20.05.2011
Crise grecque : 4 raisons et 1 solution
Alors que les instances européennes et mondiales se penchent sur le cas de la Grèce pour trouver une solution à une situation que le précédent plan « de soutien » n’a fait que détériorer, il est bon d’essayer de prendre un peu de recul sur les raisons de la crise avant d’étudier les solutions.
Pourquoi la Grèce est en crise ?
La Grèce est en crise aujourd’hui parce que l’Etat a accumulé des dettes tellement importantes que les marchés refusent aujourd’hui de les financer à des taux raisonnables. Bien sûr, l’Etat Grec porte une lourde part de responsabilité puisque non seulement il a emprunté plus que de raisons, mais qu’en plus, il a camouflé l’état véritable de ses comptes en les trafiquant.
Mais il serait trop simple d’en rester là. Goldman Sachs porte également une part de responsabilité en ayant aidé le gouvernement précédent à cacher l’état de la situation. Ensuite, il faut se demander pourquoi le pays s’est autant endetté. Et là encore, on peut trouver une part de responsabilité dans les marchés financiers qui ont accordé à la Grèce des taux comparables aux taux allemands.
S’ils avaient bien fait leur travail et distingué les taux des obligations des Etats européens, la Grèce aurait été contrainte de moins emprunter. Elle aurait ainsi abordé la crise de 2009 dans un meilleur état. En outre, il faut bien reconnaître que c’est une crise financière extérieure au pays et causée par des marchés irresponsables et exubérants qui a lourdement accentué les problèmes…
Enfin, la quatrième cause de la crise grecque est le déséquilibre des comptes extérieurs du pays. La Grèce accumule des déficits commerciaux depuis dix ans. En fait le pays achète trop de produits à l’étranger par rapport à ce qu’il parvient à exporter, entre autre à cause d’un euro trop cher en dehors d’Europe, et qui lui interdit de dévaluer au sein de la zone euro.
La seule issue possible est argentine
Et cette quatrième cause est fondamentale. En effet, supposons que la dette grecque soit lourdement restructurée et que les pays européens s’engagent à la financer tout en organisant des transferts plus importants. Passons sur le fait que cette solution, défendue par les fédéralistes, est irréaliste puisque l’Allemagne, principal bailleur de fonds de l’Europe, la refuse…
Mais une telle issue ne serait pas durable. Certes, cela améliorerait la situation de la Grèce. Mais la compétitivité du pays ne serait pas restaurée pour autant et il conserverait des coûts décalés par rapport à sa productivité. Du coup, ce ne serait qu’un nouveau moyen de financer ses énormes déficits commerciaux. Cela reviendrait à remplir une baignoire sans bonde…
Bref, un tel plan ne ferait rien pour relancer la croissance du pays et faire baisser le chômage. C’est exactement ce que faisait l’Argentine de 1998 à 2001 en maintenant le lien entre le peso et le dollar, s’imposant déjà des plans d’austérité sauvages sous l’égide du FMI. Ces plans sont comme des saignées qui affaiblissent le pays et retarde la résolution du problème.
La Grèce a besoin d’une double solution : non seulement une restructuration de sa dette (que l’Europe peine à lui accorder) et une amélioration rapide de sa compétitivité prix pour rééquilibrer rapidement ses échanges, quitte à restreindre ses importations. La dévaluation est absolument essentielle pour permettre au pays de retrouver une croissance que les plans actuels détruisent.
C’est pourquoi la seule solution durable possible est une sortie de l’euro. Toutes les autres solutions ne sont que de simples expédients qui ne font que retarder le problème, en le faisant grossir, en transférant les risques des établissements financiers sur les Etats, et en provoquant une immense régression sociale dans le pays, pour rien. L’euro fait partie du problème, pas de la solution.
L’Europe impose aujourd’hui une terrible régression sociale à la Grèce pour sauver l’euro. Mais Athènes montre à tous les effets pervers de cette aventure monétaire artificielle. Les plans européens ne font que repousser l’issue, la sortie de la Grèce de l’euro. La seule question et de savoir quand.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : grèce, athènes, euro, fmi, argentine, goldman sachs




Commentaires
Et comment la Grèce fera pour payer sa dette libellée en euro après sortie de l'euro et dévaluation? Et comment elle fera pour payer ses importations en monnaie locale dévaluée?
