04.03.2011

ISF : le pari fou du gouvernement

Décidemment, Nicolas Sarkozy semble bien avoir perdu tout contact avec la réalité. Lancer une réforme de l’ISF à un an de l’élection présidentielle semble bien téméraire quand on se souvient du précédent du gouvernement de Jacques Chirac en 1986.

Une réforme explosive

A la base, le gouvernement souhaite tourner la page de l’abaissement du bouclier fiscal à 50%. Le dé-tricotage du paquet fiscal de 2007 est désormais presque complet après la remis en cause de l’exonération des heures supplémentaires et de la déduction des intérêts d’emprunt immobilier. En effet, chaque année, les médias détaillent par le menu le coût du bouclier fiscal, et les sommes très importantes reversées à des contribuables pourtant très riches…

Mais le gouvernement souhaite utiliser la suppression de cette mesure, qui coûte quelques centaines de millions d’euros par an pour une réforme plus en profondeur de la fiscalité, incluant l’ISF, dont la suppression n’a sans doute été évoquée que pour rendre sa diminution plus acceptable. Car l’ISF rapporte six fois plus que ne coûte le bouclier fiscal. Mieux, son rendement progresse fortement, ce qui assez logique vu l’explosion des hauts revenus depuis une quinzaine d’années.

Du coup, entre les deux options évoquées par François Baroin, le gouvernement a fort logiquement choisi l’option d’une réforme de l’ISF et non sa suppression, ne pouvant guère abandonner 4,5 milliards d’euros de recettes. Plusieurs pistes sont évoquées : une remontée du seuil de déclenchement de l’ISF (au-delà de 1 million d’euros, au lieu de 790 000) et une baisse du taux supérieur (aujourd’hui 1,8% pour les patrimoines les plus importants).

Une réforme injuste

Bien sûr, limiter à 50% le taux d’imposition ne semble pas forcément injuste, d’autant plus que les impôts indirects rajoutent environ 10 points d’imposition. Certains pensent que les impôts sur les revenus du capital sont plus justes d’autant plus que, comme le souligne Le Monde, la France est le seul pays de l’UE à conserver un ISF. Cependant, il faut noter que ces impôts visent également à redistribuer les cartes et, avec l’impôt sur les successions, à limiter la constitution d’une aristocratie de l’argent.

En fait, une telle réforme pose un immense problème de justice. En effet, comme le rapportent Camille Landais et Thomas Piketty, les revenus des 90% les moins riches de la population ont progressé de 4.6% de 1998 à 2006, alors que ceux des 1% les plus riches de 19% (32% pour les 0.1%). Du coup, il est tout de même anormal de baisser l’imposition des plus riches alors que leurs revenus ont beaucoup augmenté et que ceux du reste de la population stagnent.

Pire, ces mêmes économistes viennent récemment de publier une étude dont les résultats sont très surprenants. Le taux d’imposition devient dégressif pour les 4% de revenus les plus élevés, et notamment pour les 2% qui gagnent le plus. Il passe ainsi de près de 50% pour les classes moyennes supérieures et aisées à moins de 35% tout en haut de la pyramide. Dès lors, toute baisse de l’ISF supérieure au montant du bouclier fiscal serait donc parfaitement injuste.

Baisser les impôts des plus riches alors qu’ils sont les seuls à voir leurs revenus progresser depuis 15 ans tout en sachant que l’imposition devient dégressive en haut de la pyramide me semble non seulement injuste, mais également un véritable suicide électoral.

Commentaires

Vous avez raison, c'est peut-être pas le moment. Mais, d'une manière ou d'une autre, via la gauche ou la droite, il va falloir demander plus aux Français, de préférence, si l'on est sérieux, à ceux qui le peuvent encore...
Or le bouclier fiscal plafonne les impôts des plus riches. C'est non seulement inefficace mais politiquement pas tenable. En effet, qui peut dire : "soyons solidaires, sauf les plus riches !" ?

Enfin, vous avez raison de citer Piketty et consorts qui ont fait un excellent travail et tordent le cou à l'antienne qui veut que 50% des Français ne payent pas d'impôts. Ce n'est vrai que pour l'IR qui représente qu'une part bientôt marginale des prélèvements.

Écrit par : PeutMieuxFaire | 04.03.2011

C'est de l'électoralisme, il lance un ballon d'essais pour se débarrasser du "bouclier-passoire fiscal" sans perdre la face.

