18.08.2011

L’arnaque de la privatisation de la création de la monnaie

Après avoir posé les enjeux du débat monétaire, André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder en viennent plus particulièrement à la question de la création monétaire et de la dette publique.

Remettre en perspective notre endettement

Les auteurs soulignent de manière intéressante le choix du terme « service » de la dette en lieu et place du terme « intérêt ». Ils critiquent le catastrophisme des opposants de tout bord à la dette publique en soulignant plusieurs points importants. Tout d’abord, ils soulignent la myopie de leur analyse, qui oublie de prendre en compte le patrimoine de l’Etat. En effet, l’analyse de la situation financière de quiconque impose d’avoir une vue globale et comparative.

Or, un tel examen (déjà évoqué ici) donne une autre perspective, qui explique pourquoi notre pays conserve son AAA. Tout d’abord, notre endettement brut est dans la moyenne. Ensuite, notre pays a davantage d’actifs que les autres. Fin 2009, le solde entre les actifs et les dettes des administrations publiques était positif de plus de 400 milliards d’euros. Et si on prend uniquement en compte les actifs financiers, notre dette nette était de 44% du PIB, contre 58% dans la zone euro…

Le vrai problème

Les auteurs déplace alors le débat : « ce qui est immodéré dans la dette, c’est moins son montant (lequel a permis la création de richesse) que la part des intérêts dans ce montant ». Et cela est d’autant plus vrai que le privilège de la création de monnaie, bien collectif, a été abandonné aux banques commerciales. Les auteurs réalisent alors le fameux calcul qui commence à s’imposer dans le débat public et qui remet quelques idées en place sur les implications de la loi de 1973.

De 1979 à 2009, la dette publique est passée de 240 à 1490 milliards d’euros (de 21 à 78% du PIB), soit une augmentation de 1250 milliards. Entre temps, nous avons payé pour 1340 milliards d’euros d’intérêt. En clair, depuis 30 ans, l’augmentation de la dette publique est plus qu’intégralement la conséquence du paiement d’intérêts. Dès lors, comme en monétisant un pays n’a pas à payer d’intérêt, cela pose clairement la question de cette privatisation de la création monétaire.

En outre, tout ceci pose de nombreux problèmes. Tout d’abord, cela rend les Etats dépendants des marchés (alors qu’aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon, la monétisation est courante). Et cela limite considérablement les moyens de financement des Etats à un moment de chômage de masse et de défi écologique. Ils dénoncent également « la tendance actuelle (…) à amputer les ressources publiques, ce qui implique de transférer sur le privé, petit à petit tous les services ».

Comment s’en sortir ?

Les auteurs exhument une belle citation de Tocqueville : « préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous ». En fait, le débat est ancien : il a eu lieu le 22 juillet 1981 à l’Assemblée Nationale quand une quarantaine de députés ont défendu un projet de loi qui aurait permis à nouveau de mettre la création monétaire au service de la collectivité.

Les auteurs citent également Maurice Allais pour qui « tout création monétaire doit relever de l’Etat et de l’Etat seul » et qui assimilaient les banques commerciales à des « faux-monnayeurs ». Le « prix Nobel d’économie » était favorable à des taux de change fixes et révisables, un équilibre des balances des paiements, l’interdiction de la spéculation pour les banques.

Ils proposent une banque centrale indépendante, seule créatrice de la monnaie (qui ne peut être qu’un bien collectif), un budget de fonctionnement de l’Etat équilibré excepté en période de récession économique ainsi qu’une séparation des banques privées en trois types : les banques de dépôts, les banques de prêts et les banques d’affaires. Ils évoquent la proposition de 1995 de Jean-Marcel Jeanneney « d’émettre de la monnaie ex nihilo pour sortir notre économie de son anémie ».

La privatisation de la création monétaire est un accident de notre histoire économique. Mais il est encore plus incroyable que les Etats d’Europe continentale ait renoncé à son émission publique. Merci aux auteurs pour ce livre qui éclaire d’une perspective stimulante un des débats du moment.

Source : « La dette publique, une affaire rentable », A-J Holbecq et P Derudder, Editions Yves Michel

Commentaires

Merci Laurent de rappeler l’arnaque de la privatisation de la création de la monnaie.
Je voudrais rappeler aussi ce qu'écrivait déjà Ricardo il y a 200 ans: « Dans le cas de la création monétaire l’avantage serait toujours pour ceux qui émettraient la monnaie de crédit ; et comme le gouvernement représente la nation, la nation aurait épargné l’impôt, si elle, et non la banque, avait fait elle-même l’émission de cette monnaie… Le public aurait un intérêt direct à ce que ce fût l’État, et non la banque, qui fît cette émission ».

