26.07.2011

Non à la camisole budgétaire !

Dans son jargon habile, la pensée unique a trouvé un nom bien flatteur pour qualifier la constitutionnalisation de l’interdiction des déficits : la « règle d’or ». Mais cela ne rend pas cette camisole budgétaire que Nicolas Sarkozy veut imposer plus acceptable, tant pour des raisons démocratiques qu’économiques.

Une monstruosité démocratique

C’était juste un entrefilet dans le Figaro qui consacrait un papier au fait que François Hollande s’alignait sur les objectifs budgétaires du gouvernement en place, à savoir une baisse du déficit budgétaire à 3% du PIB dès 2013 alors que le projet socialiste préconisait de la repousser à 2014. L’agence de notation française Fitch disait qu’il « serait bienvenu que Paris fixe dans sa constitution le principe d’équilibre des finances publiques et réduise ses rigidités structurelles ».

Déjà, le fait qu’une agence de notation donne son avis sur les lois que la France doit passer est profondément choquant. Il doit y avoir une hiérarchie entre les marchés et la démocratie. Les premiers sont au service de la seconde et ne sont guère que des moyens utilisables au service de la prospérité collective. Cette inversion des rôles est une monstruosité qui en dit long sur la perte des valeurs et des repères qui caractérise notre époque actuelle.

Si je crois à une gestion rigoureuse des deniers publics, je suis totalement opposé à une telle loi car il doit être laissé à l’appréciation du gouvernement l’opportunité (ou non) de faire du déficit. En période de crise économique, il est important de laisser des marges de manœuvre aux politiques. Imaginons deux secondes que cette loi eut été passée avant la crise de 2008 : en imposant des politiques d’austérité sauvages pour équilibrer les budgets, nous serions rentrés dans une Grande Dépression.

Une absurdité économique

Car cette règle est une également une absurdité économique. En effet, c’est tout l’intérêt de laisser agir les ajustements automatiques que fournit le budget. En période de croissance, à moins de dépenser la « cagnotte » comme le gouvernement de Lionel Jospin, la croissance des recettes permet d’améliorer la situation budgétaire et contribue à éviter la surchauffe. Inversement, laisser creuser le déficit en période de récession contribue à amortir la crise.

Pour cette raison, il est totalement imbécile de graver dans le marbre de la constitution l’interdiction des déficits sachant que si cette règle a du sens après plusieurs années de croissance, elle n’en a aucun en cas de crise économique. Pire, dans ce cas-là, comme le montre le cas des Etats-Unis, où les Etats ont une interdiction constitutionnelle d’être en déficit, le législateur finit toujours par passer outre pour éviter un cataclysme économique. Bref, c’est une règle inapplicable et inappliquée.

Mais cela correspond bien à l’agitation législative dont est coutumier le gouvernement de Nicolas Sarkozy. On passe une loi à des fins exclusives de communication. Le président de la République est bien culotté de pousser une telle loi sachant qu’il a largement contribué à détériorer la situation des finances publiques nationales, au moins autant que la crise, comme l’avait souligné un rapport de la Cour des Comptes accablant sur la gestion budgétaire des dernières années.

Bref, pour toutes ces raisons, il est essentiel de s’opposer à cette « camisole budgétaire » et en cela, je rejoins complètement l’initiative du M’PEP de Jacques Nikonoff qui appelle les élus et les citoyens à s’opposer à cette loi inique et absurde.

Demain, suite et fin du résumé du dernier livre de Paul Jorion   

Commentaires

Moi je pense comme en 2005 que le plus choquant c'est d'encrer une ligne politique dans une constitution, une constitution c'est le fonctionnement des institutions et les grands principes qui fondent une nation, pas la ligne politique que décide un gouvernement élu du peuple. Avec ces boutefeux sarkosistes ou eurocrates les constitutions servent a cadenasser cet ultraliberalisme qui nous amène à la catastrophe... le plus grave dans ces conditions c'est que cela remet en cause les fondement même de notre société et du compromi républicain: si la ligne politique est réglée ad eternam par les institutions, si le changement n'est plus possible par les urnes, alors pourquoi voter et accepter les règles de la republique?

Écrit par : red2 | 26.07.2011

On nous dit qu’il faut une agence de notation européenne. Balivernes ! Elle existe déjà.
Mais en fait cette agence existe déjà. En effet Fitch que vous venez de citer appartient en partie à un français. Fitch appartient à FIMALAC l’agence financière de Marc Ladreyt de Lacharrière. Ce milliardaire, ancien séguiniste, proche de François Fillon est membre des Conseils d’Administration de Renault, de Casino, de L’Oréal, et aussi du CA de la Banque de France !
On sait donc qui a soufflé cette idée de règle d’or à son copain premier ministre.

