02.02.2011
Quand les très riches paient moins d’impôt
C’est une découverte assez étonnante faite par Camille Landais et Thomas Piketty : comme expliqué dans 20 minutes : « les 500 000 personnes les plus riches sont imposées à 35% de leurs revenus alors que les 50% les plus modestes sont imposés à 45% ».
Des résultats stupéfiants
Je vous invite vivement à aller lire l’entretien réalisé par Alternatives Economiques avec Thomas Piketty et le graphique extrêmement parlant montrant le détail de la fiscalité (impôt sur le revenu, cotisations sociales, TVA et impôt sur le capital) pesant sur les Français, en fonction de leurs revenus. C’est ainsi que l’on constate que les prélèvements atteignent 40% pour les 10% les moins riches, puis tournent autour de 47-48% pour les classes moyennes et aisées, avant de baisser pour les 2% les plus riches.
Assez logiquement, les impôts sur le capital sont très progressifs. L’impôt sur le revenu l’est, mais pas tant que cela, et surtout, il est dégressif tout en haut de l’échelle du fait des nombreuses niches fiscales qui l’ont transformé en gruyère. Assez logiquement, les impôts sur la consommation (TVA…) sont dégressifs (passant de 14 à 7% des revenus environ) mais les cotisations sociales le sont encore bien plus (passant de 30% des revenus des classes moyennes à 4% pour les plus riches.
Le besoin d’un Big Bang fiscal
L’étude et les propositions des deux économistes présentent de multiples intérêts. Tout d’abord, cela montre l’urgence d’une refonte de notre fiscalité. Il n’est pas juste que la pression fiscale diminue pour les plus hauts revenus. Cela plaide clairement pour une limitation drastique des niches fiscales dont on constate ici à quel point elles distordent notre fiscalité. Une refonte complète de l’impôt sur le revenu et de la CSG (qui devraient sans doute être fusionnés) apparaît aussi nécessaire.
L’autre intérêt de cette étude est de tordre le coup à un des arguments majeurs des opposants à la TVA sociale, à savoir qu’une telle réforme serait injuste. On voit ici que la TVA n’est pas moins injuste que les cotisations sociales qu’elle remplacerait en partie. En outre, il reviendrait à l’Etat de proposer une réforme d’ensemble pour ne pas léser les ménages populaires, dont les revenus stagnent en France depuis 10 ans comme le montre Jacques Sapir.
Il faut sans doute un tout petit peu modérer les résultats de cette étude car ils ne prennent pas en compte la redistribution des dépenses faites par l’Etat. Alternatives Economiques avait montré qu’en prenant en compte les dépenses publiques par citoyen, il y a tout de même une redistribution, même si notre impôt reste dégressif pour les très hauts revenus. Mais au global, cela ne retire rien au fait que notre fiscalité est aujourd’hui à la fois trop complexe et pas assez juste.
Merci à Camille Landais et Thomas Piketty pour cette nouvelle analyse en profondeur qui va au-delà de cette moyenne qui ne veut plus rien dire. Ils nous montrent une nouvelle fois qu’il faut aller au-delà de la surface pour bien comprendre ce qui se passe.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : fiscalité, thomas piketty, camille landais, redistribution




Commentaires
ooops! j'ai fait une erreur, je croyais entrer dans un blog gaulliste...
Écrit par : Icarus | 02.02.2011
Très intéressant.
Je serais comme vous très curieux de données "redistribution en fonction du niveau de revenu".
Icarus, la justice fiscale est une valeur tout à fait gaulliste.
Écrit par : xavier | 02.02.2011
C'est marrant quand un libéral dit que les pauvres payent beaucoup d'impôts, personne ne le crois.
En fait il faut être con pour croire qu'on peu prélever 49% du PIB sans taxer lourdement les pauvres.
@Laurent: "Assez logiquement, les impôts sur la consommation (TVA…) sont dégressifs (passant de 14 à 7% des revenus environ)"
Tu n'as pas compris, ça n'est pas la TVA qui est dégressive, c'est juste que son assiette fiscale est plus petite chez les riches pour une raison x ou y ( peut être qu'ils achètent à l'étranger des biens plutôt qu'en France et qu'elle 'est pas comptabilisée par Piketty, etc.)
