08.04.2011

Le crime économique de la BCE

Aujourd’hui, comme anticipé par les marchés, la Banque Centrale Européenne a augmenté son taux d’intérêt directeur de 0.25%, alors que la Fed maintient toujours le sien au plus bas. S’il existait une notion de « crime économique », nul doute qu’il pourrait s’appliquer à la politique menée par Jean-Claude Trichet.

Après avoir massacré l’économie Française par des taux d’intérêt extrêmement élevés au début des années 1990, envoyant des centaines de milliers de Français au chômage, Jean-Claude Trichet persiste dans une politique monétariste délétère qui asphyxie une économie européenne qui n’en a pas besoin.

D’un côté, aux Etats-Unis, la reprise se dessine, avec une croissance de près de 3% en 2010 et plus de 3% prévus en 2011, et le chômage qui baisse progressivement. Pourtant, la Fed maintient ses taux au plus bas pour éviter une rechute et solidifier le redémarrage de l’économie étasunienne. De l’autre, en Europe, après une récession encore plus forte, une reprise très timide et très incertaine, alors que le chômage tarde à baisser, la BCE monte déjà les taux.

Le prétexte est l’augmentation de l’inflation dans la zone euro, qui a dépassé le cap des 2%. La BCE répète l’erreur de juillet 2008. Alors que la Fed avait déjà baissé ses taux de trois points, elle avait augmenté son taux directeur d’un quart de point pour lutter contre une inflation déjà provoquée par la hausse du prix des matières premières.

Pourtant, non seulement cette inflation est temporaire, mais en plus une hausse des taux européens n’y changera rien, comme à l’été 2008. Les phénomènes en jeu ne dépendent pas des choix de la BCE. En effet, il n’y aucun risque de dérapage inflationniste du fait de la persistance d’un chômage de masse en Europe qui empêche toute course entre les salaires et le prix des produits.

En revanche, cette hausse des taux fait progresser le cours de l’euro, ce qui va encore pénaliser nos entreprises exportatrices, comme l’illustre notre déficit commercial pour le mois de février. Cette surévaluation de la monnaie unique est une calamité pour nos industriels, comme le soulignait Louis Gallois, patron d’Airbus en 2008. Résultat, cette hausse du taux directeur va ajouter à la hausse de l’inflation, qui réduit le pouvoir d’achat des ménages, un ralentissement de l’économie, qui n’en avait pas besoin.

Tous les jours, nous constatons davantage à quel point la monnaie unique est une monstruosité économique. Comme de plus en plus d’économistes le notent, les plans de sauvetage de l’euro enfoncent les pays prétendument sauvés dans une impasse où l’austérité pourrait « tuer le malade » comme même le Monde le rapporte. Et à cela, Jean-Claude Trichet rajoute une politique monétaire absurde.

La seule solution aujourd’hui, pour la Grèce, l’Irlande et le Portugal, comme la France est une transformation de l’euro en monnaie commune et un retour à des monnaies nationales dont les parités seraient ajustées aux réalités économiques nationales trop disparates de la zone euro. Ainsi, nous sortirions de l’impasse économique dans laquelle l’euro nous a mis et de la grande régression sociale qu’il provoque.

Commentaires

Les latins connaissent le problème et la solution mais par quel parcours parvenir à la solution?

Écrit par : Jardidi | 08.04.2011

Je viens de lire une étude de Patrick Artus qui infirme quelque peu ce que vous écrivez. Je cite :

"On souhaite d’habitude un euro faible pour améliorer le commerce extérieur et stimuler l’activité de la Zone Euro. Mais il faut prendre garde à l’effet des prix des matières premières sur le niveau « optimal » du taux de change. Plus le poids des matières premières est élevé, plus une dépréciation de l’euro est pénalisante en faisant monter le coût des matières premières importées, et, à un certain stade, cet effet pénalisant domine l’effet positif de l’euro plus faible sur le commerce extérieur en volume.

