Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/07/2011

Le Capes et la grande régression de l’éducation nationale

Le Monde du 15 juillet est revenu sur les résultats dramatiques du Capes 2011. Un nouveau signe du désarroi général de l’éducation nationale en France, ainsi qu’une menace majeure pour le niveau de l’enseignement dans les décennies à venir.

La grande désaffection du Capes

Les chiffres rapportés par le Monde font froid dans le dos. En 1997, il y avait plus de quinze mille candidats aux Capes de mathématiques et lettres modernes pour plus de deux mille cinq cent postes, ce qui assurait une forte sélectivité pour ce concours et donc un niveau élevé pour les professeurs. En 2011, 2800 candidats se sont présentés (une baisse de plus de 80% en 14 ans), pour 1750 postes. Du coup, il n’y a eu qu’un peu plus de 1200 postes pourvus.

La crise des vocations est spectaculaire et extrêmement inquiétante. Une vision optimiste des choses consisterait à dire que seuls les plus motivés continuent à se présenter, garantissant un maintien du niveau. Mais il ne faut malheureusement pas être naïf : la baisse de plus de 80% des candidats au Capes depuis 14 ans est doublement inquiétante. Tout d’abord, cela révèle que les inconvénients du métier apparaissent plus importants que les avantages, pourtant non négligeables.

Ensuite, se pose clairement la question de la sélection des enseignants des prochaines décennies. Le niveau des professeurs est un paramètre fondamental pour le succès d’un système éducatif, comme le soulignent de nombreuses études internationales. C’est pourquoi il est particulièrement inquiétant de voir baisser aussi radicalement la sélectivité du Capes. Nous pourrions bien payer pendant quarante ans le fait de n’avoir pas su traiter cette crise aigüe des vocations.

Des professeurs abandonnés

Comme le souligne Jean-Paul Brighelli, il s’agit d’un « indice de la faillite de notre système éducatif » dont les racines remontent malheureusement à des décennies avec un refus de la sélection qui aboutit à un abaissement généralisé du niveau, comme l’illustre tristement la cuvée 2011 du baccalauréat qui a vu un nouveau record dans le taux d’admission, avec 86% et même plus de 89% pour la filière S marquée à jamais par la gestion calamiteuse d’une fuite par le gouvernement.

Plus globalement, il est urgent d’améliorer les conditions de travail des professeurs. Car ce beau métier, essentiel pour l’avenir de la nation, est aujourd’hui boudé par une génération pour qui les vacances, la stabilité de l’emploi et le prestige sont aujourd’hui plus que contrebalancés par la démission de l’école devant la dureté des élèves, le rythme de travail, plus éprouvant qu’on veut le croire, les problèmes de reconnaissance et le sentiment d’être abandonné par l’Etat.

A ce titre, le mandat de Nicolas Sarkozy aura encore aggravé la situation sans rien résoudre. La réduction des effectifs accroît encore la tension dans les établissements, d’autant plus que toutes les réformes du gouvernement semblent dictées par des purs objectifs comptables, quels que soient les conséquences pour les professeurs, accentuant encore la crise des vocations. C’est pourquoi il est urgent de remettre dans les priorités absolues la réforme de l’éducation nationale.

Ici aussi, le bilan du mandat de Nicolas Sarkozy est très mauvais, comme l’indique clairement l’effondrement du nombre de candidats au Capes. S’il n’est pas le seul responsable, loin de là, il n’a pas su redresser la situation. Pire, il l’a encore aggravée.

Commentaires

La baisse du nombre de candidats 2011 vient aussi du fait qu'il fallait justifier posséder un bac+5 (ou l'obtenir en juin 2011) pour se présenter suite à la réforme dite de "mastérisation" alors qu'avant il suffisait d'une licence (bac+3).
Peut-être que certains candidats putatifs ont préféré négocier leur master sur le marché du travail privé (notamment dans les matières scientifiques) plutôt que se risquer dans un métier de plus en plus déconsidéré (et mal payé).
Peut-être aussi que certains autres ont été découragés par la nécessité de devoir faire 2 années d'études supplémentaires sans rémunération (la réforme permettant d'économiser l'année de stage où les lauréats du Capes étaient payés pour étudier tout en assumant 6h seulement de cours au lieu de 18h).

