05.10.2008
Les paroles, paroles, paroles européennes contre la crise
La réunion du G4 Européen hier à Paris était une initiative bienvenue de Nicolas Sarkozy. L’ampleur de la crise financière et économique nécessite en effet une concertation et des initiatives continentales. Malheureusement, les conclusions concrètes du sommet sont limitées.
Nicolas Sarkozy a eu raison de proposer une telle réunion aux trois autres principales puissances économiques de l’Union. Le creusement de la crise depuis trois semaines menace de plus en plus les économies européennes, qui sont sans doute déjà en récession. À dire vrai, les déclarations issues de ce sommet vont dans le bon sens. Les quatre ont annoncé qu’ils viendront au secours des établissements financiers, mais en privilégiant les réponses nationales (une demande de l’Allemagne), même si cela sera fait de « manière coordonnée ». Les dirigeants européens ont également annoncé vouloir préserver l’épargne des ménages et mieux réguler le monde financier par une révision des règles comptables. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont également demandé davantage de « flexibilité » dans l’application du Pacte de Stabilité en raison « des circonstances exceptionnelles ».
Même si ce dernier point représente une petite victoire pour la France, il faut noter qu’il ne s’agit que d’une demande, que Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroup, s’est rapidement chargé de contester en annonçant que le Pacte devait être appliqué « dans son intégralité ». Bref, si la direction donnée par ce sommet (dénonciation des excès de la finance, volonté de sanctionner les abus, interventionnisme étatique pour éviter l’effondrement du système) est bonne, les annonces concrètes restent très limitées. On peut espérer que le prochain sommet Européen permettra au continent de présenter des réponses plus concrètes à la crise, même si l’absence d’un accord détaillé à 4 préjuge mal des conclusions à 27…
Mais le plus incroyable était tout de même l’absence complète de débat public sur la politique monétaire de l’Union lors de ce sommet. Jean-Claude Trichet était présent à la réunion de samedi, mais les débats probables sur les taux d’intérêts n’ont pas dépassé le cadre feutré des bureaux de l’Elysée. Il n’est pas concevable pour la BCE qu’un débat public existe avec les chefs de l’Etat. C’est bien Jean-Claude Trichet qui décide sur le sujet, et les taux ne devraient commencer à baisser que le mois prochain, plus de 15 mois après le début de la baisse des taux aux Etats-Unis. En outre, on imagine bien que le rythme de la baisse n’aura rien à voir avec celui de la Fed.
Si l’euro baisse fortement depuis quelques semaines, c’est parce que les investisseurs anticipent une sortie de la crise très lente et tardive pour l’Europe alors que les Etats-Unis pourraient commencer à rebondir dès l’an prochain. Un signe de méfiance qui illustre bien les carences de la politique européenne.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, sarkozy, allemagne, trichet, bce
04.10.2008
L’amateurisme gouvernemental sur la gestion de la crise économique
Les discours de New York et Toulon avaient permis à Nicolas Sarkozy de quasiment effacer son inaction sur le front de la crise économique. Mais les premières réponses apportées à cette crise cette semaine ont fortement illustré les limites d’un gouvernement qui s’agite plus qu’il n’agit.
Par-delà la polémique sur le terme « récession », qui devient chaque jour plus ridicule tant la gravité de la situation n’échappe à personne, les premières annonces du gouvernement ont fait un gros flop. Première annonce : une partie des sommes issues de la vente de 5% d’EDF pourrait financer le rachat d’actions dans des banques, alors que cet argent devait être utilisé pour financer les universités. Très rapidement, l’Elysée a fait savoir qu’il n’était pas question de revenir sur la promesse faite pour l’enseignement supérieur. Puis, comme les Français déposent beaucoup plus d’argent sur le livret A, il a été décidé de prendre une partie des sommes pour renflouer les banques. Devant les premières réactions hostiles, le gouvernement a, là aussi, renoncé à son projet, qui manquait grandement de sens politique.
Le cafouillage a également atteint les projets européens en vue de la réunion de ce jour. Le gouvernement s’est demandé si l’Europe ne devrait pas se doter d’un fonds équivalent à celui proposé par le plan Paulson pour sauver les banques. Un chiffre, 300 milliards d’euros, a même circulé. Malheureusement, comme souvent, l’annonce était prématurée et non discutée avec nos partenaires, notamment l’Allemagne, qui ne veut pas entendre parler d’un tel fonds. Résultat, Christine Lagarde a dû démentir la rumeur. Enfin, un débat semble avoir lieu au sein de l’Elysée, porté par Henri Guaino, sur le fait de rompre avec le pacte de stabilité européen pour relancer l’économie, quitte à dépasser les 3% de déficit, contrairement à nos engagements.
