16.07.2011
Réforme de la finance : l’Europe à la traîne
Il y a quelques jours, The Economist a fait un petit dossier sur l’avancement de la réforme de la finance dans le monde. Le constat de l’hebdomadaire est sans appel : l’Europe est à la traîne sur le sujet, alors même que les mesures envisagées restent beaucoup trop limitées.
Etat des lieux des réformes en cours
La première réforme sur laquelle les autorités de la planète se concentrent, c’est l’augmentation des niveaux de capital exigés pour les banques. Le comité Bâle 3, après avoir proposé un minimum de 7%, avec une définition très restrictive de ce qui est du capital, vient de proposer d’ajouter 1 à 2.5% pour les plus grandes banques, au motif que la garantie implicite des Etats, du fait de leur risque systémique, diminue le coût de leur crédit et introduit une concurrence déloyale.
Sur ces sujets, l’Europe, par la voix de la Commission Européenne, freine les velléités réformatrices au point que les banques étasuniennes accusent les pays européens d’une interprétation trop souple de ces normes qui réduirait les contraintes sur les banques européennes. La Grande-Bretagne et la Suisse ont proposé des normes nettement plus sévères, y compris sur le niveau des capitaux propres. En revanche, l’Europe a mis en place davantage de contraintes sur la question des bonus.
Sur la question des dérivés, aux Etats-Unis la loi Dodd-Franck devrait imposer des contraintes plus fortes qu’en Europe, provoquant à nouveau les protestations des banques étasuniennes qui craignent de voir les dérivés partir sur le vieux continent. Le comité Bâle 3 cherche également à réduire le décalage de maturité entre actifs et passifs des banques (qui empruntent à court terme pour prêter à long terme) mais les autorités des deux côtés de l’Atlantique freinent ces velléités.
Une réforme pas à la hauteur de la crise
Le bilan global de ce dossier est affligeant, notamment pour l’Europe. En effet, il apparaît clairement que la zone euro est aujourd’hui la partie du globe la moins ouverte à une réforme de la finance, malgré la crise. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Suisse vont plus loin que nous. Par-delà l’absence de prise en compte de la crise, déjà stupéfiante en soi, le risque est que les activités risquées se concentrent chez nous, et donc que la prochaine crise vienne d’Europe…
A ce titre, comment ne pas condamner le double discours de Nicolas Sarkozy ? Au paroxysme de la crise, le président de la République s’était fait le champion de la réforme de la finance. On allait voir ce qu’on allait voir : le capitalisme allait être moralisé avec un nouveau Bretton Woods. Au final, le simple agenda du G20 qu’il préside est désespérément plat. Non seulement les ambitions sont très limitées mais on a déjà pu constater qu’elles ne seraient même pas atteintes.
Alors que Franklin Roosevelt avait su exploiter la Grande Dépression pour remettre au pas la finance, les dirigeants actuels laissent faire un timide dépoussiérage des règles par le comité Bâle 3 et oublient beaucoup de sujets qui auraient pourtant du être traités à l’occasion de cette crise : séparation stricte des banques d’affaires et des banques de dépôt, interdiction réelle des parasites fiscaux, restriction aux mouvements de capitaux, dark pools…
Dans l’histoire économique, nul doute que le jugement sera sévère contre ces dirigeants qui n’auront pas saisi l’occasion de la nécessaire réforme de la finance. Il faudra malheureusement sans doute attendre une nouvelle crise et de nouveaux dirigeants pour qu’ils aient le courage qu’avait eu Roosevelt.
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14.07.2011
Alerte à la bulle immobilière en France
Même si les prix ont continué d’augmenter à Paris, le marché de l’immobilier commence à donner des signes de retournement en France. Toute la question est : y a-t-il un risque de krach, comme nous en avons connu de 1991 à 1998 ?
La France, championne d’Europe de la bulle immobilière
The Economist vient en effet de publier son indice trimestriel des prix immobiliers, où il ressort que la France affiche la troisième plus forte progression avec une hausse des prix de 8.7%, devancée seulement par Hong Kong et Singapour. La hausse des prix a considérablement ralenti en Chine, à 3.9%, sous l’effet des nombreuses mesures prises par les autorités de Pékin. Beaucoup de marchés européens (Grande-Bretagne, Italie, Espagne) sont orientés à la baisse.