Écrit par : Trubli | 26.07.2011

@ Red 2

Complètement d'accord. Une Constitution ne doit pas servir à verrouiller une ligne politique (c'est bien le problème de cette Europe).

@ Trubli

C'est juste.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 26.07.2011

Cette inscription faisait parti du projet de réforme du pacte de stabilité proposé l'année dernière

http://www.lepoint.fr/economie/pacte-de-stabilite-l-ue-a-tranche-face-aux-reserves-de-trichet-selon-sarkozy-29-10-2010-1256216_28.php

Il était aussi question de sanctions envers les pays "laxistes" (suspension de leur droit de vote,privation de certaines subventions)
Après chaque réunion de crise ils resserent un peu plus la vis sur les états,quand ces derniers ne pourront plus respirer les choses sérieuses commenceront !?

Écrit par : Damien | 26.07.2011

@LP

Mis à part sur l'évidente maintenabilité d'une règle stricte d'équilibre budgétaire (c'est pour cela que je suis pour la majorité qualifiée pour tout emprunt). Je suis en total désaccord avec votre position typique du je-m’en-foutisme keynésien, et du relativisme moral absolu.

Accessoirement, en prenant Jacques Nikonoff pour un souverainiste, vous ne montrez que votre peu de discernement en politique, c’est peut-être parce que j’ai passé deux ans en fac à étudier Marx, Lénine et Rosa Luxembourg en histoire de la pensée, que je suis plus lucide que vous. C’est un Marxiste, donc mondialiste. J’ai assisté à l’une de ses confs, jackpot, je n’ai même pas eu besoin de lui poser la question pour qu’il le dise de lui-même.

La seule raison d'être de la constitution est de contrôler et contenir le pouvoir de l'Etat du parlement et du gouvernement, pour protéger le peuple, par interdictions, obligations ou procédures.

Que les gouvernants décident eux même des règles qui limitent leur pouvoir est une monstruosité évidente. Le TCE vous vous le méritez. A ce titre toute modification de celle-ci doit passer par un referendum, et l’initiative populaire constitutionnelle doit être la norme.

En fait, vous ne désirez rien d'autre que le pouvoir illimité, "Parce que moi Laurent Pinsolle je suis un ubermensch, que donc mes idées sont parfaites et que je suis infiniment sage. Par conséquent tout ce qui me fait obstacle est LE MAL".

C'est justement pour contrecarrer les délires mégalomanes de ce genre que l'on a inventé les constitutions.

La dette est évidement une monstruosité anti-démocratique puisqu'elle permet de CORROMPRE n'importe quel député pour qu'il là vote. Évidement en tant que chef du gouvernement, vous vous garderiez bien d'en être responsable sur vos biens propres... on sait bien qui finit par trinquer.

Écrit par : Alf | 26.07.2011

Bonjour à tous

Les questions posées par Laurent revêtent la plus grande importance, car on est en train de transférer un pouvoir appartenant aux citoyens à une caste de financiers internationaux.
100 fois sur le métier, il faut remettre son ouvrage dit-on. Le travail d'information reste très important, et malheureusement sans cette prise de conscience rien n'est possible!

@ ALF

Je préfère un pouvoir donné à des élus qui peuvent se tromper que le pouvoir illimité donné aux rentiers de la finance qui agissent souvent à visage couvert. Mais le libéralisme me fait penser de plus en plus à une secte avec leur dieu "le saint marché" dogme que l'ion peut appliquer à toutes les sauces mais qui permet à certains de tirer les ficelles pour leurs profits!
Enfin à chacun ses croyances: dieu, mahomet, le saint marché, etc...

Écrit par : André | 26.07.2011

La démocratie ne sera-t'elle pas l'un des thèmes les plus importants de la campagne électorale? J'espère qu'un certain nombre de Français des classes moyennes va commencer à avoir peur. Sinon, ce sera alors intéressant de constater que l'argent rend totalement amorphe politiquement.

Écrit par : jardidi | 26.07.2011

Le principe de la dette en lui-même n'a rien de scandaleux.
Les particuliers s'endettent bien pour acheter leur maison et personne n'y trouve rien à redire.
Ce qui est scandaleux c'est l'utilisation, la finalité de cet argent d'une part et les causes de la dette d'autre part.

Qu'un état s'endette pour des dépenses qui profiteront à la société est louable selon moi. Qu'il s'endette pour payer son train de vie l'est beaucoup moins.

Qu'un état s'endette en raison des allègements d'impôts consentis à certains agents économique pose problème si cet argent qu'il ne prélève pas lui est au final prêté moyennant intérêts.

Écrit par : Trubli | 26.07.2011

@André
Si vous ne voulez pas dépendre du "saint marché" la solution est simple.

PAS DE DETTES !