Enfin, le gouvernement a annoncé vouloir racheter vingt mille logements pour trois milliards d’euros afin de soulager le marché immobilier. On reste songeur devant cette mesure qui semble être surtout être un bricolage de dernière minute pour annoncer quelque chose. En effet, ce n’est pas parce que l’Etat achète vingt mille logements que l’immobilier va repartir puisque ce transfert de propriété n’aura aucun effet sur la demande finale de logements : seul le propriétaire change. Cette politique de l’offre est une nouvelle erreur alors que la baisse de la demande des ménages impose plutôt des actions pour soutenir la demande intérieure, comme des grands travaux.
Bref, la réaction du gouvernement Français à la crise n’est vraiment pas à la hauteur. Le déluge d’annonces peut donner le change sur le fait que le gouvernement s’y intéresse. Mais le fond des mesures et les cafouillages sur de nombreuses propositions révèlent un amateurisme inquiétant.
10:57 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, sarkozy, livret a, plan paulson
02.10.2008
Crise financière : l’Europe en panne !
Alors que le débat fait rage aux Etats-Unis sur la réponse à donner à la plus importante crise du capitalisme depuis la Grande Dépression, la réponse de l’Europe ne semble pas à la mesure de la gravité du choc, 15 mois après les premières secousses.
Outre-atlantique, la réaction des autorités a été radicale puisque l’Etat n’a pas hésité à dépenser 300 milliards de dollars pour nationaliser Fannie Mae, Freddie Mac et AIG, dans un pays où le terme nationalisation est associé à communisme. Mieux, le gouvernement a également conçu un plan de soutien à l’économie d’une centaine de milliards de dollars, qui a permis d’amortir les conséquences de la crise financière au second trimestre en maintenant la consommation. Et l’administration travaille sur un nouveau plan de 700 milliards, qui vient d’être adopté au Sénat. La Fed n’a pas été en reste puisqu’elle a baissé ses taux de 5,25 à 2% en quelques mois, provoquant une dépréciation du dollar qui a permis une forte hausse des exportations. Elle a également injecté des centaines de milliards de dollars de liquidités (330 milliards pas plus tard que lundi).
Autant la réaction des Etats-Unis montre un pragmatisme bienvenu par rapport aux principes libéraux, autant les autorités européennes semblent avoir du mal à tirer toutes les leçons de la crise. Certes, Northern Rock ou Fortis ont été nationalisés, Dexia recapitalisé et la BCE a injecté des liquidités. Mais les taux d’intérêt n’ont pas baissé et, à part l’Espagne, aucun gouvernement n’a engagé de programme de relance budgétaire. Tout se passe comme si les dirigeants européens ne comprenaient pas la gravité de la situation, ce qui n’est pas arrangé par l’autisme de la Commission et de la BCE. Comme souvent lors des précédentes crises (début des années 90 ou 2000), l’Europe réagit trop tard, laissant son économie sombrer alors que les Etats-Unis savent rebondir et évitent ainsi qu’un chômage de masse destructeur ne s’installe.
En cela, même si elles sont tardives, les dernières initiatives de Nicolas Sarkozy (discours de Toulon, réunion de samedi avec l’Allemagne, le Royaume Uni et l’Italie) sont encourageantes, même s’il faudra attendre de connaître le fond des mesures pour être sûr qu’il ne s’agit pas d’une énième gesticulation communicante. Après tout, le candidat Sarkozy voulait importer les subprimes en France et la défense de l’inefficace « paquet fiscal » montre un aveuglement assez incroyable… Cependant, l’échelle européenne est clairement la seule échelle à laquelle la France peut répondre de manière efficace à la crise financière actuelle. Nous ne pourrons pas initier une nouvelle réglementation du monde de la finance seuls et l’imbrication des économies européennes rend hasardeux tout plan de relance isolé.
