29.07.2011
Ce que nous dit le précédent de 1992-1993 sur une fin de l’euro
C’est une des dernières lignes de défense des partisans de l’euro : le retour des monnaies nationales et des dévaluations compétitives provoqueraient un cataclysme économique. Outre le fait que la situation actuelle est loin d’être riante, l’explosion du SME au début des années 1990 nous dit le contraire.
Flashback
Le début des années 1990 est difficile pour l’économie mondiale. Après une fin des années 1980 euphorique malgré le krach de 1987, du fait, déjà, de l’ajustement des politiques monétaires par les banques centrales, les économies occidentales souffrent d’un violent krach immobilier, qui aboutit à des faillites bancaires aux Etats-Unis, à la crise dont le Japon ne s’est toujours pas totalement remis et à un ajustement violent du marché immobilier parisien (qui perd 35% de sa valeur de 1991 à 1998).
L’Europe continentale rentre plus tardivement en récession du fait de l’unification allemande. En effet, le choix par Bonn d’une parité entre mark de l’est et mark de l’ouest donne un pouvoir d’achat important qui booste la croissance allemande en 1991 et produit un effet d’entraînement pour toute l’Europe. Mais cette forte croissance provoque une remontée de l’inflation (au-delà de 5%) et même un léger déficit de la balance des transactions courantes.
En outre, les parités monétaires européennes n’ont pas été réajustées pour tenir compte des différentiels d’inflation. Et la surchauffe de l’économie allemande pousse la Bundesbank à remonter les taux d’intérêt début 1992. La spéculation, permise par la libéralisation des mouvements de capitaux (directive Delors-Lamy de 1988), se déchaîne et provoque alors une explosion du SME de 1992 à 1993.
Dévaluation et croissance
En septembre 1992, après avoir monté ses taux courts à 15%, la Grande Bretagne quitte le SME pour ne pas asphyxier son économie. La livre perd jusqu’à 25% (en 1994, la dévaluation par rapport au mark atteint en moyenne 15% par rapport à 1991). La peseta et l’escudo sont dévalués une première fois, puis une seconde en mai 1993. En août 1993, les marges de fluctuations du SME sont élargies à 15%. En 1994, la lire et la peseta ont perdu 25% par rapport au mark.
Mais loin d’apporter la désolation économique, ces réajustements monétaires dynamisent l’économie. Après deux années de récession, la croissance rebondit au Royaume Uni (2.2% en 1993 et 4.3% en 1994). Après la récession de 1993, l’Europe continentale retrouve la croissance en 1994 : 2,2 à 2,4% en France, Italie et Espagne et même 2.7% en Allemagne. Mieux, l’inflation diminue dans les pays qui ont dévalué (4% en 1994 contre 6% en1991 en Italie, 2% au Royaume Uni au lieu de 7.5%).
Ce que cela dit d’une fin de la monnaie unique
Bref, le réajustement brutal des parités monétaires, a, au contraire, libéré la croissance économique européenne en permettant aux différents pays d’avoir enfin un taux de change et des taux d’intérêt adaptés à leur économie. Mieux, cela n’a pas provoqué de dérapage inflationniste puisque l’inflation a reculé sur l’ensemble du continent pendant l’intervalle. Et de toutes les façons, l’histoire économique enseigne que les dévaluations ont souvent un intérêt.
Alors, bien sûr, dans le cas d’une fin de l’euro, se poserait le problème des dettes souveraines. Il serait bien sûr illusoire de partir du principe que l’Italie pourra assumer sa dette si elle dévalue. Néanmoins, il faut noter que depuis un an et demi, les Etats européens ont mobilisé 400 milliards d’euros pour sauver les créanciers des pays en difficulté sans contrepartie autre qu’une austérité sauvage et imbécile. Mieux, la monétisation permettrait de recapitaliser les banques à bon compte.
Bref, loin des scénarios catastrophistes qui visent surtout à faire peur et empêcher tout débat, le réajustement des parités monétaires permettrait de relancer la croissance dans les pays de la périphérie qui retrouverait ainsi leur compétitivité sans avoir à baisser les salaires. Le montant des ajustements fait qu’un dérapage inflationniste est évitable. Et s’il fallait recapitaliser les banques, cela ne serait pas plus important que ce qui est fait aujourd’hui.
Bref, même si l’économie n’est pas une science exacte, l’examen de l’explosion du SME en 1993 permet de très fortement nuancer les prédictions catastrophistes de certains. Les dévaluations peuvent être positives.
Source pour les chiffres : OCDE
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23.07.2011
Comment Nicolas Sarkozy jette 90 milliards par la fenêtre
Avant-hier, les dirigeants européens ont concocté un plan de près de 160 milliards d’euros pour sauver les créanciers de la Grèce. Un plan illusoire qui ne règle en rien les problèmes d’Athènes et qui va coûter dramatiquement cher aux ménages européens.