Alors tant mieux pour les candidats 2011 et ceux qui viennent de s'inscrire pour 2012, ils auront plus de chances d'être reçus ! Cette réforme mal fichue et aux résultats plus que mitigés aura au moins cet avantage... et cela fera peut-être réfléchir l'E.N. sur la nécessité de réformer la réforme !

Écrit par : Claribelle | 19/07/2011

@ Claribelle

Merci pour les compléments d'information. Mais ce qui est intéressant, c'est aussi de voir que le nombre de candidats baisse de manière continue depuis 1997...

Écrit par : Laurent Pinsolle | 19/07/2011

C'est ce qui explique aussi le succès grandissant des écoles indépendantes.

http://creer-son-ecole.com/index.php?page=17

Si on peut comprendre la motivation des parents, c'est, à terme, un échec du creuset républicain qu'est l'école normalement. On devrait se retrouver avec un modèle à l'américaine avec d'un côté une école et des universités publiques - car la majorité des universités sont publiques aux États-unis - qui font la majorité du boulot mais qui sont sous-considérées et de l'autre des établissements privés pour une élite argentée. Ce que Todd dit là-dessus, est assez juste quand on regarde cette évolution et l'union européenne n'aide pas, notamment au niveau des universités. Une université comme celle de Villetaneuse craint d'être cantonné dans un rôle secondaire d'université de banlieue parce que l'ue, assez logiquement vu son profil idéologique, préfère les grands pôles prestigieux plutôt qu'une formation de qualité pour tous et les financements s'en ressentent.

Quant à réformer la réforme, je crois que l'EN ne fait que ça depuis 30 ans et les profs en ont ras-le-bol !

Écrit par : Ovide | 19/07/2011

Tout à fait d'accord avec Claribelle.

La mastérisation va tuer un peu plus la volonté des candidats. Vu le boulot demandé et les problèmes que rencontrent les enseignants, les salaires proposés me semblent assez faibles. Et ce d'autant plus qu'il faut maintenant un bac+5.

S'agissant de la baisse continue du nombre de candidats, cela n'a rien d’étonnant pour moi. En effet, être prof aujourd'hui n'est pas une sinécure : la profession est dévalorisée, la hiérarchie est aux abonnés absents, les moyens manques, le niveau baisse, la violence augmente ...

Écrit par : Tomgu | 19/07/2011

@ Ovide

Extrêmement juste. Il y a un abandon de l'éducation par l'Etat.

Point juste également sur le terme "réforme". Il faudrait peut-être davantage parler d'une remise à plat.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 19/07/2011

@LP,

La remise à plat doit passer par un bilan aux fins de tirer au clair les responsabilités de chacun dans le désastre. Il serait trop facile qu'une génération qui s'est servie sur la bête en se prononçant pour un recul de toute forme d'autorité et un apprentissage façon pédagogo, s'en sorte de cette manière. Tout comme Monsieur Murdoch en GB, que l'on mette en place une commission parlementaire pour de faire le point sur 40 années de pédagogisme et de terrorisme intellectuel ; et que l'on ne nous explique pas - un minimum de décence svp - que c'est la faute à "pas de chance". Ces messieurs et dames du "référentiel bondissant" ont mis des mesures concrètes en place, ont instillé un certain esprit au sein de l'école, sacrifiant au passage un certain nombre d'élèves, dès lors, qu'ils rendent des comptes à la nation !!! 40 années de morgue, de mépris et de leçons ; maintenant, on passe à la caisse chers amis !!! Ah ils savaient ce qu'il fallait faire, ils avaient tout compris bien avant tout le monde : voyez le résultat ; après eux, le déluge !!!

Écrit par : Terence | 19/07/2011

Tout à fait d'accord avec votre diagnostic de base, Laurent. Mais pour le reste pas à moi, hein !