De nombreuses initiatives pourraient être prises samedi. Tout d’abord, les chefs d’Etat devraient faire pression sur la BCE pour qu’elle se décide enfin à baisser les taux d’intérêt fortement, ce qui soulagera les institutions financières, ainsi que les ménages, les entreprises et les Etats. La baisse des taux courts provoque en effet une baisse des taux longs, comme le montre la situation Américaine, où, malgré un fort endettement, les taux longs sont à seulement 3,77% pour les bons du Trésor à 10 ans contre 4,16% pour la zone euro ! Ensuite, la faillite du capitalisme anglo-saxon devrait inciter l’Europe à proposer un nouveau modèle de régulation. Enfin, devant l’essoufflement de la demande, un vaste plan de soutien keynésien pourrait être décidé via des investissements dans les infrastructures et les économies d’énergie. Ainsi, l’argent dépensé serait un investissement pour le futur, ce qui justifierait la dépense.
L’Europe pourrait être un démultiplicateur de protection pour les peuples qui la composent. Elle n’est aujourd’hui qu’un agent de la déréglementation qui a abouti au chaos actuel. Samedi, elle aura une chance de s’amender. Il est significatif que cela ait lieu en dehors de ses instances institutionnelles…
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/09/29/l-europe-face-a-la-crise_1100736_3232.html
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/01/les-propositions-de-la-commission-europeenne_1101596_1101386.html#ens_id=1089411
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26.09.2008
Nicolas Sarkozy à Toulon : le poids des mots, le choc de la récession
Le président de la République était hier soir à Toulon pour un grand discours de politique économique où il est revenu sur la crise économique et sur les réponses qu’il souhaite y apporter.
Nicolas Sarkozy est un orfèvre des mots. Lui a qui su accéder à l’Elysée en parlant de « rupture », de « travailler plus pour gagner plus », de « président du pouvoir d’achat », d’identité française, a su à nouveau trouvé les mots pour qualifier la situation actuelle. Il n’a pas hésité à souligner la gravité de la crise et évoqué les conséquences qu’elle aura pour les Français : hausse du chômage, perte de pouvoir d’achat. Il a poursuivi sa dénonciation du « capitalisme fou », de la spéculation et plaidé un meilleur encadrement du capitalisme. Il a également dénoncé les coupables qui doivent être punis. Il a invité la Commission Européenne à plus de souplesse pour trouver des solutions à la crise. Il a plaidé pour un nouveau Bretton Woods pour en tirer les leçons au niveau international. Enfin, il a rassuré les épargnants en assurant que, comme aux Etats-Unis, l’Etat se tenait prêt à agir au cas où.
Alors, bien sûr, comment ne pas souscrire à la quasi-totalité de ce que Nicolas Sarkozy a dit ? Cependant, il y a comme un malaise à écouter un tel discours, qui ressemble tellement à son discours de campagne : qu’a-t-il fait pour mieux réguler l’économie depuis qu’il est élu ? Ce n’est pas tout de faire le bon diagnostic, mais malheureusement, cela fait deux ans qu’il le fait et plus d’un an qu’il ne fait pas grand-chose pour mettre son action en cohérence avec ses paroles. En outre, si on peut apprécier sa franchise à l’égard de la situation économique, comment ne pas voir qu’il ne pouvait pas en tenir un autre… En outre, comment ne pas y voir un moyen d’évacuer sa responsabilité de président qui devait « chercher la croissance avec les dents ». De même, sa critique de l’Europe serait plus crédible s’il n’avait pas accepté le traité de Lisbonne, qui valide la façon de fonctionner actuelle (rôle de la BCE et de la Commission, primat absolu du marché). Comment ne pas voir que la force des mots a pour but de faire oublier ces incohérences ?
Mais il y a encore un problème plus grave avec sa présentation. S’il dénonce le « capitalisme fou », le président de la République semble faire porter une partie importante de la responsabilité de la crise à des individus qui auraient été malhonnêtes. Il est malheureusement probable que cette dénonciation n’est qu’un effet d’affichage destiné à se mettre du côté des Français, contre les « méchants financiers » et que rien ne se passera. Car comment sanctionner des acteurs financiers, qui, s’ils ont fait des excès incroyables, ont sans doute respecté la loi ? Cette diversion inutile sur la responsabilité de ceux qui touchaient leur bonus détourne le débat des problèmes de fond du système économique. La responsabilité est pourtant claire : les politiques qui ont voté la déréglementation du système financier sont les principaux responsables de la crise financière. Les acteurs financiers ne font malheureusement qu’agir selon le cadre qu’on leur donne.
