12.02.2011

Nicolas Sarkozy, DSK : des candidats de moins en moins virtuels

Malgré certains augures (Jean-Michel Apathie ou Malakine) qui persistent à croire que le contexte national les pousserait à passer leur tour, je persiste à croire que Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy se présenteront aux élections présidentielles. Cette semaine l’a à nouveau confirmé.

Un aller simple Washington-Solférino

Il est étonnant de constater à quel point l’éventuelle candidature du patron du FMI aux primaires socialistes déchaînent les passions. Tout le monde sait qu’il devra attendre juin au plus tôt pour annoncer ses intentions mais beaucoup persistent à pester contre cette attente. Pourtant, depuis plus d’un an, le candidat malheureux aux primaires de 2006 sème régulièrement des indices sur ses véritables intentions et sa montée en puissance depuis la fin 2009 est impressionnante.

En outre, DSK laisse des indices très clairs sur ses réelles intentions. Il a accéléré la cadence fin mai 2010 en participant à l’émission d’Arlette Chabot. Depuis, il intervient régulièrement sur les ondes, ou utilise sa femme, qui avait participé au Grand Journal de Canal Plus, pour faire sa promotion. Anne Sinclair vient cette semaine de clarifier la situation en affirmant qu’elle ne souhaitait pas que son mari fasse un nouveau mandat à la tête du FMI, indiquant implicitement sa candidature.

Comment en effet ne pas céder à la tentation de sondages aussi bons, d’autant plus qu’il serait dans la confortable position de l’opposant ? Dominique Strauss-Kahn n’est pas Jacques Delors : il s’est présenté aux primaires en 2006, ce qui démontre sa soif de pouvoir. Quand au Parti Socialiste, l’envie de retrouver les palais nationaux pourrait bien le pousser à se discipliner, car une nouvelle défaite pourrait alors condamner durablement le parti. Bref, la candidature DSK est une évidence.

Un président en campagne

Quelques uns suggèrent que Nicolas Sarkozy pourrait renoncer. Je n’ai jamais cru à cette hypothèse. Non seulement aucun président sortant n’a renoncé à se représenter, même dans des situations difficiles (souvenons-nous de Jacques Chirac en 2002), mais en plus, une telle décision me semble totalement en contradiction avec la psychologie du vainqueur de l’élection de 2007. L’hypothèse François Fillon (qui rappelle celle de Michel Rocard en 1988) est nulle et non avenue.

En outre, comment ne pas comprendre que depuis le remaniement, le président de la République est déjà passé à sa campagne de réélection ? Son nouveau gouvernement est clairement une équipe de campagne, resserrée et supposément plus professionnelle. Il déroule depuis quelques mois un nouveau style, plus humble, plus posé, plus présidentiel. C’est ce qu’il a fait lors de la conférence de presse de début d’année ou de l’émission « Face aux Français » hier.

L’histoire qu’il va proposer aux Français est déjà écrite : le président qui a sauvé notre pays de la plus grave crise économique depuis des décennies face à des socialistes irresponsables. Et il cherche déjà à rassembler son camp avec les réformes à venir (fiscalité et dépendance). Bref, tout indique que non seulement il a pris sa décision, mais qu’il a déjà établi ses thèmes de campagne et qu’il a déjà commencés à dérouler son argumentaire pour sa réélection.

Bref, il ne faut pas se faire d’illusions. Nicolas Sarkozy et DSK seront candidats. Et au final, c’est sans doute positif car cela montrera bien aux Français que le Parti Socialiste ne propose pas d’alternative, comme le montre cette analyse de leurs propositions monétaires

05.02.2011

Français, laissez tomber le Parti Socialiste !

Dans un peu plus d’un an, la France pourra tourner la triste page de la présidence Sarkozy. Mais aujourd’hui, l’alternance ne semble pouvoir venir que du Parti Socialiste. Un parti en lequel même Jean-Pierre Chevènement ne semble plus vraiment espérer

Une pseudo aile gauche

Bien sûr, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg donnent aujourd’hui le change et font exister une aile gauche au sein du Parti Socialiste. Mais tout d’abord, il faut noter que cette aile reste aussi minoritaire que le CERES dans les années 1970. Ensuite, il faut bien constater que bien des penseurs de la gauche du PS (Chevènement, Mélenchon, Généreux) sont partis, signe que les véritables alternatifs finissent toujours par ne pas se sentir à leur place dans ce parti de notables libertaires.