L’austérité pour payer les créanciers
Comme le rappelle très clairement Nicolas Dupont-Aignan dans une tribune publiée dans le Monde (version longue sur le site de Debout la République), ces plans ne résolvent rien. Certes, les banques privées sont impliquées (ce qui est positif, car il aurait été immoral que seuls les contribuables paient), mais ils ne règlent en aucun les problèmes de la Grèce. Dans trois ans, le PIB grec aura encore baissé, la dette monté et le pays sera donc encore moins en position de payer.
En fait, les pays européens vont fournir l’argent pour assurer les échéances des trois prochaines années, mais rien n’est fait pour que la Grèce retrouve la croissance. Rendez-vous donc dans trois ans pour un bilan qui sera forcément mauvais. En revanche, les créanciers privés auront pu réduire leurs engagements (certes, pas autant qu’ils l’espéraient) et la dette grecque sera alors détenue à plus de 50% par des institutions publiques, qui devront alors assumer le probable défaut.
En outre, comme le montre Moral El Hattab dans une tribune publiée sur Agoravox, les dirigeants européens ont aussi sauvé de nombreuses institutions financières du dénouement de CDS sur la dette grecque. En fait, même si les banques devront contribuer à hauteur de 50 milliards au plan (220 pour les Etats au cumul des deux plans), ce sont bien pour elles que s’impose cette austérité sauvage dans tous les pays européens. Les contribuables paient encore pour sauver les banques.
Irresponsabilité financière
On a beaucoup glosé sur les 15 milliards qu’engage la France dans ce nouveau plan grec. Le problème est qu’il faut y ajouter notre contribution au premier plan grec (17 milliards) ainsi que celle aux plans irlandais et portugais. En clair, notre pays a engagé près de 60 milliards, qui servent uniquement à rembourser les créanciers de ces trois pays. 60 milliards, 3% du PIB, la moitié du déficit public prévu cette année, une augmentation d’environ 4% de notre dette publique !
Pire, il ne faut pas oublier que la France va emprunter ces 60 milliards et que nous allons devoir payer des intérêts aux marchés financiers puisque nous ne pouvons pas monétiser. Notre pays devra donc payer environ 2 milliards d’euros d’intérêt pendant quinze ans (puisque les prêts accordés par le fonds européen courent sur cette durée). En clair, on peut estimer que sur cette période, la France va donc payer 30 milliards d’euros d’intérêts. Au total, la facture atteint 90 milliards !
Bien sûr, si la Grèce remboursait cette somme et payait les intérêts, alors, ce serait relativement neutre pour nous (sauf que c’est nous qui avançons la somme). Mais le problème est qu’il est totalement illusoire de croire que nous retrouverons cette somme car la Grèce sera encore moins en position de rembourser dans trois ans qu’elle ne l’est aujourd’hui. Il est donc fort probable que l’argent que nous prêtons aujourd’hui ne sera pas récupérée, au alors, seulement de manière partielle.
Bref, il est totalement irresponsable d’engager de telles sommes. Mais le pire est que beaucoup de fédéralistes sont prêts à signer des chèques beaucoup plus importants. Jacques Attali évoque un fonds européen de 2000 milliards d’euros, soit 400 milliards pour la France. Ils ont vraiment perdu la tête !
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21.07.2011
Europe : folie française et technocratique contre responsabilité allemande
Aujourd’hui a lieu un nouveau sommet européen pour finaliser le second plan pour les créanciers de la Grèce et l’euro. Heureusement, il semblerait que l’Allemagne ait réussi à imposer une participation des créanciers privés, contre l’avis initial de la BCE et de la France.
L’Allemagne a raison !
Cela fait maintenant un mois que le gouvernement allemand et la Bundesbank mettent la pression sur leurs partenaires pour faire contribuer le secteur privé au second plan grec. En effet, les plans actuels sont avant tout des plans à destination des créanciers de la Grèce, qui permettent jusqu’à présent le remboursement intégral des créances d’Athènes. Pour ce faire, les autres pays européens empruntent de l’argent et le peuple grec doit subir une austérité sauvage.
Du coup, il apparaît comme totalement justifié et complètement normal que les créanciers participent à l’effort collectif. Cela est d’autant plus logique qu’en absence d’accord, la Grèce ferait défaut et ne rembourserait pas les prêts qui lui ont été accordés. En outre, les institutions financières empochent de grosses primes de risque et il paraît plus que légitime qu’elles assument une partie de ces risques en compensation de ces énormes bénéfices.