On ne peut pas vouloir à la fois lécher le cul d'un banquier pour avoir le fric tant honnis et vouloir en être indépendant !

Maintenant, si vous voulez avoir une idée de qui sont les fameux banquiers qui "rentiers de la finance" :

Voici l’exemple de Daniel Bouton ex PDG de la SG
minutes 8:40 à 11:50
http://www.dailymotion.com/video/xhxknh?start=520

Alors votre mythologie à 2 balles, vous pouvez vous la garder.

"Dieu rit des hommes qui déplorent les conséquences dont ils chérissent les causes." Bossuet

Écrit par : Alf | 26.07.2011

@ Alf

Le problème des ultralibéraux est qu'ils ne comprennent ni la nature de la monnaie ni celle de la dette. Toute dette est monnaie, toute monnaie dérive d'une dette. En cas de déflation, la dette publique est l'ultime instrument pour restaurer les conditions de survie des entreprises. Refuser à l'Etat de s'endetter, c'est refuser à un pompier l'usage de la lance à incendie, c'est le rendre impuissant à garantir le contrat social. La dette publique permet de corrompre les politiciens ? la belle affaire, ne le sont-ils pas déjà suffisamment par les lobbies privés ?
En 2008 les déficits publics ont provisoirement sauvé l'économie, mais sans soigner la racine du mal : la dérégulation ("liberté") de la finance, les liquidités injectés par les déficits ont perfusé le malade mais sans stopper l’hémorragie. D'où l'énormité des déficits et leur faible efficacité. Il faut curer le mal, en attaquant au cancer financier et non à des politiques budgétaires bien imparfaites mais définitivement nécessaire.

Écrit par : J. Halpern | 26.07.2011

@ Alf,
Les états n'ont pas attendu le keynésianisme pour s'endetter.
Louis XVI peut en témoigner.
Unb état peut s'endetter par création monétaire et/ou en obligeant les institutions financières à acheter ses titres de dette.

Le point intéressant est de voir comment une exigence de l'Allemagne suite au premier plan d'aide à la Grèce fait son chemin.

Le deuxième point important c'est que les socialistes sont hypocrites; beaucoup d'entre eux s'abstiendront lors du Congrès de Versailles permettant à la majorité de recueillir l'assentiment de 3/5 des votants, tout en feignant de s'opposer.

Il faudrait modifier la Constitution pour que les futures modifications passent nécessairement et uniquement par un référendum.

Écrit par : Trubli | 27.07.2011

Il y a plusieurs approches pour réduire la dette.
Il est dommage que les partis de gouvernement n'envisagent que la méthode dure et triste. Une autre approche fondée sur la croissance, la relocalisation d'activités économiques, la réduction de niches fiscales, etc devrait être prise en compte.

Écrit par : Trubli | 27.07.2011

@J. Halpern
Le problème des ultracollectiviste (pardonnez si je fais comme vous) est qu'il ne comprennent ni la nature de la monnaie ni celle de la dette.

@:"Toute dette est monnaie, toute monnaie dérive d'une dette."

Désolé mais une pièces d'or (argent, cuivre,etc...) n'est pas PAS une dette.

Ce qui est assimilable à une dette dans un système bancaire libre (parce que dans un système étatique on peut appeler tout et n'importe quoi du nom que l'on veut), ce sont les substituts monétaires (les écritures et les billets), et encore faut il préciser que cette dette DOIT être payée dans sa contrepartie monétaire contractuelle (or, argent, cuivre, etc.).


@"La dette publique permet de corrompre les politiciens ? la belle affaire, ne le sont-ils pas déjà suffisamment par les lobbies privés ? "

L'intelligence consiste à combattre les deux, comme le montre la vidéo si dessous, il est évident que les "gentils politiciens" et les "méchants banquiers" COUCHENT dans le même lit.
http://www.dailymotion.com/video/xhxknh?start=520

Le jour ou les statolatres de votre espèce auront compris cela, on aura bien avancé.

Les plans de dette de Sarko n'ont rien sauvé du tout (tout juste si les premières mesures d'urgence ont évité la crise cardiaque), ils nous font reculer pour mieux sauter et vident la piscine.

Par ailleurs les dettes empêchent toute réforme de bon sens du système bancaire, personne ne dénonce son dealer de coke.

Moi je ne dérégule PAS, je propose au contraire de RÉGULER PAR LA RESPONSABILITÉ, détruite par les banques centrales, la fiscalité et les formes de sociétés à responsabilité limité, pour des raisons qui visiblement vous échappent...

Vous, vous prétendez réguler par la RÉGLEMENTATION, déjà pléthorique, c'est inévitablement voué à l'échec. Elle est faite pour être contournées et est déjà obsolète à la date de sa rédaction.