Enfin, souvenons nous que les soldes primaires (sans intérêts) des budgets des Administrations publiques sont sensiblement en équilibre moyen sur la période 1980 – 2008.

Écrit par : A-J Holbecq | 18.08.2011

A mon sens l'endettement des états a pour objet la privatisation du monde. En effet, pour rembourser leurs dettes, si la création monétaire est laissée aux banques commerciales, les états devront vendre leur patrimoine, ce qui est déjà engagé par les diverses privatisations.
Il devient évident que le transfert de la création monétaire avait cet objectif.
Ce qui est scandaleux c'est que nos élus de droite comme de gauche sont complices de cette escroquerie ainsi que la presse qui n'en parle pas alors que la situation actuelle devrait mettre ce sujet au devant de l'actualité.

Écrit par : sereG | 19.08.2011

@SerecG

Oui, et c'est déjà largement commencé (voir l'évolution des différents patrimoines des administrations publiques : http://wp.me/pzMIs-jv )

Écrit par : A-J Holbecq | 19.08.2011

@Laurent:"Dès lors, comme en monétisant un pays n’a pas à payer d’intérêt, cela pose clairement la question de cette privatisation de la création monétaire."

A ben si c'est gratuit, on est heureux pour le "pays", j'envie vraiment au socialiste la capacité à tout rendre gratuit, mieux que la multiplication des pains !

A moins qu'ils ne sachent pas compter (sauf pour voler les autres) c'est une autre hypothèse. Pour quelqu'un qui sort d'une école de commerce, c'est ennuyeux...


@:"Et cela est d’autant plus vrai que le privilège de la création de monnaie, bien collectif, a été abandonné aux banques commerciales."

n'importe quoi !

La création monétaire n'est pas un privilège, tu le fait à chaque fois que tu rédige une promesse de dette, voir même une promesse tout court.

Là monnaie, ça n'existe pas, il n'y a que des biens ayant plus ou moins des caractéristiques monétaires (les cigarettes dans les camps), la fongibilité, la liquidité, la divisibilité, le maintient de sa valeur dans l'espace et dans temps, caractéristiques que les gouvernements on minutieusement détruites par le nationalisme monétaire (limite géographique) et le recourt à l'inflation (dépréciation continue détruisant l’épargne) en remplaçant les métaux par du papier n'ayant en garantie que des promesses électorales...

LE PRIVILÈGE, c'est de ne pas être juridiquement responsable des dettes aux quelles on s’engage (gouvernements et dans une moindre mesure les sociétés à responsabilité limitées).


@"une séparation des banques privées en trois types : les banques de dépôts, les banques de prêts et les banques d’affaires. Ils évoquent la proposition de 1995 de Jean-Marcel Jeanneney"

Ce type de mesure à prouvé son inefficacité comme toute les réglementations qui ne cessent de s'ajouter les unes aux autres et de détruire la RESPONSABILITÉ des banquiers (dirigeants et actionnaires) depuis 150 ans au moins.

Mais bon, quand on à la vanité de se croire omniscient au point d'être capable de planifier et d'ordonner la vie de tous les autres, il n'y a plus de limites aux foutaises.

Écrit par : Alf | 20.08.2011

@ SereG

Complètement d'accord sur le résultat mais je ne suis pas sûr quand même que ce soit l'objectif de tout le monde (ce n'est pas celui du PS a priori quand même).

@ Alf

Aujourd'hui, les banques privées créent autant de monnaie qu'elles veulent et on a vu le résultat en 2001 et en 2007-8.