Écrit par : Via | 20.05.2011
@ Via
De toutes les façons, la Grèce doit restructurer sa dette : elle la convertira en drachme. Il n'y a plus grand monde qui ne reconnaît plus cela. Et ils importeront moins dans un premier temps avant que la reprise des exportations ne leur permettent d'importer plus.
De toutes les façons, la situation actuelle est intenable : le pays s'enfonce sans espoir de s'en sortir. Il faut relancer l'économie et la seule solution est la dévaluation, interdite par l'euro à date. Nous sommes exactement dans la situation de l'Argentine qui refusait de dévaluer par rapport au dollar.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.05.2011
En gros, vous sous-entendez que l'Euro se terminera quand les Grecs en auront assez?
Écrit par : Jardidi | 20.05.2011
@Via
A mon avis, la dette (grecque, mais aussi la française) est libellée en monnaie nationale (l'euro). Il ne s'agit pas de dettes en monnaies étrangères.
Au moment où 1 pays quitte sa monnaie, sa nouvelle monnaie est l'exacte équivalent nominal (qu'il y ait dévaluation ensuite est un autre problème, un "risque" d'investissement). La dette est donc transférée dans la nouvelle monnaie; nous avons eu l'exemple lors du passage de la dette française libellée en francs et qui a seulement été convertie en euros .. les zinzins n'ont pas demandé à être remboursés en francs, ni être remboursés en francs avant le basculement.
Écrit par : A-J Holbecq | 20.05.2011
@Via
La Grèce convertira un € en un €drachme. Et elle remboursera en €drachmes, dévalués très vite de 50%. Tant pis pour les prêteurs, ils n'avaient qu'à faire attention.
La Grèce s'interdira alors, sauf à taux très élevés, l'accès au marché de la dette publique pour quelques années. Si l'Etat a besoin de se financer, il lancera des emprunts publics obligatoires peu rémunérés et/ou augmentera les impôts, de diverses manières, et notamment par l'instauration de taxes sur le foncier, histoire de récupérer ce qui a été perdu. Les grecs paieront ainsi. Ils paieront aussi par une parité de pouvoir d'achat fortement dégradée, au moins le temps (quelques années) d'un redressement de l'économie qui amènera à une réappréciation graduelle de l'€drachme. Diminution drastique de certains achats inutiles, diminution quantitative de certains achats contraints devenus plus chers. Dans nos sociétés développées, il y a QUANTITE d'importations dont nous pourrions nous passer:
- l'excédent d'hydrocarbures qui sert à des déplacements inutiles, la nouvelle voiture,
- l'achat d'armements (dans le cas précis de la Grèce en tout cas. Par ex. la FAé grecque est aussi puissante que notre Armée de l'air. Or elle importe tout de France, Allemagne, USA),
- informatique/portables (un gouffre d'importations pour une utilité devenue très marginale pour la productivité)...
- 14ème garde robe H&M ou troisième étagère Ikéa en 6 ans...
Mais au moins, avec cette monnaie dévaluée, les touristes reviendraient, ils dépenseraient bien plus, la Grèce exporterait un peu (il est évident que sa structure productive est structurellement, faiblarde), la productivité des transferts budgétaires serait supérieure (ex: si les dépenses sont utilisées pour des travaux à fort contenu de main d'oeuvre comme la réhabilitation des vieux logements et sites historiques...).
Tout cela peut se concevoir dans un cadre européen souple et adapté, articulé autour du contrôle des mouvements de capitaux (qui suppose de revoir l'art. 56 du traité de Lisbonne), de réévaluations progressives des parités monétaires sur la base des balances des transactions courantes... et éviter ainsi une surréaction lors de la dévaluation à venir.
Cette solution sera difficile, exigeante, pour les grecs. Il faudra des décennies pour reconstruire une économie grecque plus solide, mais rendant à ce peuple sa responsabilité, sa dignité, sa liberté.
L'Europe et les grecs ont le choix: (s'auto)infliger l'endettement sans fin, la régression économique et sociale, le désespoir, et, au final, l'effondrement; ou le partage du coût direct et indirect d'un défaut partiel entre prêteurs d'un côté, Etat et peuple grecs de l'autre, avec une baisse de pouvoir d'achat, mais de nouvelles perspectives économiques, et l'espoir. Contrairement à ce qui est dit, c'est de ce côté qu'est la responsabilité, car à court terme c'est la solution la plus douloureuse.
Bien d'autres pays ou régions bénéficieraient d'un tel traitement: Portugal, Espagne, Mezzogiorno italien, Wallonie... et France.