Mais le plus inquiétant reste l’indicateur d’évaluation des prix par rapport aux loyers. Il ressort de cet indice que la France est le troisième marché le plus surévalué au monde derrière Hong Kong et l’Australie. Les prix seraient ainsi 48% supérieurs au ratio de long terme avec les loyers. Le marché chinois ne serait surévalué que de 14%, l’Espagne et la Grande-Bretagne de 39 et 28% encore, les Etats-Unis ayant atteint un certain équilibre après une baisse des prix de plus de 30%.
Faut-il craindre un krach immobilier ?
Le marché immobilier parisien présente des caractéristiques inquiétantes : les prix du mètre carré ont pris la bagatelle de mille euros en six mois, pour atteindre un nouveau sommet 235% plus élevé qu’en 1998 ! Pire, entre temps, les taux sont remontés d’à peine plus de 3% à près de 4%, renchérissant plus encore le coût complet d’achat. Enfin, le niveau des transactions a diminué, signe classique d’un retournement de marché. Bref, tous les indicateurs passent au rouge.
D’ailleurs, les prix sont repartis à la baisse dans certaines régions et même le Centre d’Analyse Stratégique, qui dépend de Matignon, affirme : « les encours totaux de crédit (…) ont doublé entre 1999 et 2010. (…) Il semble aujourd'hui probable que les anticipations à la hausse des prix immobiliers créent une bulle sur le marché immobilier français ». Si les taux longs continuent à progresser, alors le marché immobilier pourrait bien se retourner de manière assez violente.
Plus que jamais, la situation économique semble instable. Les marchés immobiliers présentent de gros risques. En fait, il est malheureux d’avoir créé autant de déductions fiscales qui ne font qu’alimenter des bulles et donc monter les prix, réduisant à néant les aides étatiques.
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11.07.2011
Immigration : le grand mythe de l’envahissement de la France
C’est le couplet généralement entonné par les identitaires : la France serait menacée par un flux totalement incontrôlé d’immigrés, faisant de notre pays le « champion d’Europe de l’immigration » pour reprendre les propos de Marine Le Pen. Un discours qui ne résiste pas aux faits.
La France, pays de faible immigration
C’est l’immense surprise que provoque l’examen des chiffres de l’immigration dans les autres pays. En effet, même si l’on conteste les chiffres de l’INSEE, pour qui le solde net d’immigrés se situe à 70 mille personnes par an (190 mille entrées et 120 mille départs) et que l’on prend le chiffre de départ avancé par Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch (90 mille), on aboutit à un solde net de 100 mille entrées par an. Le solde se situe donc entre 1 et 1,5 pour mille habitants.
Mais comme le rapporte The Economist, le solde net en Italie est compris depuis dix ans entre 300 et 600 mille, soit entre 5 et 10 pour mille habitants, cinq à dix fois le flux de notre pays ! En Espagne, le nombre d’immigrés a progressé de plus de 600 mille certaines années, soit un taux de 13 à 14 pour mille habitants, dix fois le taux français. La Grande-Bretagne accueille 500 000 immigrés par an, pour un solde net de 200 mille, soit plus de 3 pour mille habitants, plus du double de notre pays.
Et si on va un peu plus loin, on constate que d’autres pays acceptent des flux incomparablement plus importants que nous. L’Australie, pays de 22 millions d’habitants, avait un solde net de 340 mille personnes (plus de 15 pour mille habitants, plus de dix fois le chiffre Français). Depuis, ce chiffre est tombé à 200 mille, soit 9 pour mille (6 à 9 fois notre score). Enfin, les Etats-Unis ont un solde migratoire net moyen d’environ 4 pour mille habitants (soit 3 à 4 fois plus que nous).
Démythifier le débat sur l’immigration
En clair, Marine Le Pen ment quand elle dit que la France est « championne d’Europe de l’immigration » et Claude Guéant est bien mal inspiré quand il parle « d’excès d’immigration ». La France a aujourd’hui une des politiques les plus restrictives des pays dits développés en la matière. Il faut noter que l’Allemagne, après des vagues très importants d’immigration, notamment dans les années 90, a nettement réduit ses flux migratoires, qui sont aujourd’hui équivalents aux nôtres.
Bref, il n’y a strictement aucun risque que l’identité de notre pays change étant donnée la modération des flux actuels. Et cela est d’autant plus vrai que notre démographie est très dynamique, contrairement à nos voisins. En effet, en Italie, le solde naturel est négatif de 75 mille personnes, l’immigration permettant à la population de ne pas baisser. Et l’Allemagne voit sa population baisser depuis 2002, du fait d’un solde naturel négatif (près de 200 mille personnes en 2009).
