18.03.2011

Libye : merci Nicolas Sarkozy !

On pouvait ne plus y croire, mais la note d’Alain Juppé sur son blog pouvait laisser présager une issue plus positive : le ministre des affaires étrangères pouvait-il s’exprimer de la sorte s’il ne croyait plus à une intervention ? L’essentiel est là, une coalition internationale va intervenir en Libye.

L’espoir renaît à Benghazi

Comment ne pas se sentir fier et heureux de la décision prise par le Conseil de Sécurité? En effet, comme le souligne Hubert Védrine, nous étions sans doute à quelques jours d’un massacre à grande échelle, d’une véritable épuration des rebelles par le régime Libyen, ce qui a sans doute fait basculer la décision. Ce choix d’hier soir, aussi tardif soit-il, est historique : la communauté internationale a décidé d’intervenir dans une guerre civile contre un dictateur en place.

Il était très important d’envoyer un tel message car si nous avions laissé faire, alors tous les dictateurs de la planète auraient ainsi reçu une carte blanche pour réprimer comme bon leur semble tout soulèvement de leur population. Aujourd’hui, la communauté internationale a pris position contre l’oppression et pour la liberté. En outre, cette intervention a obtenu l’assentiment des Nations Unies (10 voix pour, 5 abstentions), de la Ligue Arabe et du CNT Libyen.

Et là, il faut remercier Nicolas Sarkozy dont il est clair aujourd’hui qu’il est le premier responsable de cette intervention. La France a été en première ligne pour secouer la communauté internationale, avec la Grande-Bretagne. Sans l’action de notre pays, il est clair que rien n’aurait été fait. Alain Juppé semble également avoir joué un rôle majeur, ne serait-ce qu’hier au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Les rebelles de Benghazi semblent l’avoir bien compris.

De la France et de l’Union Européenne

Cet épisode démontre également que, contrairement à ce que les déclinologues avancent, la France fait partie des quelques pays qui peuvent encore changer le destin de l’humanité. Comme en 2003, quand notre pays s’était fait le premier opposant à l’intervention en Irak, c’est notre pays qui a décidé la communauté internationale à faire quelque chose en Libye, malgré le scepticisme des Etats-Unis et le peu d’enthousiasme de la Chine et de la Russie.

Et alors que beaucoup de commentateurs vantaient l’action diplomatique d’Angela Merkel, qui critique publiquement les régimes dictatoriaux, ici, on voit que c’est une chose de parler et que c’en est une autre d’agir. L’épisode Libyen montre également que les seules réalités qui comptent sont les grandes nations. C’est l’action de deux grandes nations qui a tout changé. Parallèlement, l’Union Européenne n’aura été qu’un robinet d’eau tiède totalement inutile.

La critique n’a de sens que si on est capable de reconnaître également les réussites des personnes que l’on critique habituellement. Ici, Nicolas Sarkozy a joué un rôle véritablement historique. Merci pour la France et surtout merci pour les révoltés Libyens qui vont peut-être échapper à un destin funeste.

17.03.2011

Indépendance nationale, service public et énergie

La catastrophe nucléaire au Japon a logiquement poussé quelques hommes politiques à surfer sur la vague de l’horreur et demander un arrêt (bien impossible à court terme) des centrales ou un référendum. Pourtant, d’autres réflexions peuvent être engagées.

L’énergie est un service public

N’en déplaisent aux cabris de Bruxelles, la première conclusion que l’on peut tirer est que l’énergie est un service public, qui ne saurait encore moins être privatisé quand il s’agit de centrales nucléaires, comme le soulignent Jack Dion sur Marianne 2 et Nicolas Dupont-Aignan. Il est tout de même inquiétant d’apprendre dans l’Usine Nouvelle qu’il y a aujourd’hui des problèmes de maintenance des centrales nucléaires avec les prestataires privés employés par EDF.

L’expérience Japonaise montre qu’il est dangereux de privatiser EDF et de libéraliser le marché de l’énergie. En effet, le principal objectif d’une entreprise privée et cotée est logiquement le profit. Ne vaudrait-il pas mieux qu’EDF consacre une part de ses profits ou de ses investissements à l’étranger pour reprendre en main directement la sécurité de nos centrales ? L’objectif d’EDF ne doit pas être le profit mais la sécurité et le service public. Point barre.

En outre, les partisans de cette libéralisation (soutenue par le PS, l’UMP, les Verts ou le Modem), nous avaient vendu une plus grande efficacité, des prix plus bas. Le voile est tombé comme le montre bien Hervé Nathan : cette libéralisation ne sert nullement l’intérêt général puisqu’elle se traduit par une hausse du prix de l’énergie. En revanche, elle profite bien aux actionnaires comme le montrent les bénéfices de 4,6 milliards d’euros de GDF-Suez en 2010.

L’indépendance énergétique et la sécurité comme objectifs prioritaires

Mais par delà la nécessité de revenir à un service public de l’énergie, la question fondamentale des sources d’énergie se pose pour l’avenir. Aujourd’hui, nous dépendons essentiellement des hydrocarbures et du nucléaire, pour 80% de notre électricité. Cela pose de nombreux problèmes, de dépendance (le pétrole, le gaz et l’uranium sont importés), d’environnement (les rejets de CO², les déchets radioactifs) et de sécurité (même si notre filière semble nettement plus sûre).

