26.09.2011
Démonter les éléments de langage des euro béats
La crise actuelle de la zone euro est l’occasion d’une guerre sémantique féroce entre les euro béats et les alter européens (notez le choix des qualificatifs, plus flatteur qu’un duel entre européens et eurosceptiques). Petit dictionnaire des expressions à relativiser.
« L’euro nous a protégé » : tous les partisans de la monnaie unique affirment qu’elle nous aurait protégé dans la crise. Il faut dire qu’en cas de difficulté, on se dit instinctivement qu’il vaut mieux être plusieurs que seul. Pourtant, la réalité démonte ce mythe. D’abord, la crise a été aussi forte dans la zone euro qu’aux Etats-Unis alors qu’elle venait d’outre-Atlantique. Si nous avions été protégés, la récession aurait été moins forte. En outre, les pays hors de la zone euro s’en sont plutôt mieux tirés.
« L’euro fort » : l’adjectif « fort » est habile car il donne une connotation positive à la cherté de l’euro, qui n’est que le prolongement de la politique de franc fort menée par Jean-Claude Trichet il y a vingt ans. Pourtant, une monnaie chère est une calamité pour nos exportateurs qui se font tailler des croupières par les pays à monnaie bon marché. Systématiquement remplacer par « euro cher ».
« Ce n’est pas une crise de l’euro ou de la zone euro, mais une crise de la dette » : c’est ce que nous affirme sans rire le commandant en chef des euro béats, Jean-Claude Trichet : ce serait une crise des Etats qui auraient trop dépensé. Passons sur le fait que les attaques contre l’Espagne paraissent alors bien paradoxales étant donné que Madrid a une dette nettement plus basse que celle de l’Allemagne ou de la zone euro dans son ensemble. Mais surtout, la crise actuelle frappe surtout les Etats de la zone euro et absolument pas les pays qui ont l’intelligence de ne pas la rejoindre. Ceci est donc bien une crise de l’euro et de la zone euro, totalement ingérable.
« Il faut aider la Grèce » les différents plans négociés au printemps 2010 et cet été sont justifiés par la notion très noble d’aide et de « solidarité » entre les pays européens. C’est assez habile car cela donne une dimension positive à ces plans dont le coût astronomique est de moins en moins accepté par les populations puisque deux tiers des Français et des Allemands s’y opposent désormais. Pourtant, ces plans d’aide ne sont en aucun cas des plans d’aide aux pays, mais bien aux créanciers de ces pays, qui subiraient un terrible défaut si la zone euro n’ouvrait pas son portefeuille. D’ailleurs, petit à petit, cette idée commence à passer dans les médias. En outre, les manifestations dans les rues d’Athènes, les baisses de 30% des salaires des fonctionnaires et les différents aspects des plans d’austérité mettent du plomb dans l’aile d’une telle interprétation. Parler de « plan d’aide aux créanciers ».
« L’égoïsme de l’Allemagne » : c’est un moyen habile de présenter l’opposition aux plans d’aide aux créanciers de la Grèce. Les euro béats dénoncent l’égoïsme de toute personne qui critique ces plans de soutien. Mais outre le fait que cette aide est en réalité destinée aux créanciers privés, l’égoïsme a bon dos. L’Allemagne a pourtant fourni une garantie de plus de 200 milliards d’euros pour le FESF, l’équivalent de 8% de son PIB ! Pire, tout le monde sait que ces dettes ne seront pas remboursées…
« Les euro obligations règleraient tous nos problèmes » : malgré une situation complexe et délicate, les euro béats répètent à satiété que les euro obligations permettraient de régler tous nos problèmes. Pourtant, ce dispositif présente deux carences rédhibitoires. Tout d’abord, il est totalement irréaliste de croire que les Allemands les accepteront, comme le montre le jugement de la Cour de Karlsruhe. Et surtout, le mécanisme imaginé par l’institut Bruegel ne fonctionnerait pas.
« La sortie de l’euro provoquerait une catastrophe économique » : c’est la dernière ligne de défense des euro béats. Annoncer l’apocalypse en cas de sortie de la monnaie unique. La banque UBS vient d’annoncer que le PIB de la Grèce baisserait de 50% et que le coût annuel serait de 15% par an. Ceci est totalement absurde. Le cas de l’Argentine, très comparable, démontre que, si la sortie ne serait pas une partie de plaisir, elle permettrait sans aucun doute un fort rebond de l’activité économique. En outre, la catastrophe, c’est plutôt le maintien de l’euro, et la baisse de 15% du PIB grec en 4 ans.