L'Education Nationale est l'un des derniers, en tout cas le principal bastion du soixante-huitardisme, et il ya plus de quarante ans que j'entends ces moins que rien, soutenus par les associations de parents d'élèves aussi incroyable que cela puisse paraître, répéter que "l'école n'est pas un lieu pour apprendre mais pour s'épanouir". Généraliser intégralement serait injuste, je l'admets, mais quand même.

Une anecdote personnelle : en 1998 ma fille aînée a été la plus jeune lauréate du CAPES d'anglais en Ile-de-France ; non seulement cela, mais elle a décroché son CAPES du premier coup. A la fin de sa première année scolaire elle donnait sa démission de l'Education Nationale, avec une lettre à l'Inspecteur expliquant que l'idée de faire toute sa carrière avec des nullités comme ses collègues lui était intolérable.

Cela dit je ne conteste pas qu'il existe des enseignants profondément dévoués à leur métier, mais à mon avis et de l'avis de beaucoup de monde, il s'agit d'une infime minorité.

Et puis qu'on ne m'écrive pas pour geindre ou me traîter de tous les noms ! Qu'on se demande plutôt POURQUOI j'ai une pareille idée de l'Education Nationale...

Désolé pour ce coup de g....

Écrit par : Sancelrien | 19/07/2011

Il faudrait commencer par mettre au clair ce qui est attendu de l'éducation ! le pédagogisme n'est qu'une forme de compassionalisme : on se désole des effets sans toucher aux causes, on soigne les "victimes" sans songer à corriger ce qui en fait des victimes. Depuis les années 70 on a présenté l'école comme un outil de sélection et prétendu corriger la hiérarchie sociale en réduisant l'inégalité des résultats scolaires, c'est-à-dire en cassant le thermomètre.
Du coup l'école ne doit servir qu'à dispenser un service éducatif (permettre à chacun de s'épanouir et de maîtriser quelques codes indispensables) et une formation professionnelle, le chômage étant réduit à un manque de formation.
Si on en reste à ces présupposés, les réformes ne pourront qu'approfondir encore le malaise actuel et, accessoirement, déqualifier les profs.

Si l'on en revient à l'idée que l'école doit transmettre les références culturelles et les règles communes, donc avant tout construire des citoyens, et que la sélection par le savoir est nécessaire pour corriger la sélection par la naissance, alors seulement on pourra réformer l’Éducation Nationale. Le préalable à tout le reste est d'établir que l’Éducation n'est pas un produit de consommation mais le vecteur de la production de la société par elle-même, un outil politique au sens fort du terme.

Écrit par : J. Halpern | 19/07/2011

@ Claribelle

Exact. La suppression de la rémunération des
stages en IUFM a dû être un des leviers pour peser à la baisse sur les candidats au CAPES + les 2 années d'études complémentaires.
Je ne suis pas sûre qu'il s'agisse d'une crise de vocation chez les futurs enseignants attirés par cette noble profession. La vocation chevillée au corps doit, en principe, permettre de lever les obstacles mais évidemment elle doit être accompagnée par des mesures permettant de faciliter par l'accès et son maintien du niveau des enseignements publics dans l'Education Nationale, engagement de l'Etat oblige.

A priori, cette exigence de mastérisation pour valider le CAPES (qu'est ce que l'on entend par formations simultanées ) ne fait t'elle, pas, au contraire, à terme le beau jeu de l'enseignement privé par une annonce ultérieure d'équivalence participant au déclassement ou délaissement futur
du CAPES (dissuation).
Pourquoi, en effet, s'imposer deux années d'études sup. dont 1 an de stage pour accéder à l'enseignement public quand un master sera reconnu pour exercer dans le privé pour répondre dans l'urgence à la carence entretenue du de l'éducation publique.