Il serait tellement plus sage d'en débattre entre européens adultes, plutôt que de vouloir sauver à tout prix, à tout prix! une monnaie unique qui écrase les sociétés les moins performantes.
Écrit par : Géry | 20.05.2011
@Géry
Excellent argumentaire... je le sauvegarde
Écrit par : A-J Holbecq | 20.05.2011
@ Géry
Même commentaire qu'André-Jacques : très bonne synthèse.
@ A-J
Je suis d'accord
@ Jardidi
Il est fort possible que la fin de l'euro commence à Athènes.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.05.2011
merci... à force de vous lire... Le sentiment inspire, ainsi que la raison, des approches sensibles au sens commun... Il faut faire évoluer l'argumentaire vers la monnaie commune, le seul discours sur la sortie de l'Euro est direct mais trop fragile, tant sur le fond qu'en termes de com' et de "positionnement" électoral. Je pense qu'il est encore possible d'aller en ce sens sans donner l'impression de se dédire complètement, non?
Écrit par : Géry | 20.05.2011
Les dirigeants de l'UE ne peuvent envisager d'autres solutions à la crise grecque parce qu'ils ne lisent que ce qui confortent leur opinion et que si tel n'est pas le cas ils savent qu' àprès la Grèce il y a l'Irlande, le Portugal et en attendant l'Espagne.
Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre. La cécité volontaire!
Écrit par : cording | 20.05.2011
Géry écrit // " Il faut faire évoluer l'argumentaire vers la monnaie commune, le seul discours sur la sortie de l'Euro est direct mais trop fragile, tant sur le fond qu'en termes de com' et de "positionnement" électoral. "//
C'est tout à fait mon sentiment... décidément, nous sommes en phase!
Je rajoute qu'il est aussi un moyen de se démarquer de MLP.
Parlons donc de changer l'euro monnaie unique pour un euro monnaie commune (que je propose de renommer ECU) , en laissant une chance de quelques mois aux pays qui le souhaitent de nous rejoindre sur cette option.
Écrit par : A-J Holbecq | 20.05.2011
@Géry Je viens bien admettre ces arguments (qui sont tout à fait justes) mais ça reste très fragile... c'est gentil de dire qu'on a pas besoin de 7 étagères IKEA et du plus gros budget militaire de l'OTAN (en plus c'est vrai), mais en attendant le pouvoir d'achat grec va brutalement et certainement se dégrader à court-terme (reconnaissez-le) tandis que les exportations, non seulement c'est à long-terme, mais en plus ce n'est pas certain (il ne suffit pas de vendre moins cher pour vendre, il faudrait étudier la structure productive de la Grèce, si, comme je l'imagine, son industrie est laminée, vendre moins cher ne va pas multiplier ses exports par 20 (il faut aussi fournir de la qualité, entre autres, cf. L'Allemagne).
Et puis c'est gentil aussi de dire "tant pis pour les prêteurs" mais qui voudra prêter encore à la Grèce après ça? Comme vous dites, la Grèce devra se passer des marchés... pas évident, finalement la cure du FMI sera quand même en partie nécessaire.
Après c'est sûr que la dette doit être restructurée (ce qui relève du politique) et qu'il y a d'autres options entre euro et sortir de l'euro (disons d'autres schémas plus nuancés) mais la plupart de ceux que j'ai vu sont surtout d'habiles mais très fragiles constructions intellectuelles... parfaitement théorique.
Écrit par : Via | 21.05.2011
@Via
" et qu'il y a d'autres options entre euro et sortir de l'euro (disons d'autres schémas plus nuancés)"
D'après vous lesquels que nous ne connaitrions pas ?
Pourquoi "fragiles" s'il s'agit par exemple des propositions de DLR?
Puis je vous suggérer la lecture du livre de Jacques Nikonoff "Sortons de l'euro !"
Écrit par : A-J Holbecq | 22.05.2011
@ Via
Oui, mais le maintien dans l'euro est totalement intenable. Je n'ai jamais vu de démonstration solide de ce qui pourrait être fait avec la monnaie unique.
Bien sûr que la situation ne serait pas évidente pour la Grèce, comme le souligne justement Géry. Cependant, nous avons un cas récent très intéressant et proche : l'Argentine. Bien sûr, la fin du peg entre le peso et le dollar a dans un premier temps aggravé la crise, mais après, le pays est reparti sur de très bonnes bases, la croissance est repartie, le chômage et la pauvreté ont baissé. Or, je ne vois aucune solution possible avec le maintien de la monnaie unique.
