27.07.2011
L’énorme chèque en blanc de Nicolas Sarkozy au FESF
Effrayé par la publicité accordée au fait que la France s’est engagée à hauteur de 15 milliards d’euros supplémentaires pour le nouveau plan grec, le gouvernement tente de monter une ligne de défense assez habile mais malhonnête qui consiste à minorer l’engagement budgétaire de notre pays.
Une énième aide aux institutions financières
Pour présenter le nouveau plan d’aide aux créanciers de la Grèce aux Français, le gouvernement s’appuie sur un axe de communication assez habile. Le premier consiste à parler d’un plan d’aide à la Grèce. En effet, cela est plus positif que de parler de la réalité, à savoir un plan d’aide aux créanciers de la Grèce, à nouveau les institutions financières. Car sans plan d’aide, la Grèce ferait défaut et ce sont donc les créanciers qui se retrouveraient en difficulté…
En fait, il y a deux moyens de sortir la Grèce de son impasse. D’une part, le mécanisme actuel qui consiste à donner de l’argent à Athènes pour qu’elle honore ses créances. Dans ce cas, les institutions financières sont à peu près épargnées (pas totalement, grâce à l’action de l’Allemagne) et c’est la Grèce qui subit l’austérité et la mise sous tutelle. L’option du défaut aboutirait à l’inverse puisque ce sont les banques qui auraient alors besoin d’aide. Il est intéressant de constater que la solution choisie favorise outrageusement le système financier par rapport aux Etats et aux peuples…
Quand les Etats font du hors bilan
Le mécanisme européen d’aide est particulièrement intéressant également car il repose sur les mêmes mécanismes qui nous ont amené à la crise financière de 2008. En effet, pour éviter d’avoir à emprunter 440 milliards pour prêter aux pays en difficulté, les Etats européens ont mis en place un Fonds Européen de Stabilisation Financière. Ce fonds ne disposera que de 80 milliards d’euros en capital mais des garanties étatiques lui permettront d’en prêter 5,5 fois plus.
En clair, les Etats européens font comme les banques, à savoir qu’ils utilisent l’effet de levier en transformant 80 milliards en 440 et, mieux, arrivent à sortir cela de leur budget, un peu comme quand les banques font du hors-bilan, en déplaçant des éléments comptables en dehors de leur bilan. François Baroin est d’une malhonnêteté crasse quand il dit que ce n’est pas la France qui prête mais le FESF. Car le fonds européen n’est pas un tiers indépendant, ce fonds, c’est aussi nous.
Bref, alors que nous affrontons une crise des dettes souveraines, nous ajoutons un nouvel étage de dette ! Il est étonnant que si peu de monde s’en soit ému. Mieux, comme l’admet le ministre, ces engagements auront bien une conséquence comptable pour notre pays puisque la part de la France sera bien intégrée à notre dette publique. En outre, la France devra bien avancer sa quote-part du capital (les 80 milliards), soit un peu plus de 16 milliards (que nous devrons emprunter).
Le montant de la facture
Mais il y a une autre subtilité que j’ai découverte en étudiant les documents européens officiels. Pour prêter 440 milliards, le FESF demandait non seulement 80 milliards de capital, mais également une garantie (caution) des Etats à hauteur de 120% des prêts accordés (au cas où il y ait des défauts). En clair, si le FESF donne 440 milliards de prêts, la France est engagée non pas à hauteur de 89 milliards (sa quote-part théorique), mais à hauteur de 107 milliards.
Pire, au printemps 2011, lors de la finalisation de la mise en place du FESF, les marchés financiers ont obtenu que la garantie soit montée à 165% ! En effet, si la Grèce venait à faire défaut mais qu’un des pays qui s’étaient portés garants du FESF venait lui aussi à faire défaut (l’Italie par exemple), alors il serait possible de se retourner sur les autres pays à hauteur de 165% de leur quote-part. En clair, d’un seul coup, notre engagement est passé de 107 à 147 milliards !
