pour cela que je pense qu'une insurrection populaire en Grèce ou au Portugal semblable à ce qui s'est produit en Tunisie, et naguère en Argentine, contre toutes ces politiques libérales nauséabondes, est de nature à provoquer la désintégration de l'euro.

Écrit par : jean-paul belhadi | 20.01.2011

Jeudi 20 janvier 2011 :

Ce matin, la banque américaine Goldman Sachs organisait un séminaire dans le très select Cercle Interallié, pour présenter ses perspectives économiques et financières de l’année. En gros, expliquer à ses clients quelles étaient les évolutions à attendre en matière de conjoncture et surtout où placer leur argent pour en profiter le mieux possible.

Mais c’est à la fin, lorsque l’on a abordé la question des obligations que j’ai failli tomber de ma chaise : pour les experts de la banque, il faut acheter de la dette grecque et, dans une moindre mesure irlandaise et portugaise ! Mais pas n’importe laquelle. Dans le cas de la Grèce, il faut prendre les obligations à 30 ans. Surtout pas celle à 10 ans.

Bizarre : les taux à dix ans sont à plus de 11,30 % et ceux à 30 sont à 8,50 %. Les gourous de Wall Street auraient-ils perdu leur calculatrice ? Non, rassurez-vous !

« La Grèce va restructurer sa dette à dix ans », nous a annoncé l’air de rien le stratège obligataire de la banque : ce qui signifie qu’il faut la fuir à tout prix.

Par contre, cette restructuration épargnera la dette à trente ans. Et au contraire, en restructurant à court terme, la Grèce aura plus de chance de nous rembourser à très long terme. Avec des taux à 8,50 % à 30 ans - imbattable – Athènes offre des rendements uniques au monde, qui vont rapporter plein de sous.

Les clients de Goldman Sachs ont vraiment de la chance. Ils ont appris (c’est un scoop) que la Grèce allait restructurer sa dette et surtout qu’il fallait tout de suite se précipiter sur les taux à trente ans.

Au fait, ami lecteur, j’ai oublié de vous dire : c’est Goldman Sachs qui a été soupçonné, dans les années 2000 d’avoir aidé le gouvernement Grec à maquiller ses comptes. Une accusation jamais prouvée, je m’empresse de le préciser, mais que les clients de la banque, hier au Cercle Interallié auraient peut-être mérité de savoir.

http://blog.lefigaro.fr/economie/2011/01/le-scoop-de-goldman-sachs-sur-la-dette-grecque.html

Écrit par : BA | 20.01.2011

@A-J Holbecq

Je ne sais pas si Laurent est optimiste ou pessimiste ou si simplement il n'a pas pris la mesure des enjeux. Ce que je constate simplement c'est que DLR ne dis rien sur ce sujet, n'écris rien, qu'il n'y a même pas de débat et que c'est irresponsable surtout quand on se proclame gaulliste. De Gaulle était visionnaire et regardait les problèmes en face. Il a combattu les nazis parce que c'était LE problème du moment, idem plus tard. Je suis assez attristé de voir que ses descendants sont trois singes sourds, muets et aveugles sur LE problème du moment : la fin du pétrole et tous les problèmes qui lui sont lié, notamment environnementaux.

Remarquez, ils vont pouvoir se rattraper. Car, comme vous l'écrivez, quand il y aura des milliers de gens incapables de se nourrir correctement, il va y avoir du sport. La crise économique pourrait d'ailleurs nous amener à cette situation avant la crise agricole. Il ne faut pas oublier que le nazisme est né de la faim. Si les Allemands aujourd'hui craignent l'inflation et ne veulent pas en entendre parler, ce n'est pas pour rien. La faim, la peur, les a rendu fous, collectivement et ils s'en souviennent.

Je viens de relire le texte de Laurent sur la nation (tribune libre de DLR) : pas un mot sur l'agriculture !! Or, les nations sont faites pour gouverner des territoires qui les nourrissent et leur fournissent l'énergie pour le reste. C'est la base. La grandeur de la France, ce sont d'abord et avant tout ses terroirs et son agriculture. Il parle de la dernière guerre et 1945, en oubliant qu'à cette époque ce sont des nations de paysans qui se sont confrontés. Il y a là un "trou" assez révélateur. Or, il y a une menace énorme sur l'agriculture aujourd'hui. Un exemple : les abeilles. Imaginez trois secondes que nous n'ayons plus d'abeilles. Un autre : le chloredécone aux Antilles. Pourquoi un tel massacre de la terre antillaise devenue stérile, pire empoisonnée ?

Après on peut ne pas être d'accord. Vous croyez, peut-être avec raison, que le plateau va être long et que nous allons pourvoir réagir. Vous misez sur 10 ans. Prenons l'énergie. La commission européenne a fixé 20% d'énergies renouvelables en 2020, autrement dit 80% d'énergies non renouvelables... Si rien ne change en plus, ce sera trop peu pour affronter la descente de la courbe de production pétrolière, (surtout quand on sait l'efficacité des éoliennes industrielles qu'elle subventionne). Mais comme les évolutions ne sont pas lisses, nous auront déjà eu des chocs avant : les Chinois sont en pleine croissance de consommation. Prenons les terres. Pour reconstituer les sols, il va falloir ... 40 ans !! Dure, dure, la soudure !