Et si les deux figures de la gauche du parti expriment une critique assez intéressante des dérives de la déréglementation, force est de constater que leurs propositions sont très timides et ne remettent pas véritablement en cause les équilibres économiques actuels qui ont créé un système inefficace, instable et injuste. Benoît Hamon propose un protectionnisme timoré. Arnaud Montebourg, trop préoccupé par son ego, vante les coopératives et oubli le rôle des frontières

Un centre de gravité libertaire et supranational

C’est que le substrat idéologique du parti le rend incapable de penser une véritable alternative économique. Bien sûr, le PS est un parti relativement interventionniste et qui ne recule pas à la dépense. Mais le Parti Socialiste a aussi un fond profondément libertaire qui, couplé à un internationalisme volontiers anti-national le pousse alors dans les bras d’un néolibéralisme radical sur les questions structurelles de la libéralisation du commerce, de la finance ou de la monnaie.

Comme le soulignent Frédéric Lordon et Jean-Pierre Chevènement, ce sont les socialistes qui ont libéralisé les mouvements de capitaux, donnant le pouvoir à la finance et favorisant les paradis fiscaux et le blanchiment de l’argent sale. Ce sont aussi eux qui ont accepté l’indépendance des banques centrales et une politique de monnaie chère qui sert principalement les rentiers. Ce sont eux également qui acceptent un libre-échange porteur de délocalisations et de baisses des salaires.

Une histoire rectiligne

Certains espèrent encore qu’aujourd’hui, alors que tous les travers de ce système économique sont devenus plus apparents, le Parti Socialiste puisse changer et incarner une véritable alternative pour notre pays. Mais, par-delà le fait que l’aile gauche du parti, petite, est en plus peu radicale, comment espérer quoique ce soit de la part du parti de Dominique Strauss-Kahn, François Hollande et Manuel Valls, les plus grands défenseurs du système qui nous a pourtant mené dans le mur.

Et surtout, un peu d’histoire permet de comprendre pourquoi le Général de Gaulle disait qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes. Souvenons-nous que dans les années 1970, le parti balançait entre Michel Rocard et François Mitterrand, pas vraiment des penseurs de l’alternative économique. Jean-Pierre Chevènement nous rappelle dans son dernier livre à quel point Pierre Mauroy ne voulait pas remettre en cause les prémices de la « pensée unique ».

Tout chez le Parti Socialiste, les hommes qui le dirigent, les idées qu’il défend, ou son histoire, montrent que ce parti ne pourra jamais porter une véritable alternative pour notre pays. Espérons que nous approchons du moment où les Français s’en rendront compte, pour l’oublier.

16.01.2011

DSK, le meilleur ennemi

Nous saurons dans six mois s’il quitte prématurément son mandat du FMI pour se lancer dans la course aux primaires socialistes. Il y a fort à parier qu’il soit le candidat tant il a fait le vide comme Ségolène Royal en 2006. Et si c’était la meilleure des nouvelles pour les alternatifs ?

Le candidat des sondages

Rarement les sondages ont été aussi tranchés en faveur d’un candidat. Si Ségolène Royal dominait le paysage socialiste en 2006, jamais elle n’avait été donnée aussi largement gagnante face à Nicolas Sarkozy au second tour. Aujourd’hui, DSK domine largement ses rivaux, dans le cadre de primaires, au premier tour et plus encore au second tour. Il se retrouve dans la situation d’Edouard Balladur en 1994 et il est donc probable qu’il cède à la tentation et se présente.

Il a même deux avantages par rapport à ce dernier : il se retrouverait face à un président sortant très impopulaire et il représenterait l’opposition. Bref, comme semblent l’indiquer ses interventions ou celles de ses proches, il est probable qu’il aille, d’autant plus que ses rivaux peinent aujourd’hui à distancer Marine Le Pen, comme le montre le dernier sondage de Marianne. Résultat, le PS devrait soutenir le candidat qui lui offre les meilleures chances de gagner.