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25.09.2011
The Economist soutient l’euro
Alors que les euro-béats continuent à agiter le spectre d’un complot anglo-saxon contre la monnaie unique européenne, au mépris du soutien maintes fois répété de Barack Obama, The Economist, l’hebdomadaire de référence des élites anglo-saxonnes propose son plan pour sauver l’euro.
Un soutien continu mais surprenant
Le journal britannique a un rapport compliqué avec l’euro. D’un côté, il n’aime pas vraiment la bureaucratie bruxelloise et ses aspects antidémocratiques. Mais de l’autre, il reconnaît que cette Europe a puissamment soutenu la libéralisation des marchés, du commerce, de la circulation des biens, des personnes et des capitaux. Et à la base, le journal n’était guère partisan de cette construction un peu bancale, la zone euro n’étant pas une Zone Monétaire Optimale.
Du coup, The Economist est tiraillé entre la volonté de préserver une construction européenne dont il reconnaît qu’elle va dans son sens, économiquement parlant et les problèmes démocratiques qu’elle pose. Le journal n’est naturellement pas partisan d’un budget fédéral qui serait contrôlé par Bruxelles. Il refuse les euro obligations, trop compliquées à mettre en place et refusées par l’Allemagne. Mais il veut sauver l’euro pour éviter l’effondrement du système financier.
Du coup, la solution envisagée par The Economist est assez simple : que la BCE décide d’annoncer qu’elle achètera de manière inconditionnelle et illimitée les obligations des pays en difficulté mais toujours solvables et véritablement restructurer la dette grecque, qui ne sera pas remboursée en l’état. Ceci imposerait une recapitalisation des banques, comme le propose le FMI depuis quelques semaines. L’intervention illimitée de la BCE devrait mettre fin à la spéculation et stabiliser la situation.
Un plan bancal pour sauver une construction bancale
The Economist dit beaucoup de choses sensées dans son analyse. Dès le début des difficultés de la Grèce, comme NDA ou votre serviteur, le journal a souligné qu’une vraie restructuration de la dette grecque serait nécessaire. Et preuve en est que la petite restructuration du 21 juillet semble déjà caduque aujourd’hui. L’hebdomadaire britannique critique également les euro obligations ainsi que l’aspect particulièrement antidémocratique de la construction européenne.
Mais si la monétisation est une bonne solution, facile à mettre en place dans le cadre national, on peut questionner sa pertinence dans le cadre européen. En effet, tout d’abord, il est extrêmement improbable que l’Allemagne accepte une telle pratique, comme l’illustrent les démissions de dirigeants allemands de la BCE et la décision de la Cour de Karlsruhe. Ensuite, cela pose le problème des conséquences : cela ne risque-t-il pas de pousser à un certain laxisme ?
C’est pourquoi l’hebdomadaire évoque alors la possibilité qu’un commissaire puisse censurer les dépenses excessives d’un Etat ou que la Cour de Justice joue ce rôle. Mais cela imposerait des révisions compliquées des traités et cela pose d’immenses questions sur le fonctionnement de nos démocraties, qui se retrouveraient contraintes de céder leur souveraineté budgétaire à des technocrates irresponsables et apatrides dont on peut très fortement contester le jugement…
En fait, si The Economist veut sauver l’euro, c’est pour le marché commun et la libéralisation des échanges de biens, personnes et capitaux. Si Paris vaut bien une messe, le libéralisme semble bien valoir une tutelle technocratique sur les budgets, surtout vu de Londres, qui n’y serait pas soumise.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : the economist, euro, zone monétaire optimale, nda, cour de karlsruhe, cour de justice
24.09.2011
La Grèce persiste dans l’horreur économique
Alors qu’a circulé la rumeur d’un référendum en Grèce sur la sortie de l’euro, Athènes semble pour l’instant jouer la carte du maintien dans la monnaie unique. Le gouvernement vient d’annoncer un énième plan d’austérité. Jusqu’où va-t-on saigner le peuple grec ?
Athènes va dans le mur, en accélérant
On entend tout et son contraire sur ce que fait la Grèce. Certains éditorialistes affirment que le pays ne fait rien et implicitement qu’il faudrait couper le robinet financier et prennent pour preuve de l’inconséquence d’Athènes la persistance d’un fort déficit. D’autres s’indignent du traitement infligé au peuple grec et soulignent que c’est l’effondrement économique du pays (le PIB aura baissé d’environ 12% en trois ans) qui explique la persistance de ces déficits.