Pourtant, ces questions ne sont pas vaines, il y a de l'espoir et Laurent sait évoluer. Surtout lorsqu'il se sera rendu compte des milliers d'emplois à créer : ce qui est intéressant quand on a l'audace (ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose) d'avoir le "plein emploi" comme programme politique.

Compagnons, relocalisons !

Écrit par : Ovide | 21.01.2011

Et oui, moi je ne crois pas à un abandon de l'Euro.
Comme si un gouvernement ou un président francais pouvait encore décider souverainement s'il peut abandonner l'Euro.
Je pense que l'IMF dit non
Je pense que le G20 dit non
Je pense que l'Europe dit non
Je pense que le Medef dit non
Qui va soutenir une telle politique ? Le peuple francais confronté à un risque inflationniste immédiat pour une croissance future !!!

Alors je crains qu'il ne faille tout rembourser, plus ou moins longtemps selon que l'on restructure ou pas. C'est une sorte d'asservissement, je vous l'accorde.

Et à mon avis, il est hors de question de faire participer les investisseurs aux pertes, l'impact financier (prime de risque) sur les autres pays est dissuasif, on l'a vue en novembre quand l'idée fut évoquée.

Quant à la restructuration grecque annoncée par GS, je pense qu'elle ne devrait pas être trop méchante sur le 10Y et ses niveaux actuels car les grecs auront encore besoin des investisseurs à l'avenir...

Écrit par : noeuddechaise | 21.01.2011

@noeuddechaise

Je pense que vous vous trompez; c'est rester dans l'euro (je précise "l'euro monnaie unique") qui emmène les peuples des "PIIGS" dans le mur... nous, en France, sommes encore sur la crête)

Si le gouvernement voulait quitter l'euro (ou un gouvernement qui voudrait le faire) quelques semaines d'explications suffiraient à faire basculer une majorité de l'opinion.

Mais quand vous dites "il faudra tout rembourser" .. de qui parlez vous ?
Et quand vous dites "les grecs auront encore besoin des investisseurs à l'avenir" , c'est vrai.. mais ca n'a rien à voir avec la dette publique grecque: les investisseurs avec une monnaie plus forte viendront plus facilement en Grèce que maintenant.

Et puis, quand même, étions nous tous "morts" il y a 10 ans, avant l'euro ?

Écrit par : A-J Holbecq | 21.01.2011

La lecture du blog de Paul Jorion tend à vous donner tort puisque la restructuration des dettes grecques et irlandaises est déjà évoquée par les autorités européennes et surtout allemandes, le secours probable nécéssaire à l'Espagne est évalué à environ 100 milliards d'euros. En conséquence la situation des banques engagées dans ces pays vont se dégrader et l'on va découvrir en même temps leur état réel par de nouveaux stress-tests. L'euro va trinquer et s'affaiblir mais va survivre tant qu'il sera pratiqué un acharnement thérapeutique sur un moribond.

Écrit par : cording | 21.01.2011

@ A-J Holbecq

Ma maman, dont l'age est celui de l'espérance de vie des femmes, a l'habitude de dire qu'il faut payer par où on passe. J'ai tenté de lui expliquer qu'avec la constitution de la dette francaise, elle n'avait pas vraiment appliquer ses bonnes pratiques.
Pire, elle a même applaudi à la réforme des retraites, sans comprendre l'entorse à ses bons principes.
Enfin, à ma question "Quel est l'impact de la crise sur ta situation personnelle ?", elle a tout de même admis qu'il n'y en avait pas, mais mon interrogation suivante "Et cela ne te surprend pas ?" était trop compliquée pour elle....

Mais elle est aussi favorable au retour de franc parce que "tout va revenir comme avant". Sourires de ma part. Et moi de rajouter "ce n'est peut-être pas aussi simple que tu ne le crois..."

Donc ce devrait être à moi et surtout à mes enfants de payer. J'utilise le conditionnel parce que je n'hésite pas à dire à mon fils qu'il serait bien inspiré d'aller faire ses études et sa vie ailleurs qu'en France.
Oui je sais, ce n'est pas très joli, joli tout ca.
Mais ai-je le choix ? Aujourd'hui on nous parle de dépendance, encore un mauvais signal pour les jeunes.

Écrit par : noeuddechaise | 21.01.2011

@ Archibald

Je suis d'accord. Il faut que j'insiste davantage sur l'insoutenabilité de la monnaie unique (ce que j'ai entamé avec les raisins de la colère en Europe).

@ Ovide

Je suis d'accord sur la nécessité d'anticiper avant les autres la limitation de la production du pétrole (et d'autres matières premières). C'est essentiel. Cela fera partie de nos propositions en matière de politique industrielle notamment. Nous devons prendre de l'avance, "décarboner" notre économie.

Après, je ne vais pas le rappeler dans chaque papier. Je ne vois pas ce que cela avait à faire dans mon papier "Trois raisons pour aimer la nation". Ce n'était absolument pas l'angle que je traitais.

La relocalisation, j'en ai parlé plusieurs fois sur l'agriculture et l'industrie.

Quand je n'ai rien de nouveau à dire sur un sujet ou qu'il n'y a pas quelque chose de nouveau dans l'actualité, j'essaie de ne pas écrire deux fois sur le même sujet. C'est sans doute pour cela que je n'écris pas plus souvent.

@ Noeuddechaise

A un moment, nécessité fait loi. Je crois que l'Argentine l'a montré, pour certains pays européens (mais pas la France j'espère, si nous n'attendons pas trop longtemps).

Écrit par : Laurent Pinsolle | 21.01.2011

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