Du coup, l’attitude du Front National et d’une partie de l’UMP est extrêmement choquante car ils attisent des tensions qui n’ont pas lieu d’être. En cela, leur comportement est profondément antinational. Cela ne signifie pas non plus qu’il faille ouvrir davantage nos frontières aujourd’hui. Les tensions au sein de notre société et les conditions économiques extrêmement difficiles plaident au contraire pour une restriction des flux migratoires pour favoriser l’intégration des immigrés déjà présents.
Oui, la situation sur le front de l’intégration se détériore. Mais loin de venir de flux migratoires incontrôlés, il s’agit beaucoup plus d’une conséquence de notre crise économique, qui rend plus difficile l’intégration, des tensions de notre société ainsi que d’un Etat qui n’assume plus ses fonctions.
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28.06.2011
Grèce : y a-t-il un plan B à la sortie de l’euro ?
Alors qu’un nouveau prix Nobel vient de critiquer la monnaie unique, qui n’aurait jamais du être mise en place selon lui, la Grèce est sur le point d’accepter un nouveau plan d’austérité sauvage qui devrait débloquer la dernière tranche d’aide et déclencher un nouveau plan.
Austérité et plan de financement
C’est pour l’instant la voie choisie par la troïka technocratique BCE / Commission / FMI. La Grèce doit réduire drastiquement son déficit (pour viser l’équilibre en 2015) et réduire son rythme d’endettement. En échange, la communauté internationale finance l’intégralité de son besoin de trésorerie (premier plan de 110 milliards d’euros). L’idée est que la meilleure gestion du pays pourrait permettre à Athènes de pouvoir à terme faire face à ses obligations.
Mais cette voie apparaît comme totalement illusoire pour la plupart des économistes. En effet, la Grèce est insolvable et sera incapable de rembourser une dette qui pourrait bien atteindre 180 ou 200% du PIB dans trois ans. En effet, la radicalité des plans d’austérité a plongé l’économie dans une violente récession, qui, en réduisant la richesse nationale, alourdit encore le poids de la dette. Pire, les Etats, le FMI et la BCE se substituent aux investisseurs privés, assurant le risque de défaut.
Austérité et restructuration
C’est pour cela que de nombreux économistes appellent à une restructuration de la dette grecque qui semble aujourd’hui inévitable. Le très sérieux The Economist recommande cette semaine une réduction de 50%, qui correspond à l’évaluation actuelle des marchés. Les banques européennes pourraient absorber une telle somme. Il faudrait en revanche recapitaliser les banques grecques, dont l’exposition est trop forte pour une telle restructuration.
Cela laisserait la Grèce avec une dette d’un peu moins de 80% du PIB, une réduction automatique de son déficit de 3,5 à 4 points de PIB (économie d’intérêt) et diminuerait nettement son besoin de financement pour les années à venir (le déficit 2011 étant divisé par deux par exemple). Un tel scénario permettrait de grandement limiter le coût du plan à venir. On peut estimer que le besoin serait au minimum divisé par deux (moins de 50 milliards au lieu de 100).
La question de la compétitivité
Il est bien évident qu’une telle solution permettrait de grandement réduire la pression sur le gouvernement grec et donnerait sans doute une bouffée d’air dans cette crise sans fin de l’euro en réduisant fortement la pression sur Athènes. Cependant, tout ne serait pas réglé. Le pays ne serait pas pour autant tiré d’affaire car il présente un énorme déficit de sa balance commerciale et de ses paiements : il manque tous les ans 5 à 10% du PIB pour équilibrer ses comptes extérieurs.
Paradoxalement, la restructuration de la dette freinerait le rééquilibrage de la balance des comptes courants car la Grèce se retrouverait dans trois ans avec un budget à l’équilibre mais des comptes courants dans le rouge, nécessitant toujours une l’injection d’argent de l’étranger… En effet, le pays souffre cruellement d’un manque de compétitivité qui plombe ses exportations. Bref, la situation resterait instable à moyen terme, à moins d’un transfert permanent de 5 à 10% du PIB…
Du coup, la seule solution, évoquée par Patrick Artus dans une de ses notes, serait une dévaluation interne, une baisse des salaires pour retrouver de la compétitivité. Cela a déjà été entamé, mais l’économiste en chef de Natixis évoquait le chiffre de 35% ! Une telle évolution serait un cataclysme économique qui provoquerait des années de récession économique qui remettraient en cause le remboursement de la dette, même après un ajustement de 50%.