Dans la réalité, la Grèce n’a pas fait tout ce qui lui est demandé puisque le programme de privatisation n’a pas vraiment avancé. En même temps, les conditions ne sont pas vraiment réunies sur les marchés financiers. Mais en revanche, Athènes a avancé sur beaucoup de sujets très douloureux en baissant jusqu’à 30% le traitement des fonctionnaires (qui ont perdu leur 13ème et 14ème mois), en augmentant lourdement les impôts et notamment la TVA.
Mais cette cure d’austérité provoque un tel effondrement de l’économie que les économies sont presque intégralement compensées par la contraction des recettes d’une économie profondément anémiée. Après presque trois années de récession, et alors qu’on en prévoit déjà une quatrième en 2012, on pourrait penser que le gouvernement a compris et que l’austérité est en train de tuer l’économie grecque et qu’il faut penser à une autre solution, comme la sortie de l’euro.
Jusqu’au bout de l’absurde
Le menu de cette énième potion amère n’est pas anodin. Toutes les retraites au-delà de 1200 euros par mois subiront une baisse de 20% de la tranche au-delà de cette somme. 30 000 salariés du secteur public vont être mis au chômage technique dans le cadre de la restructuration de la fonction publique et beaucoup devraient finir par perdre leur emploi. Le seuil d’imposition, qui avait été baissé de douze à huit mille euros, va tomber à cinq mille euros.
Dimanche dernier, le ministre des finances a fait circulé dans tous les ministères une liste de quinze mesures à mettre en place pour satisfaire les demandes de la fameuse troïka. Cette liste comporte des mesures déjà prises et d’autres en cours de validation : des coupes généralisées dans les services publics, une réduction des subventions ou des remboursements des médicaments, une grande marche en arrière de l’ensemble du service public en Grèce.
Bref, alors que le pays traverse sa plus grave crise économique depuis des décennies, les coupes sombres affaiblissent l’Etat et le service de protection sociale, une purge économique qui asphyxie l’économie et ne lui permettra pas de se redresser. D’ailleurs, alors que la toïka persistait à prévoir de la croissance en 2012 (sans expliquer comment elle pourrait advenir si ce n’est pas magie), l’année prochaine devrait marquer la 4ème de récession du pays, comme l’Argentine en 2001.
Ce que la Grèce accepte de faire en suivant les injonctions de la troïka technocratique est un véritable scandale économique par-delà l’humiliation politique. Cette saignée sans fin et inefficace ne marche pas et fait souffrir le peuple grec pour rien. Mais cela n’aura qu’un temps.
10:56 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : grèce, athènes, troïka, austérité, argentine
17.09.2011
Sommet européen : US go home !
C’est un véritable scandale : le gouvernement polonais a invité Tim Geithner, le secrétaire d’Etat au Trésor étasunien lors de la réunion des ministres des finances européens. Celui-ci s’est permis de critiquer les Etats de l’UE sans s’attirer la moindre réplique des gouvernements…
Une présence scandaleuse
Mais quelle mouche a pu piquer la Pologne pour inviter un membre du gouvernement de Barack Obama lors de ce sommet européen ? On se demande bien ce que sa présence peut apporter étant donnée l’arrogance coutumière des Etats-Unis dans les cénacles internationaux. Pire, comment les gouvernements européens ont pu accepter une telle invitation, sachant que l’on imagine bien qu’ils étaient au courant de l’invitation et qu’ils ne s’y sont pas opposés ?
Bien évidemment, Tim Geithner ne s’est pas privé pour critiquer les pays européens, se prenant pour le chef de classe ou le maître venu de l’étranger. Cela est pour le moins paradoxal étant donné que ce sont les Etats-Unis qui sont les responsables de la plus grave crise économique depuis 80 ans en ayant laissé faire n’importe quoi sur leurs marchés financiers et immobiliers. Et en matière de dette et de déficit, leur performance n’est pas particulièrement brillante.
A quand une Europe européenne ?
Mais le pire est qu’aucun gouvernement européen ne semble avoir réagi à cette outrance étasunienne. Pas un communiqué, pas une déclaration de l’ectoplasme à voix grave qu’est François Baroin. Il est proprement hallucinant que des Etats adultes acceptent sans broncher cette humiliation et ce piétinement inacceptable de leur souveraineté. Le fait que cela ait eu lieu dans un cénacle européen est sans doute logique tant la souveraineté et l’honneur nationales y sont déjà piétinées.
D’ailleurs, cela démontre encore une fois l’ambiguïté de cette construction européenne qui n’est pas claire dans sa relation avec les Etats-Unis. Déjà, il est parfaitement anormal que les traités européens renvoient à l’OTAN, mais ce nouvel épisode démontre une nouvelle fois la pertinence du Général de Gaulle qui affirmait souvent qu’il était le seul à vouloir construire une Europe européenne. Le problème est que certains fédéralistes sont plus atlantistes qu’européens.