Écrit par : Alf | 27.07.2011

@Trubli:"Les états n'ont pas attendu le keynésianisme pour s'endetter."

oui mais c'est la première foi en temps de paix. Notez que déjà, sous John law on croyait pouvoir créer de la richesse en impriment des billets ...

La loi pour la démocratie est en cours d'examens, mais JAMAIS elle ne sera mise à l'ordre du jour.

Voici les signataires actuels
http://www.assemblee-nationale.fr/13/dossiers/cosignataires_61559.html

Voici l'essentiel de la loi 3328 pour la DD
http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion3328.asp

Article 1er

I. – Le troisième alinéa de l’article 11 de la Constitution de la république française du 4 octobre 1958 est remplacé par trois alinéas ainsi rédigés :

« Les lois ne peuvent être promulguées par le Président de la République qu’après un délai de trois mois pendant lequel une demande de référendum par pétition peut être effectuée par 500 000 citoyens inscrits sur les listes électorales. Le Président de la République soumet alors ce texte au référendum. La pétition est adressée au Président de la République et doit porter sur un objet unique.

« Un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l’initiative d’une pétition de 800 0000 électeurs adressée au Président de la République. Cette initiative populaire prend la forme d’une proposition de loi portant sur un objet unique. Le gouvernement et le parlement donnent leur avis sur ce texte dans un délai fixé par une loi organique. Le parlement peut proposer dans son avis un contre-projet. Dans un délai de trois ans à compter du dépôt de cette proposition à la présidence de la République, le Président de la République soumet au référendum cette proposition et l’éventuel contre-projet proposé par le parlement.

« Si la pétition mentionnée au paragraphe précédant porte sur une révision de la constitution, la pétition doit comprendre un million de signatures de citoyens inscrits sur les listes électorales. »

II. – Le cinquième paragraphe de l’article 11 de la Constitution est supprimé.

Article 2

Le deuxième alinéa de l’article 72 de la Constitution est ainsi rédigé :

« Ces collectivités s’administrent librement par des conseils élus et par des référendums d’initiative populaire, dans des conditions prévues par la loi. Une loi organique fixe les règles du référendum veto et de l’initiative populaire aux niveaux de la région, du département et de la commune. »

Écrit par : Alf | 27.07.2011

@ Alf

"Désolé mais une pièces d'or (argent, cuivre,etc...) n'est pas PAS une dette."

Absolument faux, les métaux précieux (à certaines époques) ont été conventionnellement érigés en créance de leur détenteur par rapport à la société, et réciproquement en dette. Je vous accorde qu'il s'agit cependant d'une "dette" particulière - tout comme la dette publique qui n'est pas fondamentalement l’anticipation d'une richesse future, comme c'est le cas pour les agents privés. Comme l'or, la dette publique fournit les conditions exogènes de la circulation monétaire, et les fournit mieux (ou moins mal) qu'une création aveugle fondée sur les aléas de l'exploitation d'une ressource naturelle.

A l'opposé de ce que vous croyez, c'est donc cette régulation des flux de monnaie qui crée les conditions de fonctionnement de marchés efficaces, là ou c'est possible, dominés par l'offre et la demande réels et non par les fluctuations erratiques des liquidités et des prix.

Vous croyez que la "liberté" conduit toujours à l'harmonie, d’où votre idée naïve de supprimer les banques centrales. Désolé, mais la main invisible est un cas particulier, une construction politique avec des conditions de mise en œuvre et d'efficacité précises. La cattalaxie hayekienne (ordre de marché) n'a jamais rien eu d'une génération spontanée : ce sont les règles, les lois et les services publics qui la possibilisent, même Hayek le reconnaît parfois quand il relativise un peu l'anti-étatisme viscéral que vous partagez avec lui.

PS : Nous pouvons peut-être nous retrouver sur la nécessite de surveiller les politiciens, mais dans un bus mieux vaut un chauffeur saoul que pas de chauffeur du tout...

PS 2 : Supprimer les sociétés à responsabilité limitée ? L'idée me semble intéressante...

Écrit par : J. Halpern | 27.07.2011

Sur Médiapart

//Le courrier indésirable de Nicolas Sarkozy
26 Juillet 2011 Par Denys Pouillard

On savait la représidentialisation de retour, après les années Fouquet's et celles des cliquetis dorés et des hochets... mais notre Constitution continuait de servir de dogme à la République. Une simple lettre diffusée le 26 juillet 2011 et adressée aux représentants de la nation change complètement la donne. La séparation des pouvoirs déjà malmenée depuis quatre ans vient de subir un coup de scalpel, comme jamais dans l'histoire de la Ve République... comme jamais dans l'histoire de nos institutions.