En fait, ne pas faire contribuer les institutions financières serait moralement inacceptable. Quelque soit le jugement des agences de notation, il serait scandaleux que les peuples paient la note sans que les créanciers ne soient mis à contribution. En ce sens, la position intransigeante de l’Allemagne est parfaitement justifiable. Elle l’est d’autant plus que l’Allemagne est le premier contributeur et que l’Europe lui demande des centaines de milliards.
L’irresponsabilité française et technocratique
A l’opposé, la France et les bureaucrates de la BCE ou de la Commission semblent toujours prêts à engager des centaines de milliards d’argent public pour venir à l’aide de ces pauvres créanciers, sans même leur demander la moindre contribution. Une telle position est d’autant plus hallucinante que les « technocrates apatrides et irresponsables » de Bruxelles et Francfort ne sont jamais les derniers pour demander des sacrifices aux peuples européens.
Bref, avec eux, il y a deux types d’argent public. L’argent public à destination des peuples, dont il faut absolument contenir la dépense. Et l’argent public à destination des créanciers des pays en difficulté ou des banques, à disposition de manière quasiment illimitée, comme l’ont illustré les mécanismes d’aide au secteur financier pendant la crise de l’automne 2008 ou encore les engagements colossaux pris par la BCE depuis la crise, comme le dénonce justement Der Spiegel.
Bien sûr, les agences de notation refusent tout défaut ou même toute restructuration de la dette grecque. Mais il est révoltant de voir la BCE et la Commission défendre sans la moindre nuance les intérêts de la finance sans sembler penser une seconde aux intérêts des peuples. On voit où ces bureaucrates placent l’intérêt général européen et cela montre surtout qu’il serait suicidaire de continuer de confier à ces fonctionnaires les clés du pouvoir en Europe.
Malheureusement, la France a apporté une grande contribution à ces politiques supranationales et ne servant que les intérêts de la finance. Heureusement que l’Allemagne bloque depuis quinze mois toute nouvelle dérive. Merci Berlin ! Merci Angela ! Tenez bon !
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20.07.2011
Le grand mythe de l’euro protecteur bouge encore
Faut-il en rire ? Faut-il en pleurer ? Le Monde titrait la semaine dernière : « Ne l’oublions pas, l’euro est un atout » et publiait deux autres tribunes pour défendre la très malmenée monnaie unique avec des arguments souvent tirés par les cheveux et contredits par l’actualité.
L’euro, veau d’or de la pensée unique
Arnaud Clément a fait un sort à ce papier, mais il est trop caricatural pour ne pas revenir dessus. L’éditorial du Monde avance ainsi que « l’euro est un atout (…) il est l’un des éléments qui font que l’Europe a un avenir dans le monde de demain », sans préciser pourquoi. Il ne serait « pour rien dans l’état désastreux des finances publiques grecques, dans l’endettement bancaire irlandais, ni dans celui des comptes publics du Portugal », alors qu’il est la raison des taux d’intérêt trop faibles.
En fait, Le Monde essaie de faire croire qu’il s’agit seulement d’une crise de la dette. Mais du coup, on se demande pourquoi les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou le Japon ne sont pas touchés. Mieux, il affirme sans rire qu’il a été « un bouclier contre les chocs financiers de l’époque » : l’auteur oublie sans doute l’automne 2008 ou la crise permanente dans laquelle nous sommes depuis le printemps 2010. Evoquer les « taux d’intérêt historiquement bas » est ridicule aujourd’hui.
Mieux, le quotidien vespéral évoque les « précieux points de croissance que nous n’aurions pas eus sans la monnaie unique ». Comment se fait-ce que la zone euro ait eu une croissance si faible dans les années 2000, que la récession y ait été plus forte qu’aux Etats-Unis ou que les pays européens comparables hors zone euro s’en soient mieux sortis ? Je préfère renvoyer à ce très bon papier du Guardian qui dénonce le caractère antisocial de cette monnaie unique.
Alain Frachon évoque une Allemagne « repliée sur elle-même, d’abord attachée à la défense de ses intérêts nationaux ». On nage en pleine schizophrénie avec ces journalistes qui évoquent à la fois la nécessaire rigueur budgétaire tout en intimant à Berlin de lâcher quelques centaines de milliards pour sauver l’édifice baroque et croulant qu’est l’euro. Enfin, Jacques Delors a signé un papier très contradictoire à mille lieues de la « vision claire » qu’il prétend proposer.