A ce sujet, je vous conseille le papier de Marc Cohen, « Mensonges d’Etat contre foutaises écolos ». Bien sûr, la filière pose de vrais problèmes, mais non seulement nous n’avons pas encore d’alternatives solides (même si cela serait souhaitable) et plus encore, la situation du Japon n’a rien à voir avec celle de notre pays puisque nous ne risquons pas un séisme de magnitude 9 suivi d’un tsunami de 17 mètres de haut. En outre, notre EPR améliore à la fois la sécurité et les déchets…

La situation est modifiée par des découvertes massives de pétrole bitumeux dans le Bassin Parisien et de gaz de schistes, plutôt dans le midi. Ces découvertes permettraient de garantir notre indépendance énergétique pour des décennies. Malheureusement, les techniques d’exploitation semblent provoquer de véritables catastrophes écologiques (outre les émissions de CO²) et Corinne Lepage vient de saisir le Conseil d’Etat sur l’attribution des droits d’exploitation de ces gaz.

Bref, si le nucléaire et les hydrocarbures resteront pour quelques années nos principales sources d’énergie, il convient de préparer d’accélérer la transition vers des énergies plus propres, sûres, nationales et pas trop chères pour ne plus dépendre de ces pétromonarchies : géothermie, biocarburants, comme le rapporte Yann. Mais surtout, il conviendra de ne pas céder aux sirènes de Bruxelles pour lesquelles le secteur doit être libéralisé. Le rôle de l’Etat doit rester primordial.

Oui, la catastrophe nucléaire du Japon pose de vrais problèmes, et c’est aussi le cas de la rareté et de la pollution des hydrocarbures. Pour le coup, un Grenelle de l’énergie serait le bienvenu pour que la France montre qu’elle a des idées pour assurer ses sources d’énergie à l’avenir.

16.03.2011

Les dictateurs contre-attaquent, les démocraties laissent faire

Finalement, Paris et Londres n’auront pas obtenu raison. Les pesanteurs, les intérêts divergents, mais aussi les limites d’une telle intervention ont eu raison des velléités interventionnistes en Libye. Kadhafi devrait malheureusement reprendre le contrôle de son pays.

La communauté internationale paralysée sur la question libyenne

On pouvait être enclin à une intervention en Libye sous la forme de bombardements des troupes de Kadhafi car sur la base des informations que nous avons, de tels raids semblent pouvoir être le coup de pouce qui permettrait une libération du pays du joug sanglant de son dictateur. En cela il est difficile de résister au cri du cœur du Monde ou de Guy Sitbon sur Marianne 2, d’autant plus que les quelques raids nécessaires n’ont rien à voir avec les interventions en Irak ou en Afghanistan.

Même si les pays de la ligue arabe ont fini par accepter la zone d’exclusion, non seulement il y a des difficultés de mise en place, mais surtout, tout le monde comprend aujourd’hui que ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Soit nous bombardons maintenant les armées de Kadhafi avant qu’elles ne prennent la capitale des rebelles, soit nous laissons faire. Tous ceux qui évoquent un entre-deux, de nouvelles discussions ou des brouillages de radar, ne font que noyer le poisson.

Plus généralement, le cas de la Libye démontre toutes les limites des « machins » supranationaux que sont les Nations Unies et l’Union Européenne. Bien sûr, il ne s’agit pas de revenir à la loi de la jungle, où chaque nation ferait ce que bon lui chante, mais au final, n’est-ce pas ce qui se passe déjà, ou s’est passé à Kaboul et Bagdad ? La seule solution serait que quelques pays oublient ces cénacles où il est couru d’avance qu’aucune décision ne sera prise…

Et pendant ce temps à Bahrein…

J’ai eu la chance de tomber sur ce papier du Figaro assez hallucinant. Lundi, des forces armées saoudiennes (pays à majorité sunnite) ont pénétré les frontières du Bahrein pour soutenir le roi (sunnite) qui fait face à une révolte de la majorité (chiite) de la population. Certes, cette intervention se fait à la demande des autorités du pays, et en vertu d’accords de défense militaire qui prévoient l’intervention des troupes d’autres pays dans d’autres territoires.

Mais il est tout de même choquant de voir une rébellion populaire matée par les troupes d’un autocrate voisin qui aide un autre dictateur à se maintenir au pouvoir contre la volonté de son peuple. Et dans le cas de l’Arabie-Saoudite, il faut être clair, personne ne dira rien étant donné que ce pays dispose des premières réserves mondiales de pétrole. Les autorités saoudiennes peuvent pratiquement faire ce qu’elles veulent car elles nous tiennent par les hydrocarbures.

En fait, les partisans de la globalisation ne l’ont jamais admis, mais la globalisation, le développement des échanges, s’ils ont des aspects positifs, créent aussi une interdépendance et même parfois, seulement une dépendance, y compris vis-à-vis de régimes dictatoriaux parfois sanguinaires et infréquentables. C’est pourquoi, même s’il ne s’agit pas de sombrer dans l’autarcie, l’indépendance nationale chère au général de Gaulle reprend tout son sens aujourd’hui.