Prétextant de la nécessaire «règle d'or» qu'il a imposée en débat au Parlement et dont il a dicté les votes à l'Assemblée et au Sénat, le Président de la République s'est permis d'adresser une lettre à «Messieurs et Mesdames les sénateurs, Messieurs et Mesdames les députés», inaugurant ainsi un troisième moyen –cette fois non constitutionnel– de communiquer avec les «Chambres».

Notons au passage que le temps de la courtoisie et de la politesse des princes est bien fini; autrefois, avant le Fouquet's, avant les Rolex, les dames recevaient les hommages et l'on aurait écrit au moins «Mesdames, Messieurs» et non l'inverse!

Plus gravement et peu importe le contenu de la lettre, peu importe la rédaction finale de «la règle d'or» et peu importe son bien-fondé, peu importe encore l'enjeu d'un Congrès du Parlement, c'est de l'usage constitutionnel du droit de message dont il s'agit.

Le président de la République ne peut communiquer avec les parlementaires de manière collective que de deux manières... et deux seulement (article 18 de la Constitution révisé par la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008):
- «Le Président de la République communique avec les deux assemblées du Parlement par des messages qu'il fait lire et qui ne donnent lieu à aucun débat.»
- «Il peut prendre la parole devant le Parlement réuni à cet effet en Congrès. Sa déclaration peut donner lieu, hors sa présence, à un débat qui ne fait l'objet d'aucun vote.»
Le même article ajoute: «Hors session, les assemblées parlementaires sont réunies spécialement à cet effet.»

[...]
//

Écrit par : A-J Holbecq | 27.07.2011

@J. Halpern

Une pièce d'or n'est pas une dette, c'est un bien ayant de très bonnes caractéristiques monétaires et notamment pour la raison qui est que l'or dispose de bien d'autres usages que monétaire.

Elle n'est pas plus une dette que les cigarettes utilisées dans les camps de concentration, le sel dans l'antiquité méditerranéenne (conservation des aliments), etc.

Une vraie monnaie a nécessairement un usage possible autre que monétaire.

Quoi que je vous l'accorde, avec votre politique, l'on pourra toujours utiliser les brouettes de billets de banques (substituts monétaires) pour faire du feu ...


@J. Halpern:"Supprimer les sociétés à responsabilité limitée ? L'idée me semble intéressante..."

C'est marrant comme cette idée plait à gauche ;-)
http://blog.turgot.org/index.php?post/Madrolle-responsabilite-limitee

Je ne l'ai trouvé jusqu’à présent que chez une minorité de libertariens ou d'anars de gauche intelligents. La plus part de mes amis libéraux 'n y ont pas véritablement réfléchis et se rangent très vite à mes arguments.

D'une manière générale, je pense que toute dette doit avoir pour responsable celui qui la contracte. ça vaut pour les présidents d'association ou de syndicats comme pour les entrepreneurs et les politiciens.

Alors, soit le président et le gouvernement en sont solidairement responsables à la fin du mandat, soit on la quasi interdit.

Écrit par : Alf | 27.07.2011

@ Alf

Le ton de votre premier commentaire commentaire est juste ridicule. Donc je ne répondrai à rien car vous ne donnez pas du tout envie de débattre avec vous.

@ Damien

Très juste. J'avais fait un papier suite à une conférence d'Attac sur le sujet. Le plus choquant était que la Commission propose la sanction et que seule une majorité qualifiée des Etats peut s'y opposer. En clair, même si 65% des Etats votent contre, l'avis de la Commission l'emporte.

@ Jardidi

Très juste. Il faut lier démocratie et souveraineté.

@ André, Trubli & J.Halpern

Voici une attitude responsable, à mille lieues du fanatisme.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 27.07.2011

@LP

C’était sans doute excessif, mais certainement pas plus que les termes que vous utilisez régulièrement pour désigner les libéraux.

fous de la corbeille (Pascal Salin)
L’ayatollah néolibéral
...

Dire qu'une constitution "ne doit pas verrouiller une ligne politique", c'est dire qu'elle est inutile puisque toute action d'un politique peut être considérée comme telle. Ce genre de propos ridiculise ipsofacto celui qui les tient. De la part de quelqu'un qui aspire au pouvoir, ça fait froid dans le dos.

Écrit par : Alf | 27.07.2011

Une constitution doit verrouiller la possibilité d'excès de pouvoir des politiques et empêcher la fusion des 3 pouvoirs. Elle doit aussi spécifier l'organisation des pouvoirs
Etienne Chouard ( http://etienne.chouard.free.fr/Europe/ ) serait plus à même que moi de développer.

Dire qu'une constitution devrait "verrouiller une ligne politique" c'est dire qu'un choix politique serait impossible (Dieu nous garde d'un régime "libéral et capitaliste" jusqu'à la fin des temps !)

