16.03.2011

Les dictateurs contre-attaquent, les démocraties laissent faire

Finalement, Paris et Londres n’auront pas obtenu raison. Les pesanteurs, les intérêts divergents, mais aussi les limites d’une telle intervention ont eu raison des velléités interventionnistes en Libye. Kadhafi devrait malheureusement reprendre le contrôle de son pays.

La communauté internationale paralysée sur la question libyenne

On pouvait être enclin à une intervention en Libye sous la forme de bombardements des troupes de Kadhafi car sur la base des informations que nous avons, de tels raids semblent pouvoir être le coup de pouce qui permettrait une libération du pays du joug sanglant de son dictateur. En cela il est difficile de résister au cri du cœur du Monde ou de Guy Sitbon sur Marianne 2, d’autant plus que les quelques raids nécessaires n’ont rien à voir avec les interventions en Irak ou en Afghanistan.

Même si les pays de la ligue arabe ont fini par accepter la zone d’exclusion, non seulement il y a des difficultés de mise en place, mais surtout, tout le monde comprend aujourd’hui que ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Soit nous bombardons maintenant les armées de Kadhafi avant qu’elles ne prennent la capitale des rebelles, soit nous laissons faire. Tous ceux qui évoquent un entre-deux, de nouvelles discussions ou des brouillages de radar, ne font que noyer le poisson.

Plus généralement, le cas de la Libye démontre toutes les limites des « machins » supranationaux que sont les Nations Unies et l’Union Européenne. Bien sûr, il ne s’agit pas de revenir à la loi de la jungle, où chaque nation ferait ce que bon lui chante, mais au final, n’est-ce pas ce qui se passe déjà, ou s’est passé à Kaboul et Bagdad ? La seule solution serait que quelques pays oublient ces cénacles où il est couru d’avance qu’aucune décision ne sera prise…

Et pendant ce temps à Bahrein…

J’ai eu la chance de tomber sur ce papier du Figaro assez hallucinant. Lundi, des forces armées saoudiennes (pays à majorité sunnite) ont pénétré les frontières du Bahrein pour soutenir le roi (sunnite) qui fait face à une révolte de la majorité (chiite) de la population. Certes, cette intervention se fait à la demande des autorités du pays, et en vertu d’accords de défense militaire qui prévoient l’intervention des troupes d’autres pays dans d’autres territoires.

Mais il est tout de même choquant de voir une rébellion populaire matée par les troupes d’un autocrate voisin qui aide un autre dictateur à se maintenir au pouvoir contre la volonté de son peuple. Et dans le cas de l’Arabie-Saoudite, il faut être clair, personne ne dira rien étant donné que ce pays dispose des premières réserves mondiales de pétrole. Les autorités saoudiennes peuvent pratiquement faire ce qu’elles veulent car elles nous tiennent par les hydrocarbures.

En fait, les partisans de la globalisation ne l’ont jamais admis, mais la globalisation, le développement des échanges, s’ils ont des aspects positifs, créent aussi une interdépendance et même parfois, seulement une dépendance, y compris vis-à-vis de régimes dictatoriaux parfois sanguinaires et infréquentables. C’est pourquoi, même s’il ne s’agit pas de sombrer dans l’autarcie, l’indépendance nationale chère au général de Gaulle reprend tout son sens aujourd’hui.

Ces épisodes nous enseignent deux choses. La première, un peu triste mais logique, est que sur cette planète règne la loi du plus fort (que ce soit militairement, ou économique). La deuxième est que l’indépendance est le seul moyen de garder son libre arbitre.

Commentaires

"...elles nous tiennent par les hydrocarbures...". Moi, j'ai les hydrocarbures rouges...[Désolé].

Écrit par : Jardidi | 16.03.2011

@Laurent : "Tous ceux qui évoquent un entre-deux, de nouvelles discussions ou des brouillages de radar, ne font que noyer le poisson."

