22.05.2011

La France, bonnet d’âne de la réforme de la finance

On allait voir ce que l’on allait voir. A l’automne 2008, Nicolas Sarkozy s’était fait le plus ardent défenseur d’une « moralisation du capitalisme ». Il n’avait pas de mots trop durs pour dénoncer les excès de la finance. Comme d’habitude, les actes sont loin d’avoir suivi les paroles.

Des volontés de réforme émergent

C’est bien tout le paradoxe de la situation actuelle que de constater qu’une réforme de la finance est bien en cours. Bien sûr, au global, elle ne sera pas trop méchante pour les banques, mais beaucoup de pays et d’instances avancent. Le premier est le comité Bâle 2, qui après avoir autorisé les banques à faire n’importe quoi, a décidé d’augmenter les normes prudentielles (la quantité de capital que les banques doivent détenir) pour rendre le système plus solide.

Globalement, malgré quelques protestations arguant d’un effet négatif sur la croissance, ces réformes restent suffisamment timides pour que de nombreux pays y ajoutent leurs propres règles, plus sévères que Bâle 3. Et surprise, la Suisse et la Grande-Bretagne devaient mettre en place des normes prudentielles nettement plus sévères, demandant jusqu’à 40% de capital de plus. Ceci démontre l’insuffisance du travail fait par les banquiers du comité Bâle 3.

Parallèlement, la Grande-Bretagne veut isoler la partie dépôt de la partie investissement dans les banques pour isoler la première de la seconde. L’Allemagne a décidé d’interdire certaines pratiques spéculatives, sans être suivie en Europe. Mais surtout, les pays émergents ont des règles beaucoup plus strictes. Certains (comme la Chine), refusent toujours la liberté de circulation des capitaux. L’Inde limite très fortement les produits dérivés de sinistre mémoire.

La France au point mort

C’est tout le paradoxe du dernier dossier de The Economist que de constater, comme je le dis depuis des mois, que la France n’a absolument pas contribué à la réflexion mondiale sur la réglementation financière suite à la grave crise que nous avons traversée. En effet, étant données les déclarations de Nicolas Sarkozy, et notre présidence actuelle du G20 et du G8, nous aurions du être le pays en pointe dans la réglementation financière qui se met en place.

Las, ce sujet ne semble pas intéresser notre gouvernement et notre ministre de l’économie (qui pourrait pourtant prendre la tête du FMI). Jamais Nicolas Sarkozy et son équipe n’ont avancé la moindre réflexion solide ou proposition concrète pour faire évoluer les choses. Les discours sont aussi vibrants et tranchants que les propositions vides. Le grand écart, ou plutôt, l’immense écart entre les paroles et les gestes du président se trouve une nouvelle fois illustré.

C’est bien pour cela que ce serait extrêmement dommage de laisser Christine Lagarde prendre la tête du FMI. Par delà les problèmes posés par l’affaire Bernard Tapie (soulevée par Hervé Nathan ou Nicolas Dupont-Aignan), notre ministre de l’économie s’est tout de même distinguée par une incapacité notoire à faire la moindre proposition pour tirer les leçons de la crise. Il est à craindre que ce « laissez-faire » soit finalement mis à son crédit pour une telle nomination.

L’an prochain, nous aurons à nous souvenir des discours vibrants faits par le président de la République pour dénoncer ce système économique injuste et instable. Et nous devrons aussi nous rappeler qu’il n’a strictement rien fait pour y remédier

Commentaires

Rien de surprenant dans ce que vous dites, cependant nous sommes en train de changer d'époque que même les Obama et Merkel ne sont capables d'envisager guère autre chose que ce qui est. La crise financière et celle de l'euro vont produire des effets qu'il est impossible de savoir quand donc la meilleure chose à faire c'est comme le propose Jacques Sapir d'organiser la démondialisation et une sortie coordonnée de l'euro dont vous avez bien rendu compte comme Bertrand Renouvin sur son blog.
Nous n'allons pas tarder à savoir ce qu'Arnaud Montebourg va faire de cette idée.

