05.09.2011
Morad El Hattab décrit l’impasse de l’Europe
Le quatrième intérêt de la « La vérité sur la crise » de Morad el Hattab et Irving Silverschmidt réside clairement dans son analyse de la crise de l’Europe. Bien qu’écrit il y a un an, leur propos n’a pas pris une ride. Mieux, la véracité stupéfiante de leurs prédictions leur donne une sacrée crédibilité.
Un autre regard sur l’austérité et les dettes publiques
Les auteurs remettent en perspective les débats sur la dette par de nombreux exemples historiques : en 1820 et en 1945, la Grande-Bretagne était endettée à hauteur de 240% de son PIB (après être tombée à 40% en 1910). Les Etats-Unis sortent de la Seconde Guerre mondiale avec une dette de 108% du PIB (et des recettes fiscales alors nettement moins importantes). Et la dette de la France a culminé à 150% du PIB dans l’entre deux guerres, comme le rapporte même Jacques Attali.
Les auteurs reviennent sur les plans du FMI dans les pays de l’Est fin 2008. En Hongrie, les fonctionnaires ont perdu leur 13ème mois et leurs primes. En Roumanie, les salaires des fonctionnaires ont baissé de 25%, les retraites de 15% et 140 000 fonctionnaires ont été licenciés. En Lettonie, la réduction des dépenses budgétaires dépasse 7% du PIB et les salaires du secteur public ont baissé de 20%. En Estonie, la potion a été encore plus amère, mais l’impôt sur les sociétés est resté à 16%...
Ils modèrent également les interventions de la BCE pour racheter les dettes souveraines des pays en difficulté en soulignant qu’elle stérilise automatiquement des sommes équivalentes en empruntant aux banques pour ne pas procéder à de la création monétaire, au contraire de la Fed. Ils soulignent « que le plan de sauvetage n’est pas destiné aux pays mais à leurs banques créancières ». Ils expliquent dans le détail les manipulations orchestrées par Goldman Sachs sur la dette grecque.
Ils notent que l’Argentine a fait défaut avec une dette publique de 63% du PIB (remboursée à 34%...). Ils concluent en disant que « les problèmes de dettes publiques sont certainement des problèmes très sérieux et il ne faut point les prendre à la légère, mais, outre que les dettes passées étaient plus élevées sans détruire la confiance des investisseurs, il faut tenir le plus grand compte de l’état des économies. Pour la France, la désindustrialisation en cours représente la vraie menace mortelle ».
L’impasse européenne
Ils citent un rapport qui chiffre à 2 millions la perte d’emplois industriels de 1980 à 2007, dont 500 000 dus à l’externalisation. Pour eux, « 45% des suppressions d’emplois seraient la conséquence de la mondialisation ». Puis ils évoquent l’euro, qui, s’il a apporté la stabilité monétaire et des taux d’intérêt modérés pendant un temps, se « paie avec la disparition de la variable monétaire, qui, en cas de crise apporte une souplesse parfois bienvenue pour amortir les chocs économiques ».
Les auteurs se demandent : « peut-on se contenter de la sévère punition des cigales ? Cela peut-il suffire pour rétablir les finances publiques ? ». Ils pointent la responsabilité des surplus commerciaux allemands (70% de la croissance du pays depuis 10 ans, la part de marché de l’Allemagne dans la zone euro passant de 25 à 27% de 1995 à 2009 contre 18,5 à 13% pour la France et 17 à 10% pour l’Italie) dans les déséquilibres actuels. Enfin, ils critiquent la surévaluation de l’euro.
Ils rappellent que le ministre Wolfang Schäuble a déclaré que « des conditions très strictes et un prix élevé doivent être liés à une telle aide (d’un fonds européen) afin qu’elle ne soit accordée que dans le cas d’urgences capables de présenter une menace à la stabilité financière de l’ensemble de la zone euro. Le pays concerné doit être exclu du processus de décision ». Un journaliste allemand du Financial Times affirme que « seul un petit nombre de pays sont capables de soutenir, politiquement et économiquement, une union monétaire avec l’Allemagne ».
Mi-2010, les auteurs prévoyaient déjà que le plan grec ne serait pas suffisant et leurs propos sont extrêmement prophétiques, donnant beaucoup de poids à leurs écrits. Faisant un parallèle avec la Grande Dépression, ils soulignent que « lors des années 1930, le pays qui ont quitté tôt l’étalon or, on, en moyenne, mieux réussi que ceux qui l’ont quitté plus tard » et qu’il vaut mieux dévaluer plutôt que de baisser les salaires, comme on l’impose à une partie de la zone euro.