Ces épisodes nous enseignent deux choses. La première, un peu triste mais logique, est que sur cette planète règne la loi du plus fort (que ce soit militairement, ou économique). La deuxième est que l’indépendance est le seul moyen de garder son libre arbitre.

13.03.2011

Pour un plan Marshall pour les pays arabes

L’idée pourra sembler incongrue à un moment où les finances publiques de nos Etats sont lourdement questionnées par les marchés. Et si c’était au contraire ce dont avait besoin l’Europe pour sortir la crise par le haut, et surtout un moyen d’aider la transition démocratique des pays arabes ?

Le précédent de l’Europe de l’Est

Bien sûr, nous avons fini par accepter les anciens pays d’Europe d’Est au sein de l’Union Européenne en 2004. Mais outre qu’ils ont attendu pendant plus de dix ans, nous leur avons surtout imposé une transition économique brutale. Comme le rapportent Jacques Sapir ou Joseph Stiglitz, le PIB de la Russie et de l’Ukraine a chuté de moitié pendant les années 1990, provoquant envolée du chômage, effondrement du pouvoir d’achat et même baisse de l’espérance de vie !

Les potions amères du consensus de Washington, déjà administrée par le FMI, ont imposé une libéralisation sauvage dont les bénéfices sont allés à une poignée d’oligarques, laissant le peuple souffrir pendant des années avant que la croissance ne reparte. Dans ces pays, la démocratie a rimé avec régression sociale. Pas étonnant que de nombreux peuples se tournent aujourd’hui vers des autocrates tant nous avons contribué à dévaloriser l’idée même de démocratie.

Au début des années 1990, au lieu de faire l’euro, à l’exemple des Etats-Unis au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, l’Europe aurait été mieux inspirée de proposer aux pays qui se libéraient du joug communiste un grand plan Marshall visant à les aider dans cette transition économique. Ainsi, nous aurions tissé des liens beaucoup plus solides avec les pays de l’Est, qui auraient été accompagnés au lieu d’être jetés sans ménagement dans le grand bain de l’économie mondialisée.

Le paysage européen en aurait été profondément transformé. La démocratie puissamment ancrée dans des pays où la liberté serait allée de pair avec le progrès et non avec la jungle. La Russie serait devenue un partenaire de l’Union Européenne, ses anciens satellites n’auraient pas regardé vers Washington pour leur sécurité, mais seulement vers cette Europe, qui les aurait accompagnés et aidés dans leur transition économique. Voilà ce qu’aurait pu être un beau projet européen.

Une nouvelle chance historique

On dit que l’histoire ne repasse jamais les plats une seconde fois. Pourtant, ici, c’est à nouveau le cas. Malheureusement, il y a fort à parier que cette Europe ne sera pas mieux équipée que celle de Maastricht pour aider les peuples qui se libèrent. Comme le montre Hervé Nathan, le sommet européen a encore débouché sur un robinet d’eau tiède totalement inutile. Plus nous nous mettons ensemble, plus nous semblons impuissants et incapables de faire quoique ce soit.

Certes, la précipitation de Nicolas Sarkozy n’a sans doute pas aidé, mais cela montre aussi fois que cette structure européenne, loin de permettre l’action, l’entrave, sauf quand il s’agit d’augmenter ses pouvoirs, de sauver les banques ou d’imposer l’austérité. Pourtant, quel beau projet européen pourrions-nous construire en tendant la main aux pays arabes qui se libèrent en leur proposant un nouveau plan Marshall pour que démocratie rime chez eux avec progrès économique !

En effet, les révolutions laissent souvent les pays affaiblis. Et cela est d’autant plus gênant que les troubles initiaux ont souvent été provoqués par des difficultés économiques, qui se retrouvent donc encore accentuées par les révoltes populaires qui désorganisent les pays. Il est donc crucial, au moment où la démocratie fait ses premiers pas, d’accompagner ces pays dans leur transition. Sans aide, il ne faudra pas s’étonner si l’islamisme ou l’autoritarisme finissent par fleurir.

Las, cette Europe ne se préoccupe que de sauver son petit monstre monétaire, l’euro, et de toujours amasser davantage de pouvoir en déshabillant les États Nations. Pourtant, l’Europe, ce pourrait aussi être un beau projet, généreux et tourné vers les peuples qui se libèrent. Il ne faut pas rêver.

12.03.2011

Faut-il intervenir en Libye ?

Nicolas Sarkozy et David Cameron ont tenté hier de persuader leurs collègues européens d’intervenir pour briser la reconquête de la Libye par les troupes du colonel Kadhafi. Et comment ne pas les comprendre ? Cependant, une telle intervention n’est pas sans poser de lourds problèmes.

L’humanisme commande d’intervenir

Il n’y a pas besoin d’être un néoconservateur interventionniste et impérialiste pour vouloir intervenir en Libye. En effet, comment ne pas avoir envie d’aider les révolutionnaires de Libye à se débarrasser d’un dictateur sanguinaire qui n’a pas hésité à faire tirer sur des manifestants ? Mieux, il semble évident que quelques raids bien placés pourraient définitivement régler son sort à ce régime dictatorial, alors justement que le régime reprend le dessus sur ses opposants.

