11.09.2011

La cour de Karlsruhe enterre l’euro

Mercredi, la cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe a validé le deuxième plan d’aide aux créanciers de la Grèce. Mais comme le note la Tribune, cet accord a également été l’occasion pour elle de mettre de grosses limites aux mécanismes à vocation fédéraliste.

L’engrenage fédéraliste cassé

La cour de Karlsruhe est une gardienne intransigeante des intérêts et de la souveraineté de l’Allemagne. Déjà, en 2009, à l’occasion de l’examen du traité de Lisbonne, elle a réaffirmé la supériorité du droit allemand sur le droit européen, refusant ce que notre pays a malheureusement accepté. Elle a mis un verrou protecteur qui permet à tout gouvernement de ne pas appliquer ce qui se fait à Bruxelles, même si cela n’a pas encore été véritablement utilisé.

L’Allemagne se fait également tirer les oreilles pour participer au financement des différents plans d’aide aux créanciers des pays en difficulté. Angela Merkel ne cède en général qu’au dernier moment et refuse fermement d’aller au-delà de ce pour quoi elle s’était engagée au printemps 2010 avec le FESF. Malgré les demandes répétées des institutions européennes et de nombreux pays, elle a refusé une augmentation des moyens du fond européen et le mécanisme d’euro obligations.

La cour de Karlsruhe vient d’ajouter un verrou juridique supplémentaire avec ce jugement puisqu’elle impose que chaque plan soit examiné par le Parlement avant d’être accepté. Elle s’est également prononcée contre le mécanisme d’euro obligations, un refus parfaitement compréhensible quand on étudie un peu sérieusement le mécanisme proposé par le groupe de réflexion européen Bruegel, qui revient à demander à l’Allemagne un cautionnement de 4000 milliards de dettes !

Vers la fin de la monnaie unique

Ce jugement pourrait bien a priori constituer un moment capital vers la déconstruction de ce château de carte monétaire qu’est l’euro. En effet, la cour de Karsruhe vient de refuser à l’Europe la caution allemande que les créanciers des pays en difficulté demandaient. Alors que la France, toujours partante pour prêter davantage, semblait désireuse de prendre de nouveaux engagements en plus des 159 milliards du FESF, l’Allemagne vient de siffler la fin de la fête.

En clair, il ne sera pas possible d’aider les créanciers de l’Espagne et l’Italie si la spéculation vient à reprendre sur les taux longs de ces deux pays. Certes, la situation s’est calmée depuis cet été et les taux sont stabilisés autour de 5%, mais la BCE ne va sans doute pas vouloir racheter l’intégralité de la dette de ses pays et finira par stopper ses achats. Et là, si la spéculation reprend, le château de carte finira par s’effondrer. Les fédéralistes ont perdu une bataille décisive.

Plus globalement, même s’il ne faut pas sous-estimer la volonté des socio-démocrates et des Verts, qui semblent prêts à signer ces cautions, il ne faut pas sous-estimer non plus ceux qui refusent toute dérive fédéraliste et les chèques en blanc que certains sont prêts à signer. Le patron de la Bundesbank et l’économiste en chef de la BCE ont démissionné pour de telles divergences. L’euro a toutes les chances de s’inviter aux législatives de 2013 et le débat sera corsé.

Merci encore à la cour de Karlsruhe pour ce jugement qui refuse les dérives fédéralistes irresponsables souhaitées par certains. Rendez-vous dans deux ans pour une campagne électorale allemande qui promet un débat ouvert mais sans doute très dur sur l’euro.

Commentaires

Excellent article comme toujours mais un petit article qui nuit un peu à la compréhension je pense.
la BCE ne va sans doute "PAS" vouloir racheter l’intégralité de la dette de ses pays et finira par stopper ses achats.

Écrit par : Antoine T. | 11.09.2011

Excellent article comme toujours mais un petit oubli qui nuit un peu à la compréhension je pense.
la BCE ne va sans doute "PAS" vouloir racheter l’intégralité de la dette de ses pays et finira par stopper ses achats.

Écrit par : Antoine T. | 11.09.2011

Tout cela donne une formidable impression de déjà vu et d’occasions manquées, pour ceux qui ont grandi avec la vie politique depuis à peu près trois décennies.

Le débat fondamental n’est plus celui de 2005 sur « l’autre Europe », qui fait déjà figure d’immeuble vide en ruine sur le champ de bataille (aux fédéralistes qui ont voté oui à l’époque de s’en mordre les doigts). C’est bien celui de 1992, perçu comme ultime à l’époque, sur la souveraineté inaliénable des états qui revient sur le tapis.

François Mitterrand, homme avant tout de son passé et certainement pas de notre avenir, celui qui ne percevait l’Allemagne qu’à travers les guerres du vingtième siècle, voyait dans d’abord l’Europe la technique juridique qui aurait permis de ligoter définitivement l’Allemagne et « ses vieux démons ». La monnaie unique ne devait être que la cerise sur le gâteau du dispositif , le verrou suprême, avec en plus l’obligation implicite faite aux allemands de devoir répercuter la hausse consécutive des taux d’intérêts sur leur propre niveau de vie (c’est Schröder qui se chargea du boulot).