Enfin, il faut bien trouver des boucs émissaires à la dette.
Écrit par : Alf | 02.02.2011
La justice fiscale gaulliste vise-t-elle la fuite vers l'étranger?
Par ailleurs, il n'y aurait plus de redistribution possible une fois les revenus réels fiscalement applatis, plus de motivation par l'appetit du gain non plus... à moins qu'on puisse compter sur la valeur 'solidarité' chez les anciens 'riches' ... il faut tout de même un peu de realpolitik dans le savants calculs, non?
Écrit par : Icarus | 02.02.2011
@Laurent: "Il faut sans doute un tout petit peu modérer les résultats de cette étude car ils ne prennent pas en compte la redistribution des dépenses faites par l’Etat"
Il est surtout vraisemblable que l'imposition des pauvres que piketty affiche soit sur des revenu d'assistanat ... leurs "impots" sont alors juste des diminutions de subventions.
Écrit par : Alf | 02.02.2011
Le plus simple serait enfin de faire une étude (peut-être existe t'elle déjà) recensant les ressources et les prélèvements pour les principales catégories dessinées par M. Piketty.
Comment faire un effort de "rationalisation" quand on ne connait pas les conditions initiales (simple démarche scientifique). Cela permettrait (peut-être) d'arrêter d'alimenter des fantasmes.
Écrit par : psimon | 02.02.2011
Le plus urgent est de réduire l'endettement. Actuellement la quasi-totalité de l'impôt sur le revenu sert à payer les intérêts de cette dette nationale et ne peut pas, pour cette raison, contribuer à la redistrbution de la richesse. Taxer davantage les plus grands revenus, dans ce contexte, reviendrait à encore réduire la consommation, moteur critique de la croissance.
Écrit par : Icarus | 03.02.2011
@ Icarus,
Je ne suis pas sûr que le Général serait très favorable à un système où des grands patrons gagnent 9 M€ par an, en profitant en outre d'un taux d'imposition plus bas que tout le reste de la population. On ne peut pas parler pour lui, mais là... Cet état de fait ne me semble pas juste. C'est pourquoi je suis favorable à des mesures qui réintroduiraient de la progressivité dans nos prélèvements.
Pas d'accord sur la dette. La 1ère priorité, c'est augmenter la croissance de manière responsable. Mettre la réduction de l'endettement comme première priorité, c'est prendre le risque de casser plus encore la croissance et de faire progresser plus encore la dette (il sera impossible de réduire les déficits sans un peu de croissance et la baisse du PIB fera monter la dette en proportion). Après, il ne s'agit pas de faire n'importe quoi et de creuser des déficits encore plus abyssaux. Mais la première priorité pour moi, c'est la croissance et l'emploi, tout en veillant à ne pas faire déraper déficits et dette.
Pour la dette, il y a aussi la monétisation, que j'ai traité il y a quelques jours.
Pour la fuite des capitaux à l'étranger, une solution toute simple : le retour du contrôle des mouvements de capitaux...
@ Alf
La différence vient notamment du taux d'épargne, beaucoup plus élevé pour les hauts revenus. Comme ils consomment une proportion moins importante de leurs revenus, ils paient moins de TVA.
@ PSimon
Il me semble que cette étude est basée sur les déclarations fiscales.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 03.02.2011
Cette étude ne fait que confirmer ce qu'avait révélé aux yeux des Français l'analyse des impôts réellement payés par Liliane Bettencourt.
Mais il y a un aspect, pas moins important à mes yeux, que le graphique en référence ne souligne pas (en groupant IR + CSG), c'est que tous les Français (y compris les assistés !) payent des impôts, même s'ils ne paye pas L'Impôt sur le Revenu(IR) et ce taux de prélèvement n'est pas négligeable même s'il est indolore (payé sur la consommation ou retenu à la source).
Icarus, votre souci de la relance de la consommation, me va droit au cœur. C'est pourquoi taxer davantage les plus grands revenus, et donc taxer moins les plus petits revenus (à prélèvement global identique) c'est automatiquement relancer la consommation : les petits revenus n'épargnent pas, ne consomment pas à l'étranger, etc...
J'accepte par avance le bémol qu'il ne s'agit pas de 100% de consommation de produit français, mais cette nuance est tout aussi applicable aux produits achetés par les plus fortunés !