La séparation des banques auraient prouvé son inefficacité. Bizarre, le grand krach financier de 2007-8 (le plus important depuis 1929, déjà du à l'anarchie financière) s'est justement produit peu de temps après la fin du Glass Steagall Act. C'est plutôt la déréglementation qui a démontré son échec.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 20.08.2011

Laurent Pinsolle
Au risque de vous décevoir dans vos illusions, mais c'est sous le PS en France avec Mitterand et l'Europe sous jacques Delors que s'est mise en place la libéralisation dans tous ses aspects. souvenez vous que c'est au nom de la libre circulation des produits, imposée par la commission présidée par Delors, que la France a continué d'importer les poudres de viandes contaminées d' Angleterre. C'est sous la "gauche" que s'est imposée la libre circulation des capitaux.
Ma conviction, c'est que droite et gauche se partage le discours politique de façon organisée pour occuper tout l'espace du débat publique rejetant tous les autres dans "l'extrémisme". Alors que dans les faits leurs programmes sont très semblables. Autrement dit notre démocratie à la couleur de la démocratie, mais dans les faits est une dictature politico financière. La caricature est la personnalité que la PS présentait comme le meilleurs parmi les meilleurs et qui lors de la précédente primaire présentait son programme par, première ment le social, deuxièmement le social, troisièmement le social.
Droite et gauche sont à la solde de l'oligarchie financière

Écrit par : sergeG | 21.08.2011

@Laurent:"Aujourd'hui, les banques privées créent autant de monnaie qu'elles veulent et on a vu le résultat en 2001 et en 2007-8."

Encore votre racisme anti-privé, vous avez du mal à vous mettre dans le crâne qu'il faut dans notre système TROIS ACTEURS pour créer de la monnaie
-Banque centrale
-Banque de second rang (ex: la banque postale)
-Emprunteur
CHACUN de ces 3 peut être privé OU publique OU mixe et le second est complaisamment complice du premier (le parcourt de Daniel BOUTON en est une illustration caricatural).

Enlevez (ou bridez) n'importe le quel des trois, (presque) aucun euro ne sera créé, cette vérité vous emmerde et donc vous la rejetez de la manière la plus idéologique qui soit.


@:"La séparation des banques auraient prouvé son inefficacité. Bizarre, le grand krach financier de 2007-8 (le plus important depuis 1929, déjà du à l'anarchie financière) s'est justement produit peu de temps après la fin du Glass Steagall Act. C'est plutôt la déréglementation qui a démontré son échec."


Les cracks on recommencé tous les 5-7 ans dé 1973 (mis complaisamment sur le dos des arabes), juste aprés la fin de BWood au cas ou il faudrait vous rafraichir la mémoire.

Le G.S Act n'a pas empêché la faillite massive des caisses d'épargne américaines (saving & loans en 1988).
Le modèle Suisse s'est toujours construit selon le modèle de banque universelle et est perçu comme le plus sur du monde (je ne préjuge pas de l'avenir puisqu'ils ont abandonné l'or ils le payeront un jour)

Vous vous contentez d'une corrélation approximative puisque vous êtes incapable d'expliquer le lien économique entre vos déréglementations pléthoriques et crack. Ni en quoi les réglementations que vous proposez vont les empêcher à l'avenir. Et pour cause, seul la responsabilité des banquier empêche les prises de risques excessif. Choses que vous vous évertuer à détruire avec la fiscalité, la BC et la réglementation stupide.

Écrit par : Alf | 21.08.2011

@ SergeG

C'est juste, le PS est au moins aussi responsable que la droite de la déréglementation (cf directive Delors-Lamy sur la libéralisation des mouvements de capitaux). Disons que je pense qu'ils le font peut-etre plus par paresse intellectuelle et conformisme...

@ Alf

Un papier sur les causes de la crise :

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009/02/10/la-crise-de-l-anarchie-neoliberale.html

Non, une banque de second rang n'a pas besoin de la banque centrale pour créer de la monnaie. Et ne me dites pas qu'elle emprunte à la BC pour créer de la monnaie car, avant la crise, le bilan de la BCE représentait environ 10% de M3, qui ne représente même pas tous les emprunts, loin de là. Le bilan des banques européennes était 20 à 30 fois supérieur au bilan de la BCE...

En outre, il y a une asymétrie terrible entre les banques et les emprunteurs, comme l'a bien montré avec la bulle des subprimes. Ce sont les innovations financières (titrisation, CDS...) et l'utilisation de l'effet de levier qui a permis aux banques de prêter n'importe comment à des clients dont elles auraient du savoir qu'ils n'étaient pas solvables (à moins que les arbres du prix de l'immobilier montent jusqu'au ciel). Tout cela a été rendu possible par la libéralisation de la finance.

Les krachs financiers sont devenus de plus en plus fréquents et violents depuis la libéralisation des années 1980 tout de même.

