26.04.2011
Grèce : la double impasse européenne
Le temps passe et la situation se détériore en Grèce : le PIB recule, les déficits peinent à baisser et la dette explose (près de 160% prévu fin 2012 maintenant). Même l’Allemagne reconnaît aujourd’hui qu’il faudra restructurer la dette Grecque. Mais il est probable que ce ne soit pas suffisant.
L’impasse de la dette
D’ici à quelques mois au plus tard, les pays européens vont annoncer une restructuration. L’admission du ministre des finances Allemand et l’accord implicite donné par les banques Allemandes ouvrent la voie à une telle solution. Mais cette restructuration prochaine n’est pas sans poser de nombreux problèmes. En effet, de combien faut-il restructurer ? Et faut-il restructurer les montants engagés par le Fonds Européen, faisant perdre aux Etats une partie de leur mise ?
Ces questions douloureuses ont toutes les chances de pousser à une solution minimaliste, qui ne résoudra rien. Au niveau actuel des taux à long terme (plus de 14% sur la dette à 10 ans contre un peu plus de 3% pour la dette Allemande), la décote implicite approche 50% ! Et avec des taux révisés à 4% (ceux offerts par le Fonds Européen), cela reviendrait à améliorer la balance budgétaire du pays de 6 points de PIB (pour un déficit prévu à 8 points en 2011).
Mais de deux choses l’une, soit toute la perte porte sur les dettes privées, ce qui implique une décote très forte, soit elle porte également sur les dettes du Fonds. Mais dans tous les cas, les banques voudront la décote la plus faible possible. Et dans le second, les problèmes politiques liés à la restructuration seront énormes car les populations devront accepter de perdre une partie de l’argent avancé à la Grèce. Bref, il y a des chances que la restructuration soit trop faible.
L’impasse de la croissance
Du coup, il est probable que les chefs d’Etat adoptent une mesurette qui ne sera pas définitive devant la pression des banques et des autres pays, potentiellement un allongement de la durée de remboursement avec la remise en cause la plus limitée possible du principal. Rien ne sera véritablement réglé comme c’est malheureusement trop souvent le cas au sein des cénacles européens. Mais même une restructuration en bonne et due forme serait insuffisante.
En effet, si une véritable restructuration de la dette permettrait de nettement améliorer la situation du pays, ce ne serait pas tout. Le PIB a déjà baissé de plus de 10%, les salaires également. Bref, l’économie Grecque a aussi besoin de trouver un moyen de se relancer. En effet, dans les épisodes de surendettement, les pays ne s’en sortent jamais uniquement en restructurant leur dette, mais également en dévaluant massivement pour retrouver de la compétitivité.
C’était le cas de l’Argentine en 2002, qui avait suspendu le paiement de sa dette, et qui avait dévalué de 72% ! La Grèce aurait besoin aujourd’hui d’une baisse drastique de sa monnaie pour rétablir ses comptes extérieurs, qui demeurent négatifs (-3% du PIB) malgré la dureté de la crise. Aujourd’hui, Athènes a besoin d’une dévaluation que la monnaie unique lui interdit, démontrant encore une fois toutes les limites de cette construction hasardeuse qu’est l’euro.
Aujourd’hui, la situation de la Grèce est intenable. Ella va être bientôt un peu améliorée mais sans répondre définitivement aux problèmes du pays. En attendant qu’Athènes suive la voie de Buenos Aires, les Grecs démontrent toutes les limites d’une monnaie unique européenne.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : allemagne, grèce, restructuration, dettes souveraines, allemagne, argentine




Commentaires
Vivement que l'on sorte de l'euro!!
Écrit par : guillaume | 26.04.2011
Hello laurent,
Un article de Lordon interressant sur les premiers effets ressentis en UK suite à la dévaluation de 30% de la livre.
Nous nous battons depuis qques temps pour savoir s'il conviendrait de sortir de l'euro pour pouvoir déavluer et retrouver de la competitivité et des marges de manpeuvre budgétaires.
Apparement, la solution ne marche pas, et l'Angleterre se trouve aujourd'hui engluée comme tant d'autres. La dévaluation a augmenté l'inflation, ce qui ajouté à une baisse des recettes produit des effets négatifs sur l'économie et sur sa capacité de rebond. Le ration dette/PIB se dégrade, obérant le developpement et la croissance.... un commentaire?
http://blog.mondediplo.net/2011-04-26-Les-deux-gros-cochons
Écrit par : kama | 26.04.2011
@ Kama,
J'ai vu le papier de Lordon. Je crois que j'en ferai un papier entier pour rendre compte de la richesse de son analyse.