A moins d’accepter des transferts colossaux pour combler le déficit de la balance des paiements, les deux options qui se présentent pour la Grèce, en complément d’une restructuration de la dette, sont une baisse d’un tiers des salaires ou une sortie de l’euro. La deuxième n’est-elle pas plus humaine ?
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31.05.2011
L’euro, facteur de régression sociale
Bien sûr, beaucoup de Français pensent encore que si l’euro n’a pas forcément été une bonne chose, contrairement à ce qui nous a été promis, il reste préférable à un retour aux monnaies nationales. Voilà pourquoi il est impératif de mettre fin à cette hasardeuse expérimentation.
Avec l’euro, le chômage et le pouvoir d’achat sont les variables d’ajustement
« Avec l’euro fou (plus encore que fort), l’Europe réussit le tour de force d’utiliser sa propre puissance économique pour se torturer » : c’est ainsi qu’Emmanuel Todd parlait de la monnaie unique dans « Après la démocratie » en 2008. Encore une fois, ses propos auront été prophétiques. En effet, à l’époque, cette critique concernait principalement la surévaluation de la monnaie unique, qui a provoqué un grand mouvement de délocalisations dans nos pays.
Mais aujourd’hui, c’est un mécanisme plus complexe, plus sournois et plus durable qui se met en place. Cette monnaie unique utilisée par des pays trop différents nous a fait diverger au lieu de nous faire converger. Elle a accentué les déséquilibres, en permettant la hausse des déficits de l’Europe latine et les excédents de l’Allemagne et des Pays Bas. Auparavant, la solution aurait été simple : des réajustements de parité monétaire pouvaient rééquilibrer le tout.
Mais avec l’euro, l’ajustement se produit sur la demande intérieure : les pays en déficit sont contraints de réduire leurs salaires et les dépenses publiques pour équilibrer leurs comptes et réduire leurs importations. Il n’est plus possible de dévaluer sa monnaie pour gagner des parts de marché et exporter davantage du fait d’une amélioration de la compétitivité prix. Du coup, comme le dit The Economist, l’absence de possibilité de dévaluer fait des salaires la variable d’ajustement.
L’euro : une machine infernale
Bien sûr, une dévaluation n’a pas que des avantages. Mais toute la science économique montre que, bien maîtrisée, elle permet en général de redynamiser une économie. Au sein de la monnaie unique, ce n’est plus possible et le seul moyen d’améliorer sa balance commerciale est de comprimer les salaires (ce qui contient les importations et favorise les exportations), comme l’a bien compris l’Allemagne dès les années 1990 et qui a été le premier pays à mener une telle politique.
Mais tout ceci se heurte à une limite : ceci ne peut pas marcher si tous les pays font la même politique car cela reviendrait à casser la croissance. En outre, cela donne une prime au moins-disant salarial et social, entrainant une course sans fin à la régression sociale. Ceci démontre a posteriori toute l’intelligence de la charte de la Havane et de Keynes, pour lesquels l’équilibre des balances commerciales était important et les pays en excédent comme en déficit devaient être sanctionnés.
Le modèle de croissance par l’excédent commercial est dangereux car il introduit une concurrence sans fin où il y a des perdants et où le moins-disant part avec un avantage. Le maintien de monnaies nationales permettait de réduire cette pression puisque les pays qui laissaient progresser les salaires plus que leurs voisins pouvaient ensuite dévaluer pour regagner en compétitivité. Les monnaies nationales permettaient le progrès quand la monnaie unique entraine la régression.
Une solidarité financière n’y ferait rien car, outre le fait d’être politiquement impossible, financer les déficits revient à traiter les conséquences du problème et non ses causes. La seule solution pour casser le cercle vicieux de la régression sociale est de revenir aux monnaies nationales.
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28.04.2011
« Pourquoi la France a tort d’être morose »
Il y a une semaine, le parfois francophobe The Economist a publié un long papier sur le malaise de notre pays. Mais à ma grande surprise, ils affichent un « pourquoi la France a tort d’être morose », dressant un portrait, certes contrasté, mais assez positif de l’hexagone.