@ Géry,
Je pense qu'il faut une position intermédiaire : bien souligner que nous sommes pour une transformation de la monnaie unique en monnaie commune, mais sans abandonner le fait que nous sommes favorables à un retour aux monnaies nationales. L'histoire s'apprête à nous donner raison, il serait dommage de laisser ce créneau à MLP.
Il y a des différences entre eux et nous : par exemple, l'étalon-or.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 22.05.2011
@Laurent
J'ai cherché l'étalon-or du FN . La seule occurrence que j'ai trouvé est dans " Comment sortir de l’euro ? Les 12 étapes essentielles"
// 12. Un an après la sortie de l’euro, le ministère des Souverainetés publie un premier bilan de l’impact de cette décision sur l’économie française, son industrie, son commerce, le pouvoir d’achat et l’emploi. Le cas échéant et en fonction de l’évolution future du SMI, le Franc pourrait être adossé ultérieurement à un étalon monétaire polymétallique constitué d’un panier de monnaies et de métaux précieux (Or, argent platine, platinum..).//
C'est vraiment du "conditionnel"... en tout cas ça n'apparait nulle part dans le programme économique d'avril 2011
Écrit par : A-J Holbecq | 22.05.2011
@ A-J
Dans le document d'avril, ils mettent un lien vers les "12 étapes" qui parle des métaux précieux. MLP en avait également parlé à la télévision.
En outre, ils ne convertissent pas la dette, affirmant que cela ne ferait que 200 milliards de plus à payer...
Écrit par : Laurent Pinsolle | 22.05.2011
"En outre, ils ne convertissent pas la dette, affirmant que cela ne ferait que 200 milliards de plus à payer..."
.. Sapir non plus d'après ce que j'en ai compris, mais ne serai ce pas "politique" pour éviter d'affoler les investisseurs et de rendre sa campagne encore plus difficile ?
Écrit par : A-J Holbecq | 22.05.2011
La monnaie européenne commune et non unique est la
solution raisonnable, avec rétablissement des monnaies
nationales à l'intérieur de chaque pays, mais cette fois non
convertibles à l'extérieur, et avec un contrôle des
mouvements de capitaux.
Le franc ne serait donc pas directement convertible en une
autre monnaie européenne (le mark par exemple) il ne
pourrait sortir de France, et donc, ne pourrait être utilisé à
l'étranger. Il ne servirait qu'aux transactions à l'intérieur du
pays. Il serait par contre convertible en euros, monnaie
commune européenne, selon un taux de change fixé par
l'Etat, pour les opérations extérieures.
Ainsi, chaque monnaie nationale fluctuerait en fonction de
son économie par rapport à l'euro, qui lui, serait convertible
par rapport aux autres monnaies (dollar, yen, ....). Nous
aurions ainsi les avantages du bouclier de l'euro vis-à-vis de
la spéculation (les monnaies nationales n'étant plus
convertibles) ainsi que la souplesse nécessaire d'une
politique de change intra et extra européenne adaptée aux
différentes économies, sans les inconvénients de l'actuelle
monnaie unique. De plus, l'euro resterait la monnaie
européenne, seule convertible, et maintiendrait son rôle de
contre poids face au dollar et au yen...
Écrit par : LUCIDE | 22.05.2011
La monnaie est une marchandise inventée pour aider les gens, en facilitant les transactions entre eux. Ce n’est pas une richesse en elle-même. La richesse, ce sont les ressources naturelles, l’eau, la nourriture, le territoire, l’éducation, les talents, l’esprit, l’ingénierie, l’art. À ce titre, le peuple grec n’est pas plus pauvre qu’il ne l’était il y a deux ans. De même que le peuple espagnol, irlandais ou britannique ne sont pas plus pauvres.
Écrit par : chasey | 29.06.2011
MAIS NON PAS D'AFFOLEMENT !!!
C'est précisément grâce aux Grecs que l'Europe sortira de la Crise !
C'est simple le peuple grec va crever par la faute de leurs gouvernants et surtout des Banques !
Donc leur derniers sous va servir a acquérir des armes , puis la révolution ! Comme en FRANCE ! Vous savez 1789 / 1794 !
Puis les banquiers et politiques seront pendus aux lanternes !!! puis comme c'est l'Europe les autres dirigeants vont soit se décider à tirer les oreilles aux banques soit s'échapper très loin pour ne pas subir le même sort !!! Voila la crise va se régler !
Écrit par : VERDU | 02.11.2011
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