Il faut relativiser l'impact inflationniste de la dévaluation de la livre de 30% : l'inflation atteint 4% outre Manche contre 2.7% dans l'Union Européenne. En outre, cet écart ne s'explique pas uniquement par la dévaluation mais aussi par le passage de la TVA de 17.5 à 20%.
Je persiste à penser que la dévaluation a amorti la crise britannique (qui était proche de l'épicentre de la crise financière) et lui a permis de se redresser. Les prévisions de croissance y sont les mêmes que l'UE pour 2011, ce qui, vu le tour de vis fiscal semble plutôt démontrer l'intérêt de la dévaluation à mon sens.
En outre, il ne faut pas oublier une chose : un point d'inflation de plus, c'est un point de dette de moins...
Si la Grande-Bretagne a du mal à rebondir, c'est parce qu'elle a traversé une très grave crise financière (avec de vraies nationalisations ici -ce qu'on oublie en France) et qu'elle s'impose un ajustement budgétaire sauvage.
Sans dévaluation par rapport à l'euro, la Grande-Bretagne irait beaucoup moins bien à mon sens.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 26.04.2011
Tout ça me donne l'impression que trouver le point d'équilibre entre dévaluation, pass-through rate (le facteur de correlation entre deval et inflation), mesures de relance éco et fiscales est un exercice des plus périlleux.
Je donne en ref un papier de l'IMF qui étudie avec précision (sans doute trop pour moi), l'incidence des taux de dévaluation et des taux d'inflation. La conclusion est que après un an, l'intégralité du montant de la dévaluation a atteint les prix, avec une différence quant au types de biens affectés:
D'abord les prix négociables, puis après un an, les prix à la consommation et les prix administrés et non négociables (electrecité... P13 du rapport). Cela dit, les mesures d'accompagnement éco au Brésil ont permis que la totalité de la dévaluation ne passe en inflation, tout du moins dans la première année:
http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2003/wp03141.pdf
Je retiens donc la difficulté de gerer la dévaluation si des mesures d'accompagnement ne snt prises, qui pourrait entrainer un accroissement de l'inflation tel que le bénéfice de la déval disparraisse rapidement. L'avenir nous dira si l'Angleterre est dans ce cas....
Écrit par : kama | 26.04.2011
@Kama
on pourrait vous donner l'exemple inverse de l'Islande à qui la dévaluation à permis un retour à l'excédent commercial et à la croissance. Même s'il y eu pendant quelques temps une très forte inflation. En réalité la GB a fait des politiques contradictoires à un très mauvais moment. D'un coté elle a dévalué ce qui devait nourrir les exportations et réduire les importations. Cela a marché pour la réduction des importations et la balance des paiements est presque revenu à l'équilibre si l'on inclus les services financier. Mais malheureusement comme le reste de l'Europe joue le jeu des réductions de la demande intérieur les exportations ne pouvaient pas vraiment tirer la croissance économique du pays. On retrouve ici le fameux cercle vicieux lié au politique mercantiliste de croissance par l'excédent. Ce genre de politique à l'Allemande ne marche qui si tout le monde ne fait pas la même politique, si tout le monde réduit sa demande intérieure en même temps alors le gains des dévaluation ou des réduction de la demande intérieure sont nuls. Et en plus le gouvernement Cameron fait une politique d'austérité énorme ce qui a contracté la demande intérieur alors que les exportations ne pouvez pas décoller. Il est donc logique que la dévaluation n'ait pas eu les effets escomptés.
Si au contraire la GB avait profité de sa dévaluation pour tirer les salaires vers le haut et investir massivement dans le pays la croissance aurait décollé sans dégrader la balance commerciale grâce à la protection de la dévaluation. Encore une fois la dévaluation ou le protectionnisme tout seul ne sert à rien il faut une politique complète permettant la croissance. La Grande-Bretagne a fait une politique monétaire en contradiction avec sa politique budgétaire ce qui a aggravé la crise au lieu de la résoudre.