L'exigence de validation peut aussi introduire un numérus clausus déguisé, l'Education Nationale prise en tenaille, en amont par ce que je viens d'évoquer (internats d'excellence s'appuyant sur le 'ivellement par le bas du système éducatif publc, pour rebondir sur le privé et
reprendre en main tous ces fouteurs de merde dans le cursus éducatif public, ce qui permet de justifier la création d'internats, chevaux de Troie du privé), discrimination positive (encensement et congratulations) et discrumination négative, l'école républicaine du mérite reconnue inqidieusemznt par son incapacité à remplir sa mission.
Dégonflement en aval du nombre des fonctionnaires, en périodz de crise, les économies ont le vent en poupe et
quelques recrutements de non-titularisés, si ça chauffe un peu, piur entretenir l'illusion de vouloir sauver le soldat Ryan.

Écrit par : GAIA | 19/07/2011

@ Claribelle

Exact. La suppression de la rémunération des
stages en IUFM a dû être un des leviers pour peser à la baisse sur les candidats au CAPES + les 2 années d'études complémentaires.
Je ne suis pas sûre qu'il s'agisse d'une crise de vocation chez les futurs enseignants attirés par cette noble profession. La vocation chevillée au corps doit, en principe, permettre de lever les obstacles mais évidemment elle doit être accompagnée par des mesures permettant de faciliter par l'accès et son maintien du niveau des enseignements publics dans l'Education Nationale, engagement de l'Etat oblige.

A priori, cette exigence de mastérisation pour valider le CAPES (qu'est ce que l'on entend par formations simultanées ) ne fait t'elle, pas, au contraire, à terme le beau jeu de l'enseignement privé par une annonce ultérieure d'équivalence participant au déclassement ou délaissement futur
du CAPES (dissuation).
Pourquoi, en effet, s'imposer deux années d'études sup. dont 1 an de stage pour accéder à l'enseignement public quand un master sera reconnu pour exercer dans le privé pour répondre dans l'urgence à la carence entretenue du de l'éducation publique.

L'exigence de validation peut aussi introduire un numérus clausus déguisé, l'Education Nationale prise en tenaille, en amont par ce que je viens d'évoquer (internats d'excellence s'appuyant sur le 'ivellement par le bas du système éducatif publc, pour rebondir sur le privé et
reprendre en main tous ces fouteurs de merde dans le cursus éducatif public, ce qui permet de justifier la création d'internats, chevaux de Troie du privé), discrimination positive (encensement et congratulations) et discrumination négative, l'école républicaine du mérite reconnue inqidieusemznt par son incapacité à remplir sa mission.
Dégonflement en aval du nombre des fonctionnaires, en périodz de crise, les économies ont le vent en poupe et
quelques recrutements de non-titularisés, si ça chauffe un peu, piur entretenir l'illusion de vouloir sauver le soldat Ryan.

Écrit par : GAIA | 19/07/2011

La réforme de l'éducation de l'éducation nationale est le serpent de mer depuis 1968, Edgar Faure, et tout ministre se doit d'avoir "sa réforme".
Si l'on cessait cette façon de faire l'institution ne s'en porterait pas forcément plus mal!

Écrit par : cording | 19/07/2011

@ Tomgu

D’accord.

@ Terence

D’accord également. Mais beaucoup de professeurs remettent aujourd’hui en cause les excès d’hier, comme l’avait montré la Convention Nationale sur l’éducation que nous avions organisée en avril.

@ Sancelrien

Pas d’accord, je crois que beaucoup de professeurs ont envie d’un changement tellement la situation actuelle est mauvaise. Je crois que le vent tourne contre les idées pédagogistes et libertaires. D’accord sur certaines associations, notamment de parents d’élève (j’ai débattu une fois avec eux, j’ai halluciné)

@ J.Halpern

Excellent résumé.

