30.07.2011
Jean-Jacques Rosa enterre l’euro
L’économiste libéral fait partie de ceux qui avaient combattu la création de l’euro dans les années 1990. L’histoire lui ayant donné raison, il propose une analyse des dysfonctionnements de l’euro et de sa sortie.
Une Zone Monétaire non Optimale
Il dénonce d’emblée cette « monnaie unique appliquée à des économies dissemblables », qui a privé « les économies nationales d’un amortisseur de crise essentiel dans les remous de la grande récession ». Il dénonce la logique soviétique qui consiste à « préconiser une fois de plus un renforcement de la politique de centralisation continentale qui est à l’origine même du désastre qui s’annonce » ainsi que le décalage entre les citoyens ordinaires et des élites cosmopolites et globalisées.
Dès 1998, l’auteur écrivait que « la création de la monnaie unique est la plus grave erreur économique commise par les gouvernements européens depuis les politiques déflationnistes » des années 1930. Il souligne qu’une « politique monétaire centralisée ne peut convenir à aucun des pays membres dont les conjonctures divergent habituellement, et ont continué à le faire depuis la création de l’euro ». Il envisage même « de belles années de prospérité de rattrapage après sa disparition ».
Il réaffirme que « les pays européens qui ont adhéré à l’euro ne font pas partie d’une zone monétaire optimale », du fait de l’absence de convergence macro-économique, de mobilité des travailleurs et de budget commun. Et il réfute une éventuelle convergence en s’appuyant sur les travaux de Paul Krugman, « qui a montré que l’intensification des échanges ne conduit pas à l’homogénéisation des activités économique sur un territoire donné, mais au contraire à la spécialisation ».
Ensuite, il conteste le fait qu’un Etat (européen) de très grande dimension serait plus efficace que des Etats plus petits, citant l’exemple de la Suède et de la Suisse pour montrer qu’une taille plus petite n’est pas un handicap. Pour lui « la politique monétaire unique freine ainsi les économies en récession et stimule les économies en surchauffe », provoquant des bulles comme en Irlande et en Espagne, pays qui étaient désarmés pour contenir les excès de leurs économies.
Pourquoi a-t-on fait l’euro ?
Jean-Jacques Rosa voit trois types de motivation à l’action politique : la poursuite de l’intérêt général, la simple volonté de puissance et la poursuite d’intérêts particuliers. Les deux derniers sont ceux qui ont présidé à la création de cet euro qui a permis aux principaux emprunteurs (Etats et système financier) de se financer à bon compte, avec des taux d’intérêt faibles. Et c’est pour cela que les Etats ont veillé à limiter l’inflation et les déficits tout en interdisant la monétisation.
Malheureusement, la baisse des taux a fini par permettre à quelques pays et à la plupart des banques d’emprunter plus que de raison, aboutissant à la crise de 2008. On note que les banques ne se sont pas forcément mieux comportées que les Etats… Au final, l’euro a favorisé les mauvais comportements et « les freins du Pacte de Stabilité n’ont pas tenu longtemps sous la pression de la crise, dans des économies privées de politiques monétaires adéquates ».
Il dénonce les prédictions apocalyptiques en cas de sortie de l’euro en soulignant que Londres avait fortement profité de sa sortie du SME en 1992. Pour lui, il s’agit « d’une ultime ligne de défense, destinée à interdire toute remise en cause de l’euro, alors que ses défenseurs ont épuisé tous leurs arguments précédents, qui ont été, tour à tour, radicalement démentis par l’expérience ». Il souligne que le gonflement de la dette serait limité et qu’au pire, l’option du défaut reste possible.
Pour lui, « la dévaluation du franc pourrait être faible ou nulle », notamment si notre sortie fait baisser le cours de l’euro monnaie commune. Il conclut par un éloge de la décentralisation et souligne les inconvénients de la centralisation européenne, qui favorise les lobbys et dégrade la démocratie. Jean-Jacques Rosa se montre optimiste sur les conséquences d’une fin de la monnaie unique, qui revitalisera la vie démocratique et l’économie, appelant à un nouveau 1958.
