07.08.2011
Au bord de la crise terminale du capitalisme financier
Samedi matin, l’agence Standard & Poors a annoncé la dégradation d’un cran de la note de la dette souveraine des Etats-Unis et la mise sous surveillance négative pour une nouvelle dégradation. Et si nous étions rentrés dans la crise terminale du système actuel ?
La goutte d’eau qui fait déborder le vase ?
En temps normal, une telle nouvelle aurait pu à elle seule faire exploser le système. Mais ici, elle tombe après deux semaines d’une grave crise boursière issue de la crise sans fin de la zone euro (que le dernier plan n’a pas vraiment réglé) et de questions sur les capacités politiques des Etats-Unis à gérer la crise financière qu’ils traversent. Les marchés doutent des capacités des pays développés à retrouver la croissance et conjointement à maîtriser leurs finances publiques.
La dégradation de la note des Etats-Unis est particulièrement grave car les plus de 14 000 milliards de dollars de titres de dettes de ce pays servent aussi dans les échanges financiers. Ils pouvaient être déposés comme collatéral ou garantie pour des prêts. Ils entraient dans la composition de nombreuses obligations. Mais la note AAA était un pré requis important pour justement être acceptés comme garanties ou pour faire partie de fonds eux-mêmes notés AAA.
Que va-t-il se passer maintenant que tous ces titres ont été dégradés par une des principales agences de notation ? Les banques vont-elles refuser les Bons du Trésor étasuniens comme collatéral, asséchant les marchés financiers ? Les fonds de placement vont-ils se mettre à les vendre en masse, faisant s’envoler les taux longs étasuniens ? Nous avons là une étincelle capable de faire exploser le système financier international, potentiellement un Lehmann au carré…
Les forces de rappel existent encore
D’un côté, on pourrait se réjouir d’un tel effondrement. Après tout, la plus grave crise financière des quatre-vingt dernières années n’a pas suffi à pousser les gouvernements à s’atteler à une réforme sérieuse de la finance. Il faut donc croire que le seul moyen pour en corriger les immenses dysfonctionnements, est qu’il s’auto-détruise et que les Etats en reconstruisent un nouveau sur les ruines de cet ordre néfastes et malfaisant, même si ce ne sera pas de tout repos.
Malgré tout, une puissante coalition d’intérêts fait que ce scénario n’est pas certain à court terme. Après tout, les gouvernements en place (et notamment Nicolas Sarkozy) préfèreraient sauver le système plutôt que de faire un saut dans l’inconnu. Les banques centrales ont engagées leur crédibilité sur de nombreuses opérations et sont prêtes à tout pour sauver leur peau (même la BCE préfère acheter la dette italienne plutôt que de prendre le risque d’une explosion de l’euro).
Ainsi, on pourrait imaginer que ce soir, les gouverneurs des banques centrales fassent une annonce pour calmer les marchés (poursuite de l’acceptation des Bons du Trésor comme collatéral du fait de la baisse de la note par une seule agence, injection de liquidités, monétisation…). La Banque de Chine pourrait aussi mettre son (grand) poids dans la balance. Cela, plus qu’une réunion des ministres des finances, pourrait donner un répit aux marchés et sauver temporairement la situation.
L’été 2011 restera à jamais comme un moment où l’histoire économique du monde a fortement vacillé. Nous saurons dans quelques jours ou quelques semaines s’il s’agissait seulement d’une très grosse alerte ou s’il s’agissait d’un prélude à un effondrement total du système financier…
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : standard & poors, etats-unis, aaa, nicolas sarkozy, bce
21.07.2011
Europe : folie française et technocratique contre responsabilité allemande
Aujourd’hui a lieu un nouveau sommet européen pour finaliser le second plan pour les créanciers de la Grèce et l’euro. Heureusement, il semblerait que l’Allemagne ait réussi à imposer une participation des créanciers privés, contre l’avis initial de la BCE et de la France.
L’Allemagne a raison !
Cela fait maintenant un mois que le gouvernement allemand et la Bundesbank mettent la pression sur leurs partenaires pour faire contribuer le secteur privé au second plan grec. En effet, les plans actuels sont avant tout des plans à destination des créanciers de la Grèce, qui permettent jusqu’à présent le remboursement intégral des créances d’Athènes. Pour ce faire, les autres pays européens empruntent de l’argent et le peuple grec doit subir une austérité sauvage.
Du coup, il apparaît comme totalement justifié et complètement normal que les créanciers participent à l’effort collectif. Cela est d’autant plus logique qu’en absence d’accord, la Grèce ferait défaut et ne rembourserait pas les prêts qui lui ont été accordés. En outre, les institutions financières empochent de grosses primes de risque et il paraît plus que légitime qu’elles assument une partie de ces risques en compensation de ces énormes bénéfices.