En effet, comment rester sourd aux appels des insurgés qui demandent désormais clairement l’aide de la communauté internationale ? Aujourd’hui, il semble malheureusement probable qu’en l’absence de notre intervention, la rébellion pourrait bien être matée, avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir. Après tout, si le peuple libre de Libye, en conflit ouvert avec un dictateur, nous demande d’intervenir, n’avons-nous pas le devoir de le faire ?

En outre, le sort de la Libye ne sera pas sans impact sur l’ensemble des pays arabes. Il est évident que si Kadhafi tombe, malgré sa répression sanglante, alors, le vent de la liberté et de la démocratie reprendra de plus belle, contraignant les autocrates à libérer leurs peuples ou provoquant leur destitution. En revanche, si le régime de Tripoli renverse la situation, alors, cela représentera un formidable encouragement pour les dictateurs à choisir la voie de la fermeté, fût-elle celle de la terreur et du sang. Bref, c’est une partie très importante qui se joue sous nos yeux.

Une intervention qui n’est pas si simple

Malheureusement, tout n’est pas si simple. En effet, il n’y a pas de consensus au niveau international pour agir. Il ne sera sans doute pas possible d’intervenir sous couvert des Nations Unies, du fait de l’opposition probable de la Chine et de la Russie. La ligue arabe n’accepte qu’une zone d’exclusion militaire. Faut-il alors passer outre et intervenir à quelques pays, malgré l’absence d’accord international, un peu comme en Irak, même si, ici, les principes sont clairement plus nobles et désintéressés ?

Faut-il s’immiscer dans les affaires Libyennes et peser de tout notre poids en faveur des rebelles ? En effet, il ne s’agit pas de renverser un régime autoritaire stable, mais d’aider la partie de la population qui s’est rebellée à faire tomber définitivement un dictateur qui résiste. En même temps, si nous intervenions en Libye, ce serait uniquement parce que ce pays est suffisamment faible et que nous sommes plus forts que lui. En réalité, il y a deux poids et deux mesures.

Nous ne nous poserions même pas la question si ce qui arrivait en Libye arrivait en Chine ou en Russie. Et cela pose un double problème. Pour paraphraser Jacques Sapir, cela montre bien que l’ingérence est toujours celle du fort sur le faible, ce qui pose problème. En outre, cela ne risque-t-il pas de pousser plus encore les dictateurs de la planète à être toujours plus forts (et, par exemple chercher à avoir l’arme nucléaire) pour ne pas pouvoir être menacé dans de telles circonstances ?

Malgré toutes ces limites, le contexte d’une population qui se révolte contre un tyran qui semble pouvoir mater la rébellion par la force incite à vouloir intervenir, par-delà toutes les convenances. Mais dans quel cadre et comment le faire assez vite tout en étant acceptable ?

07.03.2011

Israël tourne-t-il le dos aux lumières ?

Gil Mihaely, directeur de la publication de Causeur, site qui publie certains de mes textes, m’a fait parvenir cette réponse à mon papier « Israël tourne le dos aux lumières ». Je le remercie pour cette contribution qui me permet de préciser mes idées. Vous trouverez ma réponse à la suite.

« Cher Laurent,

Dans votre dernier post « Israël tourne le dos aux lumières », vous proposez de « cesser toute relation diplomatique avec Israël tant que la colonisation n’est pas arrêtée. Mais nous devons aller plus loin et même envisager un véritable boycott des produits israéliens (comme cela avait été fait pour l’Afrique du Sud) ». Cette fermeté me semble quelque peu étrange, car dans un post précédent « Comment réagir face aux révolutions arabes ?» - que j’ai eu l’honneur de publier sur Causeur.fr, vous posez la question suivante : «  l’ostracisme est-il véritablement la bonne solution ? L’isolation de la Corée du Nord ou de Cuba ne freine-t-elle pas au contraire l’évolution de ces pays ? ». Je n’ai malheureusement pas une réponse définitive à cette question mais je constate que vous prônez la compréhension, la patience et l’indulgence vis-à-vis des régimes épouvantables et l’intransigeance face à Israël.

Je vous rejoins tout à fait quand vous designez la colonisation comme un problème politique et une injustice morale. Sauf qu’Israël n’est pas le seul responsable de la situation actuelle en Cisjordanie et en conséquence ne peut pas résoudre tout seul le problème. Toute action unilatérale d’Israël risque de remplacer une crise par une autre. Je vous rappelle qu’en 2005 Israël a évacué la bande de Gaza ainsi que Jéricho et le nord de la Cisjordanie. Cette politique a été menée par Ariel Sharon, faucon parmi les faucons et architecte de la colonisation. Or, à peine un an plus tard, le Hamas a pris le pouvoir à Gaza et a refusé de respecter les engagements informels de l’autorité palestinienne (car le retrait a été bel et bien négocié, même si les Palestiniens ne voulaient pas le cautionner publiquement). On connaît la suite. Peu importe ce qu’on pense de cette politique – qu’elle est insuffisante, qu’elle ne va pas assez loin etc. – un acteur responsable aurait dû tout faire pour qu’elle n’échoue pas. Ce fut le contraire et aujourd’hui, pour l’électeur israélien lambda, la leçon a été retenue : cela ne sert à rien de se retirer et d’évoquer des colonies, cela aggrave même l’insécurité. Ce même électeur se souvient aussi que le retrait du sud du Liban (approuvé par l’ONU) n’a pas empêché le hezbollah de tirer de roquettes sur Israël et n’a même pas entamé sa légitimité en tant que parti de résistance contre l’ennemi sioniste… à quoi bon donc remplir les exigences de la communauté internationale ?   