En ce qui me concerne, je suis pour un embargo de la Libye et une ligne de démarcation qui protège les régions insurgées pour leur permettre de faire sécession et se structurer structurer. Les Libyens qui le souhaitent pourront ainsi fuir la dictature, on pourra les prendre en charge sur place, alors qu'ils ont tout perdu.

Il est délirant de prôner une guerre totale à Kadafi. Les leçons de l'histoire devraient t'alerter sur les résultats de ce type d'intervention.

Écrit par : ALF | 16.03.2011

@ Alf

Il ne me semble avoir jamais pris unilatéralement position en faveur d'une intervention, même si j'ai l'impression que c'est ce qu'il faudrait faire. J'y suis très enclin, mais je ne suis pas allé au-delà car je manque de connaissances pour prendre une telle position. Il faudrait discuter avec des chefs d'état-major, connaître réellement l'état des troupes libyennes, savoir si des interventions aériennes auraient été suffisantes pour faire pencher la balance du bon côté et surtout, le faire avec l'aval du CNT libyen. Sous ses réserves, et après en avoir discuté avec un certain nombre d'experts en géopolitiques, j'aurais pu franchir le Rubicon. J'ai presque toujours noté les limites que pose une intervention.

Un embargo ne changera rien car il y aura toujours des pays intéressés par le pétrole libyen et cela suffit à la richesse de Kadhafi. La ligne de démarcation ne sert à rien s'il n'y a pas d'appui militaire pour aider les rebelles.

Je ne suis pas favorable à une guerre totale mais très enclin à des frappes aériennes car il me semble que cela aurait pu faire pencher la balance du bon côté.

Mais au global, je crois qu'il faut être honnête : soit on défend la non-intervention (et il y a des arguments pour) soit on défend l'intervention. Les entre-deux me semblent être un moyen plus politiquement correct de ne pas soutenir l'intervention.

Écrit par : Laurent Pinsolle@ | 16.03.2011

Je pensais à un embargo sur les armes, j'ai été imprécis.

Je ne vois pas de raison de l'empêcher de vendre son pétrole, il ne s'agit pas de punir la population, ils en ont besoin pour se nourrir.

Comme vous je ne suis pas stratège, on reste donc dans les spéculation, vous avec votre idéologie gaullienne de France phare de l'humanité, et moi avec le droit de sécession libéral pour défendre la liberté par fractionnement du pouvoir politique.

On ne peu pas non plus rien faire, ces gens seront 1 million et l'Egype qui est politiquement fragile ne pourra pas les absorber sans troubles sérieux. La répression va être horrible, ce sera un drame humanitaire.

Voilà pourquoi ce moyen terme, empêcher simplement Kadafi de reprendre cette zone sans menacer directement son pouvoir est la meilleur solution, il me semble.

Écrit par : ALF | 16.03.2011

Et pendant ce temps là

*"Lors de la campagne électorale pour la présidentielle 2007, le régime de Muammar Kadhafi aurait financé la candidature de Nicolas Sarkozy. C'est ce qu'assure le fils du dirigeant libyen, Seif Al-Islam, dans un entretien à Euronews. Interrogé sur la position de la Libye vis à vis de la France, premier pays à avoir reconnu l'opposition libyenne, le fils Kadhafi a répondu : «Tout d’abord, il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale».

Une affirmation que la présidence française a immédiatement démentie.

Lors de cet entretien, Seif Al-Islam poursuit : «C’est nous qui avons financé sa campagne, et nous en avons la preuve. Nous sommes prêts à tout révéler. La première chose que l’on demande à ce clown, c’est de rendre l’argent au peuple libyen. Nous lui avons accordé une aide afin qu’il oeuvre pour le peuple libyen, mais il nous a déçus». Il menace ensuite : «Rendez-nous notre argent. Nous avons tous les détails, les comptes bancaires, les documents, et les opérations de transfert. Nous révélerons tout prochainement».

http://www.leparisien.fr/politique/video-financement-de-sarkozy-par-kadhafi-en-2007-l-elysee-dement-16-03-2011-1361867.php

Écrit par : Jean-Yves | 16.03.2011

Jean-Yves !
Jean-Yves !
Jean-Yves !