Ils notent que dans les années 1930, les pays du bloc or (France, Italie, Pays-Bas, Belgique, Suisse) avaient des monnaies surévaluées de 20 à 30%, poussant Laval à mener une politique déflationniste. En 1935, la Belgique a fini par dévaluer de 28%, faisant redémarrer son économie. Ils soulignent que cette solution est bien plus sensée que les politiques de déflation, qui oublient que « les dettes s’accrochent », et contribuent à augmenter le poids de la dette sur le PIB.
Ils prennent le cas de la Suède, en crise sévère en 1993, avec un déficit de 11.3% du PIB. Le pays a réussi à le faire tomber à 1.7% en 1997, non pas en coupant sauvagement les dépenses publiques (-0.5% en 1995, -2% en 1996 puis en croissance de 1% par an), mais en relançant la croissance, qui a atteint 4% (sauf en 1996, à seulement 1.5%), du fait de la baisse de la couronne suédoise. L’exemple de l’ajustement irlandais en 1987 aboutit à la même conclusion.
Bref, cet ouvrage compile une analyse globale et détaillée de la crise financière de 2007-2008 avec une étude de la situation européenne d’autant plus pertinente qu’elle s’est trouvée complètement validée par les 15 derniers mois.
Source : « La vérité sur la crise », Morad el Hattab, Irving Silverschmidt, Editions Léo Scheer
08:55 Publié dans Actualités, Economie, Livres | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : morad el hattab, irving silverschmidt, la vérité sur la crise, austérité, dettes publiques, euro, bce, suède




Commentaires
L'EURO TUE. Cette phrase non plus ne vieillit pas ! Le plan d'austérité du gouvernement français, soit disant gaulliste, n'est qu'une béquille ! il est grand temps que les citoyens se réveillent consultent le site de DEBOUT la REPUBLIQUE , celui de SOLIDARITE et PROGRES, l'analyse économique d'André Jacques HOLBECQ.
Des solutions existent !
A condition de voter autre chose que l'UMP ou le PS. Si l'on veut le retour de notre industrie, des créations d'emplois et un meilleur pourvoir d'achat ! Si l'on veut un gouvernement au service du peuple ! (santé, recherche, école....). Bref un Président qui ne se couche pas devant les banques comme l'ont fait tous les présidents et gouvernements depuis 40 ans.
Écrit par : BELLUTF | 05.09.2011
L'EURO TUE. Cette phrase non plus ne vieillit pas ! Le plan d'austérité du gouvernement français, soit disant gaulliste, n'est qu'une béquille ! il est grand temps que les citoyens se réveillent consultent le site de DEBOUT la REPUBLIQUE , celui de SOLIDARITE et PROGRES, l'analyse économique d'André Jacques HOLBECQ.
Des solutions existent !
A condition de voter autre chose que l'UMP ou le PS. Si l'on veut le retour de notre industrie, des créations d'emplois et un meilleur pourvoir d'achat ! Si l'on veut un gouvernement au service du peuple ! (santé, recherche, école....). Bref un Président qui ne se couche pas devant les banques comme l'ont fait tous les présidents et gouvernements depuis 40 ans.
Écrit par : BELLUTF | 05.09.2011
je suis sceptique vis à vis de cette fixation faite sur l'euro.
si cette monnaie a ete créée c sans doute parce qu'elle avait des avantages. alors pourquoi certains font mine de decouvrir qu'elle est peut etre un probleme en fin de compte ?
je pense que les ricains sont indisposés par son existence même et qu'ils aimeraient faire disparaitre cette devise. si l'euro est fort c'est normalement que ses bases sont saines, non ?
on ne peut pas en dire autant du dollar qui ne vaut plus que le papier sur lequel il est imprimé.
concernant la grèce en quoi ça l'aiderait tant que ça de dévaluer sa nouvelle drachme ? c'est surtout intéressant pour relancer les exportations, est-ce que la grèce exporte tant que ça ? ne vaudrait-il pas mieux pour eux développer leur moignon industriel par une politique protectionniste ?