C'est là un autre débat.
Écrit par : PeutMieuxFaire | 03.02.2011
Il ne s'agit pas simplement de fuites de capitaux, mais aussi de personnes compétentes et créatives... (les anglais ont douleureusement vécu ce 'braindrain' dans les années avant Thatcher) ... l'appauvrissement généralisé des plus riches ne rendrait pas les pauvres moins pauvres...
Les plus petits revenus achètent plus souvent du made in China que les plus aisés ... faites un tour dans les magasins hard discount et mettez un petit drapeau rouge sur tous les produits importés de là-bas pour en mesurer l'ampleur du phénomène.
Pour redemarrer l'emploi en France on ferait mieux d'inciter les gens à vouloir gagner et dépenser beaucoup d'argent sans être assistés par un excès de prélevements en tous genres ches les riches, et sans considérer l'argent comme une sorte de péché pas très mignon.
Le contrôle des movements de capitaux, des échanges etc etc... encore une fois le carcan à la place de l'incitation à créer et à innover. Peu étonnant que tant de génie française se délocalise... taxer les importations pour contrecarrer le dumping social serait plus 'juste', ne trouvez-vous pas?
"L'égalité" ne veut pas dire écraser pour rapprocher les niveaux de revenu. L'égalité devrait être celle de l'opportunité et du goût d'entreprendre, le goût du risque, pour s'en sortir fièrement sans attendre la manne. Nous voulons les meilleurs capitaines d'industrie, les plus grands créateurs, les 'stars' de l'innovation? Il faut les payer grassement pour qu'ils viennent et qu'ils aient envie de rester...
Et oui, évidemment, il faut complètement reformer la fiscalité pour aboutir à un système très simple, très stable et très lisible. Pas de subventions, ni exceptions, ni déductions, quelques taux, et tous les fonctionnaires libérés par ce simplification affectés à l'aide à la création, à l'innovation et à l'exportation (avec de très grands bonus pour les motiver)!!
Écrit par : Icarus | 03.02.2011
Laurent, ne crois-tu pas que le caractère "social" du gaullisme relève avant tout de la mythologie? J'ai parfois l'impression que l'on prête à De Gaulle tout ce qu'on aimerait voir se produire aujourd'hui. La nostalgie - notamment celle du pouvoir de la politique - faisant le reste. Ce "gaullisme"-là est certes sympathique. Il n'en demeure pas moins irréel.
Écrit par : Archibald | 03.02.2011
"les petits revenus n'épargnent pas"
Ah bon ? Les LEP (réservés aux petits revenus) et autres livrets A qui sont les placements préférés des Français servent à quoi ?
Toujours les stupidités de la vulgate keynésienne.
"taxer les importations pour contrecarrer le dumping social serait plus 'juste'"
C'est le client final qui paiera en bout de chaine. Prix plus élevé = pouvoir d'achat en moins. Le protectionnisme appauvrit toujours.
La justice fiscale serait le même taux d'imposition pour tous, en vertu que la loi doit être la même pour tous. Au nom de quoi ceux qui gagnent plus devraient payer plus ?
Écrit par : Théo31 | 03.02.2011
@théo31
Je suis bien d’accord avec vous : en vertu de quoi ceux qui gagnent plus devraient payer moins ?
Écrit par : xavier | 03.02.2011
@Théo31
Prix plus élevés = achats en moins (ce qui est positif si ce sont des importations)
Écrit par : A-J Holbecq | 03.02.2011
@ PMF
Complètement d'accord.
@ Icarus
Paradoxalement, je suis d'accord sur la fiscalité : je suis partisan d'un système très simple, avec un minimum d'exemptions. On pourrait par exemple cumuler les revenus du travail et du capital et tout taxer de la même manière. Je suis complètement d'accord, du moment qu'il y a une progressivité bien sûr. Sur la taxation des importations, étant donné que je suis partisan de la TVA sociale, je suis d'accord.
Sur la fuite des cerveaux et des grandes fortunes de France, c'est un mythe. On fait grand cas du départ de 800 personnes payant l'ISF par an alors que plus de 500 000 personnes paient l'ISF. En outre, certains reviennent. Un taux de départ de 1 pour 1000 montre bien qu'il n'y a pas un gros problème. Cela doit correspondre peu ou prou à quelques sportifs de haut niveau (là, il faudrait faire quelque chose, les imposer comme le font les Etats-Unis) et aux expatriations de cadres dirigeants de nos multinationales. Idem, je crois que la France est le 2ème pays au monde pour le nombre de millionnaires (9% du total) !