L’euro, le château de cartes qui va s’écrouler
Il faut reconnaître un certain panache à Denis Clerc qui affirme dans Alternatives Economiques « Il faut que l’Allemagne paie. Et la France aussi ». Mais par-delà le fait que cette injonction est totalement irréaliste, il y a beaucoup d’angles morts dans son raisonnement. Tout d’abord, il n’est pas du tout évident que « l’Union est infiniment plus forte que chacun des pays qui la composent ». L’Allemagne seule est aujourd’hui plus forte que cette UE tellement hétérogène et dysfonctionnelle.
D’ailleurs, le Monde a ouvert ses colonnes à un économiste allemand, Hans-Werner Sinn, qui préconise une sortie de la Grèce de l’euro. Il souligne que le problème de la Grèce est double : surendettement et manque de compétitivité et que la sortie de l’euro et une dévaluation sont indispensables, ainsi que la restructuration de la dette. Il refuse absolument une « union de transferts », la seule solution pour faire tenir la monnaie unique, après le précédent de l’Allemagne de l’Est.
Plus globalement, l’Allemagne apparaît aujourd’hui comme le point bloquant. Si Berlin jetait tout le poids de son crédit financier, l’euro pourrait sans doute fonctionner pendant quelques années, mais l’opinion refuse de se porter caution à hauteur de plusieurs centaines de milliards après avoir fait tant de sacrifices pour la compétitivité du pays et l’intégration de sa partie orientale. Mieux, la Cour Constitutionnelle pourrait remettre en cause la participation du pays aux plans européens.
Il faut reconnaître aux fédéralistes de l’énergie dans la création de mécanismes de sauvetage de l’euro ou dans leur argumentation surréaliste sur les bienfaits de la monnaie unique européenne. C’est sans doute parce qu’il s’agit de l’énergie du désespoir.
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13.07.2011
Quelques leçons de cette nouvelle crise de l’euro
Nous ne savons pas encore si cette nouvelle crise sera la crise terminale. Le contexte estival devrait la limiter à une grave poussée de fièvre car il serait surprenant que le système explose en plein mois de juillet. En revanche, ce nouvel épisode offre des leçons intéressantes.
La monnaie unique est une monstruosité
Même si les euro-béats continuent jusqu’à l’absurde de claironner que l’euro nous protège, les faits démentent tous les jours un peu plus cette vision des choses. Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne empruntent tranquillement à un peu plus de 3% à 10 ans malgré des déficits publics supérieurs à celui de la Grèce (et oui !!!), les pays de la zone euro sont embourbés dans une crise des dettes souveraines qui dure depuis un an et demi.
C’est ainsi que l’Espagne (6.8% de déficit contre 9% en Grande-Bretagne, une dette publique inférieure), se retrouve à devoir emprunter deux fois cher que Londres. Comme l’avaient expliqué Martin Wolff et Paul Krugman, l’incapacité de Madrid à dévaluer présente un gros risque pour la croissance ibérique, ce qui justifie pour les marchés une énorme prime de risque. L’euro ne procure même plus des taux plus bas, au contraire, il provoque un renchérissement du crédit.
L’irresponsabilité des eurocrates
En outre, les investisseurs n’ont plus la moindre confiance dans la « gouvernance » de cette zone euro, totalement incapable de gérer la crise. Ils ne font que la prolonger, à grands coûts pour les citoyens qui doivent à la fois subir une austérité sauvage et voir la dette qu’ils devront assumer s’envoler. La zone euro est beaucoup trop grosse et diverse pour être gérée avec une seule monnaie. Une coordination de politiques nationales serait bien plus efficace.
Pire, alors que les eurocrates ne cessent de dénoncer le laxisme de certains Etats, comment qualifier leur comportement incroyablement léger à l’égard de l’argent public ? La BCE vient de demander une rallonge de 750 milliards d’euros pour le fond européen. Autant elle questionne avec vigueur chaque centime d’aide sociale, autant elle est toujours prête à ouvrir le porte-monnaie des peuples européens pour sauver le système financier et l’euro…
Les marchés sont dangereux
Keynes avait bien raison quand il évoquait les « esprits animaux » des marchés. Il y a une semaine, l’Italie empruntait à moins de 5% à 10 ans et l’Espagne autour de 5.5%. En moins d’une semaine, les taux italiens ont pris plus d’un point ! Bien sûr, le contexte est compliqué entre les difficultés du ministre des finances italien, le désaccord permanent de l’Europe sur le nouveau plan pour la Grèce ou la hausse des taux de la BCE (encore que la décision était attendue de longue date).
Voilà, mais les sautes d’humeur de la corbeille sont imprévisibles. Pire, si elle persistait et envoyait les taux longs au-delà de 7%, c’est bien l’ensemble du système financier qui pourrait s’effondrer. Pourquoi faire reposer l’économie mondiale sur des marchés aussi coutumiers d’exubérance irrationnelle ? Cela amène aussi à se poser la question du financement des dettes publiques, dont il devient chaque jour plus évident qu’il ne peut pas être laissé aux seuls marchés.