Tout cela est en train de fondre comme une forêt noire au soleil. L’Allemagne s’ébroue de ses liens et de ses verrous en chocolat, sans parler des cornes de diable en pâte d’amande dont on l’avait affublée. Elle fait cela non pas pour retourner à ses vieux démons mais pour se préserver des nouveaux qui sont en train de naître chez nous, lesquels risquent aussi d’avoir de fâcheuses conséquences sur la paix civile de tous.

Il est plaisant pour moi de devoir reconnaître qu’Angela Merkel reste décidément le dernier rempart du bon sens sur ce continent. Il est tout aussi plaisant de voir Monsieur Sarkozy s’acharner à poursuivre l’œuvre européenne de son maître spirituel François Mitterrand (j’espère qu’il lui a versé quelque chose ,après l’entretien bénévole que l’autre lui avait accordé sur le meilleur moyen de devenir président de la république), avec le concours aimable de ses amis socialistes et verts des deux bords du Rhin.

Écrit par : La Gaule | 11.09.2011

Les allemands sont très patients, mais il arrive un moment où das Nein se profile.

Écrit par : olaf | 11.09.2011

@ Olaf

Très juste.

@ La Gaule

Complètement d'accord. Il est incroyable que Chirac et Sarkozy aient suivi à ce point les pas de Mitterrand et VGE...

@ Antoine T

Merci pour le commentaire. J'en ai profité pour rajouter le "de" qu'il manquait au titre.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 11.09.2011

Dans le JOurnal du Dimanche de ce jour, on indique que Cecilia Sarkozy va ouvrir un blog et qu'elle veut "servir" la France". On sous-entend qu'elle pourrait être candidate lors des législatives de 2012. Servir la France, mais avec qui ?...

Écrit par : L'indépendant | 11.09.2011

Les médias nous informent que Chirac va porter plainte contre Bourgi. Faudrait savoir, il y a quelques jours il était au bord de la sénilité et aujourd'hui il retrouve sa lucidité et ses esprits ?!!

Écrit par : L'indépendant | 11.09.2011

@ L'indépendant
"On" lui avait dit un jour de 2007: "Cécilia, sers-moi la France"....

Écrit par : Nihil | 11.09.2011

@Laurent
Je ne suis pas certain que les fédéralistes aient vraiment désarmé, même en Allemagne. Ainsi, le remplaçant de Jürgen Stark sera sans doute Jörg Asmussen, un SPD favorable aux eurobonds. Ce dernier serait prêt à davantage d'intégration européenne, quitte à changer pour cela la Constitution allemande. J'ai trouvé sur beaucoup de sites ce WE cette rumeur: l'Allemagne lâcherait la Grèce, la contraignant au défaut et à la sortie de l'euro, mais en contrepartie accepterait le principe du fédéralisme budgétaire et d'une union de transferts.
Soyons clairs: je ne doute pas un instant qu'au bout du compte, les eurobonds et le fédéralisme soient un nouveau naufrage. Une union de transferts reviendrait pour les pays du sud à devenir une sorte de club méd désindustrialisé. Italie, Espagne, Portugal et sans doute France seraient condamnés à ne survivre qu'en vivant aux crochets du nord de l'Europe. Au bout de quelques années, une telle absurdité économique aboutirait partout en Europe à porter au pouvoir des partis xénophobes.
Mais je crois que l'échec certain de ce "saut fédéral" n'empêchera pas les autorités européennes de s'engager malgré tout dans cette voie. Philippe Séguin disait très justement que l'Europe ne cherche en général qu'à corriger ses bêtises qu'en inventant des bêtises plus grandes encore. Malheureusement, j'ai le sentiment que cette fuite en avant se poursuit encore aujourd'hui.

Écrit par : Julien M | 12.09.2011

Dimanche 11 septembre 2011 :

Les Allemands anticipent une mise en faillite de la Grèce.

L'Allemagne a-t-elle déjà lâché la Grèce ? Selon plusieurs sources gouvernementales, la question n'est en tout cas plus de savoir si la Grèce va faire faillite, mais plutôt comment.

http://www.latribune.fr/actualites/20110911trib000648384/les-allemands-anticipent-une-mise-en-faillite-de-la-grece.html

Écrit par : BA | 12.09.2011

@ AJ-H

Mon billet (ºC) est une première réponse au billet de F.Lordon que vous m'avez soumis.

Écrit par : ºC | 12.09.2011

Julien M,

Mon message à AJ-H vaut aussi pour vous, visiblement.

Écrit par : ºC | 12.09.2011

@ LP

Je ne sais pas ce qui vous permet de dire objectivement que les plans d'aides à la grèce sont l'expression d'une dérive fédéraliste; dérive que la cour récuserait. Il y a 2 point de vues en conflit au sein de l'Euro-groupe, celui de l'Allemagne et celui de la France.

Il se trouve que je préfère l'approche Allemande : laisser les créanciers éponger les pertes, c'est leur risque. Mais j'attends que se concrétise, en France, un plan permettant au système bancaire d'encaisser le coup (ºC)

Le fédéralisme mettrait fin à cette cacophonie et d'un point de vue macro-économique, attaquerait le problème à sa racine plutôt que de devoir le gérer dans l'urgence sans plus convaincre personne.


