10.09.2011

Vers un nouveau 1958

Comment aboutir à un véritable changement de politique ? Il semble aujourd’hui clair que ni le PS, ni l’UMP ne pourront l’apporter. Ses deux écuries d’egos désidéologisées devront être balayées. Il faudra des circonstances bien particulières qui se rapprochent singulièrement…

Les ambigüités des crises

La nature humaine est prudente et relativement conservatrice. C’est ce qui avait permis à Pétain de prendre le pouvoir en juin 1940. C’est ce qui a permis de prolonger l’expérience de la 4ème République. C’est ce qui a fait persister Hoover dans l’erreur lors de la Grande Dépression de 1929, laissant tomber le système bancaire et poussant un quart de la population des Etats-Unis au chômage. Mais dans ces trois cas, à un moment, le pays s’est redressé et a changé de direction.

Ce qu’il faut noter ici, c’est qu’il a fallu atteindre des abysses de désolation morale, politique ou économique pour provoquer le sursaut. Quand la crise est trop bénigne, finalement, l’envie de changement se tarit, malgré tout ce qui peut indiquer qu’il faut changer. C’est sans doute ce qui s’est passé en 2008. Tirant en partie les leçons de la crise de 1929, les dirigeants de la planète ont sauvé les banques, évitant, temporairement, que la crise ne se transforme en dépression.

Mais du coup, l’envie de changement a faibli. L’agenda du G20 est désespérément dérisoire. Comme le souligne Morad El Hattab, nous sommes revenus aux travers du passé. Néanmoins, la situation est en train de changer. Pour vouloir le changement, il faut que les citoyens préfèrent les incertitudes et la peur qu’engendre naturellement ce changement au statut quo. Il faut donc un profond rejet de la situation présente pour que les peuples veuillent renverser la table.

Vers le renouveau

Nous approchons sans doute de ce moment. Bien sûr, le débat sur la dette est un habile moyen de chercher à rassembler les citoyens autour d’une politique de statut quo. Mais depuis trois ans, le message envoyé aux citoyens est limpide : le système économique et institutionnel (en Europe) est profondément dysfonctionnel. Il est non seulement injuste (une petite minorité en profite), mais aussi instable (nous allons de crises en crises) et inefficace (absence de croissance).

Les preuves s’accumulent. Les banques sont sauvées sans qu’on leur demande des comptes. On habille des plans d’aide aux créanciers d’un pays en pseudo plan d’aide aux pays, en saignant les citoyens et en assumant les risques des banques. Et en France, le gouvernement pousse la bêtise jusqu’à faire voter un chèque de 15 milliards d’euros pour les créanciers de la Grèce qui ne sera pas remboursé en même temps qu’un plan d’économie de 12 milliards.

Et les citoyens constatent tous les jours le deux poids deux mesures entre eux et les grandes entreprises, qui continuent d’afficher une santé insolente, comme le montre l’augmentation de 10% des profits du CAC 40 sur le premier semestre. Bref, depuis trois ans, jour après jour, le système démontre son inanité. Et il est intéressant de constater une évolution dans le discours de certains journalistes (Jean-Michel Apathie) qui en viennent à reprendre une partie de notre diagnostic.

Armons-nous de patience. Le moment approche où le système va s’effondrer. La crise économique sera au PS et à l’UMP ce que la guerre d’Algérie a été à la 4ème République. Et là, les petits d’aujourd’hui pourront brusquement devenir grand. Le gaullisme pourra encore venir en aide à la France.

26.03.2011

Lettre ouverte à quelques compagnons tentés par le vote FN

Demain a lieu le second tour des élections cantonales. Quelques uns de mes amis, exaspérés par le gouvernement, le PS, l’Europe, la crise, sont tentés de franchir un drôle de Rubicon et voter FN. Si je comprends leur colère, que je partage, je crois que cela n’est pas la solution.

Patriotisme et nationalisme

Je tiens à remercier Laurent de Boissieu qui m’a donné l’idée de cet article en publiant un papier de Nations Presse, la vitrine frontiste d’Internet. Parmi les nombreuses citations attribuées au Général (mais non authentifiées), il en est une que j’apprécie particulièrement : « le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres ». Je crois que ces mots encapsulent de manière particulièrement forte toute la différence qui existe entre le gaullisme et l’extrême-droite.

Car dans l’ADN du Front National, il y a bien une haine de l’autre, de l’étranger, de l’immigré, du musulman. En cela, le discours de Marine Le Pen n’a pas varié d’un iota par rapport à celui de son père, les gros dérapages occasionnels mis à part (encore que celui sur l’Occupation était significatif). Le gaullisme n’a jamais été la haine des autres, mais au contraire un amour de la patrie et des Français qui lui permettait de se projeter dans le monde et d’aimer l’autre, justement.

Gaullisme et extrême-droite ne sont pas solubles

Bien sûr, on pourra toujours soutenir qu’il y avait des éléments d’extrême-droite dans la France Libre, mais ils étaient très minoritaires et justement, le général de Gaulle a réussi l’exploit de rassembler des Français de toutes les origines, de toutes les confessions, de toutes les convictions, sans exclusive, avec un respect des uns et des autres, rassemblés pour défendre une idée qui les dépassait tous, le combat pour une France libre. Le général de Gaulle n’avait rien d’extrémiste.