Bref, comme la France couvre chaque prêt à hauteur de 165%, on peut dire aujourd’hui que le nouveau plan grec nous engage à hauteur de 25 milliards (15 milliards x 165%) ! En fait, même si mon papier de la fin de la semaine dernière était inexact sur les mécanismes, malheureusement, le montant des engagements de notre pays était sous-estimé puisqu’à date, la France va devoir verser 16 milliards et s’est déjà portée garante à hauteur d’environ 90 milliards en plus.
Et le gouvernement peut bien avancer que nous serons remboursés, comme le faisaient les banques qui émettaient les prêts subprimes, la majorité des économistes estiment que la Grèce ne remboursera jamais la totalité des prêts (le marché anticipe déjà un défaut de près de 50%). Autant dire que ces garanties ont malheureusement toutes les chances d’être activées et que nous devrons assumer une forte perte (qu’une comptabilité rigoureuse devrait déjà prendre en compte).
Bref, loin de la fable communiquée par le gouvernement, la France s’est lourdement engagée dans les plans d’aide aux créanciers. Certes, la majorité des sommes n’est pas exigible de suite, mais une partie l’est et nous allons sans doute perdre une grande partie de l’autre, qui nous sera alors réclamée…
11:05 Publié dans Actualités, Economie, Europe, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, fesf, grèce, françois baroin




Commentaires
Tout ça en pour financer une bonne part de la corruption en Grèce.
Je serais curieux de savoir quels moyens d'audit à mis en place l'UE concernant l'utilisation de cette aide par la Grèce.
Écrit par : olaf | 27.07.2011
Bonjour Laurent,
Dans tes calculs, pense à ajouter notre quote-part au FMI (4,94%)
Écrit par : Philippe Ségard | 27.07.2011
Que votre article me fait plaisir. Inlassablement je ressassais les mêmes arguments et me trouvais bien seul. Non nous n'avons pas sauvé la Grèce, oui nous avons sauvé les banques. Non il n'y a pas de miracle, les 350 milliards d'€ de dettes grecques ne seront remboursés au mieux qu'à la moitié, d'où une perte de 175Mds d'€ dont la France, vu son poids, assumera au moins le quart soit au bas mot 45Mds d'€, loin de la fable gouvernementale effectivement. Et comme vous le dites le plus scandaleux est que tout cela se soit fait sans aucun débat. Incroyable.
Écrit par : philippe888 | 27.07.2011
Ce n'est pas une camisole budgétaire qu'il lui faut, mais un sarcophage budgétaire.
Ensemble, luttons contre la récidive déficitaire
https://lh3.googleusercontent.com/_w88RRpa3IBU/Taqal7Mht0I/AAAAAAAACpY/0n-d9_J-LJ0/Sarko-camisole.jpg
Écrit par : Alf | 27.07.2011
C'est encore une cavalerie financière pour empêcher leur monde de s'effondrer mais ils ne font que retarder l'échéance et la rendre plus dramatique! La preuve est que Standard and Poor's vient encore de dégrader la note grecque : un pas en plus vers le précipice.
De plus les négociations sur le déficit US patinent ce qui n'est pas bon signe non plus, comme le dit Frédéric Lordon il faudra bientôt agrandir la porcherie des "PIIGS"!
Écrit par : cording | 27.07.2011
Ce qui s’est passé depuis jeudi est très clair : les investisseurs internationaux n’ont pas du tout été rassurés par le sommet européen.
En zone euro, les dominos vont continuer à tomber : l’Italie et l’Espagne sont les prochains dominos.
Jeudi 21 juillet 2011 : réunion des chefs d'Etat et de gouvernement européens.
Vendredi 22 juillet 2011 : les taux des obligations de l'Italie et de l'Espagne repartent à la hausse.
Lundi 25 juillet 2011 : les taux des obligations de l'Italie et de l'Espagne sont en hausse.
Mardi 26 juillet 2011 : les taux des obligations de l'Italie et de l'Espagne sont en hausse.
Mercredi 27 juillet 2011 : les taux des obligations de l’Italie et de l’Espagne sont en hausse.
Italie : les taux obligataires s'envolent.