En fait, ne pas faire contribuer les institutions financières serait moralement inacceptable. Quelque soit le jugement des agences de notation, il serait scandaleux que les peuples paient la note sans que les créanciers ne soient mis à contribution. En ce sens, la position intransigeante de l’Allemagne est parfaitement justifiable. Elle l’est d’autant plus que l’Allemagne est le premier contributeur et que l’Europe lui demande des centaines de milliards.
L’irresponsabilité française et technocratique
A l’opposé, la France et les bureaucrates de la BCE ou de la Commission semblent toujours prêts à engager des centaines de milliards d’argent public pour venir à l’aide de ces pauvres créanciers, sans même leur demander la moindre contribution. Une telle position est d’autant plus hallucinante que les « technocrates apatrides et irresponsables » de Bruxelles et Francfort ne sont jamais les derniers pour demander des sacrifices aux peuples européens.
Bref, avec eux, il y a deux types d’argent public. L’argent public à destination des peuples, dont il faut absolument contenir la dépense. Et l’argent public à destination des créanciers des pays en difficulté ou des banques, à disposition de manière quasiment illimitée, comme l’ont illustré les mécanismes d’aide au secteur financier pendant la crise de l’automne 2008 ou encore les engagements colossaux pris par la BCE depuis la crise, comme le dénonce justement Der Spiegel.
Bien sûr, les agences de notation refusent tout défaut ou même toute restructuration de la dette grecque. Mais il est révoltant de voir la BCE et la Commission défendre sans la moindre nuance les intérêts de la finance sans sembler penser une seconde aux intérêts des peuples. On voit où ces bureaucrates placent l’intérêt général européen et cela montre surtout qu’il serait suicidaire de continuer de confier à ces fonctionnaires les clés du pouvoir en Europe.
Malheureusement, la France a apporté une grande contribution à ces politiques supranationales et ne servant que les intérêts de la finance. Heureusement que l’Allemagne bloque depuis quinze mois toute nouvelle dérive. Merci Berlin ! Merci Angela ! Tenez bon !
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : euro, bce, angela merkel, bundesbank, commission, grèce, défaut
13.07.2011
Quelques leçons de cette nouvelle crise de l’euro
Nous ne savons pas encore si cette nouvelle crise sera la crise terminale. Le contexte estival devrait la limiter à une grave poussée de fièvre car il serait surprenant que le système explose en plein mois de juillet. En revanche, ce nouvel épisode offre des leçons intéressantes.
La monnaie unique est une monstruosité
Même si les euro-béats continuent jusqu’à l’absurde de claironner que l’euro nous protège, les faits démentent tous les jours un peu plus cette vision des choses. Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne empruntent tranquillement à un peu plus de 3% à 10 ans malgré des déficits publics supérieurs à celui de la Grèce (et oui !!!), les pays de la zone euro sont embourbés dans une crise des dettes souveraines qui dure depuis un an et demi.
C’est ainsi que l’Espagne (6.8% de déficit contre 9% en Grande-Bretagne, une dette publique inférieure), se retrouve à devoir emprunter deux fois cher que Londres. Comme l’avaient expliqué Martin Wolff et Paul Krugman, l’incapacité de Madrid à dévaluer présente un gros risque pour la croissance ibérique, ce qui justifie pour les marchés une énorme prime de risque. L’euro ne procure même plus des taux plus bas, au contraire, il provoque un renchérissement du crédit.
L’irresponsabilité des eurocrates
En outre, les investisseurs n’ont plus la moindre confiance dans la « gouvernance » de cette zone euro, totalement incapable de gérer la crise. Ils ne font que la prolonger, à grands coûts pour les citoyens qui doivent à la fois subir une austérité sauvage et voir la dette qu’ils devront assumer s’envoler. La zone euro est beaucoup trop grosse et diverse pour être gérée avec une seule monnaie. Une coordination de politiques nationales serait bien plus efficace.
Pire, alors que les eurocrates ne cessent de dénoncer le laxisme de certains Etats, comment qualifier leur comportement incroyablement léger à l’égard de l’argent public ? La BCE vient de demander une rallonge de 750 milliards d’euros pour le fond européen. Autant elle questionne avec vigueur chaque centime d’aide sociale, autant elle est toujours prête à ouvrir le porte-monnaie des peuples européens pour sauver le système financier et l’euro…
Les marchés sont dangereux
Keynes avait bien raison quand il évoquait les « esprits animaux » des marchés. Il y a une semaine, l’Italie empruntait à moins de 5% à 10 ans et l’Espagne autour de 5.5%. En moins d’une semaine, les taux italiens ont pris plus d’un point ! Bien sûr, le contexte est compliqué entre les difficultés du ministre des finances italien, le désaccord permanent de l’Europe sur le nouveau plan pour la Grèce ou la hausse des taux de la BCE (encore que la décision était attendue de longue date).