Alors que la crise s’amplifie, Nicolas Sarkozy se contente de détourner le débat sur des responsabilités individuelles alors que ce sont les politiques qui ont choisi le cadre qui a permis de tels excès. Pire, alors que la crise a un an, les solutions qu’il propose ne sont encore que de vagues esquisses.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/09/25/01002-2008092...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/25/nicolas...
12:42 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, toulon, crise financière, coupables
24.09.2008
Crise financière : le grand bluff de Nicolas Sarkozy
Sacré Nicolas Sarkozy : après avoir été d’une apathie confondante sur la crise financière, il a fortement marqué les esprits à New York en demandant devant un parterre comprenant de nombreux financiers des sanctions contre les responsables de la crise, ainsi qu’une réunion des chefs d’Etat.
Le moins que l’on puisse dire est que le discours du président de la République était très juste : « Nous devons nous interroger sur nos responsabilités. Aujourd'hui, des millions de gens à travers le monde ont peur pour leurs économies, pour leur appartement, pour l'épargne qu'ils ont mise dans les banques. Notre devoir est de leur apporter des réponses claires. Qui est responsable du désastre ? Que ceux qui sont responsables soient sanctionnés et rendent des comptes et que nous, les chefs d'Etat, assumions nos responsabilités ». Il n’y a rien à redire sur ce discours et les médias l’ont relayé de manière élogieuse pour Nicolas Sarkozy, qui a osé mettre les pieds dans le plat et tenir un discours de vérité à une audience qui ne s’y attendait pas.
Malheureusement, il est très difficile de ne pas voir dans ce discours (et probablement dans celui qu’il tiendra jeudi à Toulon) une habile posture destinée à camoufler une absence de réaction sur le fond des choses. Si le Figaro valorise volontiers le discours du président, l’article souligne également que Nicolas Sarkozy avait dit quasiment la même chose il y a un an, aux débuts de la crise, puisqu’il avait plaidé pour un « New Deal économique et écologique » et appelé à une « moralisation du capitalisme financier ». Le problème est que, comme souvent avec le président, les mots n’ont pas été suivis d’actions. Aujourd’hui, il se réveille parce que la crise devient tous les jours plus grave et que son absence de réaction n’est plus possible.
Si elle est habile, sa réaction est un peu facile. Comme d’habitude, il se défausse en demandant de « sanctionner des responsables » qu’il se garde bien de nommer. Cette stratégie est la même que celle qu’il suivait comme ministre de l’Intérieur, quand il dénonçait en permanence le laxisme des juges. Il a bien compris que la meilleure défense, c’est l’attaque. Du coup, il ne se prive pas de remettre en question le rôle des autres sans finalement proposer la moindre mesure concrète pour corriger le système a priori ni même se remettre en cause lui-même. Pourtant, comme l’a rappelé sur son blog, Le fer railleur, le candidat Sarkozy proposait de développer des subprimes à la Français dans son programme : « si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué » !
Nicolas Sarkozy est décidemment un artiste de la communication. Alors qu’il ne propose rien de concret à une crise qui dure pourtant depuis plus de un an, il arrive, par une posture habile, à faire en sorte que les médias le présentent comme le redresseur de tort du monde financier.
Source : http://ferrailleur.over-blog.com/article-22887708.html
http://www.lefigaro.fr/economie/2008/09/23/04001-20080923...
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, crise financière
23.09.2008
L’erreur Afghane
Hier, le Parlement a voté sans surprise la poursuite de la guerre en Afghanistan. Nicolas Sarkozy voulait faire de ce vote un piège pour l’opposition mais il en restera seulement un débat superficiel qui a complètement oublié les véritables enjeux de ce conflit.
Cette guerre a été déclarée le 4 octobre 2001, moins d’un mois après les attentats, en partie sous le coup de l’émotion suscitée par le 11 septembre. Contrairement à la guerre d’Irak, elle a été autorisée par l’ONU et avait pour but de renverser les talibans au pouvoir qui étaient accusés d’aider les terroristes et de libérer le pays de l’oppression de ses chefs. L’engagement de 45 000 soldats a permis de renverser le régime en place à Kaboul mais le moins que l’on puisse dire est que la situation semble pourrir depuis : l’OTAN ne parvient pas à réduire l’influence des talibans, qui conservent le contrôle d’une grande partie du pays, le nombre de victimes augmente tous les ans et la présence des forces occidentales contribue sans doute à pousser de nombreuses personnes vers le terrorisme. Enfin, il est difficile de se demander si cela ne contribue pas à déstabiliser le Pakistan voisin.