Si les interventions de la BCE et de la Fed ont permis de stabiliser les marchés financiers, toute cette situation démontre surtout que la monnaie unique est une construction baroque et artificielle qui ne peut pas tenir. Mais ce n’est pas une raison pour accepter les leçons des Etats-Unis.
10:55 Publié dans Actualités, Europe, International | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : europe, pologne, tim geithner, barack obama, ue, bce, fed
16.09.2011
L’Europe au service de Monsanto
C’est un feuilleton les plus incroyables mais aussi l’un des plus significatifs de la construction européenne : la tentative de Monsanto d’imposer la commercialisation de ses produits à des Etats qui ne le souhaitent pas, avec l’appui des institutions européennes. Nouvel épisode.
Une méfiance légitime
Aujourd’hui, les autorités publiques en Europe suivent globalement leur population dans leur réticence à l’égard des OGM. Même s’il est vrai que les problématiques actuelles de manque de nourriture pour la planète imposent de ne pas se fermer à un progrès scientifique qui a permis au monde de considérablement augmenter sa production agricole, la prudence des gouvernements européens est parfaitement compréhensible sur ce sujet.
En effet, les Organismes Génétiquement Modifiés posent un double problème. Le premier est leur innocuité. Leurs partisans ont tendance à inverser la demande de la preuve en soulignant que leur dangerosité n’a pas été prouvée. Cependant, pour ce qui est de la sûreté alimentaire, il n’est pas difficile de comprendre que c’est bien la preuve de l’innocuité qui doit être apportée, naturellement après une assez longue période pour éviter d’affronter de fâcheuses conséquences à l’avenir.
Les Organismes Génétiquement Modifiées ne sont pas comme les croisements d’espèces existantes, sûres, mais des produits nouveaux qui exigent une certification beaucoup plus prudente, d’autant plus que les phénomènes de pollinisation ont tendance à faire proliférer ces nouvelles espèces avec des conséquences que nous maîtrisons mal. En outre, il ne faut pas oublier que ces OGM sont en général des vaches à lait financières pour les groupes qui les produisent.
Une Europe profondément antidémocratique
En effet, Monsanto a vu son chiffre d’affaire et ses bénéfices exploser avec le lancement de ces produits. En ne permettant pas aux agriculteurs d’utiliser une partie de la récolte pour planter l’année suivante, il s’agit d’un immense jackpot financier. Du coup, il est bien évident que la perspective de profits colossaux amène à porter un regard très critique sur les promesses du groupe étasunien… Leur parole ne peut pas être prise pour argent comptant, tant leur semence en rapporte, de l’argent.
Dans ce contexte, il est assez incroyable que les institutions européennes fassent autant d’effort pour essayer d’imposer la commercialisation des semences Monsanto aux pays européens qui ne le souhaitent pas. Elles utilisent toutes les ficelles les moins démocratiques des traités européens pour le faire. C’est ainsi que la Commission a récemment tenté de faire passer un texte qui n’a du son rejet qu’au fait que plus des deux tiers des voix s’y sont opposées.
En clair, si seulement 65% des voix l’avaient fait, Monsanto aurait gagné. Mais cet échec n’a pas refroidi l’entreprise qui essaie désormais de passer par la Cour de Justice Européenne pour imposer la commercialisation de ses produits aux Etats réticents. Le dernier rebondissement de cette affaire pourrait par conséquent remettre en cause le moratoire français, qui a pourtant été le fruit d’une décision démocratique, soutenue par la majorité.
Ah, elle est belle cette Europe ! Comment croire les fédéralistes qui nous promettent plus de démocratie quand on constate ce que ce dédale bureaucratique et antidémocratique fait : l’Europe pourrait bien imposer par la force la commercialisation des produits Monsanto contre la volonté de 80% des Etats.
08:55 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : monsanto, ogm, commission européenne, cour de justice européenne
15.09.2011
Cette crise de l’euro qui n’en finit plus
Cette semaine, le CAC 40 a touché un nouveau plus bas depuis le printemps 2009 avant de rebondir. Les cours des banques jouent au yoyo, baissant de 10 à 15% le lundi avant de remonter dans de mêmes proportions le lendemain. La crise terminale de la zone euro est-elle pour demain ?
Une situation qui se tend dangereusement
Tout d’abord, il n’est pas inutile de préciser que cette crise est bien une crise de la zone euro et de la monnaie unique. En effet, les pays européens qui n’en font pas partie sont pour l’instant relativement protégés des tumultes financiers. La Grande-Bretagne emprunte désormais moins cher que la France alors qu’objectivement sa situation est moins bonne que l’Espagne, dont la dette et les déficits publics sont moins importants qu’ils ne le sont à Londres. Idem pour les pays nordiques.