Le résultat : crispation sécuritaire, gouvernement droitier et effondrement du camp de la paix. Est-ce que, à votre avis, cet électeur va changer d’avis si la France ferme son ambassade à Tel-Aviv ? La seule manière de sortir de la crise est d’accompagner les deux parties et surtout de neutraliser l’influence néfaste de certains pays arabes et musulmans sur les dirigeants palestiniens. Il n’est pas inutile de rappeler que tous les territoires exigés aujourd’hui par les Palestiniens, y compris Jérusalem, étaient occupés – sans un seul Juif – entre 1949-1967 par la Jordanie et l’Egypte qui n’ont même pas songé à créer un Etat palestinien… Depuis, ces mêmes pays ainsi que d’autres – et notamment la Libye et la Syrie – n’ont pas ménagé leur peine quand il s’agissait de torpiller un accord. Côté palestinien enfin, la scission avec le Hamas laisse craindre que cette nation ne soit pas en mesure d’assumer un compromis douloureux et de l’imposer à tous ses membres.  Autrement dit, il est probable que dans le cas d’un accord israélo-palestinien qui satisferait les exigences de la communauté internationale, la minorité palestinienne qui ne l’acceptera pas suivra l’exemple de Gaza.

Ce dernier point me permet d’évoquer le premier paragraphe de votre post concernant la position israélienne face aux révolutions arabes. L’hommage rendu assez discrètement à Moubarak est tout à fait justifié. Quand son prédécesseur a été assassiné, en octobre 1981, il était l’homme qui avait assumé les accords de paix avec Israël. Ce n’est pas rien au moment où ces mêmes accords sont déjà dénoncés par un parti du mouvement démocratique égyptien, quand l’approvisionnement de gaz vers Israël est suspendu après un attentat et que le Sinaï est en état d’insurrection. Mais reconnaître le rôle positif de Moubarak ne veut pas dire critiquer les révolutions arabes. Très discrètement – car des compliments israéliens sont compromettants dans la région –, le gouvernement israélien s’est félicité de ce mouvement vers la démocratie. Ce furent d’ailleurs les néoconservateurs américains et israéliens qui dénonçaient les régimes arabes autoritaires et qui se sont opposés aux accords de paix avec l’Egypte au prétexte que seul un pays démocratique pourrait respecter dans la durée une paix avec ses voisins. Après tout, il n’y a jamais eu de guerre entre deux démocraties libérales…  C’était plutôt la gauche israélienne qui plaidait pour la négociation avec les dictateurs pour servir la cause de la paix. La situation est bien complexe, et malgré notre légitime désir d’agir vite fait-bien fait pour résoudre les problèmes, il faut reconnaître parfois nos limites et surtout éviter que les remèdes soient pire que le mal »

Cher Gil,

Merci pour la précision concernant la révolution en Egypte. En effet, j’imagine que les compliments Israéliens ne sont pas forcément quelque chose de positif dans la région et je suis rassuré de savoir que le gouvernement de Tel Aviv s’est félicité de ce mouvement vers la démocratie. D’ailleurs, cette partie de mon billet était plus modérée que la suite.

En effet, je suis partisan d’une action très ferme de la France (boycott diplomatique et commercial) en protestation à la colonisation des Territoires Occupés. Cela peut sembler très exagéré à l’égard d’un pays démocratique entouré par des régimes souvent autoritaires dont certains souhaitent même sa disparition. Votre remarque n’est pas la première que je reçois. J’en débats également avec des proches qui ne comprennent pas toujours bien ma position, ce qui va être l’occasion pour moi de préciser ma pensée. Je vois quatre justifications à une proposition aussi radicale :

-       Par rapport à la Corée du Nord ou à Cuba, nous sommes dans un cas différent. Ces pays sont des dictatures et je ne suis pas un partisan du refus de dialoguer avec les dictatures, car, comme vous l’avez noté, je ne crois pas que l’ostracisme fasse progresser les choses alors que le contact avec l’extérieur me semble créer un appel d’air pour la liberté et la démocratie. Dans le cas d’Israël, il s’agit non seulement de l’occupation d’un territoire qui ne lui appartient pas, mais en plus d’une colonisation d’une partie de ce territoire. Il me semble normal de sanctionner un pays qui en envahit un autre, l’occupe et le démembre. De simples réprimandes verbales me semblent beaucoup trop faibles surtout après de nombreuses protestations.

-       A supposer que l’occupation soit justifiée pour assurer la sécurité d’Israël (ce qui n’est pas certain), la colonisation ne présente aucun intérêt ? Rien ne justifie cet humiliant démembrement des Territoires Occupés, mités comme du gruyère par les innombrables incursions d’Israël (mur, colonies…). Un tel démembrement est non seulement inutile, mais il est en général le fait de régimes très agressifs. Quels autres Etats pratiquent la colonisation depuis une vingtaine d’années ? Parce que la colonisation n’est nullement nécessaire à la sécurité d’Israël, qu’elle rend plus difficile toute résolution du conflit et parce que c’est un acte extrêmement rare et agressif, cela justifie une véritable intransigeance.