Vous pourriez au moins admettre que les marchés ne sont pas toujours parfaits. Qui est le plus dogmatique ?

Écrit par : Laurent Pinsolle | 21.08.2011

@Laurent:"Et ne me dites pas qu'elle emprunte à la BC pour créer de la monnaie car..."

Mais évidement, c'est la règle de fonctionnement donnée par la loi !!!

Que le ratio soit 1 pour 1, 1 pour 10 ou 1 pour 100 ou variable selon la nature des capitaux propres, c'est une autre histoire, mais il faut toujours emprunter de la monnaie BC pour faire un crédit.
S'il n'y avait pas cette contrainte pour limiter la masse monétaire (tout en maintenant l'interdiction des métaux comme contrepartie) le système s'écroulerait instantanément sous la masse de crédit créée sans limite.


@Laurent:"Ce sont les innovations financières (titrisation, CDS...) et l'utilisation de l'effet de levier qui a permis aux banques de prêter n'importe comment à des clients...Tout cela a été rendu possible par la libéralisation de la finance."

Si vous appelez libéralisation quelque chose qui donne le droit de tout faire sans en être responsable sur ses biens propres, avec un prix maxi fixé par l'administration et des dizaines de milliers de pages de réglementations, forcément, on ne parle pas de la même chose.

Libéralisation, ça veut dire, installation libre, statuts libres, contrepartie monétaire libre (or, argent,...), émission libre, responsabilité illimitée des dirigeants et actionnaires sur leurs biens propres, donc comme en France sur la période 1796-1803.
http://ami.du.laissez-faire.eu/_nataf1.php5

Si vous lisez les 16 pages de "MISE EN PLACE DU DECOR" de ce que je vous est envoyé, vous aurez une idée de ce que sont les périodes de stabilité en matière de législation bancaire ...

Les cracks sont plus fréquents chaque siècle selon le recensement de wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_crises_mon%C3%A9taires_et_financi%C3%A8res

18e : 3 (banque de Law, 1ere BC US, BC d'angleterre,...)
19e : 11 (les BC se renforcent tout particulièrement à partir de 1870 dans le monde)
20e : 21 (malgré l’accalmie de BWood, derniére banque libre canada dans l'entre 2 guerres)
21e : 9 ... to be continued

Écrit par : Alf | 22.08.2011

Alf

La liberté des uns doit s’arrêter ou commence celle des autres.
A la lecture de vos commentaires la libéralisation ne doit mettre aucune limite à la liberté de certains, ce qui est l'expression des dictatures.
La responsabilité des financiers telle que vous la voyez est irréalistes. Nous le constatons, ce sont les états qui sont obligés de sauver les banques en dérive.
La création monétaire doit relever des banques centrales elles mêmes contrôler par la démocratie.
Les banques commerciales, comme tout commerce ne doivent pouvoir vendre ou louer que ce dont elles disposent. soit en s'approvisionnant auprès des banques centrales soit auprès des déposants.
A défaut de règles, c'est la loi de la jungle.

Écrit par : sergeG | 22.08.2011

@ SergeG

Je partage complètement votre commentaire.

@ Alf

Mais non, il ne faut pas toujours emprunter de la monnaie BC pour prêter, même avec des ratios. Le bilan de la BCE n'a absolument pas suivi la très forte croissance de la masse monétaire en zone euro jusqu'au krach de 2008. Les banques commerciales peuvent créer de la monnaie à peu près comme elles le veulent.

Je persiste, il y a eu libéralisation des pratiques financières à partir des années 1980, dont de nombreux économistes tant libéraux que keynésiens affirment qu'elles sont à la racine de la crise actuelle.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 22.08.2011

@Laurent:"Mais non, il ne faut pas toujours emprunter de la monnaie BC pour prêter, même avec des ratios."


Il y a forcément une erreur d'interprétation de votre part sur les document que vous avez lu.

Pour un crédit en EURO il faut emprunter la base monétaire correspondantes en EURO, à la BC à une autre banque ou même au père noël, au moins pour répondre aux demandes de billets si ce n'est pour les réglementations.

Sinon, vous parlez d'autre chose, de créances, de produits dérivées de tricheries sur les ratios, de prêts directs de la BC à des pays ou des établissements, de je ne sais quoi, mais pas, de création monétaire au sens d'un système monétaire avec BC.

Écrit par : Alf | 22.08.2011

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