Deux fronts dangereux sont ouverts. Tout d’abord, la Grèce, où le déficit et la dette sont hors de contrôle malgré le plan du 21 juillet. L’effondrement du PIB (-10% depuis 2010) fait plus que compenser les économies réalisées par les différents plans d’austérité. La troïka doit très prochainement décider si la dernière tranche du plan du printemps 2010 sera accordée, faute de quoi le pays serait en cessation de paiement, option désormais ouvertement évoquée à Berlin.
Pour l’instant les autorités grecques n’évoquent pas cette option mais la saignée du pays pourrait bien un jour mettre cette alternative sur la table. Le second front, peut-être le plus dangereux est italien. Si la BCE avait réussi à faire tomber les taux longs à 5% après un pic largement supérieur à 6% cet été, ils sont repartis à la hausse, à 5.6%. S’ils dépassent le cap des 7%, alors la situation serait hors de contrôle du fait de la taille de la dette Italienne (1900 milliards d’euros).
Vers la fin de l’euro
En effet, l’Allemagne peut accepter d’aider la Grèce car le coût est finalement relativement modéré par rapport aux enjeux et à l’effet domino que cela produirait. L’engagement du pays au sein du FESF représente environ 8% du PIB tout de même, mais cela peut éviter un effondrement complet du système financier. Malgré tout, on constate déjà qu’Angela Merkel a le plus grand mal à faire passer les différents plans qui sont pourtant les produits du FESF.
C’est pourquoi il est aujourd’hui quasiment certain que si l’Italie n’arrivait plus à se financer sur les marchés du fait d’une explosion des taux longs, il serait impossible de trouver des financements à la hauteur des enjeux, le coût (non négligeable) d’une explosion de l’euro devenant alors nettement moins important pour l’Allemagne que le coût de son maintien. Cela est d’autant plus clair que le récent arbitrage de la Cour de Karlsruhe interdit explicitement les euro obligations.
Bref, la bataille finale de l’euro approche. Elle pourrait avoir lieu dans quelques jours ou quelques semaines, ce qui confirmerait les prévisions de Jacques Sapir et Emmanuel Todd, pour qui la monnaie unique ne passera pas l’année. A moins que les interventions de la BCE et le retour du calme sur les marchés (du fait de cours objectivement très bas) n’aboutissent à une pause relativement durable mais qui n’en sera pas moins illusoire tant les ingrédients d’une crise terminale sont réunis.
Cette crise perpétuelle de la zone euro depuis trois ans a un mérite : elle démontre que la monnaie unique est profondément dysfonctionnelle. Et il faut sans doute en passer par là pour faire comprendre que le retour aux monnaies nationales ne pourra pas être plus terrible que ce que nous fait vivre l’euro…
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11.09.2011
La cour de Karlsruhe enterre l’euro
Mercredi, la cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe a validé le deuxième plan d’aide aux créanciers de la Grèce. Mais comme le note la Tribune, cet accord a également été l’occasion pour elle de mettre de grosses limites aux mécanismes à vocation fédéraliste.
L’engrenage fédéraliste cassé
La cour de Karlsruhe est une gardienne intransigeante des intérêts et de la souveraineté de l’Allemagne. Déjà, en 2009, à l’occasion de l’examen du traité de Lisbonne, elle a réaffirmé la supériorité du droit allemand sur le droit européen, refusant ce que notre pays a malheureusement accepté. Elle a mis un verrou protecteur qui permet à tout gouvernement de ne pas appliquer ce qui se fait à Bruxelles, même si cela n’a pas encore été véritablement utilisé.
L’Allemagne se fait également tirer les oreilles pour participer au financement des différents plans d’aide aux créanciers des pays en difficulté. Angela Merkel ne cède en général qu’au dernier moment et refuse fermement d’aller au-delà de ce pour quoi elle s’était engagée au printemps 2010 avec le FESF. Malgré les demandes répétées des institutions européennes et de nombreux pays, elle a refusé une augmentation des moyens du fond européen et le mécanisme d’euro obligations.
La cour de Karlsruhe vient d’ajouter un verrou juridique supplémentaire avec ce jugement puisqu’elle impose que chaque plan soit examiné par le Parlement avant d’être accepté. Elle s’est également prononcée contre le mécanisme d’euro obligations, un refus parfaitement compréhensible quand on étudie un peu sérieusement le mécanisme proposé par le groupe de réflexion européen Bruegel, qui revient à demander à l’Allemagne un cautionnement de 4000 milliards de dettes !
