15.05.2011
Croissance, Grèce, euro : quand l’Europe nie la réalité
C’est la bonne nouvelle de la semaine : la croissance a fortement rebondi au premier trimestre en France et en Europe. Même la Grèce est officiellement sortie de la récession. Mais il ne faut pas être regardant sur les détails pour pouvoir s’en satisfaire.
France : la croissance en trompe l’œil
Comment ne pas être surpris par ce chiffre de 1% de croissance au premier trimestre, soit 4% en rythme annuel, le double du chiffre des Etats-Unis ? Par quel miracle un tel résultat est possible alors que le chômage reste aussi élevé, que le déficit commercial progresse, que le pouvoir d’achat stagne ? Et ce ne sont pas les déclarations triomphantes de Christine Lagarde qui peuvent inciter à la confiance tant la ministre de l’économie est coutumière des exagérations.
Comme d’habitude, le gouvernement se moque du monde. En effet, 70% de la croissance du premier trimestre s’explique par la hausse des stocks des entreprises. En clair, corrigé de ce facteur exceptionnel, la croissance de la France n’a été que d’un petit 0.3%, soit seulement 1.2% en rythme annuel. Bref, il n’y a vraiment pas de quoi se féliciter de la manière dont le gouvernement l’a fait, comme certains journalistes auraient du le faire en étudiant les chiffres plus sérieusement.
En effet, les moteurs de la croissance continuent à avoir des ratés. Notre déficit commercial s’envole et a encore pesé de manière négative. L’investissement peine à redémarrer, ce qui est particulièrement inquiétant étant donné l’effondrement de la crise. Enfin, dans trois mois, il y a fort à parier que la ministre évoquera cette fois-ci le probable déstockage des entreprises (après avoir oublié le phénomène inverse) ou Fukushima pour justifier un chiffre moins brillant…
L’Europe au ralenti
Pour le coup, le Figaro n’est pas aussi optimiste quand il évoque une « fragile sortie de récession pour la Grèce ». Bien sûr, le pays sort officiellement de la récession en affichant une augmentation de son PIB de 0.8% au premier trimestre, mais cela fait suite à un effondrement de 2.8% au dernier trimestre 2010 (plus de 10% en rythme annuel !). Sur six mois, l’économie Grecque s’est donc contractée de 2%, soit une baisse de 4% en rythme annuel, toujours aussi préoccupant.
La crise de la Grèce m’a offert l’occasion d’un débat sur France 24 (partie 1 et partie 2), où j’ai affronté trois interlocuteurs qui défendaient mordicus l’euro. Il y a malgré tout des progrès car ils admettent aujourd’hui les carences de la monnaie unique, à savoir le fait qu’elle pousse aujourd’hui les salaires à la baisse et qu’elle ne convient pas à un espace économique aussi hétérogène.
Malgré tout, ils défendent cette construction monétaire artificielle qui empêche la Grèce de sortir de la crise. Car même en y déversant des dizaines de milliards tous les ans et en restructurant le dette, Athènes ne s’en sortira pas. Pour s’en sortir, le pays a besoin de dévaluer afin de rééquilibrer sa balance commerciale, comme en Argentine. L’argent ne permettra pas au pays d’enfin équilibrer ses exportations par rapport à ses importations, bien au contraire.
Pire, les transferts financiers massifs qu’ils demandent ne règleraient rien. Outre le fait que cela ne permettrait pas de faire redécoller la production (ce qui nécessite une dévaluation), ceci est totalement irréaliste (l’Allemagne a été très claire sur la question). Plus encore, comment ne pas y voir une forme d’irresponsabilité avec cette demande de dépenser sans compter l’argent de la collectivité sans se rendre compte que cela ne fonctionnerait pas et que cet argent serait dépensé à perte.
Enfin, il est tout de même stupéfiant de voir les soutiens de l’euro dire aujourd’hui que si cela ne marche pas, c’est parce que nous ne sommes pas allés assez loin dans la construction européenne. C’est comme pour le communisme : s’il ne marche pas, c’est parce qu’on ne serait pas allé assez loin… Ne vaudrait-il pas mieux écouter les critiques de l’euro ? Il faut revenir aux monnaies nationales, et comme Morad El Hattab le montre, cela est parfaitement possible pour la France et l’Italie.
Bref, le déni de réalité semble être devenu la spécialité de cette Europe. On se réjouit d’une croissance totalement artificielle et qui ne va pas apporter grand chose, sur la base de chiffres trimestriels qu’il faudrait pourtant prendre avec des pincettes, alors que l’euro nous entraine vers le fond…
11:15 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : croissance, christine lagarde, grèce, france 24, morad el hattab




Commentaires
Il est temps de faire le bilan de la politique de la droite depuis 1993.
La droite est au pouvoir depuis 1993 (sauf de 1997 à 2002).
- Il y a 4,2 millions de demandeurs d'emploi avec les DOM-TOM
- L'école est en ruine malgré 77 milliards d’euros dépensés par an.
- Les banlieues sont livrées au chaos malgré 90 milliards d'euros dépensés depuis 1992.