De toute façon tout le monde aura oublié dans 3 mois.


Pendant ce temps les voyous qui nous gouvernent refusent la peine de prison pour déclaration mensongère de patrimoine, moyen essentiel de lutte contre la corruption.

Il abaissent l'age d'élection à 18 ans pour la députation nationale et européenne, 24 ans pour les sénatoriales. ça n'a aucun sens, sauf pour placer les "petits fils de". mais on va dire que je suis mauvaises langue ou que c'est mes préjugés libéraux.

Écrit par : ALF | 04.03.2011

Les députés européens se votent une augmentation de 1500 euros.

http://www.leprogres.fr/france-monde/2011/03/04/les-deputes-europeens-se-votent-une-augmentation-de-1500-euros

et ça continu

Il est BEAU l'Etat que vous vénérez.

Écrit par : ALF | 04.03.2011

Merci!

Si je puis me permettre, un économiste bloggeur avait abordé cette question selon un autre angle que vous, mais tout aussi intéressant.

http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2010/11/17/1758-travailler-moins-pour-gagner-plus

J'avais d'ailleurs moi-même tenté une synthèse sur ce sujet hautement clivant.

http://deshautsetdebats.wordpress.com/2010/12/19/la-fin-justifie-t-elle-les-moyens/#jump3

@ALF
Ce sont les députés européens. Je ne suis pas sûr que Laurent Pinsolle vénère les députés européens.

Écrit par : Via | 05.03.2011

@Via
Ok mais c'est les même en France.

A vrais dire, ils sont pire en France... inutile de rafraichir la mémoire, le flot d'insultes au peuple est continu. Une bonne partie, sont tellement corrompues qu'ils ne voient pas le problème quand ils dépouillent la société civile, "c'est légal".

Et pourtant ne suis vraiment pas anti-parlementaire, simplement, Nous n'avons pas d'institutions efficaces comme la démocratie directe pour borner leur pouvoir.

Écrit par : ALF | 05.03.2011

@ PMF

Complètement d'accord. Même si je suis partisan d'une nouvelle tranche d'IR pour les très hauts revenus, je crois que les principaux moyens d'augmenter la recette fiscale sont :
- de tailler radicalement dans les niches fiscales et sociales. Un bon impôt doit être simple (pour le coup Alf sera sans doute d'accord) : idéalement, la feuille d'IR devrait faire une page A5 recto et verso pour le guide d'utilisation
- d'aligner la fiscalité sur le capital sur celle du travail

Je crois également à une fusion CSG-IR.

@ Alf

Là, je suis d'accord avec votre premier commentaire. Sur les députés européens, merci d'avoir mis le lien, je voulais le faire. Cela montre à quel point cette Europe est coupée de la réalité, alors que tous les pays coupent leur budget...

@ Via

Les deux papiers sont très intéressants (mais qu'est-ce que le second est long !)

Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.03.2011

@Laurent Pinsolle

sur l'abaissement de l'age électoral je vais même aller plus loin.

"L'héritage des fonctions" me semble un critère tout à fait sûr pour identifier les groupes privilégiés.

D'autant plus qu'un groupe à obtenu des avantages légaux, il se trouve obligé de mettre des barriéres pour y entrer à fin de ne pas les mettre en péril.
Les "fils de" et maintenant "petit fils de" sont alors naturellement les mieux placés pour y entrer.

On le vois nettement dans le monde politique, dans des "entreprises" monopolistiques nationales (SNCF, EDF, etc.) et même dans une moindre mesure dans les grosses boites privée régulièrement "sauvées" par le contribuable.

Les concours de la fonction public on sans doute diminué ce phénomène, mais il n'en est pas absent une foi cette étape passée pour accéder aux "bonnes" coteries.

Réfléchissez à cette idée tout-a-fait naturelle au font. C'est l'affaire récente du "fils de" Tiberi qui m'y a fait réfléchir.

Écrit par : ALF | 05.03.2011

@ Alf : j'ai lu que cet abaissement permettrait à Jean Sarkozy de devenir sénateur des Hauts de Seine...

Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.03.2011

Je voudrais juste rappeler qu'un salarié sur quatre gagne moins de 750€.
Il me faut 96 ans pour gagner la même somme que le mieux payé des PDG des entreprises publiques... et je ne suis pas à plaindre.
roger (debrestmême)

Écrit par : santos | 17.04.2011

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