Vers la fin de la monnaie unique
Ce jugement pourrait bien a priori constituer un moment capital vers la déconstruction de ce château de carte monétaire qu’est l’euro. En effet, la cour de Karsruhe vient de refuser à l’Europe la caution allemande que les créanciers des pays en difficulté demandaient. Alors que la France, toujours partante pour prêter davantage, semblait désireuse de prendre de nouveaux engagements en plus des 159 milliards du FESF, l’Allemagne vient de siffler la fin de la fête.
En clair, il ne sera pas possible d’aider les créanciers de l’Espagne et l’Italie si la spéculation vient à reprendre sur les taux longs de ces deux pays. Certes, la situation s’est calmée depuis cet été et les taux sont stabilisés autour de 5%, mais la BCE ne va sans doute pas vouloir racheter l’intégralité de la dette de ses pays et finira par stopper ses achats. Et là, si la spéculation reprend, le château de carte finira par s’effondrer. Les fédéralistes ont perdu une bataille décisive.
Plus globalement, même s’il ne faut pas sous-estimer la volonté des socio-démocrates et des Verts, qui semblent prêts à signer ces cautions, il ne faut pas sous-estimer non plus ceux qui refusent toute dérive fédéraliste et les chèques en blanc que certains sont prêts à signer. Le patron de la Bundesbank et l’économiste en chef de la BCE ont démissionné pour de telles divergences. L’euro a toutes les chances de s’inviter aux législatives de 2013 et le débat sera corsé.
Merci encore à la cour de Karlsruhe pour ce jugement qui refuse les dérives fédéralistes irresponsables souhaitées par certains. Rendez-vous dans deux ans pour une campagne électorale allemande qui promet un débat ouvert mais sans doute très dur sur l’euro.
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09.09.2011
Grèce : le retour de l’horreur européenne
L’Assemblée Nationale a fini par voter le second plan d’aide aux créanciers de la Grèce cette semaine, sans enthousiasme, tellement tout le monde sait bien qu’Athènes ne remboursera pas l’argent qui lui est prêté. Un nouvel exemple de l’absurdité de cette Europe.
Un plan imbécile
Ce qui est incroyable, c’est que depuis 16 mois, de nombreuses personnes affirment que ces plans ne servent à rien, qu’imposer une austérité sauvage à la Grèce ne résoudra rien, qu’au contraire, cela va empirer le mal au lieu de le soigner. C’est ce que disaient de nombreux économistes, NDA, ou moi-même. Depuis, tout ce que nous disions s’est vérifié. La Grèce s’enfonce dans une dépression tellement violente qu’elle compense les économies réalisées.
La situation à Athènes ne cesse de se détériorer. Les déficits ont progressé sur la première moitié de l’année, au lieu de baisser, alors que les résultats de l’année 2010 avaient déjà été décevants. Bref, la Grèce est dans une impasse. A quoi bon imposer cette austérité sauvage si au final, elle alourdit le fardeau de la dette en faisant s’effondrer la production ?
En fait, pendant ce temps, les créanciers privés sont remboursés de leurs créances par les aides publics. Car c’est bien le point totalement scandaleux des rachats des dettes souveraines européennes. Il s’agit d’une aide gratuite et sans contrepartie fournie par les autorités européennes aux différents créanciers, qui peuvent ainsi réduire leur exposition aux dettes souveraines risquées à moindre coût, et sans que les Etats ne prennent de participation dans leur capital. Bref, ils ont le beurre, l’argent du beurre et la crémière, alors que la Grèce saigne son peuple pour les payer !
Le débat public évolue
Heureusement, le débat public évolue petit à petit. Hier matin sur RTL, par-delà la rubrique d’Eric Zemmour, il fallait noter l’inflexion dans le discours de certains journalistes. Bien sûr, Alain Duhamel reste un indécrottable fédéraliste, mais Vincent Parizot a posé la question qui fait mal en sous-entendant que l’Europe, ce n’est pas l’euro. Et Jean-Michel Apathie tient un discours relativement équilibré, comprenant la position allemande sur les euro obligations.
Il a souligné que ce n’est pas vraiment la Grèce qui est aidée, mais bien les banques des pays européens, un véritable progrès. En outre, tout le monde constate que les plans mis en place ne résolvent rien. Mieux, le discours de Nicolas Dupont-Aignan à l’Assemblée Nationale est un gros succès sur internet et devrait donner une bonne dynamique pour les universités de rentrée, qui commencent demain à Dourdan (l’entrée est libre pour le discours de dimanche).