Écrit par : A-J Holbecq | 27.07.2011

"Les particuliers s'endettent bien pour acheter leur maison et personne n'y trouve rien à redire."

Sauf qu'ici ceux qui font les dettes ne sont pas ceux qui les paieront.

Ensuite il est normal que ceux qui votent pour ceux qui proposent de faire de la dette soient aussi ceux qui la paient : ça fait partie du contrat.


"Inversement, laisser creuser le déficit en période de récession contribue à amortir la crise."

Où sont les millions de chômeurs français qui devraient avoir retrouvé un emploi ? Aux USA, 1500 milliards de $ de déficit et combien de salariés sur le carreau ?

Un déficit public, c'est de la dette qu'il faudra rembourser avec des impôts.

@andré : les libéraux s'en foutent du marché, ce sont les droits qui importent.

Écrit par : Théo31 | 27.07.2011

@Théo

Aucun pays ne remboursera jamais la dette publique, tout au plus pourront-ils "la faire rouler" en attendant de décider de monétiser les intérêts ou de laisser filer l'inflation (qui est, chacun le sait, la crainte des possédants monétaires)

Mais néanmoins, la présentation culpabilisante de la dette qui serait le cadeau empoisonné que nous laisserions en héritage à nos enfants ne cherche qu’à masquer le processus qui consiste à transférer les ressources de la masse des contribuables vers la minorité possédante. Ce qui est immodéré dans la dette, c’est moins son montant que la part des intérêts dans ce montant.

En réalité, le transfert, qu’il soit celui d’aujourd’hui ou celui de demain, ne se fait pas d’une génération aux suivantes, mais entre couches sociales : ce sont les contribuables d’aujourd’hui qui paient les rentes versées aujourd’hui à ceux qui en bénéficient et ce sont les contribuables de demain qui verseront aux héritiers des détenteurs de la dette qui seront, selon les choix politiques, plus ou moins imposés et restitueront donc plus ou moins à la collectivité par leur participation fiscale. Le risque est donc que des travailleurs pauvres de la génération suivante soit obligé de payer ces intérêts (par leurs impôts indirects, par exemple) aux détenteurs déjà riches peu imposés sur leurs revenus du capital.

Écrit par : A-J Holbecq | 27.07.2011

@ Théo 31
"Un déficit public, c'est de la dette qu'il faudra rembourser avec des impôts. "
Vous êtes complètement à côté de la plaque, ce n'est pas ainsi que les choses se passent. Le déficit public, c'est de la liquidité mise en circulation dans l'économie ; c'est nécessaire mais non suffisant. Le poids de cette dette peut-être résorbé par la croissance, par l'inflation ou par les deux. Il ne l'est "par les impôts" que lorsque des politiciens inféodés à la finance en tirent prétexte pour piler les contribuables et, accessoirement, déchaîner la récession.
Le danger est que ces remèdes de médecin de Molière (purgare et saignare !) rencontre les intérêts particulier d'une caste qui assoie sa domination sociale sur la prédation du plus grand nombre : les rentiers, la finance, contre les entrepreneurs et les salariés.

Écrit par : J. Halpern | 27.07.2011

Je rajoute:
Pourquoi commencerions-nous (la France mais aussi la majorité des pays) maintenant à rembourser la dette alors que nous ne l'avons pas fait depuis 30 ans ?
Tout ce que nous avons fait c'est de nous endetter, les bonnes années, de *seulement* le montant des intérêts (la charge de la dette a nourrit la dette!)

En euros constants valeur 2010 :
- Les soldes primaires (sans intérêts) des budgets des Administrations publiques sont sensiblement en équilibre moyen sur la période 1980 – 2008.
- Les déficits presque systématiques des budgets des Administrations publiques sont dus aux intérêts qu’il a fallu payer et qui représentent maintenant le second poste budgétaire après l’enseignement.
- Fin 1979, la dette, déjà injustifiable, était de 243 Md€ (21% du PIB); Fin 2010, la dette s’établit à 1591 Md€, 82% du PIB !
- Entre 1980 et 2010 la dette a augmenté de 1348 Md€
- Nous avons, sur cette période, payé 1 408 Md€ pour les seuls intérêts: 125 millions par jour en moyenne, 5 millions par heure!
- Ces intérêts (que nous avons du emprunter) ont, par effet boule de neige, grossi la dette.
Si nous n’avions pas eu à payer ces intérêts la dette publique serait de 194 Md€ ( 10% du PIB ) , plus faible aujourd’hui qu’en 1979!

Écrit par : A-J Holbecq | 27.07.2011

@A-J Holbecq:"Etienne Chouard serait plus à même que moi de développer."
Minute 6:00 et +
http://www.reporterre.net/sons/itv-chouard-201007.mp3
---
En ce qui me concerne, sauf à croire à une révélation quelconque divine, la constitution ne peut être qu'issue des "gouvernés".