- Il y a 40 000 voitures brûlées par an
- L'immigration massive continue (12 millions de personnes sont d'origine étrangère sur deux générations selon Michèle Tribalat)
- Selon un rapport de Terra Nova, il y a eu 750 000 nouvelles naturalisations depuis 2007.
- 60 à 70 % des délinquants sont issus de l'immigration. C'est ce que révèlent les synthèses de la police nationale
"J'ai vu une liste de 3 000 auteurs de violences urbaines établie par les RG parisiens, et il n'y avait que 59 noms gaulois", relate le criminologue Xavier Raufer.
- La dette est de 1600 milliards d'euros
- Nous avons la pire crise du logement depuis 1945
- Un déficit commercial de 51,4 milliards d'euros en 2010
- Un déficit de la Sécurité sociale de 23,9 milliards d'euros en 2010
Écrit par : luc | 15.05.2011
Laurent,
Bravo pour ton intervention claire et convaincante dans cette émission. Avec NDA qui s'améliore d'interview en interview, on peut être optimiste pour 2012.
Écrit par : Julien | 15.05.2011
L'aveuglement des élites tant françaises qu'européennes risquent de nous conduire à la pire des situations et que Marine Le Pen n'arrive à s'imposer comme seule opposante crédible à l'oligarchie néolibérale et à son acharnement thérapeutique à sauver l'euro.
DSK vient de se discréditer et donc c'est le plus crédible, en apparence, sauveur du système qui semble disparaître!
Écrit par : cording | 15.05.2011
Bravo pour le débat.
Écrit par : Emmanuel B | 15.05.2011
@ Luc
La France va mal, en effet. Mais on ne peut pas réduire cela à la politique de la droite, même si elle porte une grande part de responsabilité. La gauche a été au pouvoir 15 ans sur les trente dernières années. Match nul donc.
@ Julien et Emmanuel : merci
@ Cording : voir, en affaiblissant la fausse alternative, cela peut aussi aider les vraies alternatives républicaines aussi
Écrit par : Laurent Pinsolle | 16.05.2011
Le déni de réalité est aussi chez ceux qui croient encore en une économie fondée sur la croissance infinie. Qu'elle soit artificielle ou réelle, la croissance n'apporte plus rien d'autre à l'occidental bouffi que de la mauvaise graisse et la certitude qu'il laissera à ses enfants une planète saccagée.
Écrit par : MarcDS | 17.05.2011
Cher Laurent Pinsolle,
Je vous ai trouvé très convaincant dans cette émission, et les deux partisans de l'euro n'avaient guère l'air de croire dans la cause qu'ils étaient censés défendre...
Toutefois, je m'interroge : d'après l'intervenant grec, la majorité de ce pays souhaite rester dans l'euro. De fait, les sondages confirment que seule 20% de la population grecque veut sortir de l'euro. Même si nous sommes nombreux à penser que c'est la bonne solution pour eux, peut-on envisager que la Grèce sorte de l'euro si les Grecs eux-mêmes (et pas seulement leurs élites) s'y refusent ? Merci d'avance de votre réponse.
Écrit par : Julien M | 17.05.2011
@ MarcDS
Ce n'est pas mon avis. Je crois que l'on peut faire de la croissance sans surexploitation de la planète. Il vaut juste repenser la politique publique et notre fiscalité pour arriver à créer une croissance durable. Et la croissance me semble essentielle pour lutter contre le chômage de masse.
@ Julien M
Très juste. C'est le problème. Le problème (que j'avais évoqué il y a un peu plus d'un an), c'est que pour les Grecs, l'Europe, c'est la main qui les a nourri pendant si longtemps et qui les a accompagné dans la démocratie. C'est pour cela qu'ils acceptent en partie la rigueur. Difficile de savoir quand cela va craquer. Mais c'est clair que cela bloque un peu l'évolution. Après, une année ou deux de rigueur de plus pourrait bien renverser l'opinion publique grecque. N'oublions pas que le pays est en récession depuis 2009.
Il y a un précédent : l'Argentine. Le pays tenait au peg avec le dollar et est entrée dans une récession dès 1998 mais n'ont pas voulu en sortir car le peg, c'était la fin de l'hyperinflation. Mais après des années de récession, ils en sont sortis début 2002.
Si on suit le même timing, cela fait début 2013 (année de fin du fonds européen)... Difficile de faire des prédictions, mais cela me semble un horizon de temps assez probable. Mais plus tôt ils sortiront, la moins brutale sera la sortie.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 17.05.2011
Mais oui! l'Europe va bien! 22 millions de chômeurs,80 millions de pauvres, développement du travail précaire, apparition de travailleurs pauvres, stagnation des salaires et du pouvoir d’achat, creusement des inégalités de revenus, surendettements publics et privés.
Écrit par : Ribes Gilbert | 18.05.2011
The left has been in power 15 years over the past thirty years. Draw so.
Écrit par : strategy games | 24.05.2011
On devient plus riche, quand on se declare en faillite, la grece n ajamais ete en faillite, la grece a organise sa faillite pour se detacher de L europe, apres une comparaisons entre etre europeen ou independant sur le model turk, appuye par des offres alechante de l outre atlantique et de l asie.
Bien a vous de croire a la faillite Greque, je pense que d autres pays fondateur de l europe reste ignorant.
Écrit par : blonde | 15.10.2011
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