Même si cette crise n’est pas la crise terminale de l’euro, elle est l’occasion d’exposer au grand jour les immenses carences de cette construction baroque et artificielle qu’est la monnaie unique. Puissions-nous nous en souvenir quand nous devrons tout reconstruire.
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06.07.2011
Les anglo-saxons veulent-ils la fin de l’euro ?
C’est un des arguments les plus intéressants des soutiens de la monnaie unique : les Etats-Unis et la Grande-Bretagne souhaiteraient sa fin pour assurer la prééminence du dollar et de la City. Et par conséquent, il faudrait donc tout faire pour la protéger.
Pourquoi peut-on le penser ?
En effet, récemment, Georges Soros a exprimé ses doutes sur la monnaie unique et un certain nombre d’économistes ou de journalistes anglo-saxons (Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Nouriel Roubini, Martin Wolff) expriment leurs critiques à l’égard de cette construction baroque. Pire, on pourrait déduire de la spéculation des marchés contre les dettes souveraines de la zone euro une volonté de détruire in fine la zone euro puisque c’est bien ce à quoi cela pourrait mener…
Mais tous ces éléments mis bout à bout ne prouvent pas cette théorie. En effet, parmi les critiques de la monnaie unique, il y a deux prix Nobel plutôt progressistes qui ne me semblent en aucun cas animés par une volonté de domination de leur pays et ils ne recommandent pas forcément la fin de l’euro. En outre, la spéculation des marchés peut être justifiée par les simples indicateurs actuels sur le niveau de la dette ou des déficits publics et non par une volonté de casser l’euro.
En effet, quand on voit la situation de la Grèce, avec sa dette qui s’envole à 160% du PIB, une croissance en berne et un déficit qui devrait atteindre péniblement 7.6% du PIB en 2011, il n’est pas anormal que les marchés en déduisent une décote probable de la dette de 50% comme ils le font aujourd’hui. On pourrait même dire que le niveau de décote induit par les marchés est très raisonnable étant donnée la situation des différents pays de la zone euro…
La monnaie unique n’est pas en cause
Alors, bien sûr, on peut voir la menace que représente l’euro pour le dollar, dans le sens où la monnaie unique européenne pourrait devenir un rival et faciliter l’évolution du monde vers un multipolarisme monétaire qui ferait perdre aux Etats-Unis le privilège exorbitant du dollar, monnaie nationale et monnaie de réserve du monde. Cependant, il faut noter que la fin de la monnaie unique ne serait pas forcément la fin de l’euro, qui pourrait être conservée comme monnaie commune.
Pire pour les Etats-Unis, cette monnaie commune pourrait s’étendre au-delà de la simple zone euro et remettre en question plus encore la domination du dollar. D’ailleurs, il est tout de même extrêmement intéressant de constater que les administrations étasunienne et chinoise soutiennent fortement la monnaie unique, ce qui devrait amener à se poser la question inverse, à savoir si l’euro monnaie unique ne sert pas davantage les intérêts des Etats-Unis et de la Chine.
En effet, Barack Obama est intervenu plusieurs fois pour pousser les dirigeants européens à adopter les plans de sauvetage, poussant Angela Merkel à accepter le fonds européen au printemps 2010. En effet, la monnaie unique, par sa cherté structurelle, profite aux Etats-Unis, poussant Airbus, par exemple, à acheter de plus en plus de composants outre-Atlantique. Et il en va de même pour la Chine, qui soutient la monnaie unique en achetant des dettes souveraines.
Loin de vouloir la fin de la monnaie unique, les anglo-saxons semblent au contraire s’en satisfaire, de même que la Chine. Cela devrait amener à se poser la question légitime de nos intérêts car il paraît douteux que l’euro dans sa forme actuelle puisse leur être favorable, ainsi qu’à nous…
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05.07.2011
Protectionnisme, euro, démondialisation : la pensée unique contre-attaque
Alors que les intellectuels alternatifs amènent le débat économique sur tous les fronts (sortie de l’euro, protectionnisme, démondialisation), les tenants de l’ordre établi, néolibéral et monétariste, se crispent et refusent de débattre, préférant la caricature et l’outrance à la confrontation des idées.
Les caricatures du politiquement correct
Outre une interview de Christian Noyer dans le Figaro, c’est le Monde (qui avait, il est vrai, accueilli une interview de Jacques Sapir), qui mène la charge avec pas moins de trois papiers : une tribune d’Alain Faujas, qui fait du protectionnisme une « ligne Maginot », une autre, d’un professeur de Sciences Po, Zaki Laïdi, qui dénonce « l’absurde démondialisation » et un entretien avec Pascal Lamy pour qui « la démondialisation est réactionnaire ».