Écrit par : cording | 22.05.2011

@ Cording

Complètement d'accord, nous sommes en train de changer d'époque. Les manifestations en Grèce ou en Espagne le montrent. Une nouvelle crise guette, quand la Grèce décidera de quitter cette zone euro qui ne lui apporte que régression sociale et désolation économique.

Montebourg ? Même s'il a repris le discours de JPC, je m'en méfie. Je vois beaucoup chez lui une posture, un ego surdimensionné. Il prendra un ministère sous François Hollande... Mais il participe à la popularisation de nos idées.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 22.05.2011

répétition n°484568
La casi totalité des gouvernements endettés ne feront aucune réforme sérieuse pour la bonne et simple raison que toute réforme sérieuse suppose des taux d’intérêts plus élevé. En banque comme ailleurs, la sécurité coute cher. Il seront donc beaucoup plus intéresser à la détruire pour se financer moins cher.


Ta confiance excessive dans l'Etat empêche toute saine méfiance concernant les réglementations de ce genre. Elles ont été faites comme tant de fois dans l'histoire pour permettre au gouvernement de se financer en refourguant prioritairement sa camelote obligataires sous couvert de "protection" du public ou pour accorder des privilèges n'importe quel autre prétexte .


@laurent:"Il est à craindre que ce « laissez-faire » soit finalement mis à son crédit pour une telle nomination."

On pourra parler de laissez-faire quand un dirigeant-entrepreneur-actionnaire sera responsable sur ses biens propres. Il n'y a pas de liberté sans responsabilité.

Aujourd'hui le seul """laissez-faire""", c'est celui des politiciens à faire tout et n'importe quoi.

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PAS DE BANQUE CENTRALE, ni Française, ni Européenne, ni mondiale, ni privée, ni publique. Pas de dette d'une banque privée sans responsabilité personnelle des actionnaires et pas de banque publique.
LA LIBERTÉ MONÉTAIRE !

Écrit par : Alf | 22.05.2011

A propos de popularisation de nos idées..

Même si le personnage m'énerve (sans doute à cause de ses attaques - et de celles de ses "lieutenants" - très injustifiées envers NDA), je propose de visionner, et je sais que 3 heures c'est long, une vidéo explicative de François Asselineau réalisée récemment à Perpignan " http://www.dailymotion.com/video/xill5a " , "les 10 raisons de quitter l'UE"

Comme l'écrit Etienne Chouard //" Sa démonstration est magistrale : on y trouve à chaque minute un nouvel argument décisif pour sortir au plus vite de l'Union européenne, preuves accablantes à l'appui.

Même si vous êtes déjà très impliqué politiquement, vous allez apprendre de nombreux FAITS importants dans cette conférence.

Ce sont trois heures essentielles (ne lâchez pas prise, tout est important, tout du long), à faire connaître autour de vous."//

Écrit par : A-J Holbecq | 22.05.2011

Franchement, je me demande qui était le conseilleur pour n'appliquer Bale III qu'en 2018 ?

L'effet politique est désastreux, certes. Mais la France est un pays d'épargne, comment va t-on convaincre les francais de ne pas mettre leur argent dans les banques suisses forcément plus sures que les banques françaises depuis janvier 2011. Après la dé-industrialisation, on risque la fuite des capitaux.

La seule explication raisonnable que j'ai trouvé réside dans l'outrecuidance des banquiers français qui sont tellement persuadés que l'accident n'est tout simplement pas possible. Un peu comme dans le nucléaire. Peut-être que tout ceci n'est finalement qu'une histoire de formation intellectuelle initiale.

Écrit par : noeuddechaise | 23.05.2011

@noeuddechaise : "Mais la France est un pays d'épargne, comment va t-on convaincre les francais de ne pas mettre leur argent dans les banques suisses forcément plus sures que les banques françaises depuis janvier 2011."