@ Gaia

J’ai malheureusement l’impression que c’est la direction que nous suivons dans la plupart des services publiques (santé, retraites, éducation…)

@ Cording

C’est juste, mais malheureusement, il y a beaucoup de choses à faire aujourd’hui.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 19/07/2011

@LP,

Je précise que je n'ai rien contre les professeurs, tout au contraire. Ma conception de la République s'appuie sur cette tradition française des grands commis de l'Etat et d'un fonctionnariat important - mais efficace - au service de l'intérêt commun. L'Etat en France a toujours été au coeur de la promotion sociale, et c'est encore vraie (armée, police, administration...) aujourd'hui. Beaucoup de fonctionnaires croient encore à ces valeurs, ce malgré quelques moutons noirs, souvent détachés à plein temps dans des organisations syndicales corporatistes, et restent prêts à s'investir avec opiniâtreté au service de la collectivité. Le métier de professeur n'est pas facile, c'est entendu, et beaucoup de jeunes professeurs font face, manifestement, à des situations absolument ingérables. Néanmoins, ce n'est pas l'usine et le boulon de 12 huit heures par jour. Cette précision étant apportée, je maintiens que certains individus (inspection académique ? agents du ministère ? doctrinaires en tous genres ? gourous des fausses sciences de l'éducation ? zozos dispensateurs du dogme au sein des IUFM ?) devront rendre des comptes à la nation. Il ne serait pas acceptable de passer rapidement sur les responsabilités des auteurs du désastre et des dispensateurs officiels de cette philosophie scolaire du désastre. Je suis très favorable à une administration d'Etat développée, mais je suis beaucoup plus circonspect s'agissant de la fonction publique territoriale.

Écrit par : Terence | 19/07/2011

Un bien bon article.

Je me permets de réagir aux commentaires.

Pédagogisme ou pas, tout ça n'a pas grand chose à voir avec le recul des inscriptions aux concours.

C'est surtout la dégradation des conditions de travail et la baisse des niveaux de salaire qui comptent en la matière. L'évolution va dans le mauvais sens depuis longtemps, mais Sarkozy a beaucoup fait empirer les choses autant sur le plan symbolique que sur le plan matériel.

Agir presque systématiquement comme si les enseignants étaient des ennemis déclarés pour donner satisfaction à tous ceux dont le ressentiment anti-profs est une seconde nature (plusieurs exemples dans les commentaires) est aussi un de ses fonds de commerce. Dans son dispositif démagogique élémentaire, c'est une composante qui n'est pas assez soulignée : il n'est pas seulement question de flatter l'égoïsme des nantis ou le racisme supposé du peuple de droite, mais aussi d'alimenter cette forme d'anti-intellectualisme primaire qui fait du prof un personnage-repoussoir à humilier en priorité.

PS : Quoi que travaillant dans un secteur proche, je ne suis pas prof et je tiens, moi aussi, le pédagogisme pour une aberration. Je n'ai pas non plus une estime délirante pour le corps enseignant dans son ensemble. Mais ici, comme ailleurs, quand le garant des institutions se met à jouer contre elles, aussi imparfaites soient-elles, les turbulences sont vite incontrôlables.
Former des profs (ou des médecins) cela ne s'improvise pas au dernier moment. Nous n'avons pas fini de payer les pots cassés du quinquennat du petit machin irresponsable.

Écrit par : Emmanuel B | 20/07/2011

@EmmanuelB,

"C'est surtout la dégradation des conditions de travail et la baisse des niveaux de salaire qui comptent en la matière."

Les conditions d'exercice des fonctionnaires sont une chose importante, mais cela passe après l'exigence du service et les obligations attachées au poste. Ce qui prime, sans discussion aucune, c'est l'intérêt de l'élève ; et cet intérêt, c'est d'être soumis - et je dis bien soumis, car un élève ça se tait et ça apprend, et ça moufte pas - à un programme d'enseignement rigoureux et ambitieux. L'école c'est la fabrique du citoyen.

Venir nous faite croire que le problème de l'école c'est Sarkozy, comme si les résultats en baisse des élèves, la moins bonne maîtrise des fondamentaux et la sortie depuis 20 ans de 150 000 élèves sans qualification du système scolaire, dépendaient de lui, est une escroquerie de premier niveau.

Le pédagogisme est un problème central ; cette philosophie mortifère pour l'école et la République, se présentant sous les atours des bons sentiment et de la gentillesse, doit être dénoncée solennellement par les autorités politiques. Il est temps de faire le ménage au sein du ministère.