L’opération telle qu’elle a été conçue il y a sept ans ne fonctionne toujours pas. Les forces de l’OTAN ne sont pas suffisantes pour remettre de l’ordre dans le pays. Les troupes de la coalition représentent à peine plus du tiers des troupes qui ont été nécessaires en Irak dans un pays plus peuplé, beaucoup plus grand et dont la géographie est beaucoup plus complexe. De nombreux experts estiment que la situation ne pourra pas être stabilisée avec moins de 150 000 soldats ! L’exemple des renforts qui ont permis de casser le cycle de la violence en Irak montre bien que l’importance des moyens est cruciale pour stabiliser un pays. Dans le cadre de l’Afghanistan, cela est d’autant plus choquant que les forces de l’OTAN sont présentes depuis sept années alors qu’il a fallu quatre ans aux Etats-Unis pour changer de stratégie en Irak. L’opération telle qu’elle est conçue aujourd’hui ne peut pas fonctionner !
Mais outre le fait que cette opération n’est pas dimensionnée de manière à réussir, on peut également se poser des questions sur les raisons d’une telle présence, en dehors de l’affichage d’une réaction aux attentats du 11 septembre. Ses partisans parlent de « guerre contre le terrorisme », de « guerre pour la liberté », un moyen habile de taire tout débat puisqu’il est difficile d’être opposé à de telles positions. Pourtant, l’OTAN ne mène pas de guerre pour la liberté dans d’autres pays. Et la guerre contre le terrorisme est limitée à deux pays alors que ces terroristes sont bien sûrs présents dans d’autres endroits. Les soutiens de cette guerre d’Afghanistan se distinguent davantage par leur rhétorique habile que par leur capacité à mener leur mission à bien sur le terrain.
Comme le dit justement Jean-Marc Ayrault, la guerre d’Afghanistan est devenue une guerre d’occupation. Pire, cette guerre n’a plus vraiment de motif puisque si on s’accorde pour faire la guerre dans de telles conditions, alors, l’OTAN devrait intervenir dans de nombreux pays, ce qui n’est pas possible. En outre, comment ne pas comprendre que cette présence prolongée renforce les talibans qui peuvent présenter la présence occidentale comme une occupation du pays ? Nicolas Sarkozy a essayé d’instrumentaliser le vote inutile du Parlement sur cette question pour mettre l’opposition en difficulté. Finalement, elle s’est simplement opposée à une mauvaise guerre, mal menée, et qui dure depuis trop longtemps.
Le pire dans ce débat reste clairement le traitement indigent de la plupart des médias, qui ne font que répéter les mots habiles du gouvernement sans chercher à se poser les vraies questions. Résultat, l’erreur afghane se rapproche toujours plus du bourbier vietnamien.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/09/21/01002-2008092...
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/09/22/f...
10:55 Publié dans Actualités, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : afghanistan, otan, talibans, sarkozy
20.09.2008
Cacophonie gouvernementale
Heureusement pour le gouvernement que la crise financière a eu lieu cette semaine et qu’elle a accaparé tous les médias, car sinon, les titres des journaux auraient été largement consacrés à la cacophonie absolument incroyable qui a régnée au sein du gouvernement.
