22.01.2011

La France, la démographie et l’euro

Nous ne nous en rendons pas encore bien compte, mais les questions démographiques vont littéralement bouleverser les équilibres de notre continent. Il y a 25 ans, la France, l’Italie et la Grande-Bretagne avaient exactement la même population. Aujourd’hui, notre pays sort du  lot.

Une démographie vibrante

Alors que quasiment tous nos voisins présentent une démographie anémique, la France fait plus de deux enfants par femme. En 2010, nous avons fait 838 000 bébés, un record depuis près de trente ans et une progression de plus de 85 000 naissances par rapport au point bas de 1993. On peut désormais s’attendre à ce que le record de 1971 finisse par être battu. Résultat, la population de notre pays vient d’atteindre le cap des 65 millions d’habitants.

Ce résultat est venu tempérer les commentaires sur la « dépression nationale » qui avait été mesuré par BVA et qui place la France parmi les peuples les plus pessimistes du monde. Le fait de continuer à faire des enfants est une contradiction avec cette analyse, qui montre que les Français sont sans doute un peu plus râleurs que la moyenne. En outre, notre pays touche les dividendes d’une politique familiale ambitieuse et coûteuse mais efficace, et rentable.

Une nouvelle Europe

C’est entre 2040 et 2050 que notre pays devrait ainsi dépasser l’Allemagne comme pays le plus peuplé d’Europe. En effet, même si l’Allemagne compte 82 millions d’habitants, elle fait déjà 150 000 bébés de moins que nous. Si les jeunes générations reproduisent le comportement de leurs mères, dans à peine trente ans, l’Allemagne pourrait bien faire moitié moins d’enfants que la France. Certaines études Allemandes anticipent une population de 40 millions en 2100…

Le point positif est que cette grande divergence démographique va considérablement accroître le poids de notre pays en Europe. La France va redevenir le pays le plus peuplé d’Europe. Mais si cela a des avantages, cela pose un problème monétaire. En effet, le grand écart démographique avec l’Allemagne accentue la divergence dans l’inflation des biens immobiliers (dont la valeur n’a pas bougé en Allemagne depuis la fin des années 90 alors qu’elle a triplé en France).

Bref, la démographie seule explique en partie pourquoi France et Allemagne auront du mal à partager la même monnaie à l’avenir. Une population en hausse créé un peu plus d’inflation structurellement. De même, la France devra forcément financer un effort d’éducation proportionnellement beaucoup plus important que l’Allemagne. Bref, la démographie va accélérer la divergence de nos pays, nécessitant des politiques monétaires différentes, ce que l’euro interdit.

La forte démographie de la France est un immense atout pour notre pays, un atout qui va bouleverser le visage de l’Europe. Mais cet atout est aussi un immense inconvénient pour maintenir une monnaie unique avec des pays dont les démographies sont aussi divergentes.

Commentaires

L'île de France étant une des régions les plus dynamiques démographiquement, cela va poser des problèmes de logements comme vous le soulignez, mais aussi des problèmes agricoles car c'est là que se situent les terres les plus fertiles. La bétonnisation du plateau Saclay est une folie pure. Le grand Paris aussi qui va conduire à un étalement urbain suicidaire et toujours plus de voiture. On sent l'emprise du "clan des bétonniers" autrement dit Sarkozy, Bouygues et consort derrière.

Mais je vais tâcher d'être moins critique et plus positif dans mes interventions et de vous fournir du grain à moudre sur ces questions environnementales. Par exemple, sur la question "brûlante" des gaz de schistes.

http://www.ddmagazine.com/201101212103/Actualites-du-developpement-durable/La-democratie-a-l-epreuve-des-gaz-de-schistes.html

Amicalement,

Écrit par : Ovide | 22.01.2011

@Laurent

Il faut relativiser la dynamique démographique française, la France ne va plus grandir que par son vieillissement. La France c'est le borgne au milieu des aveugles européens, d'ailleurs l'écart entre la démographie Allemande et française et pire que ce que tu donne comme chiffre puisque cette année il n'est né que 510000 jeunes allemand!!! Mais la natalité à très légèrement rebondit cette année comme le dit cette article:

http://www.slate.fr/lien/32177/explosion-naissances-allemagne-demographie

à 838000 la France n'est pas dynamique démographiquement elle ne fait que stabiliser sa population nuance. Il faut un taux supérieur à 2.05 enfants par femme pour qu'il est une expansion démographique en supposant un taux de mortalité fixe. Ce qui produit l'expansion théorique de notre pays c'est la baisse de la mortalité rien d'autre. En 2050 la France serait surement moins vielle que l'Allemagne mais ce sera quand même un pays de vieillards, enfin si l'effondrement de la production pétrolière ne fait pas une hécatombe avant.

Écrit par : yann | 22.01.2011

510 000 naissances allemandes sur neuf mois, 665 000 sur un an.
Autre conséquence, absence de défense européenne et, plus généralement, impossibilité de politique commune européenne. J'ai l'impression que les Anglais et nous n'aurons pas d'autre choix qu'une alliance déséquilibrée avec les USA face à la Chine et à l'Inde.