La gauche a échoué lamentablement sur le terrain de l'école. Vous pouvez toujours essayer de biaiser les statistiques déjà elles-mêmes lourdement malmenées, vous n'arriverez pas à effacer cet échec flagrant et total. Nous en sommes au point où les statistiques et évaluations diverses ne trompent pas même le péquin qui regarde simplement autour de lui, au quotidien.

La reproduction sociale marche à plein. 70 % des élèves de prépas sont enfants d'enseignants ; les fils de prolos sont à l'usine, quand celle-ci n'a pas fermée grâce à ces brillants socialistes convertis au libéralisme sauvage par la voie de l'UE.

Hier, sur Canal - pas une référence je vous l'accorde, on est dans le très bas de gamme de l'info -, un jeune journaliste, parlant de la cérémonie en l'honneur de nos soldats morts, et cherchant à qualifier l'ambiance dans laquelle celle-ci a pu se dérouler, a pu employé, à cette fin, et avec un naturel désarmant, le terme de "gravitude" : tout est dit.

Quarante années de leçons faites par de petits maîtres politisés, d'authentiques commissaires politiques, de redoutables Torquemada départementaux, et voilà quel est le résultat. Il est sûr que nos camarades ne sont pas habitués à faire face à leurs responsabilités ; eh bien il va falloir changer d'habitudes.

Il y a des responsables de ce désastre. L'école est aux mains d'une gauche idéologique et fonctionnarisée depuis trente ans. Nous allons donc convoquer ces Messieurs devant une commission parlementaire. C'est ainsi que nous pourront étudier plus avant leur étonnante morgue, arrogance, indécence, a donner toujours plus de conseils et de leçons, en enregistrant toujours plus d'échecs dramatiques et flagrants, mais en chargeant encore et toujours plus ces politiques qui n'osent bouger pour cause de grève obligatoire et politique à prévoir au moindre mouvement hérétique.

Va y avoir du sport...

Écrit par : Terence | 20/07/2011

@ Terence

"Quarante années de leçons faites par de petits maîtres politisés, d'authentiques commissaires politiques, de redoutables Torquemada départementaux, et voilà quel est le résultat."

Au lieu d'analyser la situation, vous cherchez des coupables. Comme si les enseignants étaient par nature différents de toute autre professions... vous leur prêtez la responsabilité collective du pédagogisme et de l'échec de l'école, comme vous faites, dans d'autres fils, porter aux immigrés le chômage et l'incivilité.
L'alternative politique ce sera au contraire de sortir de cette logique de guerre de tous contre tous, de cette recherche acharnée de bouc-émissaires.

Les politiques scolaires ont été exécrables depuis plus de 40 ans, et ce ne sont pas "les enseignants" qui ont gouverné la France. Ils ont comme tout le monde des intérêts corporatistes, et résistent tant bien que mal à un mouvement qui leur impose de faire le contraire de la mission initiale qu'on leur a confiée. Ils défendent leur statut et leur légitimité, mais en même temps cherchent à appliquer ce qu'on leur demande -est-ce si étonnant pour des fonctionnaires ?

il faut donc changer de logique, certainement en changeant certains responsables, mais surtout avec une impulsion politique qui sait où elle va et qui sait, surtout, que le changement politique se fait AVEC le peuple et non en dressant les catégories les unes contre les autres.

Écrit par : J. Halpern | 20/07/2011

@ Terence,

La réponse de Jean Halpern est millimétrée (merci). Je n'ai rien à rajouter.

Écrit par : Emmanuel B | 20/07/2011

@ Terence

In fine, les responsables sont aussi (surtout ?) les politiques qui ont pris les mauvaises décisions, qui ont laissé faire des méthodes qui ne marchaient pas, qui ont peu à peu abandonné tout ce qui faisait le succès de notre modèle éducatif, qui ont validé la prise de pouvoir de l'administration au dépend des professeurs (qui ne peuvent plus sanctionner les sauvageons comme ils le souhaitent, et perdent de plus en plus le contrôle de l'évaluation des élèves, comme les décisions de passage). La gauche n'est pas la seule responsable. Une certaine droite a tendance à aller dans le même sens. Et il y a une gauche républicaine (incarnée par JP Chevènement qui avait pris Natacha Polony comme conseillère à l'éducation en 2002) qui a une belle vision de l'éducation.