Si les petits revenus achètent du "made in China", c'est aussi parce qu'ils n'ont pas moyens de faire autre chose dans le cercle-vicieux que provoque la déréglementation commerciale...
@ Archibald
Il faut que tu lises le Dictionnaire du gaullisme. Je crois que tu hallucinerais de lire les propos publics du Général sur l'économie. Evidemment, il n'y a pas de propos sur les écarts de salaires puisqu'à l'époque, ils étaient raisonnables, mais l'esprit est là. Je t'assure. Hamon paraît bien tiède à côté.
Tu peux te référer à mon résumé, trop partiel malheureusement, mais il était favorable à 3ème voie entre communisme et capitalisme tout en étant partisan d'une économie de marché, dirigée par l'Etat.
@ Théo 31
Le taux d'épargne monte avec les revenus.
Sur les importations, bien sûr que certains prix seraient plus élevés (mais d'autres moins), mais au moins, il y aurait plus de travail en France. Un chômeur préfère avoir du travail et devoir acheter un écran 15 cms plus petit...
Et la justice fiscale, c'est clairement la progressivité, sinon on aboutit à une société fermée où l'argent devient le seul déterminant. Krugman cite une étude qui montre qu'aux Etats-Unis, les mauvais élèves riches ont autant de chances d'aller à l'université que les bons élèves pauvres : un tel système n'est pas juste.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 04.02.2011
@Laurent
Non, vous vous trompez concernant "la fuite". Je ne parlais pas des grandes fortunes (mea culpa pour le manque de clarté) mais plutôt de tous ces jeunes qui concrétisent (qui se sentent obligés de concrétiser) leurs idées ailleurs....
J'ai l'impression que vous êtes farouchement pro patria... je perdrais mon temps, alors, tentant de vous convaincre que les très grands salaires sont nécessaires pour attirer ici les talentueux de partout, et que tous ces milliardaires ou millionaires résidants sont le signe d'une bonne santé économique plutôt que le signal d'un déséquilibre???
Auriez-vous la gentillesse, cependant, de bien développer, ici, une justification (morale, économique ou que sais-je) de votre conviction qu'il faut de la progressivité dans l'imposition?
Écrit par : Icarus | 04.02.2011
Laurent,
"Hamon paraît bien tiède". Léo Hamon? ;-)
Je vais suivre ton conseil. En fait, j'avais promis à un ami qui déteste ce qu'il appelle le gaullisme incantatoire - dont le digne représentant, pour lui, pourrait être Villepin, ou même Fillon* - de te poser une question allant dans ce sens.
Et je maintiens que la postérité du gaullisme, au moins, lui donne plutôt raison. Les "gaullistes de gauche" ont toujours été très minoritaires.
Je maintiens aussi qu'il entre une bonne part de nostalgie dans les mérites qu'on attribue sinon à De Gaulle, du moins au gaullisme.
Mais je reconnais que je ne suis pas spécialiste de la pensée de De Gaulle lui-même.
* Quand il m'a dit cela, j'ai éclaté de rire, mais j'aurais également pu hurler (de colère).
Écrit par : Archibald | 04.02.2011
@Laurent
Le taux d'épargne est destiné à être dépensé un jour, souvent en immobilier ici, et donc "TVAtisé".
Écrit par : Alf | 05.02.2011
D'après Piketty, la répartition du patrimoine est la suivante :
- les classes populaires, 25 millions d'adultes les plus pauvres, détiennent 4% du patrimoine total soit chacun 14 000€ en moyenne.
- Les classes moyennes, 20 millions d'adultes, détiennent chacun 154 000 € en moyenne soit 34% du patrimoine.
- Les classes aisées, 5 millions d'adultes les plus riches, détiennent 1 128 000 € en moyenne soit 62% du patrimoine global.
L'épargne n'est qu'un sou-ensemble de ce patrimoine, chez les premiers cette épargne ira dans la consommation au premier aléa de la vie.