Bien sûr, les sondages sont aléatoires, mais aucun de ses rivaux ne s’est imposé. Ségolène Royal s’est plutôt affaiblie et Martine Aubry ne profite pas de sa position. Les deux pourraient bien le soutenir quand il se déclarera. Arnaud Montebourg et Manuel Valls restent dans la seconde division. Et si les médias continuent à chanter les louanges de François Hollande, ce dernier s’est davantage imposé dans les rédactions (y compris du Figaro) qu’auprès des Français…

Le candidat du système

Et si finalement, c’était une bonne nouvelle ? Après tout, subsiste encore chez certains l’espoir que le PS pourrait proposer une véritable alternative à la globalisation néolibérale, du fait de l’épisode 1981-83. Pourtant, les « socialistes » ont au moins autant contribué que la droite au grand mouvement de déréglementation comme le soulignent Frédéric Lordon ou Jean-Pierre Chevènement. Du coup, la candidature de DSK pourrait doucher définitivement ces espoirs.

En effet, DSK a le mérite de présenter un programme qui ne cache pas son adhésion à la globalisation néolibérale. Il propose d’aller plus loin sur la voie de l’intégration européenne, en mettant sous tutelle les Etats d’une manière qui serait inenvisageable aux Etats-Unis. Et il ne faut pas compter sur lui pour remettre en cause le libre-échange, la libre-circulation des mouvements de capitaux, la déréglementation financière ou l’indépendance des banques centrales.

Bref, DSK est sans doute le meilleur représentant de tout ce que les gaullistes et les républicains de gauche veulent combattre. Le débat politique pourrait grandement gagner en clarté s’il était le candidat du PS en 2012 et il devrait favoriser l’émergence d’alternatives. Il est le meilleur candidat pour maximiser le score le Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan, le meilleur ennemi que nous pourrions avoir. A défaut, François Hollande serait le meilleur substitut.

Paradoxalement, la candidature de DSK serait la meilleure chose qui pourrait arriver pour nos idées. En clarifiant le débat, elle en favoriserait grandement l’émergence. Et il n’est pas difficile d’imaginer que la campagne serait pour lui une autre paire de manches que les sondages…

15.01.2011

François Mitterrand, le mauvais esprit du Parti Socialiste

Il y a une semaine, beaucoup de figures du PS étaient à Jarnac pour commémorer les quinze ans de la mort de François Mitterrand. Le seul socialiste à avoir accéder à la présidence de la République illustrait tellement bien pourquoi le général de Gaulle disait qu’il n’aimait pas les socialistes…

Le cynisme comme boussole

Déjà, il faut se souvenir que cette figure tutélaire du PS avait été élue à l’Assemblée Nationale en 1946 avec le soutien de l’extrême droite et qu’il a commandité un faux attentat contre lui-même (l’affaire de l’Observatoire en 1959) avec l’aide d’un ancien député poujadiste. Bref, François Mitterrand a toujours semblé prêt à tout pour accéder au pouvoir. Tout le problème est que le Parti Socialiste s’est inspiré de lui et non de Pierre Mendès France.

C’est lui également qui a dénoncé les journalistes (« les chiens ») lors de l’enterrement de Pierre Bérégovoy alors qu’il n’avait pas vu son ancien Premier Ministre depuis la défaite historique des élections législatives. Il a également été porteur d’une vision extrêmement égocentrique de la politique où tout ce qui était fait était davantage destiné à façonner son histoire personnelle plutôt que d’améliorer le sort des Français, ce qui explique en partie son soutien au projet européen.

Enfin, François Mitterrand, c’était tout de même un rapport particulier avec l’honnêteté, un nombre considérable d'affaires, qu’Edwy Plenel et d’autres se chargèrent de révéler à la fin de son second mandat, totalement crépusculaire. Entre les affaires des écoutes de journalistes et de stars, les affaires de financement du Parti Socialiste, les innombrables conflits d’intérêt (soutien à Guy Ligier…), il représente un sommet qui ne sera sans doute heureusement jamais plus atteint.

« Je n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes »

Un examen du parcours politique de François Mitterrand peine à donner une quelconque cohérence. Quoi de commun entre le candidat du programme commun de la gauche en 1981 et le président qui autorisa la totale déréglementation de la circulation des capitaux, qui rendit la Banque de France indépendante et qui abaissa les barrières commerciales, mettant en concurrence les ouvriers Français avec ceux du monde entier, entraînant délocalisations et hausse du chômage ?