Je suis d'accord sur le constat : l'échec est patent (baisse de niveau, reproduction sociale de plus en plus forte cf évolution sociologique des étudiants de grandes écoles depuis 30 ans). Je suis assez d'accord sur la fonction publique territoriale mais c'est un sujet que je connais très peu pour l'instant.

En revanche, comme Joël, je pense que la responsabilité est collective et même s'il faut s'en souvenir, c'est plutôt pour ne pas refaire les mêmes erreurs et prendre les bonnes décisions que pour sanctionner (tant qu'il n'y a pas eu de comportements délictuels).

@ Emmanuel B

Complètement d'accord. Le pédagogisme explique en partie la baisse de niveau. En revanche, la baisse des candidatures s'explique par un phénomène holistique (salaire bas, manque de reconnaissance, conditions de travail difficiles...).

Je suis plutôt admiratif du travail des professeurs (il se trouve que j'en connais un certain nombre) et j'ai pu constater que ce travail est tout sauf facile.

@ J.Halpern

Je suis d'accord (comme très souvent).

Écrit par : Laurent Pinsolle | 20/07/2011

@Halpern,

"comme vous faites, dans d'autres fils, porter aux immigrés le chômage et l'incivilité"

Citation précise, date du post svp. Je ne suis pas contre une ordonnance de règlement ; j'aimerais simplement seulement avoir accès aux réquisitions écrites de Monsieur le Procureur de la République, références à l'appui.

Dans l'hypothèse ou vous seriez les deux pieds dans des divagations de premier ordre, considérez que j'accepte sans réserves aucune ses excuses qui ne manqueront pas de m'être adressées dans les meilleurs délais.

Cordialement.

Écrit par : Terence | 20/07/2011

Juste une remarque le texte comme les commentaires discutent de politique d'éducation en oubliant un peu trop il me semble que l'enseignant comme l'éducation nationale sont tributaires du monde dans lequel évolue leurs élèves...
Franchement vous ne pensez pas que la télévision (TF1 M6 and co....), la sous culture décadente américaine omniprésente, la mentalité fric-frime-com qui règne en maitre aujourd'hui, le lynchage de toute profession un minimum culturelle ou productive au profit du culte de l'argent facile, le chômage de masse et la dégradation des conditions de travail qui n'aide pas a se construire un projet professionnel et une motivation aux études...

Bref pour moi l'éducation nationale lutte au mieux de ses moyens mais ne peut pas grand chose contre la décadence de toute une civilisation...

Écrit par : red2 | 20/07/2011

@Halpern,

"Ils ont comme tout le monde des intérêts corporatistes, et résistent tant bien que mal à un mouvement qui leur impose de faire le contraire de la mission initiale qu'on leur a confiée."

Dieu du ciel, je ne l'avais pas vu celle-là. Quelle drôle d'idée vous vous faites du fonctionnaire mon bon ; quelle petite idée vous faites-vous de la dignité de fonctionnaire. Quant à ce "tous le monde", grand sac bien utile à défaut d'argumentation sérieuse, qui tend à nous faire croire qu'il n'y aurait pas de différence entre salariés du privés et salariés du public, il est du plus parfait comique.

Quand on signe un contrat avec l'Etat on est légitimement tenu à des obligations particulières. Avoir conscience de ces réalités c'est ce que l'on appelle avoir le sens du service, parfois même le sens de l'Etat.

Il est clair que nous n'avons pas la même définition de la République. Vous réduisez cette dernière à une simple démocratie marchande au sein de laquelle différents groupes de pression viennent faire leur marché politique. Il est clair surtout que vous avez des conceptions politiques assez sommaires qui vous permettent de dire tout et n'importe quoi au sujet de cette belle République qui est la nôtre.