On comprend alors la tentation d'orienter la manne que représente le patrimoine des plus riches en créant des niches fiscales (les avec plus ou moins de succès)...
@Icarus,
Sur la justification de la progressivité de l'impôt : d'abord, on ne peut aller chercher l'argent que là où il y en a !
J'imagine qu'un libéral peut quand même admettre que l'impôt doit au moins être proportionnel. La progressivité trouve sa raison d'être par la volonté de pratiquer une redistribution à travers l'impôt, idée qui peut paraître perverse à certains, pourtant guère plus pernicieuse que les "redistributions familiales" qui accordent de l'ordre de 150 € par enfant aux plus pauvres (et guère de réduction d'impôt sur le revenu) quand les plus riches "ne" touchent qu'un peu moins de 100 € par enfant mais bénéficient d'une réduction d'impôt pouvant atteindre plus de 200 € à travers le quotient familial. [chiffres par enfant et par mois].
Écrit par : PeutMieuxFaire | 05.02.2011
Bonjour,
Désolé pour mon manque de clarté dans mon post précédent mais ma remarque sur un état des lieux concernait l'assistanat et non les propositions de M. Piketti (je ne me permettrai pas).
Au vu du nombre de réactions, le sujet est riche (ce n'est qu'une tentative de faire de l'humour).
L'impôt est la base de notre système de redistribution: la redistribution est associée usuellement à l'assistanat avec une très forte connotation péjorative (véhiculée même par la publicité). Première question : qui profite de cette redistribution (famille, santé, retraite?). Instinctivement, je ne pense pas que la part consacrée "aux gens qui devraient se prendre en main" soit si importante. En tout cas une vue synthétique de la redistribution permettrait à mon sens de relativiser certaines choses. Combien de personnes seraient menacées de précarisation sans cet "assistanat"? Vu le niveau global des salaires, cela ne ressemble t-il pas à un leurre?
L'impôt est un biais technique qui permet de décrire les contours de la société dans laquelle chacun souhaite vivre. Rénover, simplifier l'impôt s'inscrit dans un projet de transformation plus global. Le projet est vaste : réécrire les règles du jeu ( ou donner une chance à l'égalité des chances). Entre équilibre et réactivité, utopie (la France est une société cartésienne romantique au fond) et champ du possible?
Écrit par : psimon | 05.02.2011
Comme l'écrit Lordon
//"Quelle est la puissance despotique d’aujourd’hui qui soumet absolument le corps social et le laisse exsangue d’avoir capté la substance de son effort ? Certainement pas l’Etat – dont on rappellera qu’il restitue en prestations collectives l’ensemble de ses prélèvements… – mais le système bancaire-actionnaire qui, lui, conserve unilatéralement le produit intégral de ses captations."//
Mais en plus il faut se souvenir que la redistribution n'est pas "le cul de sac" de la circulation monétaire... cette monnaie redistribuée va continuer à irriguer l'économie dans un circuit permanent de dépenses qui permettent à de nombreux acteurs de vivre, et de recettes que l'État à nouveau redistribuera... jusqu'à ce que la monnaie émise par le crédit soit remboursée à l'émetteur: la banque (je fais abstraction des intérêts que demandera la banque).
Écrit par : A-J Holbecq | 05.02.2011
@ A-J Holbecq
Très juste, il suffit de voir l'explosion des profits des banques et du système financier (40% des profits de toutes les entreprises aux Etats-unis avant la crise il me semble).
@ PSimon
Bien sûr, il faut éviter l'assistanat et lutter contre les profiteurs, mais je pense qu'aujourd'hui, ils ne sont qu'une petite minorité.
@ Peutmieuxfaire
Merci pour les précisions.
@ Alf
Non, justement, il s'accumule, créant une nouvelle aristocratie de l'argent (cf exemple de l'éducation supérieure aux Etats-Unis).
@ Archibald
Quelques citations du Général (source : dictionnaire du gaullisme) :
Il se demandait à Strasbourg, en avril 1947 : « Sommes-nous condamnés à osciller toujours douloureusement entre un système en vertu duquel les travailleurs seraient de simples instruments dans l’entreprise dont ils font partie et un autre qui écraserait tous et chacun, corps et âme, dans une odieuse machinerie totalitaire et bureaucratique ? »
Dans les Mémoires d’espoir que « de-ci, de-là, la transformation économique du pays lui inflige, d’ailleurs, d’autres plaies. Le système libéral eût passé outre en les laissant saigner. L’ordre totalitaire les aurait traitées au fer rouge. Le dirigisme du régime nouveau entend y porter remède ».