Ce petit livre, à moins de 60 anciens francs (en attendant le nouveau nouveau franc), est sans doute la meilleure synthèse des arguments économiques en faveur de la sortie de l’euro. Un complément parfait au livre plus politique de Nicolas Dupont-Aignan sur « L’arnaque du siècle ».
Source : Jean-Jacques Rosa, « L’euro, comment s’en débarrasser », Grasset
10:50 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Economie, Europe, Livres | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : jean-jacques rosa, euro, zone monétaire optimale, paul krugman, nicolas dupont-aignan




Commentaires
@Laurent
Voilà un article qui commence bien (ça donne presque envie d'être aimable) qui continu bien et fini bien.
@Laurent:"Paul Krugman, « qui a montré que l’intensification des échanges ne conduit pas à l’homogénéisation des activités économique sur un territoire donné, mais au contraire à la spécialisation »."
Excellent argument, l'on rabâche l'inverse en fac. Comme les individus, les entreprises travaillant ensemble se regroupent par zones géographiques. On en tire logiquement des conclusions qui ne vont pas dans le sens de l'interdiction des délocalisations (normal Krugman défend le libre échange)...
@:"« la politique monétaire unique freine ainsi les économies en récession et stimule les économies en surchauffe »"
Clap ! clap clap !
@"Les deux derniers sont ceux qui ont présidé à la création de cet euro qui a permis aux principaux emprunteurs (Etats et système financier) de se financer à bon compte, avec des taux d’intérêt faibles"
Clap ! clap clap !
@:"Et c’est pour cela que les Etats ont veillé à limiter l’inflation et les déficits tout en interdisant la monétisation."
... interprétation hâtive, ça vient de toi ça. les taux d’intérêts faibles conduisent "ceteris paribus" à de l'inflation qui est tout sauf inexistante dans la zone euro. c'est le double effet kissCool pour les états.
@"Il conclut par un éloge de la décentralisation et souligne les inconvénients de la centralisation européenne, qui favorise les lobbys et dégrade la démocratie."
Milles bravos !
Écrit par : Alf | 30.07.2011
Ceux qui ont décidé l'euro, mis en place l'euro, et le maintiennent, devront rendre des comptes. Chacun de ceux qui ont pris ces décisions devront rendre compte à leur peuple. Un tel niveau d'incompétence politique ne peut rester sans sanctions. Et dire que tous ces individus péremptoires - confer ces inénarrables économistes qui seraient tous superbes dans une pièce de Molière - nous font la morale depuis 10 ans avec leur monnaie unique. Des baltringues internationaux, pompeux et ridicules ; voilà bien de pauvres palotins mononeurones actionnant la pompe à phynance par le saint euro. Que l'on convoque devant le parlement tous ces précieux amis de la Banque. Mais qsue va t-on faire de l'encombrant ridicule de tous ces Laoccoon d'opérette ? Où va-t-on mettre leur dérisoire, et toutes ces tonnes de certitudes, de bêtises ? Voilà le syndrome de Mir-Paco qui se profile. Organisons un apéro des survivants à la fin de l'Euro.
Écrit par : Terence | 30.07.2011
Pour ceux qui ne l’auraient pas vue, la dernière (3 semaines) de Nigel Farage vice président du groupe Europe libertés et démocratie au parlement Européen ( http://www.efdgroup.eu/ )
http://www.youtube.com/watch?v=gS2BHC8mmRs
Écrit par : Alf | 31.07.2011
Un excellent texte de J-J Rosa sur démocratie, économie et décentralisation. Trouvé sur le blog d'Etienne Chouard.
Le référendum sur le traité constitutionnel européen :
L’arithmétique de la démocratie
Ou les conséquences démocratiques de la dimension des nations
16 mai 2005
Jean-Jacques Rosa
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Ressources_UPCPA/ArithmetiqueDemocratie_JCRosa.pdf
Écrit par : Alf | 31.07.2011
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