Écrit par : roudoudou | 05.09.2011
Roudoudou
Quelques explications de Werrebrouck :
http://www.lacrisedesannees2010.com/article-sortie-de-l-euro-en-bon-ordre-ou-en-mode-panique-72631302-comments.html#anchorComment
Écrit par : olaf | 05.09.2011
Je crains quand même qu'il ne faille pas compter sur une forte croissance dans les décennies à venir : chaque velléité de croissance aura immédiatement pour conséquence une augmentation des matières premières et de l'énergie. Je ne veux pas jouer à madame Soleil, mais j'ai du mal à penser qu'une croissance supérieure à 1,5%/an puisse être obtenue en moyenne.
A mon avis le prochain Président aura a gérer avant tout une re- régionalisation des productions, seul traitement permettant d'espérer une diminution du chômage.
Il est évident qu'une telle politique implique de retrouver un plein pouvoir sur la monnaie et des orientations à long terme.
Écrit par : A-J Holbecq | 05.09.2011
@ Roudoudou
Les Etats-Unis n'ont aucune envie de faire tomber l'euro. C'est un mythe. Obama est intervenu en avril 2010 pour pousser l'Allemagne à accepter le FESF et d'aider les créanciers de la Grèce. Depuis le début, les Etats-Unis sont plutôt bénéficiaires de cette monnaie unique surévaluée.
L'euro est aussi le moyen pour les fédéralistes de pousser leur agenda, comme on le voit et comme cela avait été annoncé. Ce qui est tout de même frappant, c'est que ce qui se passe est conforme à ce qu'annonçaient les opposants à l'euro (crise économique, demande d'une plus grande intégration) et contraire à ce qu'annonçaient ses partisans. Du coup, ne faudrait-il pas davantage écouter les premiers. Une petite synthèse sur l'euro :
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2010/12/17/faut-il-sortir-de-l-euro.html
Sur la Grèce, l'intérêt de la dévaluation, c'est qu'elle poussera également le tourisme, dans un pays où il pèse lourd dans l'économie.
@ A-J Holbecq
Tout dépend : soit nous restons dans le cadre absurde dans lequel nous sommes, soit nous en changeons, et là, je suis beaucoup plus optimiste mais il faudra naturellement créer un nouveau modèle pour les matières premières et l'énergie.
@ Bellutf
C'est très juste. Notre campagne prend tous les jours davantage de sens.
Écrit par : Laurent Pinsolle | 05.09.2011
Lundi 5 septembre 2011 :
Grèce : taux des obligations à un an : 82,144 %. Record historique battu.
http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB1YR:IND
Grèce : taux des obligations à 2 ans : 50,376 %. Record historique battu.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 19,312 %. Record historique battu.
Écrit par : BA | 05.09.2011
Lundi 5 septembre 2011 :
En zone euro, deux groupes de pays sont en train de s'éloigner l'un de l'autre de plus en plus vite.
1- Premier groupe : les Etats européens en qui les investisseurs ont confiance.
Leurs taux d'intérêt sont en train de s'effondrer.
Allemagne : taux des obligations à 10 ans : 1,8 %.
Pays-Bas : taux des obligations à 10 ans : 2,3 %.
Finlande : taux des obligations à 10 ans : 2,3 %.
Autriche : taux des obligations à 10 ans : 2,6 %.
France : taux des obligations à 10 ans : 2,6 %.
2- Second groupe : les Etats européens en qui les investisseurs n'ont plus confiance.
Leurs taux d'intérêt sont en train de monter.
Espagne : taux des obligations à 10 ans : 5,2 %.
Italie : taux des obligations à 10 ans : 5,5 %.
Irlande : taux des obligations à 10 ans : 8,7 %.
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 10,7 %.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 19,3 %.
Ces deux groupes de pays divergent de plus en plus.
Cette divergence est intenable.
La zone euro est un navire dont la proue et la poupe s'éloignent l'une de l'autre : ça va finir par craquer.
Aujourd'hui, lundi 5 septembre 2011, nous sommes en train de vivre la dislocation de la zone euro.
Écrit par : BA | 06.09.2011
L'Allemagne gagne 2% de parts de marché tandis que la France + l'Italie en perdent 11,5% ensemble. cela veut dire qu'en fait d'autre pays engrangent encore plus que l'Allemagne (en comparaison de leur taille) mais restent cachés ....
Écrit par : Alain | 07.09.2011
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