Voilà, mais les sautes d’humeur de la corbeille sont imprévisibles. Pire, si elle persistait et envoyait les taux longs au-delà de 7%, c’est bien l’ensemble du système financier qui pourrait s’effondrer. Pourquoi faire reposer l’économie mondiale sur des marchés aussi coutumiers d’exubérance irrationnelle ? Cela amène aussi à se poser la question du financement des dettes publiques, dont il devient chaque jour plus évident qu’il ne peut pas être laissé aux seuls marchés.
Même si cette crise n’est pas la crise terminale de l’euro, elle est l’occasion d’exposer au grand jour les immenses carences de cette construction baroque et artificielle qu’est la monnaie unique. Puissions-nous nous en souvenir quand nous devrons tout reconstruire.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : euro, dettes souveraines, martin wolff, paul krugman, bce
12.07.2011
Europe : gros coup de chaleur sur les dettes souveraines
Yann avait bien senti les choses en publiant samedi une note sur la crise financière qui couvait et qui a explosé hier, provoquant une forte baisse des marchés financiers. Simple coup de chaud ou prélude à une explosion financière qui fera passer Lehmann Brothers pour une aimable plaisanterie ?
Un coup de chaleur vraiment grave
Il y a deux ans et demi, j’avais pronostiqué une nouvelle crise financière mondiale dont le déclenchement serait le défaut de l’Italie. En revanche, je me suis sans doute trompé sur la date puisque je situais cette crise à l’automne 2016. Il semblerait que les prédictions les plus noires de Jacques Sapir et Emmanuel Todd (pour qui l’euro ne passera pas l’année) pourraient bien se réaliser si la panique (extrêmement rare en plein été) continue sur les marchés.
En effet, comme l’avait bien vu Yann, ce sont les taux espagnols et italiens qu’il faut surveiller. Jusqu’à présent, même s’ils avaient monté l’automne dernier, ils étaient restés à un niveau inférieur à celui de l’automne 2008, l’Italie restant sous les 5% et l’Espagne oscillant entre 5 et 5,5%. Mais hier, les marchés ont sérieusement dérapé, poussant les taux espagnols brièvement au-delà de 6% et les taux italiens à près de 5,7%. Nous rentrons dans des zones très dangereuses.
L’Europe paralysée
Si la situation de l’Espagne est gérable (plus petite économie, 68% du PIB en dette fin 2011), celle de l’Italie est explosive, avec une dette de 120% du PIB, plus de 1800 milliards d’euros ! Un point de taux d’intérêt supplémentaire, c’est 18 milliards d’intérêts de plus… Les marchés ne font que réagir à la lenteur et aux contradictions permanentes des dirigeants européens pour traiter le cas de la Grèce, ce qui n’est guère encourageant pour des problèmes plus importants
En effet, une énième réunion hier n’a pas réussi à aboutir sur un accord pour un second plan d’aide pour les créanciers de la Grèce. Les agences de notation persistent à juger les plans proposés comme des défauts partiels, ce qui imposerait à la BCE de ne plus prendre les titres grecs comme collatéral, ne permettant plus le financement des banques grecques. Bref, le temps passe et démontre qu’une structure comme l’UE est tout simplement ingouvernable.
Il est clair que si les taux continuent à monter et dépassent 7%, alors la situation deviendra intenable. Il sera impossible de proposer à l’Italie la même chose qu’à la Grèce étant donné le montant colossal de la dette italienne. A ce titre, il est proprement incroyable de voir les autorités européennes réclamer un fonds de soutien de 1500 milliards pour sauver leur joujou. Il s’agit tout de même d’argent public. Et un peu plus de modération dans son utilisation serait la bienvenue…
Les forces de rappel existent
Malgré tout, même si les marchés peuvent avoir de vraies tendances autodestructrices, il est tellement évident que si les taux italiens dérapent, la situation devient totalement incontrôlable qu’on ne peut exclure que la peur du vide calme les spéculateurs. En faisant montant les taux italiens (et dans une moindre mesure, espagnols), le système financier se suiciderait littéralement. On ne peut pas exclure que les patrons des banques et des fonds mettent le holà à cette roulette russe.