Écrit par : Jardidi | 23.01.2011

Le Bassin parisien qui fait le plus d'enfants, ce sont les latins. La France redevient de plus en plus latine donc niveau d'instruction faible, inorganisation, état faible nous attendent. La moindre des choses sera d'accueillir des immigrés ou des réfugiés uniquement du type familial souche.

Écrit par : Jardidi | 23.01.2011

@ Ovide,

Merci pour ces précisions très utiles.

Amicalement,

@ Yann

Concernant le dynamisme démographique, la situation est peut-être meilleure que nous le pensons. Emmanuel Todd a expliqué que la descendance finale n'est jamais passé sous le cap de 2,1 enfants par femme en France malgré un passage de l'indice de fécondité sous les 1,8 au début des années 1990 du fait que les femmes ont des enfants plus tard (ce qui décale les naissances uniquement). Nous ne saurons que dans 10 à 15 ans à quel niveau ressortira la descendance finale. Vu que les femmes continuent à avoir des enfants de plus en plus tard mais que l'indice de fécondité remonte, nous sommes peut-être un peu plus haut.

Et puis, l'augmentation du nombre de naissances de 85 000 en 17 ans est extrêmement positif. Nous avons refait la moitié du chemin qui nous sépare des pics de 1964 ou 1971. Nous allons quand même avoir un pays beaucoup plus jeune que l'Allemagne. Dans trente ans, à population équivalente, nous aurons deux fois plus de jeunes qu'outre-Rhin tout de même !

@ Jardidi

Merci pour la correction. Un peu caricatural le dernier commentaire quand même

Écrit par : Laurent Pinsolle | 23.01.2011

Selon Todd, mais je ne sais plus quand: 25 % de diplômés de l'enseignement supérieur dans les régions girondines, 15 % dans le Bassin parisien.

Écrit par : Jardidi | 23.01.2011

Merci pour vos articles.
La démographie vigoureuse de la France n'était elle pas le résultat d'une politique très favorable aux couples (mariés ou non mariés) ayant des enfants ?
Pour certains couples en chômage faire des enfants et recevoir des allocations supplée un salaire. N'est ce pas une solution pour eux ??
Le taux de natalité serait - il corrélé avec le taux de chômage ?
Merci

Écrit par : DESPINEY Pierre | 25.01.2011

Je suis de plus en plus persuadé que la "forte" natalité française que l'on présente comme un gros avantage par rapport à la très faible natalité allemande est en fait un très gros inconvénient. Car le modèle allemand ce sont des dépenses publiques réduires au maximum, un déficit public réduit au maximum, des hausses du prix de l'ommobilier réduites au maximum, des hausses de salaires réduites au maximum : voilà les clés de la compétivité allemande, voilà ce que chaque pays de la zone euro va devoir appliquer s'il ne veut pas faire faillite avec l'euro. En fait, cette politique allemande n'est réalisable que parce que l'Allemagne n'assure plus le renouvellement de sa population. Si l'Allemegne avait la même natalité que celle de la France cette politique serait tout simplement impossible à mettre en oeuvre. On voit tout de suite que ce non renouvellement allemand est un énorme avantage par rapport au renouvellement français qui nécessite des dépenses publiques incompressibles, qui favorise des hausses du prix de l'immobilier, qui rend nécessaire des hausses de salaires. La France, du seul fait de sa natalité supérieure aux autres pays sera le seul pays à ne pas respecter les engagements de réduction de dépenses publique, de réduction de déficit, d'arrêt de hausse de salaires exigés par l'UE sous direction allemande. La France va payer très très cher sa natalité...
Bien entendu, ces écarts démographiques viennent s'ajouter à la liste déjà longue des autres écarts qui rendent la survie de l'euro de plus en plus difficile.

Écrit par : randal | 06.02.2012

Je suis de plus en plus persuadé que la "forte" natalité française que l'on présente comme un gros avantage par rapport à la très faible natalité allemande est en fait un très gros inconvénient. Car le modèle allemand ce sont des dépenses publiques réduires au maximum, un déficit public réduit au maximum, des hausses du prix de l'ommobilier réduites au maximum, des hausses de salaires réduites au maximum : voilà les clés de la compétivité allemande, voilà ce que chaque pays de la zone euro va devoir appliquer s'il ne veut pas faire faillite avec l'euro. En fait, cette politique allemande n'est réalisable que parce que l'Allemagne n'assure plus le renouvellement de sa population. Si l'Allemegne avait la même natalité que celle de la France cette politique serait tout simplement impossible à mettre en oeuvre. On voit tout de suite que ce non renouvellement allemand est un énorme avantage par rapport au renouvellement français qui nécessite des dépenses publiques incompressibles, qui favorise des hausses du prix de l'immobilier, qui rend nécessaire des hausses de salaires. La France, du seul fait de sa natalité supérieure aux autres pays sera le seul pays à ne pas respecter les engagements de réduction de dépenses publique, de réduction de déficit, d'arrêt de hausse de salaires exigés par l'UE sous direction allemande. La France va payer très très cher sa natalité...
Bien entendu, ces écarts démographiques viennent s'ajouter à la liste déjà longue des autres écarts qui rendent la survie de l'euro de plus en plus difficile.

Écrit par : randal | 06.02.2012

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