-       Parce qu’Israël est une démocratie justement, il me semble que son comportement doit être davantage exemplaire que celui d’une dictature. Cela ne signifie pas qu’Israël ne doit pas se défendre, loin de là. Je reconnais ce droit. Mais aujourd’hui, c’est Tel Aviv qui tire en premier, qui mène des guerres extrêmement meurtrières et disproportionnées. Mais surtout, je vais encore revenir aux colonisations, qui sont un acte indigne d’une démocratie digne de ce nom.

-       Enfin, parce que je pense que c’est en étant plus dur vis-à-vis d’Israël que sa sécurité sera mieux assurée à plus long terme. C’est parce qu’un pays « occidental » aura été véritablement ferme avec l’Etat hébreu que ce pays (la France ?) pourra réellement être écouté un jour par des pays arabes belliqueux à l’égard d’Israël. La complaisance des pays occidentaux à l’égard de la colonisation fait que nous ne serons pas écoutés si un jour le rapport de force s’inverse. De même, c’est parce qu’Israël cèdera sur la colonisation en ayant pourtant la force de le faire qu’un jour, un pays arabe devenu plus fort qu’Israël pourra céder devant la pression d’autres pays. Israël applique la loi du plus fort en oubliant que demain, ils ne le seront pas forcément.

La raison majeure de mon intransigeance vient de la colonisation. Je ne dénie pas le droit à Israël de se défendre. Mais je serais nettement moins critique s’ils avaient mis fin au mitage agressif, humiliant et inutile des Territoires Occupés. Ce comportement, rarissime, est digne d’autocraties agressives. Il est totalement inacceptable et ne doit pas être accepté. Parce qu’il dure depuis si longtemps, malgré les protestations de la communauté internationale, il est grand temps de passer des mots aux actes. C’est le comportement d’Israël qui me pousse à une telle intransigeance.

02.03.2011

Israël tourne le dos aux lumières

C’est une petite musique bien désagréable qu’on entend dans certains milieux occidentaux et en Israël, le regret d’Hosni Moubarak : « certes, c’était un dictateur, mais aussi un allié fidèle ». Une nouvelle illustration de la mauvaise direction prise par Israël.

Révolution arabe et Israël

A dire vrai, on peut quand même comprendre en partie cette position. Depuis des décennies, le pays était protégé en son Sud par l’alliance avec une Egypte sous influence étasunienne, un bol d’air pur dans une région où certains partis et certains régimes professent leur volonté de rayer Israël de la carte. La perte d’un allié fidèle qui pourrait être remplacé par un nouveau régime hostile à l’Etat hébreu est donc légitimement un souci pour le gouvernement et les médias Israéliens.

Mais le problème est qu’afficher une telle opinion ne peut que renforcer la très mauvaise image d’Israël dans les opinions publiques arabes. Alors que les peuples se libèrent d’autocrates qui exploitaient les richesses de leur pays à leur profit, il est tout de même désolant de ne pas voir Israël se réjouir un minimum de ces révolutions non islamistes qui semblent en marche chez ses voisins. Israël semble préférer une dictature alliée à une démocratie moins favorable.

Le côté obscur de la force

Israël persiste dans une attitude totalement suicidaire. Après avoir déclenché une guerre contre Gaza, arraisonner un bateau d’aides, continuer à construire des colonies en plein territoire Palestinien, le gouvernement de Benjamin Netanyahou multiplie les gestes de défiance vis-à-vis des Palestiniens et de la communauté internationale. Du coup, quelques gouvernements commencent à reconnaître l’autorité Palestinienne et le vent tourne dans le monde, y compris aux Etats-Unis.

Bien sûr, aujourd’hui encore, Israël est le plus fort dans la région et le régime le plus démocratique. Mais le second argument pourrait bien tomber très rapidement quand on constate que même Kadhafi devrait bientôt être de l’histoire ancienne. Ensuite, Israël serait bien mal inspiré de compter sur sa force pour se protéger. Car à force de montrer qu’ils peuvent l’utiliser sans mesure, il a montré un bien mauvais exemple à qui parviendrait à égaler sa force

Le rôle de la France

Que faire alors ? La priorité me semble être de défendre l’intégrité des territoires Palestiniens et exiger non seulement la fin des colonies mais aussi le retrait de celles qui sont les plus isolées et qui fracturent le plus durement le territoire Palestinien. Rien, absolument rien, ne justifie ce mitage humiliant des Territoires Occupés. En agissant de la sorte, Israël compromet durablement toute solution au conflit. C’est pourquoi nous devons passer de la parole aux actes.

Nous pouvons cesser toute relation diplomatique avec Israël tant que la colonisation n’est pas arrêtée. Mais nous devons aller plus loin et même envisager un véritable boycott des produits Israéliens (comme cela avait été fait pour l’Afrique du Sud). En ne faisant rien, la communauté internationale se fait complice des agissements délétères d’Israël. Nous devons montrer qu’un tel comportement est inadmissible et véritablement peser pour qu’il change.