ça n'intéresse pas Laurent, parce que la Libye n'est pas un PARADIS FISCAL mais plutot un ENFER COMPLET.
Donc il n'y a rien de condamnable à ce qu'un homme politique reçoive un chèque d'un honnête citoyen de ce pays.

Écrit par : ALF | 16.03.2011

@Jean-Yves

réponse sérieuse, c'est business as usual, vrais ou faux, tous les partis français on eu recourt à ce type de trafique, dé qu'il y a signature de contrat. C'est sans doute pour ça qu'ils les reçoivent si bien.

Franchement, le fils de ce clown mérite une balle entre les yeux, alors ce qu'il dit de la politique français, on s'en fou.

Écrit par : ALF | 16.03.2011

Je focalise en ce moment sur le drame japonais et plus particulièrement sur l'impuissance à maîtriser l'évolution de tous les réacteurs en panne dans une centrale où tout avait pourtant été si savamment prévu. Aussi, à la lecture de ce nouvel sur la Libye, je me disais que nous n'avions pas les mêmes priorités dans nos préoccupations...

Mais il y a quand même quelques parallèles :
- pour les faits qui nous préoccupent le combat est déjà perdu, même si, chaque heure, chaque jour qui suit nous est annoncé comme décisif.

- au delà ou à partir de ces 2 drames, peut-on tirer des enseignements pour l'avenir ? A ce sujet, je suis loin d'être d'accord avec "l'indépendance seul moyen de garder son libre arbitre" auquel arrive Laurent dans cet article.

Serions-nous pour maintenir le nucléaire dans notre pays que ceux qui y renonceraient autour de nous seraient en droit de nous demander des comptes (et inversement d'ailleurs) ...
Aurions-nous une politique indépendante vis à vis des dictatures un peu partout dans le monde que pour la mettre en œuvre il nous faudrait soit une coopération internationale soit au moins des alliés.

Nombre de réponses aux problèmes qui nous entourent (et nous dépassent) ne peuvent plus se construire dans un cadre purement hexagonal.

Écrit par : PeutMieuxFaire | 17.03.2011

@ Alf

J'ai l'impression que cet entre-deux n'est pas possible. Ce sera soit Kadhafi nul part, soit partout (scénario le plus probable aujourd'hui).

Si, ce serait choquant, mais disons que je ne prends pas pour argent comptant les "révélations" de la famille Kadhafi.

@ PMF

J'ai l'impression que le supranational freine la démocratie. Même si l'exemple du nucléaire est bien choisi, je crois que l'Europe nous enseigne que l'échelon supranational prend de mauvaises décisions. Je pourrais répondre par l'Irak...

Pour moi, la démocratie ne s'exprime réellement que dans le cadre national, qui doit rester, pour moi, le cadre de décision, même si cela n'exclut pas des coopérations sur certains sujets.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 17.03.2011

@ Alf

J'ai l'impression que cet entre-deux n'est pas possible. Ce sera soit Kadhafi nul part, soit partout (scénario le plus probable aujourd'hui).

Si, ce serait choquant, mais disons que je ne prends pas pour argent comptant les "révélations" de la famille Kadhafi.

@ PMF

J'ai l'impression que le supranational freine la démocratie. Même si l'exemple du nucléaire est bien choisi, je crois que l'Europe nous enseigne que l'échelon supranational prend de mauvaises décisions. Je pourrais répondre par l'Irak...

Pour moi, la démocratie ne s'exprime réellement que dans le cadre national, qui doit rester, pour moi, le cadre de décision, même si cela n'exclut pas des coopérations sur certains sujets.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 17.03.2011

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