Les taux obligataires italiens se sont de nouveau envolés mercredi 27 juillet lors de l'émission par le Trésor de 942 millions d'euros de titres à échéance dix ans, signe des inquiétudes persistantes des investisseurs, a annoncé la Banque d'Italie.
Le Trésor italien, qui a presque atteint le maximum prévu fixé à 1 milliard d'euros, a placé ces obligations à dix ans indexées sur l'inflation en zone euro à un taux de 4,07 %, contre 2,51 % lors de la dernière opération similaire le 27 mai 2011.
(Dépêche AFP)
Écrit par : BA | 27.07.2011
Lorsqu'il deviendra évident que l'Italie et l'Espagne ne pourront pas, du fait des taux d'intérêts trop hauts et de leur propre économie en récession, participer pour leur part au FESF, ce sera au tour de la France pour les mêmes motifs.
La "solidarité européenne" va participer à la dégradation de la note de la France et à l'augmentation des taux auxquels nous empruntons, pendant que l'UMPS prôneront toujours plus "d'économies" en oubliant que les économies sur les dépenses de solidarité font aussi des recettes en moins pour toutes les forces économiques de la nation.
Aujourd'hui on apprends que le chômage augmente: ne doutons pas un seul instant que cette évolution se poursuivra tant qu'on ne voudra pas une fois pour toute abandonner ce système mortifère d'interdiction de monétisation directe - au bénéfice de la collectivité - par les Banques Centrales.
Alors moi, je ne voterai que pour un candidat qui s'engagera fermement à rejeter, s'il est élu, l'article 123 de Lisbonne! http://engagement2012.wordpress.com/
Écrit par : A-J Holbecq | 27.07.2011
Merci d'essayer de mettre le projecteur sur ce petit détail. Franchement, cela m'a fait mal d'entendre le premier ministre tenté de banaliser le problème, entouré du pot de fleur Pécresse et de Baroin qui manquait visiblement de sommeil.
Un petit détail, je crois que tu oublies juste de signaler comment cela va être facile et pas cher d'emprunter réellement l'argent lorsque la Grèce jettera l'éponge, auprès des mêmes investisseurs pour lesquels nous nous portons caution aujourd'hui.
Céder 10% de PIB (10% de souveraineté) discrètement en plein mois de juillet sans que presque personne ne trouve à redire n'était pas simple. Ceux qui veulent que l'on consulte les prêteurs et pas seulement les électeurs doivent applaudir des 2 mains.
Écrit par : noeuddechaise | 27.07.2011
@A-J Holbecq
Moi je ne voterais que pour un candidat qui s'engagera pour la loi 3328 sur la démocratie directe. Je risque d'être aussi déçu que vous...
Écrit par : Alf | 27.07.2011
24 Types of Authoritarian
Type 24 : drunk on debt
http://jimbovard.com/blog/wp-content/uploads/2010/07/24types.jpg
Écrit par : Alf | 28.07.2011
du grand art !
on est sauvé
http://www.youtube.com/watch?v=Il4mCVEKGAo&feature=player_embedded
Écrit par : Alf | 28.07.2011
Tout est fait pour faire progresser le score de Le Pen aux présidentielles.
Écrit par : jardidi | 28.07.2011
du grand art !
on est sauvé
http://www.youtube.com/watch?v=Il4mCVEKGAo&feature=player_embedded
Écrit par : Alf | 28.07.2011
@A-J Holbecq
Vous êtes un vénard !
http://www.dailymotion.com/video/xdkb7t_melenchon-contre-la-loi-pompidou-ro_news
Écrit par : Alf | 28.07.2011
Jeudi 21 juillet 2011 : réunion des chefs d'Etat et de gouvernement européens.
Vendredi 22 juillet 2011 : les taux des obligations de l'Italie et de l'Espagne repartent à la hausse.
Lundi 25 juillet 2011 : les taux des obligations de l'Italie et de l'Espagne sont en hausse.
Mardi 26 juillet 2011 : les taux des obligations de l'Italie et de l'Espagne sont en hausse.