Christian Noyer affirme qu’une « réduction modeste des revenus permet d’obtenir les mêmes effets économiques qu’une dévaluation importante ». Non seulement cela est malhonnête puisque les deux doivent être équivalentes, mais cela montre aussi que les salaires vont devoir baisser. La comparaison entre la zone euro et les Etats-Unis est d’une sacrée mauvaise foi. Enfin, il refuse tout plan B. En revanche, il faut noter la justesse des questions de Jean-Pierre Robin.
Pascal Lamy ne fait pas dans la dentelle et ose affirmer que la compétitivité salariale indue n’est « pas évidente » tout en évoquant des écarts de salaires allant de 1 à 8 entre France et Chine du fait de la hausse des salaires chinois. Il faut noter qu’il minore volontairement les écarts (qui vont de 1 à 30 en Asie et de 1 à 10 en Europe). Le directeur de recherche de Sciences Po n’est pas moins caricatural en invoquant un « autocentrage économique » rappelant l’Albanie…
Il évoque le cas de l’Iphone, dont 4% de la valeur ajoutée est réalisée en Chine pour affirmer que les chiffres ne veulent rien dire, feignant d’ignorer que les composants issus des autres pays ont bien été importés dans un premier temps. ! Il ose même affirmer que « en achetant plus d’Airbus, on ne protège pas nécessairement plus l’emploi européen » ce qui est faux puisque 10% des composants de Boeing sont européens, contre 50% pour ceux d’Airbus (et il faut y ajouter le montage).
Le débat interdit
Ce qui est assez impressionnant, c’est la faiblesse de l’argumentation des défenseurs de la pensée unique. Quand ils ne réfutent pas tout simplement les chiffres du commerce extérieur, ils recourent à la caricature pour dénigrer tous ceux qui remettent en cause les dogmes libre-échangistes ou européistes. Pire, ils disent tout et son contraire, comme Christian Noyer qui affirme bien miraculeusement qu’une réduction modeste des revenus équivaut à une dévaluation importante.
Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir des intellectuels de tous bords qui défendent ces idées, y compris des prix Nobel comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Maurice Allais ou Amartya Sen. En France, des intellectuels de gauche (Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Frédéric Lordon) comme de droite (Jean-Luc Gréau, Alain Cotta, Jean-Jacques Rosa, Gérard Lafay) remettent en cause la libéralisation excessive ou le choix d’une monnaie unique en Europe.
En outre, il devrait tout de même être possible de débattre du degré de libéralisation du commerce. Tous les pays sont un peu protectionnistes et cela ne devrait pas être un drame que de dire qu’il en faut davantage. Personne ne propose l’autarcie, même les plus radicaux. Il est tout de même normal de débattre démocratiquement des grands choix économiques. La crispation des grands partis et de nombreux médias sur la question est franchement révoltante.
Naturellement, les défenseurs de la pensée unique ne manquent pas une occasion de citer Marine Le Pen pour discréditer les idées alternatives. Cela fait plus peur que Paul Krugman ou Jospeh Stiglitz… Il serait temps de pouvoir avoir un débat sérieux sur ces questions.
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30.06.2011
Grèce : le parlement choisit l’austérité
C’est fait : par une courte majorité, le Parlement grec a voté le plan d’austérité du gouvernement. Ce choix devrait permettre le versement des fonds du FMI et de l’Europe et ouvre la voie à un nouveau plan. Rien n’est réglé mais l’euro et les créanciers du pays sont temporairement sauvés.
« Sauver les grecs de la faillite » ?
Le traitement de beaucoup de médias est stupéfiant : les pays européens et le FMI aideraient la Grèce à éviter la faillite. Cette présentation des faits est totalement abusive. Tout d’abord, un Etat ne fait pas faillite, dans la mesure où il ne cesse pas son activité comme une entreprise. Un Etat peut faire défaut sur sa dette (ne pas la rembourser), partiellement ou totalement, comme cela a été le cas de l’Argentine en 2002 quand elle a cassé le lien entre peso et dollar.
Ensuite, dire que nous sauvons la Grèce ou les Grecs paraît tout de même un peu abusif quand on constate à quelles extrémités les plans d’austérité demandés par l’Europe et le FMI poussent le gouvernement. Nous assistons à une immense régression sociale que ce papier du Monde met bien en lumière. En général, un sauvetage est moins sanglant et moins violent pour les personnes qui sont sauvées. En fait, ce ne sont pas les Grecs qui sont sauvés par ces plans.