Sauf les 2 moutons noirs, crédit-suisse et UBS.

Écrit par : Alf | 23.05.2011

@Alf
Il faut déclarer les dépôts en Suisse ..
Si la monnaie nationale est non convertible, qu'est ce qu'ils font donc de leur argent en suisse ? (bon, chacun peut aller vivre là bas)
Et qu'on ne me réplique pas la "fuite des capitaux" .. il suffit de recréer la masse monétaire nécessaire équivalente à celle qui a fuit: il n'y aura pas de variation de la quantité de monnaie en circulation.

Écrit par : A-J Holbecq | 23.05.2011

@ Laurent
Je partage ton avis sur Montebourg, mais sait-on jamais?

Écrit par : cording | 23.05.2011

@ A-J

Sur Asselineau, je me suis déjà exprimé : il se comporte de manière extrêmement sectaire, se prend pour la 8ème merveille du monde et pollue imbécilement son discours de référence à un complot imaginaire. En outre, électoralement, il ne pèse rien. Aucun intérêt. D'autres (JPC, Séguin...) ont critiqué l'Europe aussi bien que lui avant lui.

Un bon contrôle des capitaux suffira.

@ Noeuddechaise

Très juste : du coup, les marchés demandent aux banques de respecter les nouveaux critères dès maintenant.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 23.05.2011

Là, Laurent, il me semble que tu me fais dire ce que je n'ai pas dit.

Je dis seulement que cette conférence est très bien faite et que "les 10 raisons de quitter l'UE" qu'il avance sont très bien argumentées.
A part cela, comme toi, je considère le personnage de F.A. comme assez prétentieux (pour ne pas dire plus) et son comportement - ainsi que celui de certains des adhérents de l'UPR - très désagréable.

Je ne veux pas utiliser ce terme de "sectaire" dont la signification, qui renvoi à "secte", est très dangereuse, car on ( je pense à Vivien / Governatori ) peut à ce moment là classer comme secte ( http://www.info-sectes.org/pages/sectes.htm ) tout rassemblement dont la philosophie ou l'argumentation ne corresponds pas à "la pensée unique" ou au "politiquement correct"... donc méfiance avec ce mot.

Écrit par : A-J Holbecq | 23.05.2011

@ A-J

Je n'ai pas dit que tu as dit le contraire mais je voulais bien exprimer clairement mon opinion sur le bonhomme. Sur le terme "sectaire", je l'emploie uniquement pour qualifier son comportement, nuance importante. Naturellement, ce n'est pas une secte, mais on peut déceler à l'UPR des comportements assez sectaires.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 24.05.2011

@A-J Holbecq

quel rapport entre votre remarque et mon com ?

Écrit par : Alf | 24.05.2011

@Alf
Désolé, je n'avais pas vu que la citation était de "noeuddechaise".. c'est donc à lui que s'adresse mon commentaire

Écrit par : A-J Holbecq | 24.05.2011

La France est la championne des cachoteries financières.
Ces particularités financières troubles sont très difficiles à détecter car elles s'appuient sur des textes de lois, arrêtés, Décret etc.. divers et variées dont un article complète ou modifie l'autre.
Il est donc quasiment impossible de comprendre la finalité de certains texte.
Prenons la LME et l'article 150 : à priori ça ne dis rien.
En cherchant on verra qu'il modifie profondément le contrôle de l'organisation bancaire crédit Mutuel.
Mais à première vue ça ne change pas grand chose à ce qui existe et on a l'impression que cet article ne sert à rien.
Or c'est sans oublier qu'une région française couverte par les départements du 57, 67 et 68 est encore soumises à un droit local français spécial.
Ce droit local appelé Alsacien Mosellan à une particularité dans le contrôle des caisses, depuis 1958 le banquier est son propre contrôleur "indépendant".
Par l'art 150 il est totalement libéré d'un contrôle externe réalisé par les services de l'Etat..(IGF)

Écrit par : tchampa | 28.05.2011

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