Après le tollé à retardement provoqué par le fichier Edvige, Michèle Alliot-Marie a fini par présenter une version dramatiquement restreinte par rapport au projet initial. Quasiment tous les points qui faisaient débat ont été corrigés : le champ des informations recueillies est réduit et ne concerne plus la vie privée, les mineurs pourront voir leur inscription retirée par « un droit d’oubli » et beaucoup moins de personnes seront concernées. Enfin, même le nom Edvige est retiré. Pour le coup, le gouvernement a entendu les critiques, au point de radicalement remettre en question un projet qui allait beaucoup trop loin dans le fichage de la population. Mais cette semaine a été l’occasion d’une deuxième capitulation en rase campagne pour un ministre puisque Jean-Louis Borloo a vu ses projets de taxe verte radicalement remis en question hier par Nicolas Sarkozy, malgré des annonces qui se sont révélées être un peu précipitées…
Mais le champion toutes catégories de la semaine est sans doute Xavier Darcos, qui, pour paraphraser Bernard Accoyer, remporte le concours Lépine des annonces gouvernementales. Après avoir proposé de donner des médailles aux élèves qui obtiennent la mention au bac, dans une version rénovée du tableau d’honneur d’antan, le ministre de l’éducation a créé l’événement sur deux sujets. Le premier est sa proposition de donner deux cents euros par mois pendant trois ans à tous les élèves obtenant la mention très bien au baccalauréat, et dont les parents ne sont pas imposés. Le deuxième est une polémique sur le niveau de formation des professeurs de maternelle, qui n’auraient pas, selon lui, besoin d’être des bacs + 5 pour changer des couches et superviser des siestes. Par cette polémique inutile et bien ridicule, le ministre s’est attiré les foudres des professeurs qui soulignent que l’enseignement aux tous petits est sans doute aussi difficile qu’aux plus grands et qu’il va bien au-delà de ce qu’évoque le ministre…
Ce déluge peu commun d’annonces du ministre de l’éducation est sans doute un hommage indirect au président de la République, auquel il emprunte sa stratégie de trop plein médiatique pour détourner et diriger les débats sur l’éducation. Ainsi, la réduction des effectifs lors de cette rentrée est un peu oubliée. Mais au global, cette cacophonie communicante ne donne pas forcément une impression de sérieux, tant les annonces font gadgets. De son côté, Nicolas Sarkozy préfère jouer les sauveteurs lors de la libération des otages au Soudan alors que le monde connaît sa plus grave crise financière depuis 1929. Le choix des priorités du président laisse songeur, même s’il compte s’exprimer jeudi prochain dans un discours dont on peut déjà deviner la dénonciation de la spéculation mais dont on peut également anticiper qu’il ne comportera que des postures et pas de vraies mesures…
Cette nouvelle semaine ne fait que confirmer la prédominance de la forme sur le fond et la quête désordonnée de l’équipe gouvernementale pour faire la une des médias, au risque d’une cacophonie bien peu professionnelle. Ségolène Royal aurait-elle vraiment été moins bonne ?
Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/352907.FR.php
http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/352890....
11:11 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, bertrand, alliot-marie, borloo, cacophonie
19.09.2008
Nicolas Sarkozy ou la « peoplisation », s’il le veut
Hier soir, Carla Bruni était la rédactrice en chef du Grand Journal de Canal Plus, dans le cadre de la promotion de son dernier album, mais aussi du Président de la République et de son gouvernement. Un nouvel exemple de la stratégie à géométrie variable de Nicolas Sarkozy sur sa vie privée.
Nous en sommes à la cinquième phase du rapport de Nicolas Sarkozy avec l’exposition de sa vie privée. Dans un premier temps, qui a couru jusqu’au début 2005, on a vu celui qui était à l’époque ministre puis président de l’UMP, exposer de plus en plus sa vie privée. Le couple qu’il formait avec Cécilia s’étalait alors sur les pages des magazines. Il ne reculait devant aucune mise en scène, faisant intervenir son fils lors de son élection à la tête de l’UMP (« Bon courage mon papa ! ») ou le faisant poser dans une mise en scène rappelant une photo du couple Kennedy. Mais cette exposition de sa vie privée prit fin lors de sa première séparation d’avec Cécilia, au printemps 2005. Dans cette seconde phase, il refusait toute évocation, attaquant les journalistes qui lui en parlaient : « faites-le votre beau métier ! ».
La réconciliation du couple nous a fait entrer dans une troisième phase, où le candidat à la présidentielle a d’abord mis en scène les retrouvailles lors d’une petite promenade en bateau, avant d’évoquer « C. » dans son livre « Témoignages ». Si Cécilia Sarkozy a assuré un service plus léger lors de la campagne et des débuts de la présidence, le président ne manquait pas une occasion de la mettre en avant. Sa séparation définitive marqua le début d’une quatrième phase où le président décida à nouveau de refuser de s’exprimer sur sa vie privée, le poussant même à quitter l’interview d’une chaîne de télévision Américaine. Mais quelques semaines après sa rencontre avec Carla Bruni, Nicolas Sarkozy s’est à nouveau fait beaucoup moins discret, à Disneyland, en Egypte, acceptant même de répondre aux questions sur sa vie privée en conférence de presse (« Carla et moi, c’est du sérieux ! »)…
Bref, pour Nicolas Sarkozy, l’exploitation de sa vie privée est à géométrie variable : s’il le désire, il la met en avant, s’il ne le souhaite pas, on ne doit pas en parler. Et hier sur Canal Plus, son épouse a pu lui faire une publicité avantageuse, montrant un autre visage du président, toujours à son avantage. Il y a quelque chose de gênant à voir une chanteuse comme elle bénéficier d’un tel plan média pour finalement beaucoup plus parler du président que de son disque. La frontière entre politique et people se brouille d’une manière troublante. Certes, l’épouse du président est parfaitement rentrée dans son rôle de première dame, notamment lors des voyages à l’étranger et son discours reste joliment policé. Néanmoins, on peut se poser la question de savoir si cette opération de communication au service de son mari est légitime et si elle ne réduit pas la fonction politique à une simple variante du star système…
Nicolas Sarkozy a fait exploser les frontières traditionnelles de la communication politique. S’il a suivi une voie empruntée jadis par d’autres, le plan média de son épouse en cette rentrée accentue encore cette mauvaise pente qui fait des dirigeants politiques des stars plus que des Hommes d’Etat.10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, carla bruni, grand journal, canal plus, peoplisation
15.09.2008
Quelques contrevérités sur le RSA…
Le moins que l’on puisse dire est que Nicolas Sarkozy a réussi un nouveau coup politique avec le RSA et son financement par une taxe sur les revenus du capital. Après un accueil très positif, de nombreuses critique ont fini par s’exprimer, pas toujours à juste titre.