Bien sûr, les mitterrandistes pourront toujours s’accrocher à l’abolition de la peine de mort (votée par Jacques Chirac et Philippe Séguin) et quelques conquêtes sociales, mais ces dernières ont été rendues insoutenables par l’adhésion sans recul et sans mesure de ce président « socialiste » à la globalisation néolibérale. Frédéric Lordon et Jean-Pierre Chevènement ont bien montré à quel point les socialistes ont joué un rôle plus important que la droite dans cette évolution…

François Mitterrand, c’est aussi le président qui a instrumentalisé l’extrême droite pour affaiblir ses adversaires, intervenant pour faire accéder Jean-Marie Le Pen aux médias, alors sous contrôle public. Quel socialiste sincère aurait pu favoriser l’émergence du FN s’il avait la moindre sincérité dans son engagement ? Pour moi, il ne restera de lui que l’image d’un cynique absolu, sans foi ni loi, l’exemple de ce que ne doit pas être la politique.

François Mitterrand n’était pas sur terre pour servir les Français. Comme un autre célèbre avocat parvenu à l’Elysée, il était là pour construire son roman personnel, ses rêves de gloire. Il faut bien avoir conscience aujourd’hui que tous les candidats socialistes aux primaires sont ses dignes enfants politiques…

 

29.11.2010

Le PS s’attaque aux conséquences de la crise, pas aux causes

En quelques temps, le Parti Socialiste a publié trois textes qui en disent assez long sur son programme, une tribune d’un député européen sur le « juste-échange », un texte d’un autre député sur la monnaie et le texte de Benoît Hamon sur l’égalité réelle, adopté par le Conseil National.

Des moyens pour tous !

Le texte sur l’égalité réelle, qui a fait tant polémique est doublement intéressant. Il présente une véritable logique dans la droite ligne du « care » mort-né de Martine Aubry. S’il y a bien sûr des mesures intéressantes (fusion CSG / Impôt sur le revenu, interdiction du crédit revolving…), ce premier jet du programme du parti socialiste comporte également d’innombrables nouvelles dépenses (allocation étudiant, nouvelles places de crèche, allongement de la durée de la scolarisation…)

En clair, le Parti Socialiste prend soin de tous. Pour les jeunes, il promet une allocation étudiant, 80% de bacheliers, 50% d’étudiants dans le supérieur. Pour les salariés, il promet une augmentation des salaires, des logements meilleurs marchés. On ne compte plus les aides nouvelles proposées dans ce projet. Naturellement, les méchantes entreprises seront pénalisées par des taxes supplémentaires si elles distribuent trop de dividendes ou ont trop de contrats précaires.

L’oubli de la mondialisation

Ce texte révèle tout de même une incompréhension incroyable des mécanismes économiques (peut-on y voir les conséquences du départ de Jacques Généreux ?). Bien sûr, le PS propose des sanctions contre les méchantes entreprises et les méchants banquiers. Mais les socialistes ne remettent absolument pas en cause cette globalisation néolibérale qui appauvrit les classes populaires et entretient un chômage de masse, comme le soulignent de nombreux économistes.

Le rôle du libre-échange, de la libre-circulation des mouvements de capitaux, de la déréglementation financière sont largement ignorés. Le PS ne propose pas de changer les règles du jeu mais d’essayer de compenser les effets pervers de la globalisation en distribuant un argent que l’Etat n’a plus et dont la globalisation le prive. Et pour dénoncer certaines dérives, il propose des sanctions qui sont soit indolores, soit qui auront des effets pervers (augmentation des charges).

Une aile gauche hors sujet

De manière assez intéressante, l’aile droite du parti a mal accueilli ces propositions. On peut y voir du réalisme politique ou une forme de mutation terminale du socialisme en un parti centriste conservateur et gestionnaire qui n’aurait plus la moindre envie de changer quoique ce soit. Car finalement, que propose cette aile droite ? Elle camoufle une incapacité à proposer une alternative économique en une capacité de gestion dont on voit aujourd’hui qu’elle est bien illusoire.

Mais ce qui montre l’épuisement total du PS, c’est bien le manque de radicalité de son aile gauche sur les questions économiques malgré la crise que nous traversons. Le « juste-échange » est uniquement une posture. En cela, le texte du discours de candidature d’Arnaud Montebourg résume parfaitement la situation. Ce n’est pas pour changer la vie des Français qu’il souhaite se présenter, mais bien pour satisfaire un ego dont la boursouflure éclabousse tout son texte.

Oui, la France a beaucoup de problèmes. Le Parti Socialiste en est un en ce qu’il est le principal parti d’opposition mais qu’il ne propose en aucun cas une alternative. Et comme même son aile gauche ne le fait pas, les Français ont tout intérêt à aller voir ailleurs pour changer leur vie.