Par-delà la peur d’un vide immense, la BCE peut également intervenir sur les marchés pour réduire la pression sur les taux italiens et espagnols, même si elle y rechigne. Mais son existence est en jeu, ce qui pourrait la motiver. Enfin, la Chine pourrait également agir à loisir sur les marchés pour éviter une explosion financière dont même elle pourrait ne pas sortir indemne. Bref, aussi violent et dangereux soit-il, ce coup de chaleur pourrait n’être qu’épisodique.
Tout est réuni aujourd’hui pour une crise financière d’une ampleur potentiellement supérieure à celle de l’automne 2008 : le défaut d’un Etat suivi d’un effondrement complet du système financier. La question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand. Et cela pourrait venir plus tôt que je ne le pensais…
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : dettes souveraines, yann, lehmann brothers, bce
30.06.2011
Grèce : le parlement choisit l’austérité
C’est fait : par une courte majorité, le Parlement grec a voté le plan d’austérité du gouvernement. Ce choix devrait permettre le versement des fonds du FMI et de l’Europe et ouvre la voie à un nouveau plan. Rien n’est réglé mais l’euro et les créanciers du pays sont temporairement sauvés.
« Sauver les grecs de la faillite » ?
Le traitement de beaucoup de médias est stupéfiant : les pays européens et le FMI aideraient la Grèce à éviter la faillite. Cette présentation des faits est totalement abusive. Tout d’abord, un Etat ne fait pas faillite, dans la mesure où il ne cesse pas son activité comme une entreprise. Un Etat peut faire défaut sur sa dette (ne pas la rembourser), partiellement ou totalement, comme cela a été le cas de l’Argentine en 2002 quand elle a cassé le lien entre peso et dollar.
Ensuite, dire que nous sauvons la Grèce ou les Grecs paraît tout de même un peu abusif quand on constate à quelles extrémités les plans d’austérité demandés par l’Europe et le FMI poussent le gouvernement. Nous assistons à une immense régression sociale que ce papier du Monde met bien en lumière. En général, un sauvetage est moins sanglant et moins violent pour les personnes qui sont sauvées. En fait, ce ne sont pas les Grecs qui sont sauvés par ces plans.
Ce sont bien les créanciers de la Grèce et l’euro qui sont sauvés. Dans le cas des créanciers, c’est d’autant plus choquant que ce sont les Etats (directement ou à travers le FMI) qui se substituent aux institutions financières privées pour assumer le risque d’un défaut que l’immense majorité des analystes estime très probable. Et c’est aussi l’euro qui est sauvé dans la mesure où une sortie de la Grèce aurait probablement un effet domino destructeur pour la monnaie unique.
Une coûteuse perte de temps
Bien sûr, il ne faut pas se voiler la face, l’option de refuser l’aider internationale, de sortir de la monnaie unique, de dévaluer et de faire défaut partiellement ou totalement sur la dette ne serait pas une sinécure pour la Grèce et les Grecs. Le pays n’aurait plus accès aux marchés des capitaux et devrait donc brutalement équilibrer ses échanges. Parallèlement, le prix des produits importés s’envolerait. Il faudrait sans doute introduire un contrôle des changes strict.
Mais, le cas de l’Argentine, qui n’était pas dans une situation moins périlleuse, démontre qu’après quelques mois difficiles, la dévaluation est un puissant outil pour relancer l’économie. A peine un an après le défaut, la croissance reprenait à un rythme vigoureux (plus de 7% par an), la production industrielle s’envolait, le chômage et la pauvreté baissaient fortement, comme le montre Yann. Bien sûr, l’économie argentine souffre encore d’inflation, mais les choix de 2002 étaient les bons.
Le plus incroyable demeure le déni complet de réalité de la troïka qui fait comme si la Grèce pourrait un jour rembourser sa dette. Pire, plus nous attendons, plus la restructuration devra être importante. Mais, entre temps, les Etats (et donc les contribuables) se seront substitués aux banques privées et les Grecs auront beaucoup souffert. L’incapacité des Etats à adopter une solution durable est navrante. Cela tient peut être au fait qu’il est impossible d’en construire une dans le cadre de l’euro.
Une telle décision était malheureusement prévisible : la Grèce n’a pas envie de dire « non » à une Europe qui l’a beaucoup aidé et la sortie de l’euro n’est pas une solution revendiquée par les opposants. Mais comme à Buenos Aires, l’austérité sauvage pourrait bien faire changer les Grecs d’opinion…
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : grèce, fmi, bce, euro, austérité, argentine, défaut, restructuration, yann
28.06.2011
Grèce : y a-t-il un plan B à la sortie de l’euro ?
Alors qu’un nouveau prix Nobel vient de critiquer la monnaie unique, qui n’aurait jamais du être mise en place selon lui, la Grèce est sur le point d’accepter un nouveau plan d’austérité sauvage qui devrait débloquer la dernière tranche d’aide et déclencher un nouveau plan.