Première idée reçue : du fait du bouclier fiscal, la taxe de 1,1% sur les revenus du capital toucherait essentiellement les classes moyennes et exonèrerait les plus riches. Cette présentation est au mieux abusive, au pire malhonnête. En effet, à peine 1291 foyers ont bénéficié du bouclier fiscal au premier trimestre 2008. Pour mémoire, plus de cinq cent mille foyers paient l’ISF (2% des ménages). Et même si cette taxe provoque une augmentation du nombre de foyers bénéficiaires du bouclier fiscal, pas plus de 0,5% des foyers payant l’ISF en seront exonérés. En outre, il faut être clair : la répartition des revenus du capital est encore plus inégale que celle des revenus du travail puisque 10% des foyers Français détiennent 75% du patrimoine. Ce sont donc eux qui financeront l’essentiel de cette taxe puisque ce ne sont pas les quelques foyers protégés par le bouclier fiscal qui vont y changer grand chose. En clair, cette taxe instaure une redistribution des ménages les plus riches vers les plus pauvres.
Deuxième idée reçue : en offrant un complètement de revenu aux travailleurs à temps partiel, le RSA va encourager le temps partiel. Cette présentation des choses révèle quelques lacunes en économie. En effet, comment voir un lien entre le fait que les salariés à temps partiel vont toucher un complément de revenu et l’offre d’emplois à temps partiel ? La première explication pourrait être que les salariés concernés ne cherchent pas à travailler davantage du fait de cette aide. Mais, malgré le complément du RSA, leurs revenus resteront très faibles et ils chercheront sans doute à obtenir un emploi à temps plein. La deuxième explication serait que les entreprises favorisent les emplois à temps partiel mais il n’y aucun lien de cause à effet. Si les entreprises utilisent des temps partiels, c’est notamment pour des activités qui comportent de tels pics d’activité qu’il n’est pas possible d’avoir une bonne répartition du temps de travail avec uniquement des salariés à temps plein. En dehors de ce cas, il est préférable d’avoir des temps pleins.
Nicolas Sarkozy a décidemment bien réussi son coup avec cette annonce qui a montré la bêtise d’une droite qui refuse le moindre geste de solidarité vis-à-vis des plus pauvres. Mais, bizarrement, de nombreux médias, souvent positifs au premier abord, ont fini par véhiculer des idées reçues, dont il semble qu’elles ne résistent pas à une petite analyse, comme j’ai essayé de le montrer. C’est pourquoi cette réforme est une bonne réforme et son financement (partiel) est un choix juste. Bien sûr, il y a une grosse part de communication dans le choix de cette taxe (qui ne représente après tout que 10% du paquet fiscal), mais elle ne constitue pas du tout une taxe sur les petits propriétaires. Et je doute que le RSA entraînera une hausse du temps partiel, qui dépend de facteurs complètement extérieurs.
En revanche, ce débat aura à nouveau montré l’habileté communicante de Nicolas Sarkozy, le manque d’analyse de certains commentateurs qui reprennent des points de vue sans chercher à les vérifier, et la nullité de l’opposition du Parti Socialiste…
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/09/10/01002-2008091...
http://www.lefigaro.fr/politique/2008/09/10/01002-2008091...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rsa, sarkozy, martin hirsch
11.09.2008
L’affaire Tapie est-elle une affaire d’Etat ?