Non, un fonctionnaire ne s'assimile pas à un travailleur du privé, lequel d'ailleurs n'a pas de comportement corporatiste, mais fait simplement état de ses intérêts de travailleur - d'employé, de salarié - sans relever d'aucune corporation pour autant. Non, un fonctionnaire - un syndicat de fonctionnaire - n'a pas à défendre, dans le cadre de sa mission, des politiques publiques qui lui sont propres et s'opposent au pouvoir politique légitime.

Figurez-vous d'ailleurs qu'il y a un statut du fonctionnaire défini, en partie, par la loi. Les corporations privés c'est un autre temps cher Monsieur. Mais j'avoue ne pas résister au fait de relever votre manque de précision avec la langue et toutes ces notions que vous maniez en grand malhabile.

Vos mises en cause de nature personnelle commencent à me pomper l'air brillant camarade. Mais s'il faut mettre les points sur les "i", soyez assuré que je vais m'y employer avec un certain bonheur.

J'attends toujours ces justifications à propos de sous-entendus qui manifestement laissaient entendre - mais je peux me tromper - de ma part, du racisme ou une forme plus ou moins diluée de xénophobie, ce qui, pour le moins, est une ânerie de compétition telle que seul l'illustre compétiteur que vous êtes peut nous sortir sur ce forum.

En dernier lieu, en justifiant la notion de corporatisme légitime c'est vous et vous seul qui fragmentez la nation et dressez des catégories les unes contre les autres.

Bien amicalement,

Votre Terrence.

@EmmanuelB

Rien !

Écrit par : Terence | 20/07/2011

Oups, mes excuses, Joël.

Écrit par : Emmanuel B | 20/07/2011

@Laurent

A nouveau toutes mes excuses pour mon coup de g...

Mais je vais vous dire pourquoi je perds mon sang-froid dès que l'on me parle de l'Education Nationale, de son sinistre et crétinissime Ministre et des sous-m... que sont d'après moi ( mais je me trompe sûrement ) au moins 90% des "enseignants".

Voilà : j'ai beaucoup voyagé dans toute l'Afrique, et pas avec le Club Med. Pour travailler avec des Africains. Et partout et toujours, même dans les pays les plus impensablement pauvres, il y avait une chose qui me plongeait dans une admiration éperdue : les sacrifices sans mesure que s'imposaient les parents les plus humbles pour assurer à leur progéniture au moins une éducation de base : savoir lire, écrire et compter. Ils comprenaient, avant et mieux qu'Emmanuel Todd, qu'une éducation basique était pour leurs enfants le seul et unique espoir d'une vie un peu moins moche que la leur. Je le répète : j'étais dans l'admiration.

Alors, quand je lis certaines choses sur l'Education Nationale, hein !

Écrit par : Sancelrien | 20/07/2011

@ Sancelrien

Je crois que vous exagérez très largement sur les enseignants. L'immense majorité, quand ils sont jeunes, sont animés par un bel idéal. Après, les années passant, la chienlit administrative les handicapant, voyant le manque de considération de l'Etat et les dysfonctionnements du système, certains peuvent perdre de la motivation. Mais malheureusement, cela est en partie compréhensible.

Je persiste à croire que ce métier est aujourd'hui très difficile et récompense bien mal ceux qui l'exercent. Cela n'exclut pas qu'une minorité en profite, mais je crois qu'il s'agit vraiment d'une petite minorité.

Votre exemple sur l'Afrique est très juste.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 21/07/2011

Alors un très bon billet.
Ce n'est pas tout à fait la seule fois que je viens parcourir ce blog là: alors là, cette fois, je me sens obligée de laisser un mot.


En tout cas encore félicitations !

Écrit par : Formation vente | 18/03/2013

Je vous approuve pour votre recherche. c'est un vrai charge d'écriture. Poursuivez .

Écrit par : cliquez ici | 11/08/2014

Écrire un commentaire