Par définition, ce qui est contraire à la constitution EST abus de pouvoir, la dette comme le reste. Que vous ou moi la trouvions ou non trop laxiste sur tel ou tel point c'est une autre histoire.

Affaiblir le pouvoir politique, le mater, le contrôler, est SA raison d'être. Et ÉVIDEMENT elle ne peut pas être faite par ceux dont elle est sensée contrôler les pouvoir, ce serait un non sens radical, un oxymore juridique, c'est la première séparation des pouvoir qui soit.

"Article 16 : Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution."


@"Tout ce que nous avons fait c'est de nous endetter, les bonnes années, de *seulement* le montant des intérêts"

Si vous ne voulez pas payer d’intérêts (et moi particulièrement, JE NE VEUX PAS), dites a ceux qui sont prêt à prêter que l’intérêt sera de 0% et BASTA. Soyez honnête quand vous quémandez le "maudit argent" ou vous ne valez pas mieux que ceux que vous prétendez combattre.

L'affaire sera entendue, il n'y aura ni dette ni intérêts (sur les quels pleurnicher) et l'épargne ira a des usages productifs, pas secourir la syndicracie de droite et de gauche, les banques ou la SNCF/RFF.

Pour ce qui est la sortie la plus acceptables de mon pont de vue, c'est le défaut, dans tous les cas, votre amour de la dette, 99% des gens le paiera très cher, c'est perdant/perdant.


@J. Halpern: "...c'est de la liquidité mise en circulation dans l'économie ; c'est nécessaire mais non suffisant. Le poids de cette dette peut-être résorbé par la croissance, par l'inflation ou par les deux. Il ne l'est "par les impôts" que lorsque des politiciens inféodés à la finance en tirent prétexte pour piler les contribuables et, accessoirement, déchaîner la récession..."

Une collection de sophismes et d'erreurs, je plein vos élèves. L'EdNat, si les parents étaient libres de choisir elle serait volatilisée.
Le pire est que c'est aux pauvres, qui ne peuvent pas la fuir qu'elle détruit le plus le cerveaux. Même comme garderie, je n'y mettrait pas mes gosses.

Apprenez déjà ce qu'est une monnaie, sans banque centrale, vous pourrez commencer à comprendre ce qu'est une monnaie avec.

Écrit par : Alf | 27.07.2011

Les politiciens inféodés à la finance, non. En fait ils se tiennent par la barbichette : les premiers en ont besoin pour financer leurs lubies électorales, les seconds pour faire éponger leurs conneries par les contribuables.

Un déficit, c'est peut-être de l'argent en circulation. Mais c'est à crédit, comme quand vous avez un découvert à la banque. Il faut rembourser. Pour la rembourser, il faut mettre de l'argent de côté et donc renoncer à des dépenses.

Alors oui, un zéro déficit dans la constitution, ça sera pas mal. C'est pourtant déjà le cas de la Sécu dont les comptes doivent être équilibrés depuis 1996. On sait ce qu'il en est.

Comme l'a rappelé un jour Tony Blair, il n'a pas un gestion de droite et une de gauche, il y en a une et une mauvaise. Et c'est la mauvaise qui prévaut depuis 40 ans : la facture à payer sera très douloureuse.

Écrit par : Théo31 | 28.07.2011

Les politiciens inféodés à la finance, non. En fait ils se tiennent par la barbichette : les premiers en ont besoin pour financer leurs lubies électorales, les seconds pour faire éponger leurs conneries par les contribuables.

Un déficit, c'est peut-être de l'argent en circulation. Mais c'est à crédit, comme quand vous avez un découvert à la banque. Il faut rembourser. Pour la rembourser, il faut mettre de l'argent de côté et donc renoncer à des dépenses.

Alors oui, un zéro déficit dans la constitution, ça sera pas mal. C'est pourtant déjà le cas de la Sécu dont les comptes doivent être équilibrés depuis 1996. On sait ce qu'il en est.

Comme l'a rappelé un jour Tony Blair, il n'a pas un gestion de droite et une de gauche, il y en a une et une mauvaise. Et c'est la mauvaise qui prévaut depuis 40 ans : la facture à payer sera très douloureuse.

Écrit par : Théo31 | 28.07.2011

Un commentaire (Bernarddo) sur le forum d'Etienne Chouard, hier

//Et les hommes de pouvoir devraient savoir ce qu'est une constitution!