Dans une conférence de presse en février 1965, il affirmait que « le laisser-faire ! le laisser-passer ! appliqué à l’économie depuis l’aurore du machinisme a souvent, grâce au bénéfice, à l’esprit d’entreprise, à la libre concurrence, donné au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ».
En 1951 : « En vérité, devant le sombre attrait du communisme, mécanique, aggloméré, totalitaire, c’est la réforme de la condition humaine qui doit être, pour notre alliance, son ferment, son but de guerre, que celle-ci soit froide ou chaude. L’association des hommes dans les entreprises qu’ils constituent et font vivre en commun, le bénéfice directement tiré, par celui qui travaille, des résultats de l’œuvre collective à laquelle il participe, l’accès de tous, non seulement au bien-être, mais surtout à la responsabilité, un régime qui fasse de chacun, non point un instrument écrasé par sa dépendance, mais un agent responsable, pour sa part, du salut et du progrès, bref la domination offerte à toutes les âmes sur toutes les matières, voilà la grande réforme qu’il faut proclamer, organiser, mettre en pratique ».
« L’association qui placera sur le même plan de dignité tous ceux qui contribuent à l’œuvre économique commune, fera que l’ingénieur, l’agent technique, l’ouvrier, l’employé, à tout échelon, seront des sociétaires, et fera du patron, aux yeux de son personnel, non point l’homme qui paie, mais le chef, dont la valeur, l’indépendance, l’autorité sont nécessaires à l’avantage de tous ».
En juin 1968, il déclarait ainsi « Le capitalisme dit : grâce au profit qui suscite l’initiative, fabriquons de plus en plus de richesses qui, en se répartissant par le libre marché élèvent en somme le niveau du corps social tout entier. Seulement, voilà ! la propriété, la direction, le bénéfice des entreprises dans le système capitaliste n’appartiennent qu’au capital. Alors, ceux qui ne le possèdent pas se trouvent dans une sorte d’état d’aliénation, à l’intérieur même de l’activité à laquelle ils contribuent. Non, le capitalisme du point de vue de l’homme n’offre pas de solution satisfaisante ».
« Pour un salaire calculé au minimum, on fournit un effort minimum, ce qui produit collectivement le résultat minimum », Saint Etienne, 1948.
1944 : « pour résumer les principes que la France entend placer désormais à la base de son activité nationale, nous dirons que, tout en assurant à tous le maximum possible de liberté et tout en favorisant en toute matière l’esprit d’entreprise, elle veut faire en sorte que l’intérêt particulier soit toujours contraint de céder à l’intérêt général, que les grandes sources de la richesse commune soient exploitées et dirigées non point pour le profit de quelques uns, mais pour l’avantage de tous, que les coalitions d’intérêts qui ont tant pesé sur la condition des hommes et sur la politique même de l’Etat soient abolies une fois pour toutes, et qu’enfin chacun de ses fils et chacune de ses filles puisse vivre, travailler, élever ses enfants, dans la sécurité et dans la dignité ».
@ Icarus
Sur les jeunes, je ne sais pas si le phénomène est massif, je l'avoue.
Sur la progressivité, elle me semble parfaitement normale du fait que les plus hauts revenus n'obtiennent ces revenus que du fait de l'appartenance à la société. Ils en bénéficient disproportionnellement du fait de leur travail et de leur effort et je trouve parfaitement normal que les salaires soient assez largement différenciés, mais je trouve juste également qu'ils en rétrocèdent une part plus importante à la société qui leur permet de vivre de cette manière.
La progressivité (et la taxation du capital, de la fortune et des successions) est aussi un moyen d'éviter une accumulation trop excessive de richesses tout en haut qui finit forcément par provoquer une sclérose de la société où l'argent finit par davantage compter que tout le reste (cf exemple de Krugman sur les universités étasuniennes).
Écrit par : Laurent Pinsolle | 06.02.2011
Merci pour ces citations remarquables.
Écrit par : florent | 06.05.2011
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