Le malaise Français
L’hebdomadaire anglais souligne avec justesse que notre pays souffre d’un vrai malaise que l’on retrouve dans toutes les enquêtes d’opinion mondiales, qui dessinent un pays plus pessimiste que tous les autres : moins de 20% des Français pensent que 2011 sera une meilleure année que 2010, un score plus bas que celui du Japon après deux décennies de stagnation, de l’Islande, après un krach spectaculaire, ou que la Grande-Bretagne, en proie à une austérité sauvage.
Le magazine libéral empile les raisons d’une telle morosité : une croissance faiblarde, un chômage élevé, des déficits importants, un modèle social en question, une opposition à la réforme qui s’est exprimée cet automne sur les retraites. Il souligne également le poids de nos charges sociales, qui pénalise l’emploi en le rendant plus cher qu’en Allemagne, la petite taille de nos entreprises en dehors des grandes multinationales et le poids de l’Etat, sa critique traditionnelle.
Les atouts de la France
Cependant, The Economist souligne également que notre pays a de puissants atouts. Il souligne que notre démographie devrait faire de notre pays le premier par la population en Europe dès 2037, ce qui relativise notre morosité puisque nous continuons à faire des bébés. Ensuite, il souligne que nous profitons d’un bon système de santé et d’une alimentation plus saine que les autres qui fait que nous vivons plus longtemps et en meilleure santé (les Français sont les plus minces d’Europe).
Mieux, l’hebdomadaire souligne nos forces économiques, soulignant que les réformes successives ont permis à notre pays de favoriser l’entreprenariat : il faut sept jours pour créer une entreprise contre quarante et un en 2004, moins qu’au Royaume Uni ou en Allemagne. The Economist souligne également la force de nos multinationales dont de nombreuses dominent leur secteur (seuls les Etats-Unis en ont plus que nous) mais aussi nos nombreux entrepreneurs sur Internet.
En effet, la France peut compter sur de nombreux leaders continentaux, comme Priceminister, Meetic, Vente privée, Pixmania ou Free qui sont partis de rien et sont aujourd’hui des groupes qui se développent dans l’Europe entière. Bref, le magazine britannique vante notre esprit d’innovation et souligne que les entreprises qui font rêver les jeunes Français sont davantage Apple, Google et Microsoft que l’administration, malgré notre hostilité relative au capitalisme.
Croire en la France
La France a beaucoup apporté au monde, et elle apportera encore beaucoup, même dans un monde où de nouvelles puissances émergent. Notre démographie va faire de nous le pilier de l’Europe et, à plus long terme, devrait même nous permettre de dépasser le Japon. Plus encore, dans un monde où les excès du modèle économique anglo-saxon sont tous les jours plus criants, nous pourrions bien jouer un rôle majeur dans la réorganisation majeure à venir.
En effet, aujourd’hui, c’est la lecture néolibérale et anglo-saxonne qui a paradoxalement gagné, mais les déséquilibres majeurs du système vont nous mener à une nouvelle crise. Et là, l’Europe continentale, avec la France et l’Allemagne à sa tête pourront alors chercher à construire un nouveau système plus stable et plus juste avec les émergents non anglo-saxons (Chine, Brésil, Russie). Et nos atouts sont considérables, tant économiquement que culturellement.
Comme souvent dans notre passé nous traversons une phase difficile. Mais un grand pays ne meurt pas. Il hiberne en vue de jours meilleurs. Et comme dans le passé, nous aurons à nouveau l’occasion de nous redresser, pour le bienfait de tous les Français, mais aussi du monde.
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24.04.2011
Le capitaliste n’est pas forcément écologiste
Il y a quelques jours, Georges Kaplan, un collègue de Causeur a fait un papier « le capitaliste est écologiste par nature », qui affirme que l’économie de marché peut parfaitement se révéler écologiste. Mais, Georges oublie que le capitalisme a des angles morts que seul l’Etat peut corriger.
Une démonstration trop habile pour être 100% honnête
Georges a un point quand il souligne que le système capitaliste peut être écologiste par nature. En effet, la maximisation des profits suppose l’économie des moyens. De même, jusqu’en 1989, les pays capitalistes se sont révélés plus efficaces que les pays communistes dans l’utilisation des ressources naturelles. Oui, le marché peut aussi se révéler habile pour recycler des sous-produits et c’est lui qui a permis une baisse substantielle de la consommation des véhicules aux Etats-Unis.