Écrit par : yann | 26.04.2011
Yann
Souligne un point très important, aucune mesure isolée ne peut être efficace, seul un panel de mesures coordonnées est efficace, l'approche systémique est inévitable. En cela, Sapir est l'un des penseurs important de l'économie.
Actuellement, les mesures sont fragmentées, d'où les échecs.
Sur ce plan, je n'ai d'ailleurs aucune foi vis à vis du FN, qui est déjà morcelé au moins en 2, comme bien d'autres partis. MLP est un bon leader, mais dans le mauvais parti et qui finira par la dévorer, comme le chaperon rouge, dommage pour elle. Elle a tout de même le grand mérite de vouloir autre chose et de soulever les questions qui fâchent, mais elle sera trahie par sa famille politique.
Article à méditer :
http://www.marianne2.fr/L-etrange-retour-a-contre-emploi-du-Front-republicain_a205517.html
Écrit par : olaf | 26.04.2011
@ Kama
C'est juste, mais nous sommes dans le cas d'une dévaluation de 80%. Je crois que les expériences britanniques ou étasuniennes montrent que des dévaluations de 20 à 30% sont plus faciles à gérer. En Grande-Bretagne, il n'y a pas eu de vrai dérapage inflationniste (l'écart vient essentiellement de la hausse de TVA). Sur des dévaluations d'un tel niveau, l'impact en matière d'inflation reste limité.
@ Yann
Complètement d'accord.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 26.04.2011
le cas britannique est intéressant en ce que ce pays a tjs une longueur d'avance dans la mondialisation. À l'exception de l'aéronautique et de la défense, d'un peu d'automobile, et de la pharmacie, et du "food" (peu dzlocalisable pour ce dernier), son industrie a été totalement détruite par le triptyque habituel économie financiarisée tirée par la consommation - libre échange - capitalisme financier "leverageant" les délocalisations pour accroître le rendement des actifs. Elle ne peut plus répondre à une réorientation forcée de la demande vers la production intérieure, via la dépréciation de la monnaie. Un exemple anecdotique réside dans le mariage de ce weekend, dont les produits dérivés font tourner à plein l'atelier chinois. Il est à craindre qu'un tel sort menace toutes les économies européennes qui ont souffert des douceurs d'une monnaie surévaluée permettant crédit facile et importations bon marché. PIIGS-F en tête.
Écrit par : Géry | 26.04.2011
Mercredi 27 avril 2011 :
La zone euro, c’est Fukushima. Seule différence : à Fukushima, le tsunami a déjà eu lieu.
Irlande : taux des obligations à 2 ans : 12,093 %.
Irlande : taux des obligations à 3 ans : 12,688 %.
Irlande : taux des obligations à 5 ans : 11,902 %.
Irlande : taux des obligations à 10 ans : 10,456 %.
Portugal : taux des obligations à 2 ans : 11,679 %.
Portugal : taux des obligations à 3 ans : 11,589 %.
Portugal : taux des obligations à 5 ans : 11,916 %.
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 9,601 %.
Grèce : taux des obligations à 2 ans : 24,646 %.
http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB2YR:IND
Grèce : taux des obligations à 3 ans : 24,031 %.
Grèce : taux des obligations à 5 ans : 17,570 %.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 15,483 %.
Écrit par : BA | 27.04.2011
merci pour les commentaires intéressant sur l'économie.
Car, franchement, à mon niveau, je ne comprend pas grand chose.
Écrit par : guillaume | 27.04.2011
Comme prévu par tous ceux qui veulent bien ne pas s'aveugler nous allons inexorablement vers une restructuration de la dette grecque, une étape vers l'explosion de la zone euro. La seule chose que l'on ne puisse pas dire c'est la date exacte, selon Jacques Sapir ce serait vers l'hiver 2011! D'après son analyse que relaie Bertrand Renouvin sur son blog.
Écrit par : cording | 28.04.2011
@BA
Vos taux Bloomberg ne veulent rien dire, comme je vous l'ai déjà expliqué à de nombreuses reprises sur d'autres forums.
Arrêtez d'emmerder les gens s'il vous plaît.
Vos problèmes relèvent de la psychiatrie.
Écrit par : BA | 28.04.2011
@BA
Vos taux Bloomberg ne veulent rien dire, comme je vous l'ai déjà expliqué à de nombreuses reprises sur d'autres forums.
Arrêtez d'emmerder les gens s'il vous plaît.
Vos problèmes relèvent de la psychiatrie.