A partir de ce point, il devient optimal au contraire d’avoir un euro fort. Nous montrons que dès aujourd’hui le poids des importations de matières premières est suffisamment élevé pour qu’une dépréciation de l’euro ait un effet négatif sur le commerce extérieur en valeur."

http://cib.natixis.com/research/economic/publications.aspx

Écrit par : Albert | 08.04.2011

Je me suis trompé dans mon lien. Voici le bon :

http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=57632

Écrit par : Albert | 08.04.2011

Je manque de connaissance éco pour avoir un jugement péremptoire.
Cependant il y a de fortes présomptions pour penser que la reprise aux USA est à priori en trompe-l'oeil, car basée essentiellement sur du Q.E. , bref sur de la création monétaire à gogo.

En fait la reprise est bien réelle , mais la 'contradiction' est supportée et logée dans et par la Fed. Tant que le Monde accorde encore du 'crédit' au dollar quelles qu'en soient les raisons, les USA et la Fed exportent donc la contradiction au reste du Monde.

Le risque est absolument colossal pour les USA : le jour où la Fed ne sera plus considérée comme pouvant supporter solvablement la Dette gigantesque qu'elle nourrit, ça sera la fin des haricots. Mais le petit problème pour le reste monde est qu'il s'effondrera également dans un large mouvement de désorganisation financière.

Faut-il suivre donc les USA dans ce large mouvement de diarrhée monétaire , qui est rappelons-le, à l'origine de la crise ? ... et participer ainsi à la course à l'effondrement général ?
D'un autre côté faire trop acte de vertu est précisément rentrer dans la logique infernale des USA à nos dépends et à leur avantage !
Bref Trichet est dans la seringue et nous avec. Et c'est la où l'on mesure la force de la stratégie non coopérative et mercantiliste de l'Allemagne , qui arrive à se mettre en dehors de la seringue et est en passe de 'germaniser' l'Europe.

Petite consolation : ce faisant Trichet met l'euro et l'Europe sous pression supplémentaire et augmente les chances d'un éclatement de la zone Europe ... ou d'une germanisation complète !

Parfois il ne suffit pas d'avoir 'raison', car l'erreur réalisée opiniâtrement et avec un art de l'exécution peut devenir réalité et donc vérité.

L'histoire a des détours curieux : quand on pense que finalement le déclencheur du printemps arabe (enfin il faut attendre l'acte suivant ...) est la hausse -due à la spéculation financière- du prix des matières premières, alimentaires notamment.

Ps/ Bon c'est vrai que la crainte de l'inflation est à tempérer par la faiblesse de la demande ... quoique lorsque l'inflation touche aux denrées alimentaires , là elle aura bien lieu

Écrit par : Opps' | 08.04.2011

@ Tous

Trois informations lues ce matin qui contredisent plus encore la décision de la BCE : la masse monétaire de la zone euro est en croissance de 2%, l'inflation hors prix de l'énergie et de l'alimentaire (qui mesure l'inflation en dehors de ses éléments les plus volatiles) est à 1%, et les salaires progressent de seulement 1.6% (alors que l'inflation est à 2.6 au global).

@ Albert

Merci pour le lien pour l'étude mais il y a une faille dans le raisonnement d'Artus. Il oublie que dans le scénario avec un euro moins cher, il y a davantage d'emplois, et donc le chômage est plus bas...

@ Opps'

Je suis d'accord sur les Etats-Unis : il y a urgence à se protéger financièrement des Etats-Unis pour éviter d'être entraîner s'ils venaient à plonger (même s'il faut relativiser ce risque par le fait que cela est annoncé depuis une vingtaine d'années au moins).

Malgré tout, entre le monétarisme absurde de la BCE et le laissez-aller des Etats-Unis, je pense qu'il y a d'autres voies...

Écrit par : Laurent Pinsolle | 08.04.2011

Personnellement je partage les critiques sur les conséquences néfastes de notre construction monétaire supranationale actuelle. Mais je ne suis pas encore au clair sur la voie à suivre pour accomplir les réformes nécessaires.

Il me paraît que la meilleure solution théorique serait la monnaie commune. Seulement pour réaliser cette monnaie commune, encore faut-il pouvoir s'appuyer sur des partenaires pour qu'elle puisse se faire. Quel gouvernement est prêt à le faire en Europe et, à défaut, sur quelles forces s'appuyer ?