19.11.2010

Gouvernement, PS : la chienlit au pouvoir !

L’action politique est forcément collective. Si elle nécessite un chef et une hiérarchie, elle repose sur une équipe et son efficacité dépend aussi de la discipline qui y règne. Un temps, « on fermait sa gueule ou on démissionnait ». Aujourd’hui, chacun étale ses divergences au grand jour.

Gauche-droite : match nul !

Depuis Nicolas Sarkozy, le terme de « solidarité gouvernementale » a gravement été mis à mal. Si elle a fini par être sanctionnée, Rama Yade a été pendant longtemps la sauvageonne du gouvernement. Nous avons eu d’autres exemples avec le remaniement. Brisant tous les usages, trois ministres ont carrément annoncé leur départ avant l’annonce officielle. Ensuite, nous avons eu droit à une litanie d’anciens déversant leurs états d’âme dans les médias.

Hervé Morin décroche le pompon en cumulant l’annonce de son départ et un épanchement bien peu républicain. En se comportant comme le recalé amer d’une émission de téléréalité, comment espère-t-il avoir la moindre crédibilité pour être candidat à la présidence? Fadela Amara a qualifié François Fillon de « bourgeois de la Sarthe » et a dénoncé « l’inertie et le sectarisme » dont elle a été victime. Jean-Louis Borloo a taclé le premier ministre qui aurait son premier opposant.

Mais le manque de décence n’est pas limité à la droite. Le Parti Socialiste avait réussi depuis la rentrée à afficher une certaine unité. Mais la machine à baffes est repartie de plus belle il y a quelques jours avec la présentation du projet sur « l’égalité réelle ». Même si ce texte est critiquable, il est incroyable que les socialistes soient incapables de laver leur linge sale en famille. Bien sûr, chaque saillie attire les médias, mais elle fait un effet désastreux sur l’image collective du parti.

De l’éthique à l’ego

L’action collective impose une certaine discipline. Il est parfaitement naturel que les membres d’un même parti ne soient pas d’accord sur tout en permanence. Mais les dissensions internes devraient au mieux être consignées à l’intérieur du parti ou, au pire, ne jamais déraper en critiques directes. Les membres du PS comme de l’UMP ne semblent animés que par leurs intérêts et leurs pulsions sans être capables d’envisager l’importance du destin commun qui devrait primer sur leurs petites personnes.

C’est ce que Jean-Pierre Chevènement avait théorisé en affirmant qu’ « un ministre, ça ferme sa gueule, ou ça démissionne ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a appliqué sa maxime tout au long de sa vie. Aujourd’hui les ambitieux aux dents longues de l’UMP, du PS ou du Centre pensent tellement à leur nombril qu’ils sont incapables de comprendre qu’ils se font aussi mal à eux-mêmes en critiquant sans cesse d’autres membres de leur parti. Les bienfaits de la discipline individuelle ont été oubliés.

Cette chienlit politicienne a une cause toute simple : l’absence de convictions. En effet, quand on croit en un idéal, on peut accepter de suivre la majorité et jouer le jeu de l’équipe. En cela, les débordements actuels en disent long sur la médiocrité du personnel politique des grands partis. 

08.10.2010

Le juste échange du PS : le libre-échange des bisounours

Ayant pris conscience qu’il sera difficile de défendre le libre-échange en 2012 du fait des délocalisations massives, le PS, par la voix du député européen Henri Weber, s’essaie à une forme de troisième voie entre libre-échange et protectionnisme : le juste échange. Prière de ne pas rigoler.

Des propositions en carton

Dans le monde économique merveilleux du Parti Socialiste, il y a des méchants et des gentils. Les méchants, ce sont les vilains libre-échangistes, qui en plus, font deux poids deux mesures, protègent leur marché et demandent aux autres d’ouvrir le leur. Mais, il y a des méchants encore plus méchants : les chantres d’un protectionnisme non seulement « autarcique » mais aussi « suicidaire » dans le cadre de « l’internationalisation de la chaîne de production ».