Même si Georges souligne heureusement à la fin de son papier que nous ne vivons pas dans un monde parfaitement respectueux de l’environnement, vouloir ne rechercher des solutions que par le marché est un peu naïf. Le marché seul ne parvient pas complètement à régler le problème de surexploitation des ressources, même par le mécanisme d’offre et de demande, comme peut le montrer notamment le cas du réchauffement climatique et des gaz à effet de serre.
Quand The Economist réhabilite l’Etat
Et je vais m’appuyer justement sur les analyses du très libéral hebdomadaire The Economist, qui adopte des positions très intéressantes en matière d’écologie. Contrairement à quelques écologistes un peu extrêmes, ils reconnaissent la contestation du réchauffement climatique par le CO² par exemple. Mais ils affirment néanmoins que la majorité des scientifiques soutiennent cette thèse et que si les scénarios extrêmes se réalisaient, alors ce serait un désastre pour l’humanité.
S’ils reconnaissent volontiers que dans vingt ans, il n’est pas impossible qu’on se rende compte que ces thèses sont fausses, ils affirment que ce sont les thèses les plus probables et qu’étant données les conséquences possibles du réchauffement climatique, il est urgent d’agir maintenant car il pourrait être trop tard dans vingt ans, point que je partage. Et là, pour le coup, les seuls mécanismes du marché sont totalement insuffisants pour régler le problème.
Marché du carbone ou taxe carbone ?
Aujourd’hui, le marché seul ne va pas produire une réduction de la production de CO², bien au contraire. L’Etat doit intervenir, comme il l’avait fait pour protéger l’ozone. Plusieurs solutions existent : les quotas, la taxe carbone ou un marché du carbone. A l’origine, The Economist était favorable à un système de quotas et de marché de droit carbone. Ce mécanisme permettait théoriquement d’utiliser le marché pour répartir au mieux les efforts de réduction d’émission de CO².
C’est ce système qui a été testé en Europe. Mais il a révélé beaucoup de carences : si la quantité de quotas n’est pas parfaitement ajustée, alors, les prix peuvent être trop bas pour pousser la consommation à la baisse. En outre, la trop grande variabilité des prix du carbone fait peser une incertitude pour les industriels sur la rentabilité des investissements qu’ils pourraient mener, ce qui constitue un frein très important pour investir dans la réduction des émissions…
C’est pourquoi The Economist est aujourd’hui partisan d’une taxe carbone qui serait progressivement augmentée dans le temps, en étant annoncée largement à l’avance, ce qui garantirait aux entreprises l’intérêt de leur investissement et pousserait à une conversion rapide de notre économie à une plus grande frugalité en matière d’émissions de CO². En outre, cette fiscalité écologique serait le moyen pour les Etats de réorganiser l’ensemble de leur fiscalité.
Non Georges, le marché tout seul n’est pas forcément écologiste. Quand l’écologie sert le profit, il l’est. Mais si le profit se fait au détriment de l’environnement, il n’en a rien à faire. C’est pourquoi l’Etat doit agir pour remettre le marché dans le droit chemin et l’utiliser pour préserver l’environnement.
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05.04.2011
Inégalités : quand The Economist balance entre marxisme et mafia
Cela aurait pu être un poisson d’avril, mais non, puisqu’il s’agissait de l’édition du 26 mars. Dans sa rubrique finance, l’hebdomadaire anglais n’hésite pas à convoquer Karl Marx et le Parrain pour chercher à expliquer le déclin du pouvoir d’achat des ménages !
La lutte des classes, version anglo-saxonne
Il faut reconnaître à The Economist une capacité à reconnaître les failles du modèle économique actuel. A l’automne 2008, quand les gouvernements étaient venus à l’aide des banques, il n’avait pas hésité à dénoncer « la collectivisation des pertes et la privatisation des profits », dans un discours qui fleurait bon Georges Marchais. Mieux, il revient fréquemment sur la forte croissance des inégalités, l’explosion des hauts revenus et la stagnation, au mieux, des bas revenus.
The Economist était aussi revenu sur une étude de l’OCDE qui démontrait le lien entre inégalités et faiblesse de la mobilité sociale. La privatisation de l’éducation supérieure joue un rôle majeur dans cette casse de l’ascenseur social, comme l’a montré Paul Krugman. En effet, le coût exorbitant des études créé un plafond de verre particulièrement solide : les enfants issus de famille riche ont beaucoup plus de chances que les enfants de famille pauvre d’y accéder, quelque soit leur niveau.