Écrit par : BA | 28.04.2011
Les deux messages précédents ne sont pas de moi. Merci de les supprimer.
Samedi 30 avril 2011 :
Grèce : la restructuration fait débat.
Le débat agitant marchés et zone euro sur le sort de la dette grecque était relayé samedi dans la presse locale, où un expert économique allemand et le plus grand fonds obligataire mondial, Pimco, plaident pour une restructuration, rejetée par un ministre grec.
"Une restructuration de la dette conduirait les caisses de retraites et les banques dans le Tartare" (le fond des enfers antiques grecs), estime le secrétaire d'Etat aux Finances, Philippe Sahinidès, dans un entretien à Elefthérotypia (gauche).
"Tout le montant qui serait retranché de la dette devrait être remplacé par de nouveaux emprunts", pour sauver ces institutions, insiste-t-il, fidèle à la ligne de son gouvernement qui exclut toute restructuration d'une dette grimpant à 150 % du PIB.
Selon le journal libéral Kathimerini, banques et caisses de retraites grecques détiennent environ un tiers du total de la dette obligataire grecque. Dans un entretien à ce quotidien, le dirigeant de l'américain Pimco, Mohamed El-Erian, juge lui qu'une restructuration s'impose, "si la Grèce veut éviter des années de récession et de s'enfoncer dans le piège de la dette".
"Auparavant, un allongement du délai de remboursement aurait pu avoir des résultats. Maintenant, il est hélas moins probable que cela marche à ce stade, un certain type de «coupe» apparaît inévitable", a-t-il précisé.
La Banque centrale européenne (BCE) pourrait "intervenir comme médiateur entre l'Etat grec et ses créanciers pour obtenir un allongement du remboursement de la dette", propose pour sa part Lars Feld, un des conseillers économiques indépendants de la chancelière allemande Angela Merkel, au quotidien pro-gouvernemental To Vima.
Il cite aussi l'option du rachat d'obligations grecques par le Fonds européen de soutien financier, équivalant selon lui à une "coupe d'environ 25 %" de la dette.
La BCE, qui exclut jusque-là toute restructuration, doit "changer de position, et au lieu de semer la panique, rassurer les marchés avec un modèle intelligent de restructuration", insiste-t-il. Il juge qu'Athènes et Berlin préparent déjà le terrain à une telle opération, malgré leurs démentis officiels.
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/04/30/97002-20110430FILWWW00414-grece-la-restructuration-fait-debat.php
Écrit par : BA | 30.04.2011
Quand l’Allemagne lance un emprunt à 3 mois, elle paye un taux d’intérêt de 0,830 %.
Quand la France lance un emprunt à 3 mois, elle paye un taux d’intérêt de 0,872 %.
Et la Grèce ?
Mardi 19 avril 2011, la Grèce a lancé un emprunt à 3 mois : la Grèce a dû payer un taux d’intérêt de … 4,10 % !
Les taux sont en hausse : c’était 3,85 % lors de la précédente émission en février 2011.
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/04/19/97002-20110419FILWWW00398-la-grece-emprunte-1625-mds-a-3-mois.php
Et le Portugal ?
Mercredi 4 mai 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 3 mois : le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de … 4,652 % !
Les taux sont en hausse : c’était 4,046 % lors de la précédente émission le 20 avril 2011.
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/05/04/97002-20110504FILWWW00433-portugal-levee-de-1117-md-d-de-dettes-a-ct.php
Conclusion : plus les jours passent, plus la Grèce et le Portugal empruntent à des taux de plus en plus exorbitants.
Écrit par : BA | 04.05.2011
Conclusion : BA ne comprend décidément rien du tout à l'économie.
Conclusion : BA déverse ses salades dont tout le monde se fout sur tous les forums possibles et imaginables.
Conclusion : Personne ne lui répond ; preuve que ça n'intéresse personne.
Merci d'arrêter et de vous faire soigner.
Écrit par : Anonyme | 06.05.2011
Attention, les milliers de gestionnaires d'actifs et de journalistes de par le monde NE comprennent RIEN à ce qui se passe.
Mais moi, BA, visionnaire parmi les visionnaires, je vous le dit : j'ai TOUT compris.
Soyez heureux de pouvoir lire mes superbes commentaires et bénissez moi de vous informer !
Écrit par : BA | 09.05.2011
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