Henri Weber poursuit : « le juste échange (…) s'efforce d'intégrer ces normes (environnementales, sociales…) dans les traités commerciaux internationaux. C'est celui qui ménage des périodes de transition suffisantes, pour permettre les adaptations nécessaires des systèmes productifs et des emplois, induites par l'ouverture à la concurrence, et enrayer, dans nos pays, le processus de désindustrialisation ». Naturellement, charge à l’UE de mener ces négociations…

Et attention, « en cas d'échec des négociations sur les normes, l'UE doit mettre en place des écluses tarifaires. De même, nous devons défendre notre modèle social et ne pas hésiter à suspendre le régime des préférences commerciales à l'encontre des Etats qui ne respectent pas les normes de l'Organisation internationale du travail : interdiction du travail des enfants ; non-recours au travail forcé ; droit reconnu aux salariés de s'organiser pour négocier collectivement leur contrat de travail ».

Le protectionnisme, c’est mal

En fait, ce texte ressemble comme deux gouttes d’eau au prêchi-prêcha que les socialistes ânonnent depuis vingt-cinq ans sur le libre-échange (contrairement à ce que disaient les communistes, comme l’a montré récemment Malakine). Paradoxalement, le texte souligne que tous les pays font un peu de protectionnisme, mais au global, plutôt que d’y réfléchir, le député socialiste reprend tous les clichés les plus faciles véhiculés par les néolibéraux pour combattre toute forme de protection commerciale.

Le choix du vocabulaire est absolument délicieux. En effet, « le juste échange s’efforce d’intégrer des normes ». On imagine bien les résultats que peuvent apporter le fait de s’efforcer de la sorte. Les « périodes de transition pour permettre les adaptations nécessaires des systèmes productifs et des emplois » ne sont qu’un vocable technocratique et boisé pour évoquer le besoin de légèrement ralentir le rythme de la désindustrialisation inévitable des pays développés.

Mieux, les pays émergents doivent trembler devant la menace de « suspendre le régime des préférences commerciales » s’ils font travailler les enfants ou recourent au travail forcé. Non seulement la sanction est dérisoire mais en plus le motif (s’il n’est pas injuste), est totalement hors débat. Le problème, c’est que le SMIC Roumain équivaut à 10% du SMIC hexagonal (sans parler de l’Inde) et que sans écluse, cela va provoquer une disparition des industries de main d’œuvre occidentales.

Les socialistes n’ont rien compris

Sont-ils bêtes ? Sont-ils aveugles ? Il est proprement incroyable que les socialistes restent enfermées dans une vision ricardienne du libre-échange, à peine tempérée par de timides écluses. Pourtant, ce n’est pas faute de production intellectuelle sur le sujet, entre le site sur le protectionnisme européen, les livres de Maurice Allais, Jean-Luc Gréau ou les analyses de Jacques Sapir. Même Paul Krugman ou Patrick Artus commencent à souligner les conséquences ravageuses de l’anarchie commerciale.

Le Parti Socialiste a définitivement oublié la classe ouvrière, lui préférant désormais les sans-papier, un choix lourd de sens. Le plus risible revient à vouloir confier à des institutions européennes dogmatiquement libre-échangistes la mise en place d’écluses en contradiction avec la « concurrence libre et non faussée ». Il est aussi pitoyable de voir repris le mythe du bienfait du commerce sur le pouvoir d’achat, sachant que les salaires ont été bien plus comprimés que les prix, du fait du libre-échange.

Bref, à défaut de montrer que le PS réfléchit à l’anarchie commerciale et à ses conséquences, ce texte montre juste qu’il réfléchit à son positionnement en vue de 2012. C’est bien le seul apport du juste échange.

03.10.2010

Retraites : un mauvais débat pour une mauvaise réforme

Hier, entre un et trois million(s) de Français ont défilé contre la réforme des retraites du gouvernement. La légère baisse de mobilisation, reconnue par les autorités comme par les organisateurs, semble indiquer que la réforme devrait passer avec quelques concessions.

Une mauvaise réforme

Comme d’habitude, Nicolas Sarkozy parle de cette réforme comme d’une révolution, affirmant qu’aucun gouvernement n’a eu autant de courage que le sien. Pourtant, un examen rapide permet de démonter cette affirmation. Alors que la réforme de 2003 devait permettre d’équilibrer les comptes jusqu’en 2020, celle de 2010 ne doit atteindre cet objectif qu’en 2018, ni avant, ni après. Et encore, cela dépend d’hypothèses guère réalistes en termes de croissance ou d’emploi.