Le rôle de la crise
Il est piquant de lire sous la plume de l’hebdomadaire anglais des propos que n’osent même pas tenir le parti « socialiste ». Il souligne qu’entre 1973 et 2007, la productivité a cru de 83% alors que le salaire médian des hommes n’a progressé que de 5%. En clair, les gains sont confisqués par les entreprises ! Et depuis la sortie de la crise, les chiffres sont spectaculaires : les revenus réels ont progressé de 168 milliards de dollars contre une progression de 528 milliards pour les profits !
En Allemagne, les premiers ont progressé de 36 milliards d’euros, contre 113 milliards pour les seconds. En Grande-Bretagne, les revenus ont carrément baissé de 2 milliards de livres quand les profits ont progressé de 14 milliards. Pire, l’hebdomadaire n’hésite pas à souligner que ces chiffres surestiment la situation des salariés puisque les très hauts revenus sont fortement repartis à la hausse, contrairement aux bas revenus, distinguant le revenu médian (qui stagne, ou baisse) du revenu moyen.
Bref, à la lecture de ce constat, on s’attend presque à ce que The Economist appelle à la révolution. Las, il se contente de souligner une faiblesse du raisonnement de Marx (qui anticipait une baisse des profits) pour se tourner vers une autre explication. S’il pointe bien négligemment le rôle des politiques trop laxistes des banques centrales (sans détailler en quoi cela pourrait bien tout expliquer), il conclut en comparant assez justement le système financier au Parrain de la mafia.
The Economist fait souvent de bons constats, notamment sur la loi du plus fort. Mais sa croyance théologique dans le « laissez-faire » et le « laissez-passer » lui empêche d’envisager toute remise en cause de la libéralisation comme solution aux problèmes qu’elle a pourtant créés.
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03.04.2011
Nicolas Sarkozy nous lègue une bulle immobilière
Lors de sa campagne présidentielle, le candidat UMP souhaitait développer le nombre de propriétaires. C’est ainsi qu’il avait fait de la déduction des intérêts d’emprunt une des mesures phares de sa campagne et de son mandat. Résultat : une bulle qui finira par exploser.
Une bulle spéculative dangereuse
Il y a quatre mois, j’avais fait un papier sur « le krach immobilier à venir en France ». Malheureusement, la situation ne cesse de se détériorer. En 1998, le prix moyen du mètre carré à Paris était à peine de 2476 euros (contre 3845 en 1991). Au 4ème trimestre 2010, il a bondi à 7942 euros (contre 7346 au 3ème trimestre), soit une hausse de plus de 200% en treize ans. Sur l’ensemble de l’année dernière, les prix ont progressé de la bagatelle de 18,5% !!!
Aujourd’hui, tous les indicateurs sont au rouge. Il est évident que le marché parisien, même s’il parvient encore à progresser un peu pendant quelque temps, est trop cher. La courbe de Friggit, qui compare le coût de l’immobilier aux revenus indique un décalage de plus de 70% par rapport à la tendance longue. Même si le niveau assez bas des taux d’intérêt réduit sans doute le décalage, The Economist estime que le marché Français est surévalué de 50%.
Les chiffres de l’hebdomadaire anglais sont d’autant plus inquiétants qu’il avait annoncé avant les autres la bulle des marchés immobiliers étasuniens et britanniques. Et le premier a baissé de près d’un tiers depuis son pic, niveau qui correspond également à la surévaluation actuelle, ainsi qu’à la baisse de 35% enregistrée de 1991 à 1998. Bref, il n’y a plus qu’à attendre une hausse des taux longs pour avoir un vrai krach immobilier dans quelques années.
Une succession d’erreurs politiques
La responsabilité des politiques est ici lourdement engagée comme le montre l’impact de la fin des dispositifs fiscaux fin 2010 sur les prix. En effet, les aides aux achats immobiliers sont totalement illusoires. En augmentant la demande immobilière, elles font progresser les prix, annihilant tout ou bonne partie des avantages fiscaux donnés par l’Etat. Bref, l’Etat renonce à des recettes fiscales inutilement puisque les économies d’impôts passent dans un prix plus élevé.
