05.08.2011

La crise ne prend pas de vacances

Pendant que Christine Lagarde est renvoyée devant une commission d’enquête nous assistons à un krach financier inédit en été qui pourrait bien provoquer une grave rechute économique.

Les attentes contradictoires des marchés

Hier, le CAC 40 a baissé pour le 9ème jour d’affilé, du jamais vu depuis 2002. Rien n’y fait, ni l’illusoire plan européen du 21 juillet, ni même l’accord de dernière minute aux Etats-Unis sur le redressement du plafond de la dette en début de semaine. Ces deux accords ne règlent pas grand chose, comme le soulignent Hervé Nathan ou Gérard Filoche et contrairement aux dires du patron de la BNP. Nous voyons bien aujourd’hui que rien n’a été fait pour l’Espagne et l’Italie…

Aux Etats-Unis, l’accord est a minima puisqu’il faudra de nouveau relever le plafond début 2013. Mais surtout, les marchés sont pris d’une inquiétude pour une fois légitime. Tout d’abord, ils craignent le non remboursement des dettes souveraines en forte progression depuis deux ans, propulsant les taux d’intérêt à des niveaux insoutenables pour certains Etats. L’Espagne et l’Italie sont les nouvelles victimes de ce jeu de massacre après la Grèce, l’Irlande et le Portugal.

Du coup, la plupart des Etats mènent des politiques d’austérité sauvages visant à rééquilibrer le plus rapidement possible leurs finances publiques. Mais il est bien évident que la contraction des dépenses et la hausse des impôts va pénaliser une croissance pourtant déjà pâlichonne, comme l’ont illustré les derniers chiffres de la croissance outre-Atlantique. Les marchés veulent donc à la fois l’austérité et plus de croissance, ce qui est malheureusement totalement impossible.

L’euro dans le triangle des Bermudes de la finance

Si cette contradiction est valable pour tous les pays dits développés, elle touche plus particulièrement la zone euro. Pour l’instant en effet, il n’y a pas de défiance à l’égard des bons du Trésor britannique ou étasunien. Il faut dire que, comme l’avait montré Paul Krugman, ces pays jouent sur la valeur de leur monnaie pour soutenir leur économie. Du coup, l’attention des marchés se concentre sur la zone euro, pénalisée par la cherté de l’euro et ses contradictions internes.

En effet, l’Europe est bien le maillon faible de l’économie mondiale. C’est la partie du monde qui a connu la plus faible croissance du monde depuis dix ans avec le Japon (protégé par le fait de ne pas dépendre de l’étranger pour financer sa dette). La cherté de l’euro est en cause, tant elle pénalise les industriels de la zone. Mais en plus, le fait d’avoir une monnaie unique dans une zone aussi hétérogène crée de nombreux cercles vicieux qui ne peuvent pas être réglés et pourrissent avec le temps.

En effet, comment ne pas voir que les pays « aidés » sont dans une impasse ? Et quel pourrait être le modèle de croissance de l’Espagne ou l’Italie ? L’attaque des marchés est bien sûr excessive car les fondamentaux de ces pays n’ont pas changé et le déficit de l’Italie était l’un des plus faibles de la zone euro en 2010 (4.5%), mais l’absence de stratégie crédible à long terme dans le cadre de la monnaie unique créé une nervosité qui pourrait bien mener au chaos.

Malgré tout, des lignes de défense existent : la BCE avale son chapeau et achète les titres de l’Espagne et l’Italie pour réduire la pression sur les taux. Mais nous sommes rentrés dans une zone extrêmement dangereuse qui pourrait nous mener à une très grave crise économique 

Commentaires

J'avais cru comprendre que le comportement actuel de la BCE ( dont le Directeur Général, Jean-Claude Trichet, est encore plus compromis avec Bernard Tapie que Madame Lagarde ) viole un certain nombre de traités européens ?

Écrit par : Sancelrien | 05.08.2011

@ Sancelrien
il y a un bout de temps que les traités européens sont allégrement bafoués pour sauver à tout prix l'enfant chéri de toutes les oligarchies de l'UE : l'Euro!

Écrit par : cording | 05.08.2011

l'oligarchie sait bien que dés que l'euro va tomber cela va être le sauve qui peut dans l'ue et que des comptes vont être demandés c'est pour cela qu'ils sont prêt a tout pour sauver leurs petits privilèges

Écrit par : p lamy | 05.08.2011

@ Sancelrien

Très juste : la BCE n'a théoriquement pas le droit d'acheter des titres (c'est indiqué dans les traités)...

@ Cording et P Lamy

Très juste.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.08.2011

@LP et Sancelrien

Attention, ce n'est pas aussi clair (ce qui permets à la BCE de ne pas se retrouver "hors la loi"):

// 1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées "banques centrales nationales", d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.//

C'est bien l'acquisition *directe* des obligations (instruments de la dette) qui est interdite .. pas le "rachat" (qui est une acquisition *indirecte*)

Écrit par : A-J Holbecq | 05.08.2011

Vous avez fait vos réserves d'or chez vous ?

Écrit par : GAIA | 05.08.2011

Il semblerait que la prophétie se réalise enfin et plus vite que prévue!