Imaginons que nous ne disposions pas des forces adéquates sur lesquelles s'appuyer. Dans ce cas, on peut imaginer deux solutions :
1 soit un retour au Franc et une sortie de la seule France de l'euro, mais dans ce cas est-il vraiment possible de faire un plan de sortie coordonnée sans provoquer ?
2 on garde l'euro, au risque du statu quo voir de l'explosion monétaire ; mais aussi comme le préconise Chevènement, en commençant déjà par essayer de réformer la gouvernance de la zone euro en se gardant un plan B sur le coude.

Considérations de viabilité politique, de stratégie opératoire et d'expertise économique se mélangent...

Au fond, j'ai retenu au Québec cette phrase de Marcel Chaput dans mes lectures sur place : "la condition de minorité ne peut engendrer que l'impuissance". Il parlait d'un Québec condamné à être une minorité francophone dans un Canada anglophone. Dans notre Europe nous sommes quand même vraiment coincé aujourd'hui.

Écrit par : Nicolas Gonzales | 08.04.2011

Merci pour cet article Laurent!!

Je t'invite néanmoins à adopter un ton plus mesuré, un peu moins grandiloquent. Parler de "crime" est tout à fait déplacé. Jean-Claude Trichet est peut-être une personne extrêmement arrogante et antipathique, la BCE mène sans doute une politique néfaste et à bien des égards contestables, mais il ne faut pas non plus exagéré...

Même si je pense qu'ils ont tort, ils ne sont pas non plus sans arguments. L'inflation, si elle n'est pas l'hydre effroyable qu'on nous décrit, n'est pas non plus sans inconvénients. La BCE se trompe probablement en agissant comme elle le fait (comme tu l'expliques en commentaires), mais gardons notre calme et notre sang froid!!

Sinon, il y a une phrase que tu as écrite que certains feraient bien de méditer "Malgré tout, entre le monétarisme absurde de la BCE et le laissez-aller des Etats-Unis, je pense qu'il y a d'autres voies..."

Écrit par : Tythan | 09.04.2011

@ Nicolas

En fait, je crois que la position de la France nous permet de simplifier les scénarios. En effet, si nous quittons la monnaie unique, elle s'effondrera d'elle-même. L'Allemagne refusera d'assumer seule le passif des pays du Sud et partira. On ne pas imaginer que l'euro survive au départ de la France. Berlin refusera le tête à tête avec Rome, Madrid etc...

Après, soit chacun repart dans son coin, il y a des dévaluations soit on organise un nouveau SME et on peut transformer l'euro en monnaie commune (monnaie de réserve et d'échange mais avec des parités nationales ajustables). Bien évidemment, la deuxième solution me semble largement préférable. Mais je crois que la première est bien préférable au maintien du système actuel...

Une gouvernance de la zone euro ne résoudra rien aux problèmes actuels (cas de la Tchécoslovaquie, économies européennes trop disparates) cf mes papiers sur l'euro.

Bon point sur la minorité, mais je crois que la position géographique et économique de la France fait que nous ne pourrons jamais être mis en marge de cette Europe.

@ Tythan

Je sais, le terme est excessif. Je ne devrais peut-être pas aller aussi loin.

Mais je me suis construis intellectuellement il y a 20 ans, à l'époque du débat sur l'autre politique et la contestation de la politique délétère dite de franc fort. Et je suis effrayé de voir qu'une telle politique, qui avait envoyé au moins un million de Français au chômage il y a vingt ans, se reproduit, encore et encore, contribuant à détruire notre économie et faisant tellement de mal dans le pays. Cela me révolte au plus haut point.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 09.04.2011