Et la respecter, au lieu de s'en servir

Nicolas Sarkozy veut inscrire dans la constitution ce qu'il appelle une "règle d'or" [imposant aux gouvernements français de limiter les déficits publics]

Or, on constate que l'Assemblée et le Sénat ont voté l'introduction d'une telle règle, et que la difficulté de ratification ne tient qu'à des considérations politiciennes de la gauche qui se trouverait engagée en cas de victoire.

Pas une seule voix, à ma connaissance, pour faire remarquer le non-sens, et la vraie raison (inavouable) d'une telle introduction.

Ceci nous montre bien que nous en sommes venus au niveau zéro de la politique publique , qu'aucune discussion "de fond" n'arrive plus dans l'espace public par les canaux médiatiques normaux, et que nous sommes devenus des complices "malgré-nous"

Personne pour rappeler que la constitution existe uniquement pour établir les règles qui permettent au peuple de garder ses représentants sous contrôle. D'où le non-sens d'une telle introduction.

Personne pour faire remarquer que la "règle d'or" en question n'est en fait qu'une "directive" (apparemment désintéressée) pour une "bonne gouvernance", choses certes utile mais subalterne car circonscrite à la résolution des problèmes d'administration d'une société, une directive d'exécution qui ressortit de la bonne observance des sciences sociales.

Or Eric Weil a bien montré (Philosophie politique, Introduction, § 3) que la politique ne se réduit pas aux sciences sociales, qui ne font que "travailler à l'analyse des données politiques, c'est à dire de données à l'aide desquelles et contre lesquelles l'homme politique agit" d'où il résulte que "toute constatation se voulant désintéressée est idéologique, inconsciente de ses propres présuppositions et de ses idéaux, et risque ainsi de proposer une politique qui, se voulant universelle avec une sincérité subjective totale, ne vise que le bien d'un groupe particulier".

L'exemple choisi par E.W. pour illustrer ce rapport entre politique et science sociale est la théorie d'Adam Smith:"en proposant la suppression de toute intervention politique dans le domaine de la production et des échanges, c'est une politique qu'il propose".

Or la règle d'or ici n'a de sens que par rapport à au "corpus" général des règles qui régissent cette société, en l'occurence celles qui se renforcent chaque jour, celles du marché et de la mondialisation. Figer une règle qui neutralise les déficits, ceux-ci n'étant que la conséquence des autres règles, revient en quelque sorte à les valider (en neutralisant leur seule conséquence fâcheuse du niveau économique), au surplus au titre de la cohérence d'ensemble.

OK pour l'économique, tant pis pour le social!!

Cette proposition vise donc globalement à graver dans la Constitution (et à valider le plus durablement possible) la vision de notre société réduite à un système du marché mondialisé. C'est à mon sens au niveau national, l'équivalent de l'introduction de la constitution Européenne.

Elle vise à neutraliser la Constitution en en expulsant jusqu'à la notion de politique. Nos politiciens, (je n'ose parler d'hommes politiques), se suicident sans même s'en rendre compte
//

Écrit par : A-J Holbecq | 28.07.2011

@ Theo31

"Un déficit, c'est peut-être de l'argent en circulation."

Exactement, et sans cette circulation la production, l'emploi et les prix s'effondrent, c'est la déflation."

"Mais c'est à crédit, comme quand vous avez un découvert à la banque. Il faut rembourser."

Ce n'est pas tout à fait comme un découvert, car s'agissant du déficit public il ne s'agit pas d'anticiper une ressource future (principe du crédit privé) mais de fournir à la société un bien public vital : la monnaie. Il faut rembourser, certes, pour des raisons institutionnelles.

" Pour la rembourser, il faut mettre de l'argent de côté et donc renoncer à des dépenses."

Non ! Les États remboursent pour l'essentiel en ouvrant de nouvelles lignes de crédit ; tous les créanciers sont remboursés mais la dette tourne. Quand la croissance économique est suffisante, les agents privés s'endettent, font circuler la monnaie et le rôle de l’État s'estompe ; sa dette se dévalorise peu à peu avec la hausse des prix et du PIB.

Le monde de la politique macroéconomique n'obéit pas aux mêmes règles que celui de la gestion des finances privées. Quand on tente de ramener le premier au second, on étrangle l'emploi et la production - comme en Angleterre dans les années 20, en Argentine jusqu'aux années 2000 ou en Europe depuis plus de 20 ans !

Quant au déficit, il est le fruit des politiques néolibérales bien plus que du keynésianisme. Quand on aura défini des règles contraignantes pour assécher la spéculation et dynamiser la demande finale (indexation des salaires, réduction des écarts de revenus...), il s'effacera de lui-même (sous réserve qu'on empêche les politiciens de jouer alors sottement aux réductions d'impôts) . L'investissement privé alimentera le circuit en liquidité et l’État n'aura plus besoin de tenir à bout de bras la circulation monétaire.

Écrit par : J. Halpern | 28.07.2011

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