@ Tous

Trichet pète les plombs:

http://insider.thomsonreuters.com/link.html?cn=share&cid=260559&shareToken=MzozNmI0MmFhZC1jYmU0LTRlYWQtYmI2Zi05Y2IxMDY3ZDFlMjI%3D

Écrit par : ºC | 12.09.2011

Je ne sais pas si la stabilité des prix, martelée jusqu'à l'absurde par JC Trichet dans son discours, est hors sujet ou pas sur ce topic ? Mais cette vidéo a déja le mérite de mettre en évidence combien les dirigeants de la BCE sont déconnectés des réalités !!!
Je n'ai pas compté le nombre de fois ou JCT a prononcé "price stability" car j'ai arrêté de compter à 10 fois. Mais de quelle stabilité des prix parle t-il au juste ? Celle des prix immobiliers qui ont flambés de +150% en 12 ans en RP ou bien des prix des denrées alimentaires de 1ère nécessité dont les fruits & légumes, les féculents, la viande, etc ... qui se sont envolés avec la conversion du Franc en €uros. A part l'électronique grand public, quels prix n'ont pas flambé relativement aux salaires ?
En écoutant le directeur de la BCE, je sens venir au loin comme un grand cataclysme car ces paroles sont des paroles d'un fou, savant certainement, mais d'abord un fou autiste qui dans son délire refuse d'accepter l'échec immense de l'€uro. De mon point de vue Trichet ne pête pas les plombs bien au contraire.

Écrit par : Santufayan | 12.09.2011

A Santufayan. Bravo, tout à fait d'accord !

Écrit par : J-J.S | 12.09.2011

Lundi 12 septembre 2011 : l’Italie a lancé un emprunt à 3 mois. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 1,907 %. Les taux sont en hausse : c’était 1,034 % lors de la précédente émission.

En outre, l’Italie a lancé un emprunt à 1 an. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 4,153 %. Les taux sont en hausse : c’était 2,959 % lors de la précédente émission.

Grèce : taux des obligations à un an : 117,211 %. Record historique battu.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB1YR:IND

Grèce : taux des obligations à 2 ans : 69,551 %. Record historique battu.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB2YR:IND

Grèce : taux des obligations à 10 ans : 23,544 %. Record historique battu.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

Écrit par : BA | 13.09.2011

"Merci encore à la cour de Karlsruhe pour ce jugement qui refuse les dérives fédéralistes irresponsables souhaitées par certains. "

elle avait au delà rendu un avis défavorable au traité de Lisbonne, mais radio paris (la presse française) n'en avait donné aucun écho.

Écrit par : Alf | 13.09.2011

Mardi 13 septembre 2011 : l’Italie a lancé un emprunt à 5 ans. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 5,60 %. Les taux sont en hausse : c’était 4,93 % lors de la précédente émission.

En outre, l’Italie a lancé un emprunt à 7 ans. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 5,59 %. Les taux sont en hausse : c’était 4,95 % lors de la précédente émission.

Enfin, l’Italie a lancé un emprunt à 9 ans. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 5,49 %. Les taux sont en hausse : c’était 3,58 % lors de la précédente émission.

Grèce : taux des obligations à un an : 134,585 %. Record historique battu.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB1YR:IND

Grèce : taux des obligations à 2 ans : 76,734 %. Record historique battu.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB2YR:IND

Grèce : taux des obligations à 10 ans : 24,478 %. Record historique battu.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

Écrit par : BA | 13.09.2011

@ Julien M

Non seulement, il y a un verrou politique (cela fait 18 mois que l'Allemagne refuse les euro obligations et l'augmentation du FESF). Mais en plus il y a un verrou constitutionnel. Et de toutes les façons, si l'Italie tombe, nous sommes sur des sommes que l'Allemagne refusera.

@°C

Merci pour la vidéo. Si, il y a dérive fédéraliste quand on met en place le FESF.

@ Santufayan

Extrêmement juste.

Écrit par : Laurent Pinsolle | 14.09.2011

«Si, il y a dérive fédéraliste quand on met en place le FESF.»

C'est une bonne chose de dériver vers le fédéralisme, mais je ne vois pas en quoi le FESF incarne de près ou de loin le fédéralisme, sauf à considérer que le FMI représente lui même une dérirve fédéraliste, car ça y ressemble pas mal dans ses attributions (stabilisation éco-fin).

Mais ne vous inquiétez pas, j'ai bien compris la maneouvre : c'est impopulaire, alors associe ça au fédéralisme. On verra si c'est payant...

Les dérives probables du FESF, en revanche, j'y consacre 5 billets dans une série intitulé Sauver le contribuable euro.

Écrit par : ºC | 14.09.2011

Info : analyse de qq aspects du discours de Trichet a Francfort (*), dans le blog objectif et résolument tourné vers l'avenir, j'ai nommé, Euro 2.0!

(*) L'avant dernier, semble t-il.

Écrit par : ºC | 18.09.2011

Écrire un commentaire