L'économie par le petit bout de la lorgnette

Votre billet est grotesque et plus grave il dénote une méconnaissance manifeste des mécanismes qui gouvernent l'économie.
Grotesque parce que la BC a relevé son principal taux directeur à...1.25%(les taux réels sont toujours négatifs)!
Les taux courts fixés par les BCs n'intéressent que les banques(elles se prêtent entres elles et se refinancent auprès de la BC à ces taux)...
Ce sont les taux longs(déterminés par le marché)qui comptent pour les Etats,les entreprises,et les ménages.Des taux qui aujourd'hui s'élèvent à près de 10% en Grèce,en Irlande,et au Portugal).
Les BCs en maintenant des taux artificiellement bas ne favorisent pas la résolution du problème de l'endettement public et encore moins la relance de l'investissement productif.Au contraire en créant de "faux prix"(Rueff...)elles déstabilisent et fragilisent encore l'économie,elles favorisent la spéculation(monétaire,obligataire,et boursière)et nourrissent la hausse des prix des actifs tangibles(des matières premières et de l'immobilier),l'inflation.
Pire,les BCs,responsables d'avoir gonflé la bulle immobilière,s'emploient aujourd'hui à miner un marché autrement plus important;le marché obligataire,socle du système financier mondial.
En somme le régulateur(...)sacrifie l'économie tout entière pour maintenir à flot des banques condamnées.

Evidemment la décision de la BC européenne fait encore grimper l'euro,mais ce n'est pas Trichet qu'il faut critiquer mais Bernanke!
Et puis encore une fois le taux de change n'est pas le seul déterminant de la compétitivité,ni même le plus important(le franc suisse a beaucoup augmenté,l'économie du pays s'effondre?).Si elle est contrebalancée une hausse de la monnaie peut même devenir un avantage compétitif,les entreprises paient moins chères les matières premières à transformer,et elles peuvent acheter directement des parts de marché,des concurrents "étrangers"(des technologies,des marques,des brevets).

Il faut sortir de l'euro mais par le haut(pas en précipitant la faillite...),le préalable étant le rétablissement des comptes publics.


PS:Continuez à écrire très tranquillement qu'il n'y a pas d'inflation puisque tout les prix augmentent sauf les salaires...
Vos électeurs,si ils en restent,apprécieront.

Écrit par : Balthazar | 10.04.2011

L'économie par le petit bout de la lorgnette

Votre billet est grotesque et plus grave il dénote une méconnaissance manifeste des mécanismes qui gouvernent l'économie.
Grotesque parce que la BC a relevé son principal taux directeur à...1.25%(les taux réels sont toujours négatifs)!
Les taux courts fixés par les BCs n'intéressent que les banques(elles se prêtent entres elles et se refinancent auprès de la BC à ces taux)...
Ce sont les taux longs(déterminés par le marché)qui comptent pour les Etats,les entreprises,et les ménages.Des taux qui aujourd'hui s'élèvent à près de 10% en Grèce,en Irlande,et au Portugal).
Les BCs en maintenant des taux artificiellement bas ne favorisent pas la résolution du problème de l'endettement public et encore moins la relance de l'investissement productif.Au contraire en créant de "faux prix"(Rueff...)elles déstabilisent et fragilisent encore l'économie,elles favorisent la spéculation(monétaire,obligataire,et boursière)et nourrissent la hausse des prix des actifs tangibles(des matières premières et de l'immobilier),l'inflation.
Pire,les BCs,responsables d'avoir gonflé la bulle immobilière,s'emploient aujourd'hui à miner un marché autrement plus important;le marché obligataire,socle du système financier mondial.
En somme le régulateur(...)sacrifie l'économie tout entière pour maintenir à flot des banques condamnées.

Evidemment la décision de la BC européenne fait encore grimper l'euro,mais ce n'est pas Trichet qu'il faut critiquer mais Bernanke!
Et puis encore une fois le taux de change n'est pas le seul déterminant de la compétitivité,ni même le plus important(le franc suisse a beaucoup augmenté,l'économie du pays s'effondre?).Si elle est contrebalancée une hausse de la monnaie peut même devenir un avantage compétitif,les entreprises paient moins chères les matières premières à transformer,et elles peuvent acheter directement des parts de marché,des concurrents "étrangers"(des technologies,des marques,des brevets).

Il faut sortir de l'euro mais par le haut(pas en précipitant la faillite...),le préalable étant le rétablissement des comptes publics.


PS:Continuez à écrire très tranquillement qu'il n'y a pas d'inflation puisque tout les prix augmentent sauf les salaires...
Vos électeurs,si ils en restent,apprécieront.

Écrit par : Balthazar | 10.04.2011

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