Parce qu’Israël a été attaqué et son existence même menacée, à force d’effort, il est devenu plus fort que tous ses agresseurs potentiels. Le problème est qu’il exerce cette force sans mesure ni raison. A nous de bien lui faire comprendre que ce n’est pas son intérêt, par la force s’il le faut.

01.03.2011

Comment réagir face aux révolutions arabes ?

Intervenir ? Ne pas intervenir ? Dénoncer la répression ? Ce sont des questions difficiles qui se posent aujourd’hui. Si tout le monde critique le gouvernement, les alternatives ne sont pas toujours très claires.

Paroles et souveraineté

Certes, le gouvernement a tardé à dénoncer les dictateurs, mais finalement, pas beaucoup plus que les autres. Ce qui était le plus révoltant a clairement été les vacances du Premier Ministre en Egypte et  celles de la ministre des Affaires Etrangères en Tunisie, sans payer l’ensemble de leurs frais et alors que les populations commençaient déjà à se révolter dans le second cas.

Car se pose la question du respect des souverainetés nationales. En effet, comme l’a bien souligné Jacques Sapir, le droit d’ingérence est essentiellement le droit du plus fort à imposer sa loi à plus faible que lui. En outre, l’ostracisme est-il véritablement la bonne solution ? L’isolation de la Corée du Nord ou de Cuba ne freine-t-elle pas au contraire l’évolution de ces pays ? N’est-ce pas le contact avec des démocraties qui peut au contraire éveiller les peuples à la liberté ?

Certains disent que la France doit dénoncer les dérives des autocrates que nous recevons ou qui nous reçoivent. Mais les dictateurs peuvent parler au nom de leur pays et les critiquer est parfois un moyen commode de s’acheter une conscience à bon compte, sans réellement agir en faveur des peuples qu’ils dirigent. Ce n’est pas forcément en parlant des droits de l’homme aux dirigeants Chinois devant les journalistes que nous contribuerons forcément à la libération du peuple chinois.

Souveraineté et laisser-faire

Mais malgré tout, entre un laisser-faire absolu et l’ingérence, il y a de la marge. La réception exceptionnelle du colonel Kadhafi allait beaucoup trop loin. On peut recevoir un autocrate sans céder à tous ses caprices. En outre, comme l’a souligné Nicolas Dupont Aignan, l’exemple du général de Gaulle, aidé par le gouvernement anglais, montre qu’une certaine forme d’ingérence a des bienfaits.

Mieux, comme il l’avait également souligné, il y a une différence entre parler aux autocrates, ce sur quoi se concentrent nos dirigeants aujourd’hui et parler aux peuples, ce que le Général faisait. Bref, il existe  une autre voie. Mais aujourd’hui, on pourrait même se poser la question d’une intervention pour aider le peuple Libyen à se débarrasser de Kadhafi, ce qui éviterait de nouveaux morts.

Mais là encore se pose la question des limites à poser à une telle intervention. En effet, il faut clairement que le peuple se soit déjà soulevé pour le faire. Il faudrait sans doute un accord assez large de la communauté internationale (par exemple, le conseil de sécurité de l’ONU). Mais, accepter une telle ingérence ne risque-t-il pas de nous mener dans un engrenage dangereux où quelques uns (forcément les plus puissants) décideraient in fin pour presque tous les autres, du moment qu’ils sont plus faibles ?

Pour un plan Marshall méditerranéen

Finalement, le machin voulu par Henri Guaino et Nicolas Sarkozy pourrait se révéler utile. Aujourd’hui, l’Europe devrait tendre la main aux pays arabes qui se libèrent des autocrates qui les dirigeaient. Comme à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et comme nous aurions du faire pour les pays d’Europe de l’Est au lieu de les abandonner, nous devrions proposer aux pays devenus de véritables démocraties un plan Marshall destiné à favoriser leur transition.

Ainsi les pays européens donneraient une prime à la démocratie et à la liberté, sans s’ingérer directement dans les affaires des pays arabes. Les pays dont les dirigeants respecteraient la transition démocratique bénéficieraient d’une aide économique leur permettant de limiter les troubles que toute transition génère, car le processus de démocratisation sera long comme le souligne Hubert Védrine. Ce serait un immense message d’espoir envoyé aux pays arabes, une main tendue pour les aider.

Les pays européens ont déjà failli au rendez-vous de l’histoire en imposant une transition économique brutale aux anciens pays communistes. Sans forcément nous ingérer dans leurs affaires, nous pourrions tendre la main aux pays arabes qui se libèrent. Qui osera ?

24.02.2011

Nicolas Sarkozy, rantanplan de la diplomatie

Le Monde vient juste de publier une tribune de diplomates anonymes critiquant sévèrement la politique étrangère de la France. Il faut dire que les polémiques s’enchaînent avec une rapidité assez incroyable, révélant toutes les failles de notre diplomatie depuis 2007.