Maintenant, comme nous le prédisaient les "sauveurs de l'euro", j'attend les nouvelles plaies d'Egypte!!!

Écrit par : guillaume | 05.08.2011

@LP et A-J Holbecq

Alors si la BCE ne viole pas la lettre des traités elle en viole l'esprit. Cela ne m'étonne pas de Monsieur Jean-Claude Trichet qui, si je m'en souviens bien, était sous le coup d'une mise en examen quand il a quitté la France précipitamment pour aider à la construction de l'Europe.

Écrit par : Sancelrien | 05.08.2011

ça c'est quand même une belle reprise keynésienne !
http://img10.imageshack.us/img10/7439/reprisekeyneshahaha.png

c'est là que l'on vois qu'imprimer des billets, ça va aider les gens à bouffer chaque jour.

Non seulement on va se la prendre la baffe mais avec un paquet de dettes en plus, merci aux politiciens.

Écrit par : Alf | 05.08.2011

La BCE va acheter des obligations italiennes à partir de lundi.

La Banque centrale européenne (BCE) est d’accord pour commencer à acheter des obligations d’Etat italiennes à partir de lundi en échange de l’engagement du gouvernement italien à accélérer la réduction des déficits, a annoncé vendredi un ministre italien.

« Tout le monde craint que nos obligations ne deviennent des bouts de papier sans valeur mais avec le retour à l’équilibre budgétaire un an plus tôt que prévu, la BCE a garanti qu’à partir de lundi elle achèterait nos obligations », a déclaré aux journalistes le ministre des réformes institutionnelles Umberto Bossi.

« Pour nous, c’est une solution, une garantie », a déclaré M. Bossi, qui est aussi le chef de la Ligue du Nord, principal allié du Premier ministre Silvio Berlusconi au sein de la coalition gouvernementale de centre droit.

« Nous avons absolument besoin de ces obligations parce que si nous n’arrivons pas à les vendre nous ne pourrons pas payer les retraites ou la santé, c’est donc une obligation pour nous », a-t-il ajouté.

http://www.romandie.com/news/n/_La_BCE_va_acheter_des_obligations_italiennes_a_partir_de_lundi_050820112308.asp

Écrit par : BA | 06.08.2011

"nous ne pourrons pas payer les retraites ou la santé"

hoho c'est pas en France que ça arrivera ça ! nous avons le meilleur système que tous ce secteur de la galaxie nous envie !

ya que les ricains et les ritales pour faire faillite.

Écrit par : Alf | 06.08.2011

@ Alf | 05.08.2011
Je ne vois pas trop le rapport entre le schéma des cours de bourse et une soi disant reprise keynésienne.
D'ailleurs ce qui a été fait partout n'a rien à voir avec une relance keynésienne qui aurait consisté à utiliser les créations monétaire pour lancer (et effectuer) des grands projets collectifs ... ici on s'est contenté de gaver les banques http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=59468

Écrit par : A-J Holbecq | 06.08.2011

@ A-J H

Merci pour ces précisions. La situation est très tendue...

@ BA

Merci pour les informations.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 06.08.2011

Aparté: le lien "Antidote" ne fonctionne plus.

Écrit par : jardidi | 06.08.2011

@A-J Holbecq
A ben non
En france comme aux US on a aussi gavé les transports publiques, le BTP, l'automobile, la "recherche", et autres grenelles pour "investir", etc.

J'avais 90% de prof keynésiens (du demi marxiste au soc-dem) en fac, c'est exactement le type de mesures proposées. Goinfrer les politiquement forts pour faire des trucs visibles pour les élections.


Bon tout le monde est au courant USAA+

Écrit par : Alf | 06.08.2011

"Les marchés veulent donc à la fois l’austérité et plus de croissance, ce qui est malheureusement totalement impossible."


Là vous dites n'importe quoi. Les USA après guerre sont passés de leurs économie de guerre à une économie plus conventionnelles ( donc coupe dans les budgets drastiques) et avec de la croissance.

Pareillement qu'il peut exister croissance sans inflation.


Je ne sais pas iu vous avez inventés cela -_-


Par ailleurs si krach il doit y avoir ( et il y aura) le plus tôt sera le mieux, là on ne fait qu'amplifier le problème en gâchant par dessus tout des centaines de milliards. Il vaut mieux repartir sur des bases saines et gravir la pente, que de se reposer sur un château de carte.

Écrit par : Gaulliste Social | 07.08.2011

@ Gaulliste social

Dans la situation actuelle, je persiste, l'austérité affaiblit la croissance. The Economist a publié récemment des études issues du FMI sur les phases de réduction des déficits budgétaires et la conclusion est sans appel : il y a un effet négatif sur la croissance.

Le cas des Etats-Unis après la Seconde Guerre Mondiale était tout de même un peu atypique...

Bien sûr, il peut y avoir de la croissance sans inflation, même si je crois que trop peu d'inflation peut avoir un effet négatif sur la croissance.

En revanche, d'accord sur le krach. Le mieux serait que la situation soit le plus rapidement apurée.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 07.08.2011

La BCE a encore de grosses marges de manœuvres de rachat de dettes publiques italienne et espagnole.
Mais les allemands l'accepteront-ils ?
Réponse sans doute lundi.

Écrit par : A-J Holbecq | 07.08.2011

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