Austérité et plan de financement
C’est pour l’instant la voie choisie par la troïka technocratique BCE / Commission / FMI. La Grèce doit réduire drastiquement son déficit (pour viser l’équilibre en 2015) et réduire son rythme d’endettement. En échange, la communauté internationale finance l’intégralité de son besoin de trésorerie (premier plan de 110 milliards d’euros). L’idée est que la meilleure gestion du pays pourrait permettre à Athènes de pouvoir à terme faire face à ses obligations.
Mais cette voie apparaît comme totalement illusoire pour la plupart des économistes. En effet, la Grèce est insolvable et sera incapable de rembourser une dette qui pourrait bien atteindre 180 ou 200% du PIB dans trois ans. En effet, la radicalité des plans d’austérité a plongé l’économie dans une violente récession, qui, en réduisant la richesse nationale, alourdit encore le poids de la dette. Pire, les Etats, le FMI et la BCE se substituent aux investisseurs privés, assurant le risque de défaut.
Austérité et restructuration
C’est pour cela que de nombreux économistes appellent à une restructuration de la dette grecque qui semble aujourd’hui inévitable. Le très sérieux The Economist recommande cette semaine une réduction de 50%, qui correspond à l’évaluation actuelle des marchés. Les banques européennes pourraient absorber une telle somme. Il faudrait en revanche recapitaliser les banques grecques, dont l’exposition est trop forte pour une telle restructuration.
Cela laisserait la Grèce avec une dette d’un peu moins de 80% du PIB, une réduction automatique de son déficit de 3,5 à 4 points de PIB (économie d’intérêt) et diminuerait nettement son besoin de financement pour les années à venir (le déficit 2011 étant divisé par deux par exemple). Un tel scénario permettrait de grandement limiter le coût du plan à venir. On peut estimer que le besoin serait au minimum divisé par deux (moins de 50 milliards au lieu de 100).
La question de la compétitivité
Il est bien évident qu’une telle solution permettrait de grandement réduire la pression sur le gouvernement grec et donnerait sans doute une bouffée d’air dans cette crise sans fin de l’euro en réduisant fortement la pression sur Athènes. Cependant, tout ne serait pas réglé. Le pays ne serait pas pour autant tiré d’affaire car il présente un énorme déficit de sa balance commerciale et de ses paiements : il manque tous les ans 5 à 10% du PIB pour équilibrer ses comptes extérieurs.
Paradoxalement, la restructuration de la dette freinerait le rééquilibrage de la balance des comptes courants car la Grèce se retrouverait dans trois ans avec un budget à l’équilibre mais des comptes courants dans le rouge, nécessitant toujours une l’injection d’argent de l’étranger… En effet, le pays souffre cruellement d’un manque de compétitivité qui plombe ses exportations. Bref, la situation resterait instable à moyen terme, à moins d’un transfert permanent de 5 à 10% du PIB…
Du coup, la seule solution, évoquée par Patrick Artus dans une de ses notes, serait une dévaluation interne, une baisse des salaires pour retrouver de la compétitivité. Cela a déjà été entamé, mais l’économiste en chef de Natixis évoquait le chiffre de 35% ! Une telle évolution serait un cataclysme économique qui provoquerait des années de récession économique qui remettraient en cause le remboursement de la dette, même après un ajustement de 50%.
A moins d’accepter des transferts colossaux pour combler le déficit de la balance des paiements, les deux options qui se présentent pour la Grèce, en complément d’une restructuration de la dette, sont une baisse d’un tiers des salaires ou une sortie de l’euro. La deuxième n’est-elle pas plus humaine ?
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : grèce, the economist, restructuration, défaut, bce, fmi, commission, patrick artus, natixis
23.06.2011
Grèce, Espagne : l’impasse de l’euro
Plus le temps passe, plus nous comprenons que les politiques qui sont menées dans les pays « aidés » par l’Europe n’aident en réalité que les créanciers et surtout pas des peuples qui sont littéralement saignés et expérimentent une régression sociale inédite depuis la guerre.
Athènes étranglé, dépecé et sous tutelle
La situation de la Grèce est la plus dramatique. Malgré tout, le pays a montré son volontarisme en divisant par deux son déficit en deux ans (qui était encore de 15% du PIB en 2009), malgré une récession sauvage (PIB qui aura baissé de 10% à la fin de l’année). Les plans d’austérité sont impitoyables : baisse du nombre de fonctionnaires, baisse des prestations sociales, coupe à la hache dans les salaires (certains fonctionnaires ont vu leur traitement réduit de 20%).