Fiascos diplomatiques

Le soulèvement démocratique des pays arabes expose cruellement les erreurs de notre diplomatie. Notre premier ministre et notre ministre des affaires étrangères ont ainsi passé leurs vacances de fin d’année en Tunisie et en Egypte, les deux premiers pays qui se sont révoltés contre leurs autocrates, tout en profitant de certaines largesses sur place. Même s’il n’y avait rien de techniquement illégal, cela n’est guère flatteur pour le pays que le monde arabe aimerait voir jouer un plus grand rôle.

Mais la série noire continue avec les déclarations cavalières de Nicolas Sarkozy pour le Mexique, comme l’a bien souligné David Desgouilles. Puis, c’est au tour du nouvel ambassadeur de Tunisie, Boris Boillon, de déclencher une polémique pour des propos un peu durs à l’égard des journalistes tunisiens. Enfin, la révolte de la Libye expose Paris à la critique après la réception du dictateur fin 2007 (dont les photos auraient disparu du site de l’Elysée depuis quelques jours).

Chérie, j’ai rétréci notre diplomatie !

Alors que Jacques Chirac avait redoré notre tradition diplomatique en s’opposant fermement à la seconde guerre d’Irak, Nicolas Sarkozy a mis notre diplomatie en lambeaux. Alain Juppé, pourtant devenu ministre depuis, et Hubert Védrine, avaient alerté le président sur le manque de moyens du Quai d’Orsay. Mais les moyens ne font pas tout. En diplomatie, il faut également avoir une direction, une vision à partager, une capacité à défendre ses positions pour exister.

Et sur ces trois points, Nicolas Sarkozy pèche. La seule direction qu’on lui connaisse est un atlantisme qui l’a poussé à rejoindre le commandement intégré de l’OTAN plus de quarante ans après le départ décidé par le général de Gaulle. Mais ce suivisme ne saurait donner une ligne directrice à notre action. Et sur la scène européenne, la France, faute de vision, suit la plupart du temps l’Allemagne, qui nous a imposé Lisbonne et une Union pour la Méditerranée croupion.

Non, il ne restera pas grand chose de la présidence de Nicolas Sarkozy, entre autres d’un point de vue diplomatique. Même si on peut ne pas goûter le procédé utilisé par les diplomates qui ont signé la tribune du Monde, l’ensemble de leur constat est tristement juste.

18.02.2011

La France manque aux pays arabes

D’une part, on ne peut que se réjouir du processus de révolution démocratique qui s’empare de la quasi-totalité des pays arabes, en espérant qu’il se passe bien. De l’autre, alors que certains manifestent en Français, comment ne pas regretter que notre pays ne soit pas plus présent ?

Le besoin de France

Après le départ de Ben Ali et Moubarak, la tache d’huile de la révolution démocratique s’étend de plus en plus. L’Algérie, la Lybie, le Yémen, la Syrie, la Jordanie ou le Bahreïn connaissent aujourd’hui des troubles qui rappellent les premières heures des soulèvements Tunisien et Egyptien. Nous assistons peut-être à un mouvement historique de démocratisation qui fera fortement avancer les idées de liberté dans le monde. C’est un message d’espoir immense sur la nature de l’homme et son destin.

Et la France pourrait jouer un rôle bien plus important. En effet, comme le rapporte Slate, il y a une envie de France dans les opinions publiques arabes, un besoin de notre pays comme un facteur d’équilibre dans une région où l’image des Etats-Unis reste très ambivalente. Notre pays est le modèle de démocratie pour 47% des sondés, le pays qui joue le rôle le plus constructif au Proche-Orient pour 30% et le pays que les sondés aimeraient avoir comme super-puissance.

L’immense gâchis de Nicolas Sarkozy

Quand on examine ces résultats, comment ne pas se désoler devant la timidité de notre diplomatie ? Bien sûr, l’ingérence est d’autant plus à proscrire que nous sommes l’ancienne puissance coloniale de certains de ces pays. Mais entre un activisme néo-colonialiste et déplacé et l’inaction, il y a des alternatives… La France doit prendre la parole plus fermement pour réaffirmer nos idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité et aider tous les pays qui prennent la direction de la démocratie.

Nous sommes à la croisée des chemins, à un moment où la France peut accompagner le monde arabe dans sa construction historique. Mais rien ne se passe. On voit bien que l’Union Pour la Méditerranée du président n’est qu’un machin de plus totalement inutile. Pourtant, nous devrions aujourd’hui discuter avec l’Italie et l’Espagne pour mettre en place un plan pour aider la transition démocratique de la Tunisie et de l’Egypte, au contraire de ce que nous avons fait avec les pays d’Europe de l’Est.

Au début des années 1990, comme rapporté par Joseph Stiglitz, nous avons imposé une transition économique brutale aux anciens pays communistes alors que nous aurions du leur tendre la main et les aider, avec un plan Marshall pour faciliter la transition et éviter d’inutiles traumatismes. Ce que nous n’avons pas fait pour les anciens pays communistes, nous pourrions le faire aujourd’hui avec les pays arabes. Voilà ce que pourrait être l’apport de la France à cette belle révolution.

Jacques Chirac a brillamment entretenu la politique arabe de la France pendant ses mandats. Aujourd’hui, la France pourrait retrouver un rôle majeur dans cette région. Mais il faudrait pour cela avoir des hommes d’Etat à sa tête. Malheureusement.