Mieux, si la cour de Karlsruhe a autorisé la participation de l’Allemagne au nouveau plan d’aide aux créanciers de la Grèce, il faut noter qu’elle a également formellement pris position contre des euro obligations qui viennent ici de mourir de leur belle mort étant donné que le principal créancier de la zone euro refuse de sauter le pas de cette aventure irresponsable, qui, de toutes les façons, ne résoudrait rien. Bref, tout se met en position pour une nouvelle crise.
Il est proprement hallucinant que le gouvernement ait fait voter en même temps un plan d’économie de 12 milliards tout en jetant par la fenêtre 15 milliards pour les banques qui avaient prêté à la Grèce. Encore un nouvel exemple de l’inconsistance économique de l’équipe en place.
08:56 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : grèce, nda, assemblée nationale, eric zemmour, vincent parizot, jean-michel apathie, alain duhamel, cour de karlsruhe
01.09.2011
Avis de tempête sur le plan Grec
Hier, la forte hausse du CAC 40 illustrait mon papier sur « la crise économique (qui) suspend son vol ». Mais entre temps, les choses se sont considérablement compliquées à Athènes entre les revendications de la Finlande et le rapport du parlement grec jugeant « la dette hors de contrôle ».
Menace sur le plan européen
Décidément, les négociations pour finaliser le plan de soutien aux créanciers de la Grèce traînent en longueur. Depuis le 21 juillet, la Finlande, qui doit contribuer à hauteur de 2% des montants, refuse de donner sa garantie sans contrepartie de la Grèce. Elle souhaite en effet recevoir des cautions en cas de non remboursement. Par exemple, la Grèce pourrait donner une entreprise en garantie qu’Helsinki récupèrerait si Athènes ne pouvait pas honorer sa dette.
En effet, ces plans doivent passer dans les parlements nationaux et les parlementaires finlandais ne sont pas très favorables à une telle aide, ce qui explique les exigences du gouvernement. Malheureusement, il est bien évident que si la Finlande obtenait quoi que ce soit, d’autres pays pourraient faire des demandes équivalentes. L’Autriche, les Pays Bas, la Slovaquie ont déjà indiqué vouloir des garanties similaires, ce qui a fait hurler Jean-Claude Trichet, l’Allemagne et la France.
Il est bien évident qu’il n’est pas possible pour la Grèce de donner des garanties équivalentes au montant du plan. Et il est bien évident également qu’il serait difficile de donner des garanties spécifiques à un pays mais pas aux autres. Si la Finlande obtient quelque chose, la boîte de Pandore sera ouverte. Bref, les difficultés rencontrées dans la négociation du plan semblent indiquer qu’il n’est pas totalement impossible que le plan échoue, même si ce n’est pas l’issue la plus probable.
Athènes sur la voie de l’Argentine
Parallèlement, la situation se tend à Athènes. Le ministre des finances fait tout son possible pour suivre les exigences de la troïka bureaucratique FMI, BCE et Commission, mais la situation commence à inquiéter le Parlement grec. En effet, il vient de publier un rapport jugeant la dette « hors de contrôle » et affirmant que les différents plans « ne peuvent pas restaurer l’état des finances ». Une partie des autorités du pays commence donc à contester la ligne suivie depuis le printemps 2010.
Il faut dire que les résultats sont totalement désastreux. Après une chute du PIB de plus de 4% l’an dernier, la récession devrait s’aggraver cette année (le PIB a baissé de 6.9% au second trimestre) alors qu’il était prévu que la situation s’améliore (la troïka avait même prévu une légère croissance en 2012 !). Idem sur le déficit budgétaire, qui devait être de 8% en 2010, mais qui a dépassé 10% et qui progresse en 2011, alors qu’il était prévu qu’il descende à 7.6% cette année.
Malheureusement, cette issue était prévisible : l’austérité sauvage qui est imposée à Athènes pour rembourser ses créanciers plombe tellement la croissance que ce qui est gagné en réduction de dépenses et en hausses d’impôts est compensé par l’effondrement de l’activité. Dès le printemps 2010, beaucoup d’économistes l’avaient écrit, ainsi que Nicolas Dupont-Aignan, ou votre serviteur. La situation semble sans issue dans le cadre actuel et il est évident qu’il y aura un troisième plan.
Toute la question est de savoir si Athènes arrivera à obtenir une véritable restructuration de sa dette, acceptée par les autorités européens ou si les dirigeants, lassés de saigner leur pays, ne vont pas finir par regarder l’exemple du défaut argentin comme une bien meilleure solution.