Mardi soir, le Parlement a voté la confiance au gouvernement, ouvrant la voie au déblocage du plan européen. Mais cela nécessitera des privatisations massives, littéralement une vente du pays à l’étranger qui choque de plus en plus la population. Se pose un triple problème : les créanciers sont pour l’instant totalement épargnés, il n’y aucune perspective de redressement solide et enfin, le pays est totalement sous la tutelle de la troïka FMI / BCE / Commission.
Menace sur Madrid
L’Espagne est aujourd’hui le pays que tout le monde surveille car un emballement des marchés sur la dette espagnole pourrait tester durement les capacités financières du fonds européen en nécessitant une aide de plusieurs centaines de milliards d’euros. Pour l’instant, la situation est relativement stable dans la mesure où les taux longs oscillent entre 5 et 5.5% depuis six mois, marquant la relative confiance des marchés à l’égard des mesures du gouvernement.
Mais le FMI vient de publier un rapport alarmant sur l’économie espagnole, reprochant à la fois le manque de croissance et une certaine lenteur dans l’avancement des « réformes », nom commode pour qualifier le démantèlement du modèle social national (même s’il comportait sans doute des défauts). Bref, d’une part le FMI demande des mesures qui pénalisent la croissance, de l’autre il critique le manque de croissance qui résulte des mesures qu’il recommande.
Des plans inhumains et imbéciles
En fait, ces plans sont totalement imbéciles. Dans le cas de la Grèce, tout le monde sait que dans deux ans, la dette aura explosée puisque les plans d’austérité provoquent une contraction sauvage du PIB. Bref, c’est un pays affaibli économiquement et socialement qui devra assumer une dette encore plus importante qu’aujourd’hui, et de facto impossible à rembourser. Seuls les créanciers privés auront profité de l’intervalle pour se désengager, remplacés par les Etats et le FMI…
En fait, ces pays ont autant un problème de dette que de croissance. Calmer la progression de la dette n’aura aucun intérêt si le PIB baisse… Et pour retrouver de la croissance, il faut améliorer la compétitivité. Comme l’avaient souligné Nouriel Roubini ou Jacques Sapir, la voie d’une baisse des salaire serait trop dure socialement et il n’y a donc qu’une seule solution : la sortie de l’euro assortie d’une dévaluation. C’est ce dont j’ai pu débattre mardi soir sur France 24.
Loin de régler les problèmes, les plans actuels ne font que les différer en les faisant grossir. La troïka montre à nouveau son irresponsabilité en engageant beaucoup d’argent pour rien. Mais les lignes bougent : un économiste grec vient de réclamer une sortie de la zone euro.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : grèce, fmi, euro, bce, commission européenne, espagne, nouriel roubini, jacques sapir, france 24
16.06.2011
La révolte contre l’UE commence à Athènes
Hier avait lieu la 3ème grève générale en Grèce en protestation contre les plans concoctés par la Commission, la BCE et le FMI et qu’essaie de faire passer le gouvernement. Nicolas Dupont-Aignan était hier à Athènes pour protester lui aussi contre ses plans absurdes.
La partie de poker entre la finance et les Etats
Sur son blog, Hervé Nathan montre justement qu’aujourd’hui que c’est la corbeille qui décide à Athènes et que Commission, BCE et FMI ne font que suivre ce qu’elle souhaite. Assez naturellement, les marchés ne veulent pas entendre parler d’une décote qui risquerait à nouveau de provoquer une crise financière systémique, démontrant à nouveau que le secteur financier n’est qu’un immense château de cartes à la merci du défaut d’un pays pesant 3% du PIB de la zone euro.
On perçoit dans les menaces des agences contre Athènes ou les banques qui ont des engagements en Grèce une forme de chantage, un pur rapport de force entre les marchés et les Etats européens pour se partager l’addition. Il est intéressant de constater à quel point la troïka infernale défend uniquement les intérêts de la finance, appuyée par la France, en contradiction totale avec les propos de Nicolas Sarkozy sur la moralisation du capitalisme.
En revanche, l’Allemagne pèse de tout son poids (qui est grand, en tant que prêteur de dernier ressort) pour partager l’addition avec le secteur financier et imposer qu’il prenne en charge une partie de la note, quitte à accroître les tensions sur les marchés financiers. On peut se demander si, de la sorte, l’Allemagne ne cherche pas tout bonnement à faire pourrir la situation pour enfin sortir d’un euro dont elle n’a jamais voulu. Résultats, les négociations continuent à piétiner.