Ce sont bien les créanciers de la Grèce et l’euro qui sont sauvés. Dans le cas des créanciers, c’est d’autant plus choquant que ce sont les Etats (directement ou à travers le FMI) qui se substituent aux institutions financières privées pour assumer le risque d’un défaut que l’immense majorité des analystes estime très probable. Et c’est aussi l’euro qui est sauvé dans la mesure où une sortie de la Grèce aurait probablement un effet domino destructeur pour la monnaie unique.
Une coûteuse perte de temps
Bien sûr, il ne faut pas se voiler la face, l’option de refuser l’aider internationale, de sortir de la monnaie unique, de dévaluer et de faire défaut partiellement ou totalement sur la dette ne serait pas une sinécure pour la Grèce et les Grecs. Le pays n’aurait plus accès aux marchés des capitaux et devrait donc brutalement équilibrer ses échanges. Parallèlement, le prix des produits importés s’envolerait. Il faudrait sans doute introduire un contrôle des changes strict.
Mais, le cas de l’Argentine, qui n’était pas dans une situation moins périlleuse, démontre qu’après quelques mois difficiles, la dévaluation est un puissant outil pour relancer l’économie. A peine un an après le défaut, la croissance reprenait à un rythme vigoureux (plus de 7% par an), la production industrielle s’envolait, le chômage et la pauvreté baissaient fortement, comme le montre Yann. Bien sûr, l’économie argentine souffre encore d’inflation, mais les choix de 2002 étaient les bons.
Le plus incroyable demeure le déni complet de réalité de la troïka qui fait comme si la Grèce pourrait un jour rembourser sa dette. Pire, plus nous attendons, plus la restructuration devra être importante. Mais, entre temps, les Etats (et donc les contribuables) se seront substitués aux banques privées et les Grecs auront beaucoup souffert. L’incapacité des Etats à adopter une solution durable est navrante. Cela tient peut être au fait qu’il est impossible d’en construire une dans le cadre de l’euro.
Une telle décision était malheureusement prévisible : la Grèce n’a pas envie de dire « non » à une Europe qui l’a beaucoup aidé et la sortie de l’euro n’est pas une solution revendiquée par les opposants. Mais comme à Buenos Aires, l’austérité sauvage pourrait bien faire changer les Grecs d’opinion…
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27.06.2011
Marine Le Pen sur France 2 : aplomb, esquives et incompétence
La semaine dernière, Marine Le Pen était l’invitée de « Des paroles et des actes », la nouvelle émission du service public en vue de l’élection présidentielle (une belle réussite sur le concept). L’occasion de mieux cerner la personnalité de la présidente du Front National.
Vraiment pas au niveau en économie
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Marine Le Pen a de l’aplomb. Elle a su garder sa contenance pendant les deux heures de l’émission, plutôt une réussite vu le ton de certains intervenants... Cependant, sa prestation globale n’a pas été excellente. D’une part, elle a très souvent esquivé les questions qu’on lui posait. Elle partait souvent dans des grandes digressions pour, au final, ne pas répondre à la question qui lui était posée, malgré les nombreuses relances.
Ensuite, sur toute la partie économique du débat, la présidente du Front National a été extrêmement faible. Elle était incapable de sortir de ses discours pré écrits pour commencer un début de débat avec le journaliste qui lui était opposé. Elle manquait de la plus élémentaire connaissance de l’économie, étant incapable de répliquer aux chiffres de croissance trimestriels ou aux objections sur l’Etat stratège en évoquant Airbus, Ariane, le TGV ou le nucléaire...
Une politicienne comme les autres ?
Tout ceci pose un double problème. Tout d’abord, elle ne semblait clairement pas à la hauteur, ce qui est tout de même extrêmement gênant pour une candidate dont le programme comporte autant de propositions de rupture. Il est important de susciter la confiance et cette émission ne risque pas de rassurer sur les capacités du FN à gérer solidement une sortie de l’euro. Et cela permet aussi de s’interroger sur la sincérité du changement de programme économique tant il est mal assimilé.
En fait, Marine Le Pen m’est apparu comme une politicienne assez classique, avec un sacré aplomb compensant un manque de maîtrise patent de certains dossiers, une sorte de Nicolas Sarkozy inculte en économie. Si ses propositions tranchaient évidemment avec celles des autres partis, en revanche, son comportement rappelait beaucoup les travers classiques des hommes politiques : non réponse aux questions, noyage de poissons et maîtrise limite de certains dossiers.
Candidate dans un environnement hostile
Malgré tout, il faut reconnaître que Marine Le Pen a su affronter ses interlocuteurs avec une vraie courtoisie (à défaut de bonne foi), ce qui n’était pas vraiment leur cas à son égard. Cela était patent face à Cécile Duflot, et Laurent Joffrin. Nous n’étions plus dans le débat politique mais dans l’étalage d’une véritable haine et dans un combat de boue. A ce titre, je vous invite à lire le très bon papier de Yann : « Si t’as pas insulté un Le Pen à 50 ans, t’as raté ta vie ».