Alors qu’hier, Bernard Tapie et Jean Peyrelevade ont été entendus par la Commission des finances de l’Assemblée Nationale, la polémique fait rage sur le résultat de la procédure arbitrale dont a bénéficié Bernard Tapie. S’agit-il d’une affaire d’Etat ?
L’intervention de l’ancien président du Crédit Lyonnais a permis de re-préciser l’historique de cette affaire. En juillet 1990, l’homme d’affaires achète 80% de l’équipementier sportif pour 244 millions d’euros grâce à un emprunt contracté auprès d’une filiale du Crédit Lyonnais, puis les 15% restant six mois plus tard. Mais devant son incapacité à redresser le groupe et rembourser son emprunt, il est contraint de céder Adidas à un consortium dont fait partie le Crédit Lyonnais en février 1993 pour 315 millions. La banque se retrouve dans la position contestable de mandataire et acheteur dans la vente. Il faut noter que cet accord a lieu alors que Bernard Tapie est ministre d’un gouvernement qui n’en a plus que pour quelques semaines puisque les socialistes subissent une déroute historique le mois suivant. Robert Louis Dreyfus prend alors la tête de l’entreprise et s’inspire des méthodes de Nike pour la redresser.
En décembre 1994, c’est ce dernier qui reprend le contrôle d’Adidas pour 700 millions d’euros, permettant au Crédit Lyonnais d’empocher une forte plus-value. En juillet 1995, Bernard Tapie demande que le Crédit Lyonnais lui rétrocède une partie de sa plus-value. Pour l’anecdote, l’introduction en bourse d’Adidas à la fin 1995 valorise l’équipementier à plus de 1,6 milliards, sans que la banque ne réclame une part de la plus-value… L’audition de Jean Peyrelevade, alors patron de la banque a permis de préciser plusieurs choses importantes pour le dossier. Tout d’abord, le groupe Tapie était à court d’argent fin 1992, et était donc dans la nécessité de vendre son principal actif, Adidas. Ensuite, l’équipementier sportif n’était absolument pas redressé à ce moment-là puisque c’est Robert Louis Dreyfus qui a été l’acteur de ce sursaut, qui explique, seul, le redressement de la valeur de l’entreprise.
La demande de Bernard Tapie, qui le sauve de la faillite, est donc jugée totalement illégitime par l’ancien président du Crédit Lyonnais qui souligne que cela reviendrait à ce que les anciens actionnaires d’Alstom demande à l’Etat de partager le bénéfice qu’il a fait en redressant l’entreprise. Mais outre la probable illégitimité de la demande, se pose également le problème de la procédure choisie, dont beaucoup de juristes soulignent les aspects exceptionnels, pour ne pas dire plus. Le Canard Enchaîné fait une chronique très suspecte de cette affaire en soulignant que l’Etat, par la voix de Christine Lagarde, a fortement poussé à une telle conclusion, qui n’était pas forcément ce que tout le monde souhaitait, comme le montre la démission d’un administrateur du CDR.
Du moment que l’Etat est intervenu, se pose la question du pourquoi. Christine Lagarde a souligné que la procédure n’avait que trop duré, mais cet argument est davantage valable pour Bernard Tapie. En outre, il est pour le moins paradoxal que l’Etat accorde une médiation très favorable au plaignant après avoir gagné un appel en cour de cassation. Pire, les 45 millions d’euros de préjudice moral représentent une somme assez incroyable quand on la compare au 45 mille euros accordés aux victimes de l’amiante. Mais surtout, comment ne pas voir dans l’accélération de cette affaire judiciaire, quelques mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, une influence politique ? Cette interprétation est d’autant plus plausible que le plaignant avait bruyamment apporté son soutien au futur président de la République.
Bref, on ne saura sans doute jamais le fin mot de l’histoire. Outre la probable affaire d’Etat que représentait la vente d’Adidas par un ministre à une banque d’Etat, on peut suspecter une deuxième affaire d’Etat dans cet arrangement un peu trop à l’amiable. Mais nous en resterons sans doute aux seuls soupçons.
Source : http://www.lemonde.fr/web/son/0,54-0@2-3224,63-1093808@51...
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/09/04/de-l-a...
http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/09/09/affaire-...
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : tapie, peyrelevade, adidas, crédit lyonnais, lagarde, sarkozy