La seule chose qui est certaine est que les conditions de l’accord qui doit être trouvé d’ici la fin du mois seront à nouveau sanglantes : baisse des salaires, hausse des impôts, véritable dépeçage du service public national pour dégager de la trésorerie (50 milliards d’euros de privatisations, c’est 20% du PIB du pays, l’équivalent de 400 milliards en France…). Comme le soutient Morad El Hattab, cela revient à presser un citron jusqu’à ce que les pépins craquent…
Une situation totalement intenable
J’avais écrit il y a quelques semaines qu’il n’y avait qu’une solution pour la Grèce, à savoir la sortie de l’euro, une forte dévaluation et une restructuration, si possible ordonnée, de sa dette. C’est exactement ce qu’a écrit Nouriel Roubini dans le Financial Times de mardi. Les médias ont assez mal rendus compte de cet article, qui, avant de conclure, étudie les autres possibilités offertes à la Grèce : dévaluation de l’euro, voie allemande ou dévaluation interne.
Mais l’économiste qui avait prédit la crise de 2008 juge que ces options sont impraticables car les traités impliquent un euro cher, (d’autant plus quand on met des psychopathes à la tête de la BCE) et que le principe d’une compression interne des salaires pour améliorer la compétitivité de la Grèce provoquerait une Grande Dépression qui, non seulement achèverait l’économie grecque, mais rendrait totalement illusoire le remboursement des dettes que le pays a contracté.
Certes, certains évoquent la solidarité européenne mais celle-ci est illusoire tant elle devrait être importante. Jacques Sapir a chiffré à 3.5 à 4% du PIB l’effort annuel que devrait consacrer l’Allemagne. Pire, comme je l’avais expliqué, cette solidarité, si elle améliorerait la situation de la population grecque, ne ferait qu’entretenir un déséquilibre de la balance des paiements du pays qu’il faudra bien tôt ou tard corriger. Cette solution revient à une fuite en avant dans toujours plus de dettes.
La Grèce n’a pas 36 solutions aujourd’hui : elle doit dévaluer pour retrouver sa compétitivité. Soit elle procède à une dévaluation interne pour rester dans l’euro. Mais dans ce cas, Patrick Artus estime qu’il faudra baisser les salaires de 35% : je vous laisse imaginer la boucherie que représenterait un tel ajustement. C’est pourtant la voie prise aujourd’hui. L’alternative consiste à sortir de l’euro pour procéder à une dévaluation en bonne et due forme.
L’Argentine s’était imposée quatre années de récession avant d’abandonner le lien avec le dollar. La Grèce est dans sa troisième année. Si Athènes suit Buenos Aires, le moment de vérité aura lieu début 2013… Mais la situation est tellement instable que cela pourrait arriver plus vite…
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : grèce, athènes, grève générale, euro, nicolas dupont-aignan, fmi, bce, commission européenne, hervé nathan, nouriel roubini, jacques sapir, patrick artus, argentine
04.06.2011
La énième fausse solution à Athènes
La situation continue à se compliquer en Grèce. Bien sûr, un accord a été trouvé avec la troïka FMI, la BCE et la Commission Européenne, ce qui va libérer une tranche de financement de 12 milliards du plan initial de 110 milliards, qui sera complété par une soixantaine de milliards. Mais rien n’est réglé.
Un énième plan d’austérité
C’est un nouveau plan d’austérité de 6,4 milliards d’euros (environ 2,5% du PIB, l’équivalent de 50 milliards d’euros pour la France), qui a été décidé. Cela devrait permettre d’atteindre l’objectif d’un déficit public de 7.5% du PIB cette année, après l’échec de 2010, où l’objectif de 8.1% du PIB avait été largement dépassé (10.5% en réalité). Du coup, la nouvelle tranche de financement du FMI et de l’Union Européenne va bien être accordée à la Grèce.
La troïka a également mis en place un financement complémentaire de 60 à 65 milliards, dont 20 milliards seront pris en charge par l’Union Européenne, 10 par le FMI, 15 par la Grèce. Fait nouveau, les banques devront contribuer à hauteur de 15 à 20 milliards à savoir qu’elles devront prolonger d’ici à 2014 pour 15 à 20 milliards d’euros de prêts accordés à la Grèce quand ils arriveront à échéance. A priori, les besoins de financement de la Grèce sont couverts pour 3 ans.
Pour l’instant, nous restons donc sur les mêmes solutions que depuis un an. L’Allemagne, qui poussait à une restructuration de la dette qui ferait porter une partie du poids sur les institutions financières, a perdu devant l’opposition conjointe de la France, de la BCE et de la Commission Européenne. L’Europe continue d’acheter du temps, sans rien résoudre, et continuant à transférer le risque des institutions financières privées sur les contribuables européens…
Une situation qui reste intenable
Car si ce nouveau plan achète à nouveau du temps, il ne résout rien à la situation du pays. Tout d’abord, rien dans ce qui a été décidé ne va permettre à la Grèce de sortir de la violente récession dans laquelle le pays est plongé depuis trois ans. Et ce n’est pas en serrant plus encore la vis budgétaire que la situation va s’améliorer. Nous devrions donc avoir bientôt un deuxième pays européen, après l’Espagne avec un taux de chômage supérieur à 20%.