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30.08.2011
Le scandale du rachat des dettes souveraines
Depuis le printemps 2010, les Etats européens rachètent les dettes souveraines des pays qui n’arrivent plus à se financer sur le marché. Ces programmes sont abusivement appelés des aides aux pays concernés. Il s’agit surtout d’une nouvelle aide scandaleuse aux créanciers de ces pays.
Le précédent de 2008-2009
A l’automne 2008, l’administration Bush avait essayé de faire passer un premier plan de soutien aux banques, qui comportait une large part de rachats d’actifs pourris des institutions financières par l’Etat. C’est la solution la plus simple et la plus indolore pour les banques qui peuvent alors se défaire à bons comptes de créances invendables sur les marchés : on collectivise les pertes. Mieux, ces programmes de rachat ne provoquent en général pas de mise sous tutelle des Etats.
Mais la pression de la population avait provoqué un refus du Congrès qui avait imposé un second plan où les aides étaient davantage composées de recapitalisation des institutions financières en difficulté. La recapitalisation est une solution beaucoup plus radicale puisqu’elle a tendance à liquider les actionnaires des institutions aidées, qui paient alors le plein coût des erreurs passées. Mais surtout, l’Etat obtient contre son aide un mot dans la direction des entreprises.
Curieusement (et c’est à mettre à leur crédit), c’est la voie qui a été plutôt choisie dans les pays anglo-saxons. Elle est sans doute plus juste car elle supprime en partie l’aléa moral qui consiste à aider des entreprises privées à éviter une faillite sans conséquences majeures pour leurs dirigeants ou leurs actionnaires, qui n’avaient donc pas bien fait leur travail. C’est d’ailleurs une critique qui vient souvent des milieux libéraux et qui est parfaitement justifiée.
Nicolas Dupont-Aignan s’était distingué en 2009 en critiquant vivement le plan d’aide de la France aux banques Françaises. Nicolas Sarkozy avait décidé de prêter de l’argent pour les sortir de leur impasse de trésorerie. Mais si cette aide leur coûtait de l’argent, elle n’occasionnait aucune sanction, ni ne permettait au gouvernement d’avoir le moindre mot à dire sur leur gestion. Bref, ce mode d’aide représente une nouvelle forme d’aléa moral pour les institutions financières.
Une aide gratuite pour les banques
Nous sommes dans un cas similaire aujourd’hui avec la crise des dettes souveraines en Europe. En effet, cette crise est au moins autant une crise des banques que des pays en difficulté. La Grèce aurait pu suivre la voie de l’Argentine et faire défaut sur sa dette pour ne pas avoir à se soumettre aux potions absurdes du FMI. Les banques européennes auraient souffert, bien sûr, mais les plans de recapitalisation n’auraient pas été plus coûteux que le FESF.
Et surtout, ils auraient permis aux gouvernements de prendre pied dans le système financier pour le réformer (nouveau Glass Steagall Act, séparant a minima banques de dépôt et banques d’affaires, nouvelles normes prudentielles, réorientation des banques vers l’économie réelle, définanciarisation, réforme des pratiques salariales et des bonus…etc). Aujourd’hui, la voie choisie par l’Europe est outrageusement favorable au secteur bancaire qui est aidé sans en payer le coût.
Ainsi, les Etats européens et le FMI vont ainsi récupérer 220 milliards de créances publiques de la Grèce des créanciers privés, au prix d’une légère contribution (bien inférieure à la décote d’au moins 50% que les marchés indiquent aujourd’hui) et sans la moindre interférence des Etats ou la moindre sanction des dirigeants ou des actionnaires. Il s’agit en fait d’une aide colossale mais totalement gratuite et sans la moindre contrepartie au secteur bancaire.
Car, et il faut le répéter, ces plans d’aide européens sont tout sauf des plans d’aide aux pays concernés. La Grèce est mise sous tutelle et saignée pour lui faire rembourser les engagements que les banques lui ont bien imprudemment accordés. Pire, ces plans sont totalement absurdes car on voit aujourd’hui qu’ils étouffent la croissance (le PIB est en chute libre : -6.9% au dernier trimestre) ce qui compromet tout remboursement. Pire, le risque est transféré aux Etats…
Non seulement cette grande crise n’a pas occasionné de réforme sérieuse du secteur financier. Mais, pire encore, elle renforce encore tous les mécanismes pervers qui y ont abouti, le « too big to fail », l’opacité des marchés (les dark pools) et plus encore l’aléa moral de la finance. Il est temps de se réveiller !
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : dettes souveraines, fesf, plan bush, nicolas dupont-aignan, nicolas sarkozy, fmi, grèce, argentine