Mercredi 27 juillet 2011 : les taux des obligations de l’Italie et de l’Espagne sont en hausse.
Jeudi 28 juillet 2011 : les taux des obligations de l’Italie et de l’Espagne sont en hausse.
L'Italie a emprunté : pic de 11 ans du rendement d'une émission de 8 milliards d'euros.
Les coûts d'emprunt de l'Italie ont bondi jeudi lors d'une émission de près de huit milliards d'euros d'obligations, l'inquiétude entourant la solvabilité de la péninsule ayant poussé le rendement du papier italien à son plus haut depuis 11 ans.
Le rendement moyen de la dette italienne à dix ans a atteint 5,77 %, à son plus haut depuis février 2000, et non loin de son niveau record depuis la création de l'euro, de 5,81 %.
Le rendement des obligations à trois ans a bondi à 4,80 %, au plus haut depuis juillet 2008.
Aussitôt après l'adjudication, la prime exigée par les investisseurs pour détenir le papier italien à dix ans plutôt que son équivalent allemand, le Bund, s'est accrue à 3,31 points de pourcentage.
Parallèlement, la Bourse de Milan a creusé ses pertes, les investisseurs s'inquiétant de la capacité de l'Italie d'emprunter à des taux de plus en plus élevés.
"Ce ne sont pas des niveaux de rendement soutenables sur le long terme", estime Marc Ostwald, analyste obligataire pour Monument Securities, à Londres.
(Dépêche Reuters)
Écrit par : BA | 28.07.2011
Mr Pinsolle bonjour, puisque vous parlez de la dette, connaissez vous l'histoire des 3% du PIB? C'est une histoire à dormir debout, une chimère économique inventée pour faire plaisir à Mitterrand par deux fonctionnaires du Ministère des Finances, un soir sur un coin de bureau.
Si vous voulez la connaître, tapez sur Google:
"pourquoi le deficit à 3% du PIB est 100% française", vous trouverez les explications dans un texte publié par la Tribune, le 1er Octobre 2010. Salutations
Écrit par : MAX Claire | 29.07.2011
Article plaisant à lire.
Encore une fois vous apportez un éclairage différent .Les médias aux ordres ne servent pas la même soupe.
Dieu le fric règne en maître , à quand une destitution des agences , la mère lagaffe qui refusait d'entendre récession quand elle était sinistre de sarko vient de dire que la France doit s'y préparer .Un peu marre de ces financiers qui appauvrissent les peuples.
Écrit par : manu | 29.07.2011
@ Manu
Merci. De toutes les façons, la finance a tendance à s'auto-détruire. C'est ce qui arrivera quand les marchés monteront les taux sur la dettes souveraine d'un gros pays européen (Espagne ou plus sûrement Italie), il y aura défaut et on pourra alors reconstruire sur un champ de ruine un nouveau système où la finance sera au service de l'économie réelle et non une sangsue qui appauvrit tant de peuples.
@ Max Claire
Je connaissais l'histoire : je crois que Chevènement l'a raconté.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 29.07.2011
ferait défaut et ce sont donc les créanciers qui se retrouveraient en difficulté…
Écrit par : su deposu | 16.09.2011
L'inflation est un moyen pour l'état de réduire ses dettes, pas de les maintenir, et hop un ptit coup de planche à billet, vas-y que je t'enfume.
Écrit par : essay service | 29.09.2011
l'économie réelle et non une sangsue qui appauvrit tant de peuples.
Écrit par : sepetli vinç | 05.10.2011
ferait défaut et ce sont donc les créanciers qui se retrouveraient en difficulté…
Écrit par : dış cephe cam temizliği | 26.10.2011
l'économie réelle et non une sangsue qui appauvrit tant de peuples.
Écrit par : oriental rugs | 30.12.2011
Tout est fait pour faire progresser le score de Le Pen aux présidentielles.
Écrit par : como vender por internet | 30.12.2011
Le Pen quand elle passe devant les médias et dénoncent son programme économique absurde comme l'a fait Laurent Joffrin.
Écrit par : seo | 24.01.2012
Écrire un commentaire