Et puis, il est évident que ces plans ne font qu’acheter du temps. Il est probable que dans un ou deux ans, quand une bonne partie des nouveaux crédits auront été utilisés, que le pays sera toujours en récession, que le poids de sa dette aura alors dépassé les 160% du PIB, il sera toujours impossible à la Grèce de se financer sur les marchés. Que fera-t-on alors ? L’Europe demande aux Etats de jeter de l’argent dans un puits sans fond alors même qu’elle leur demande plus de rigueur…
D’ailleurs, il y a un fait très inquiétant pour la suite : les Grecs retirent de l’argent de leurs banques pour se protéger d’une éventuelle faillite ou d’une dévaluation. Les dépôts, continuent à baisser : les Grecs ont retiré pour 1,5 milliard d’euros en une seule journée. Cette fuite des capitaux pourrait provoquer l’effondrement du système bancaire dans un mouvement auto réalisateur des marchés. Il y a fort à parier que le gouvernement va être contraint d’agir pour sauver ses banques…
Bref, l’ensemble des faits montre aujourd’hui que la Grèce est définitivement sur le chemin de l’Argentine, comme Martin Wolff l’a souligné une fois de plus. Les « solutions » mises en place ne règlent que le problème de trésorerie sans rien régler aux problèmes de croissance et de solvabilité.
11:25 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : athènes, grèce, fmi, bce, union européenne, commission européenne, plan d'austérité, fuite des capitaux
01.06.2011
Athènes outragé ! Athènes dépecé! Athènes martyrisé ! A quand Athènes libéré ?
50 milliards : voilà le programme de privatisations massif que la Grèce se voit imposer par le FMI, la BCE et la Commission Européenne en contrepartie du plan « d’aide ». Pour donner un ordre de grandeur, cela revient à 400 milliards à l’échelle de la France.
Le grand dépeçage de la Grèce
Je me permets de reprendre le titre du papier de Nicolas Dupont-Aignan, invité avant-hier soir à l’émission de Pierre-Louis Basse sur Europe 1. Car comment qualifier autrement le programme qui est imposé aujourd’hui au peuple grec ? A-t-on vraiment conscience de ce l’immense régression que traverse le peuple grec ? Certes, le pays a trop emprunté et a trafiqué ses comptes (avec l’aide de Goldman Sachs), mais les mesures actuelles sont aussi dures qu’inutiles.
Car quelle sera la situation du pays dans deux ans ? Un pays qui aura une dette de 160% du PIB, une grande partie de ses actifs vendus à des entreprises étrangères, un PIB qui aura reculé de 10 à 15%, un taux de chômage de plus de 20% et sans doute toujours un déséquilibre important de sa balance des paiements, et donc toujours un besoin de financement étranger. Bref, quoique l’on fasse, la Grèce finira par restructurer sa dette. Nous ne faisons que repousser le problème.
Le besoin de se libérer de la monnaie unique
Patrick Artus, économiste à Natixis, a fait un papier sur les pays périphériques de la zone euro. Bizarrement, il affirme que « l’ajustement demandé à ces pays est de l’ordre de celui réalisé par l’Allemagne ». Pourtant, il montre qu’ils ont besoin d’une baisse des coûts salariaux de 20 à 35% et une baisse de la demande intérieure de 13 à 27 points du PIB ! A partir de là, comment la Grèce pourrait bien faire 3% de croissance par an comme il le prévoit pour étayer ses prévisions ?
Car si les salaires baissent d’autant, il est bien évident qu’il n’y aura pas de croissance. En fait, le problème de compétitivité des pays de la périphérie de la zone euro est assez simple : soit il est traité par une baisse sauvage des salaires, aux effets dépressifs catastrophiques, soit il est réglé par une dévaluation (et donc une sortie de l’euro). Et comme le besoin d’ajustement des coûts salariaux est aujourd’hui trop important pour être réalisé par les salaires, il faut passer par la deuxième solution.
Les plans actuels sont d’autant plus choquants qu’ils sont aussi cruels qu’inutiles. Ils ne font que repousser la résolution du problème, en le faisant grossir. Résultat : les peuples souffrent absolument pour rien, la dette sera restructurée et l’ajustement sera encore plus brutal.
07:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : athènes, grèce, fmi, bce, commission européenne, nicolas dupont-aignan, pierre-louis basse, patrick artus, natixis