Si tous les aspects de cette réforme ne sont pas mauvais, beaucoup sont assez injustes. Le choix de jouer davantage sur l’âge de départ à la retraite plutôt que sur la durée de cotisation pénalise davantage les personnes qui ont commencé à travailler jeune. Si les fonctionnaires devraient enfin cotiser de la même manière que les salariés du privé, leurs primes ne seront pas prises en compte. Enfin, la prise en compte de la pénibilité ou des carrières fractionnées est insuffisante.

Mais surtout, le gouvernement passe à côté de l’opportunité d’une réforme plus en profondeur de notre système de protection sociale, comme une plus grande mise à contribution des produits importés pour ne pas pénaliser le « fabriqué en France ». Une vraie réforme fiscale aurait pu favoriser l’emploi et par ricochet fortement contribuer au rééquilibrage des comptes. Enfin, le gouvernement aurait également pu réfléchir à la mise en place d’une retraite à points.

Un mauvais débat

Mais le débat n’a pas été meilleur que la réforme. Le Parti Socialiste n’a clairement pas été à la hauteur. Il y avait quelque chose de ridicule à les entendre se lamenter sur le sort des personnes qui ont commencé à travailler jeune et qui seraient les premières victimes du report de l’âge de départ à la retraite. En effet, le PS est d’une hypocrisie rare sur ce sujet. Car c’est l’UMP qui a introduit des mesures permettant à ceux qui ont commencé à travailler jeune de partir à la retraite plus tôt.

En effet, alors que sous Lionel Jospin, une personne qui avait commencé à travailler à 16 ans devait travailler 44 années pour partir à la retraite, aujourd’hui, il leur est possible de se contenter de 42 années de cotisations et ils peuvent partir en retraite à 58 ans. En outre, le gouvernement actuel a prévu de pérenniser le système. Bref, la gauche, après n’avoir rien fait pendant vingt ans, est bien culottée d’attaquer le gouvernement sur un sujet où c’est l’UMP qui a fait avancer les choses.

En outre, si le Parti Socialiste propose un allongement de la durée de cotisations, le refus d’un allongement de l’âge de départ à la retraite et l’absence de véritable plan alternatif montrent que le parti de Martine Aubry se contente confortablement d’une simple posture d’opposition à la politique du gouvernement. L’extrême gauche reste trop souvent dans une dénonciation stérile sans proposer de véritable réforme réaliste de notre système de protection sociale.

Au final, la mobilisation des Français est assez forte pour obtenir des concessions mais sans doute pas assez pour faire reculer le président, qui ne peut, de toutes les façons, pas totalement reculer s’il veut pouvoir garder un minimum de crédibilité.

19.09.2010

Une semaine de chienlit politique

C’est peu de dire que cette semaine n’aura pas contribué à réhabiliter la politique en France. Entre une commissaire européenne qui fait des parallèles ridicules, un président qui nie la réalité et une opposition qui s’emporte au Parlement, tout cela plaide pour en finir avec l’UMPS.

Les dérapages de nos dirigeants

La palme revient sans doute à Viviane Reding qui a évoqué des pratiques jamais vues depuis 1945 pour qualifier les expulsions de Roms de France. Ce dérapage est blessant pour la France mais aussi pour le peuple juif en ce qu’il banalise ce qui ne devrait jamais l’être, l’infâme Holocauste conduit par l’Allemagne nazie. La France aurait du demander la démission de la commissaire pour une telle outrance et au moins obtenir des excuses en bon et due forme, au lieu de simples regrets.

Du coup, Nicolas Sarkozy n’a pas eu tort de tenir un discours musclé face aux dirigeants européens lors du sommet de la semaine dernière. Mais à quoi bon assurer devant les caméras qu’ils l’avaient tous soutenu et qu’Angela Merkel avait elle-aussi prévu d’expulser des Roms, avant de se faire démentir par le ministre Allemand des affaires étrangères ? Nicolas Sarkozy arrive à mentir avec un sacré aplomb mais il est difficile de comprendre l’utilité de ces nouveaux écarts avec la réalité…

Le dérapage du Parti Socialiste

En face, le Parti Socialiste n’a guère fait preuve de responsabilité lors du débat sur la réforme des retraites. Certes, Bernard Accoyer a interrompu les explications des députés socialistes, mais ceux-ci faisaient de l’obstruction et le président de l’Assemblée Nationale avait parfaitement le droit de faire ce qu’il a fait. Il était donc totalement irresponsable et ridicule de le poursuivre dans les couloirs et de faire le siège de son bureau en demandant sa démission et en le traitant de fasciste ou factieux !