On peut se poser la question de la pertinence d’attaques aussi agressives couplées à une forme détestable où les intervenants passaient leur temps à lui couper la parole. Le moins sympathique n’était pas forcément la personne visée… En outre, Marine Le Pen a tout de même un certain sens de la répartie, en citant un député communiste ou Jacques Nikonoff sur l’euro ou en répliquant vertement sur les affaires quand on lui a évoqué certaines casseroles d’élus frontistes.
Malgré tout, au final, mon opinion de Marine Le Pen est encore plus négative à la sortie de cette émission. Si elle sait très bien se tenir, à toutes les limites déjà évoquées, j’ajoute une incompétence en économie qui dépasse ce que je pouvais imaginer et qui fait douter de la sincérité de son virage…
10:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (69) | Envoyer cette note | Tags : marine le pen, des paroles et des actes, euro, front national, laurent joffrin, cécile dufflot, yann, jacques nikonoff
26.06.2011
Les mauvais arrangements de l’Europe avec la démocratie
Suite à une réunion publique organisée par Attac autour de Frédéric Viale au sujet du « paquet euro », j’avais parlé des nouvelles procédures de surveillance des budgets nationaux par les instances européennes. Elles ont été votées cette semaine au Parlement européen.
Des procédures totalement anti-démocratiques
Je ne vais pas revenir sur l’ensemble des mesures de ce paquet profondément antisocial mais juste m’attarder sur un aspect totalement ubuesque : la disposition sur les sanctions à l’égard des Etats membres. En effet, ce nouveau projet prévoit de mettre en place des sanctions financières pour les pays qui ne suivent pas les nouvelles règles (contrôle des dépenses publiques, mais aussi compétitivité de l’économie, soit un contrôle des hausses de salaires).
En effet, en vertu de ce texte, c’est la Commission Européenne qui proposera les sanctions à l’encontre des pays membres. Ses propositions ne pourront être repoussées par le Conseil Européen (qui réunit les chefs d’Etats et de gouvernements) qu’à la majorité qualifiée (soit 72% du conseil représentant au minimum 65% de la population de l’Union Européenne). En clair, si deux tiers des Etats, représentant 63% de la population s’y opposent, la Commission imposera sa volonté !
Il ne s’agit malheureusement pas d’une première puisque la Commission Européenne avait déjà utilisé une telle procédure pour essayer d’interdire à des Etats européens d’interdire la culture de maïs Monsanto. Mais trois quarts des Etats européens s’étaient alors opposé à sa décision, infligeant une grosse défaite à cette Commission décidemment bien perméable au lobbying des grandes multinationales. Malheureusement, Monsanto est revenu par la fenêtre via la Cour de Justice…
Technocratie contre démocratie
Il est proprement scandaleux que de tels dispositifs puissent être votés par le Parlement Européen. Depuis quand l’avis d’un « aréopage de technocrates apatrides et irresponsables », pour reprendre l’expression du Général de Gaulle, aurait plus de poids que celui de gouvernements démocratiquement élus ? Qu’est-ce qui peut bien justifier que l’avis de technocrates l’emporte sur l’avis d’une large majorité d’Etats représentant une large majorité de la population des Etats européens ?
Tout cela montre à nouveau le rapport très particulier que les institutions européennes entretiennent avec la démocratie. Quand il ne s’agit pas carrément de donner des pouvoirs à des instances absolument non démocratiques (BCE, Commission), on soumet les Etats démocratiques à la bonne volonté de ces instances en marquant clairement que leur avis est plus important. Je vous invite également à lire le très bon papier de JP Chevènement sur la mise sous tutelle des budgets nationaux.
L’idéal européen qui transparait est clair : une Europe gouvernée par une technocratie ne rendant aucun compte à des peuples trop stupides pour comprendre que ces fonctionnaires éclairés les mènent dans la bonne direction. Toutes les occasions seront bonnes pour faire avancer cet agenda. La France s’y était opposée en 2005 mais Nicolas Sarkozy et le PS ont bafoué la parole du peuple en votant un traité de Lisbonne quasiment identique au TCE.
Je vous invite à visionner cette remarquable vidéo de Nigel Farage, à laquelle je souscris totalement et qui exprime avec une virtuosité toute britannique la monstruosité de cette construction européenne. Patience, la révolte des peuples couve et elle ne tardera pas à s’exprimer…
10:55 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : attac, frédéric viale, commission européenne, euro, monsanto, cour de justice, jean-pierre chevènement, nigel farage