Bref, au lieu de donner des subventions qui alimentent la bulle, l’Etat ferait mieux de retirer tous ces dispositifs qui distordent le marché immobilier et nourrissent la hausse des prix. Mieux, comme le fait la Chine, quand les prix montent trop et s’éloignent des fondamentaux, il devrait au contraire restreindre le crédit immobilier (en imposant par exemple un apport plus important) de manière à limiter la formation de ces bulles immobilières que nous connaissons trop bien.
Nicolas Sarkozy a hérité d’une bulle immobilière significative. Les mauvaises politiques qu’il a mises en place l’ont encore accentuée. Il est à craindre que son explosion soit brutale quand elle aura lieu.
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08.03.2011
Banques centrales : indépendantes, donc irresponsables
Il est entendu que Jean-Claude Trichet et Ben Bernanke font partie des principaux dirigeants de la planète. Pourtant, il y a un hic. S’ils sont désignés par les politiques, après leur nomination, ils sont indépendants et peuvent donc faire ce qu’ils veulent, et engager les citoyens sans répondre à quiconque.
Du bilan des banques centrales…
The Economist du 19 février consacrait un dossier passionnant aux banques centrales. L’hebdomadaire anglais souligne à quel point leur rôle a été crucial dans le règlement des crises qui secouent la planète depuis deux ans et demi. Outre le fait d’avoir considérablement abaissé le coût de l’argent à court terme (1% ou moins aux Etats-Unis, en Europe et en Grande-Bretagne), les banquiers centraux ont également agi de manière spectaculaire sur les marchés par des rachats d’actifs.
C’est ainsi que le bilan de la Fed, inférieur à 1 000 milliards de dollars à la veille de la crise de l’automne 2008, dépasse aujourd’hui 2 500 milliards. On retrouve dans son bilan aussi bien des bons du Trésor (ce qui a permis de maintenir les taux longs à un niveau raisonnable malgré des déficits colossaux) que des obligations pourries rachetées aux banques privées, dont il est bien difficile de savoir si elles n’occasionneront pas des dépréciations…
De son côté, la Banque d’Angleterre a doublé son bilan, à 390 milliards de dollars. La BCE a été moins extravagante en faisant gonfler son bilan de quelques centaines de milliards d’euros. Cependant, en rachetant des titres de dettes Grecques et en finançant très largement les banques Irlandaises, la Banque Centrale Européenne prend de gros risques financiers que devront in fine assumer l’ensemble des Etats et des peuples si jamais ses paris se révélaient perdants.
Un problème de responsabilité
Se pose alors un gros problème de responsabilité. Un gouvernement est responsable du budget qu’il fait voter par le Parlement, puis qui est contrôlé par la Cour des Comptes. Bref, la démocratie assure une responsabilité des décisionnaires. Par exemple, des maires sont punis par leurs administrés pour avoir mal gérés les finances de leur ville. En revanche, les banquiers centraux sont nommés par les politiques, mais, une fois nommés, ils sont totalement indépendants.
Ils peuvent donc prendre des engagements au nom de la collectivité sans le moindre contrôle démocratique. Pire, il peut y avoir des conflits d’intérêt majeur dans leurs décisions. En effet, la défense inconditionnelle de l’euro par la BCE est-elle une défense des intérêts de l’Europe ou de son existence ? Cela est d’autant plus choquant que, pour ce faire, la BCE engage des centaines de milliards en achat de créances de banques ou d’Etat et qu’elle viole les traités qui ont pourtant été signés par les Etats.
Aujourd’hui, la politique monétaire est totalement indépendante du processus démocratique aux Etats-Unis ou dans la zone euro. Les Français peuvent bien voter pour qui ils veulent, mais à partir du moment où nous restons dans l’euro, nous n’avons aucune prise sur la politique monétaire. C’est d’ailleurs une des grandes contradictions de Jean-Luc Mélenchon : à défendre l’euro, il s’impose un cadre monétariste totalement contraire aux objectifs politiques qu’il dit vouloir suivre…
L’indépendance des banques centrales fait partie des présupposés de la pensée unique qui domine au Parti Socialiste comme à l’UMP. Pourtant, cette indépendance pose d’énormes problèmes de responsabilités qui deviennent beaucoup plus clairs aujourd’hui.
Demain, « Les banques centrales, une affaire d’Etat »
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : banques centrales, bce, fed, jean-claude trichet, the economist, ben bernanke