Là encore, les mots ont un sens que les socialistes font mine d’ignorer. Le comportement de Bernard Accoyer, homme modéré, était tout sauf fasciste. Là encore, l’emploi à tort et à travers de mots forts contribue à en brouiller le sens. Les députés socialistes n’ont pas fait honneur à la République en se comportant de la sorte. S’opposer fermement à une réforme est une chose, normale, se comporter comme des sauvageons en est une autre, qui ne les honore pas.

Au final, cette semaine, aussi lamentable qu’elle ait pu être, a sans doute eu le bénéfice de rappeler aux Français à quel point il est nécessaire de changer de dirigeants. Et outre le fait de n’être pas l’alternative sur le fond, les socialistes ont démontré qu’ils pouvaient même ne pas l’être dans la forme !

06.09.2010

Une journée au MRC

Samedi, j’étais invité à participer à une table ronde sur l’euro aux universités d’été du Mouvement Républicain et Citoyen de Jean-Pierre Chevènement à Valence. Récit d’une journée très agréable de convergence républicaine.

Des partis proches

J’ai été frappé pendant toute la journée par la proximité du  Mouvement Républicain et Citoyen avec Debout la République. Voici en effet deux petits partis animés par un chef charismatique, rassemblant des militants dévoués, convaincus et animés par un idéal. Voici également deux partis qui, en réaction à la crise économique, cherchent à véritablement réfléchir sur ses causes et les solutions à y apporter, en n’hésitant pas à faire venir des personnes extérieures à leur cénacle.

DLR avait fait de l’économie le thème central de l’université de rentrée 2008 et organisé une convention sur l’emploi en avril. Samedi, le MRC a organisé trois tables rondes, une sur la finance, une autre sur l’euro et enfin une sur la politique industrielle. Etaient invités (entre autres) Alain Cotta, un libéral critique de l’euro, deux membres du PS ainsi que deux membres de DLR (Jean-Pierre Gérard et moi-même) pour débattre, preuve d’une ouverture d’esprit bienvenue en politique.

Mais par-delà ces convergences idéologiques, j’ai été frappé par la proximité humaine de nos deux partis, qui donnait à ces universités une ambiance proche de celle de nos universités, chaleureuse et animée d’un véritable idéal et d’une volonté d’améliorer le sort de la France et des Français. D’ailleurs, beaucoup de militants se connaissent et un certain nombre m’ont demandé de passer le bonjour à des collègues de DLR. Comment ne pas imaginer faire des choses ensemble à l’avenir ?

Des différences surmontables ?

Malgré tout, il faut reconnaître quelques différences. Cela fait vingt ans que j’ai un peu de mal à comprendre l’attachement de Jean-Pierre Chevènement à la gauche et au Parti Socialiste. On sent une volonté d’influencer le PS à  la veille d’une probable victoire électorale (encore que beaucoup pensent que rien n’est joué). Pourtant, le président d’honneur du mouvement a bien souligné à quel point le PS est responsable de la déréglementation qui a mené à la crise et aux problèmes actuels.

D’ailleurs, lors de la première table ronde, l’animateur a repris in extenso l’argumentaire de Frédéric Lordon contre le PS en soulignant les innombrables lois d’inspiration néolibérale passées par des gouvernements socialistes, à partir du milieu des années 80. Pourtant, un espoir semble subsister que les socialistes se comportent comme des socialistes, ce que j’ai du mal à saisir. Le Général de Gaulle ne disait-il pas qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes ?

Cet espoir vient sans doute du programme commun, qui a donné du sens à un clivage gauche-droite qui a été battu en brèche par le virage de 1983 et plus encore par le débat sur le traité de Maastricht. Il s’agit donc peut-être d’un clivage générationnel. Mais si le PS se choisit Dominique Strauss-Kahn comme candidat, cela pourrait contraindre le MRC à reconsidérer sa position. J’ai du mal à imaginer le parti de Jean-Pierre Chevènement soutenir l’ancien patron du FMI…

Soyons clair : ma fidélité est et restera à Nicolas Dupont-Aignan. En tant que gaulliste, DLR est ma famille politique et je suis heureux d’y militer. Mais cette journée m’a permis de rencontrer de véritables frères républicains. Je les remercie chaleureusement pour leur invitation et leur accueil.