En outre, il faut rappeler que les gaullistes et l’extrême-droite se sont souvent combattus dans le passé. Tixier-Vignancourt, candidat d’extrême-droite à l’élection présidentielle de 1965, dont Jean-Marie Le Pen était alors le directeur de campagne, avait appelé à voter pour François Mitterrand au second tour de l’élection présidentielle plutôt que pour Charles de Gaulle. Les rangs des assassins du Général étaient essentiellement composés de personnes d’extrême-droite.

Au FN, la haine du Général

Tout ceci donne une perspective particulière aux tribunes publiées sur le site Nations Presse, qui a publié un papier très élogieux au sujet du colonel Bastien-Thiry, l’organisateur de l’attentat du petit Clamart contre le Général. Plus marquant encore, je vous invite à lire ces deux papiers dont l’antigaullisme primaire devrait faire réfléchir certains compagnons dans l’isoloir. En outre, ils émanent d’un site récent (qui a seulement un an) et proche de la direction actuelle.

Pour ceux qui ne voudraient pas cliquer sur les liens, voici quelques extraits. Il est écrit que le colonel Bastien-Thiry a été « assassiné sur ordre de celui qui aura trahi l’Algérie Française ». On retrouve également cette citation: « lorsque la pierre tombale de l’Algérie Française aura été scellée par la volonté acharnée d’un homme épaulé par la lâcheté de tout un peuple, je n’abandonnerai jamais l’idée de pouvoir débarrasser mon pays du personnage qui a corrompu l’âme de la France ».

Bien sûr, nous partageons avec ses électeurs une partie de notre critique de la situation actuelle (tant vis-à- des politiques suivies par l’UMP et le PS ou de cette europe). Bien sûr, nous partageons certaines des solutions que nous souhaiterions mettre en œuvre. Mais non seulement, les côtés obscurs du Front National subsistent toujours, mais surtout, la nature profonde de nos courants de pensée est différente. Le gaullisme n’est pas soluble dans l’extrême-droite.

C’est bien pourquoi, à titre personnel, même si je ne vote pas demain, puisque je réside à Paris, je n’hésiterais pas une seconde entre un bulletin Front National et un bulletin UMP, PS ou autre. Dans tous les cas, je ne me contenterais pas d’un vote blanc et je prendrais le second.

22.11.2010

Vers une renaissance gaulliste

Discours prononcé hier lors du Congrès de Debout la République

Mes chers compagnons,

Il y a deux ans, nous étions réunis pour notre premier Congrès. Ensemble, et derrière Nicolas, nous avons parcouru un chemin remarquable. Nous n’en avons pas assez conscience.

Il y a deux ans, nous étions un club. Un club qui avait présenté des candidats dans un peu plus de 10% des circonscriptions aux élections législatives. Un gros quart de ces candidats avaient dépassé 1% des suffrages. Aujourd’hui, nous sommes un parti national, qui a présenté des listes dans toute la métropole aux élections européennes, réunissant 2% des voix dans des circonstances difficiles. Et cette année, nous avons dépassé le Modem et le NPA aux élections régionales en Ile de France. Ce que nous avons accompli en deux ans est une immense réussite.

En seulement deux ans, nous nous sommes installés dans le paysage politique, avec très peu de moyens grâce au courage et à la motivation de tous. Bien sûr, nous pouvons encore avoir des frustrations, mais que sont-elles par rapport à ce magnifique parcours ? Aujourd’hui, nous sommes à la croisée des chemins. Si nous continuons à grandir, nous serons définitivement installés dans le paysage politique Français.

Et nous pourrons le faire lors de l’élection présidentielle qui se profile en soutenant Nicolas Dupont Aignan. La crise économique majeure que nous traversons depuis 2008 a bouleversé le paysage politique. Car cette crise est celle de la globalisation néolibérale que nous dénonçons depuis longtemps et qui est défendue par l’UMP comme le PS. Aujourd’hui, les Français ont compris que notre système économique est aussi inefficace, qu’injuste et instable.

En effet, cette crise est bien une crise de la globalisation. Car c’est la suppression des frontières qui explique que la crise du marché immobilier étasunien ait déclenché un tel chaos. En globalisant les économies, on a globalisé les crises. Pour reprendre l’image de Jacques Sapir, supprimer les frontières revient à supprimer les compartiments étanches de la cale du bateau économique mondial. La moindre voie d’eau menace alors de faire couler le navire.

Cette crise est aussi une crise du « laissez-faire » et du « laissez-passer » que le Général de Gaulle avait si souvent dénoncés. La déréglementation économique a abouti à une loi de la jungle, une triple anarchie néolibérale.

La première, c’est, depuis 1971, l’anarchie monétaire, un système où on laisse à ces marchés cupides et irrationnels le soin de fixer la valeur de ce bien collectif si précieux qu’est la monnaie. Un système où, depuis 1973 en France, ce sont les banques privées qui créent cette monnaie pour leur seul profit.

La deuxième, c’est l’anarchie financière, un système où les banques sont trop grosses pour qu’on les laisse tomber. Résultat, on collectivise les pertes alors qu’on a privatisé les profits. Un système où la finance s’est transformée en une sangsue qui extrait toujours plus d’argent de l’économie productive.

La troisième, enfin, c’est l’anarchie commerciale, un système où l’on met en concurrence les salariés des pays dits développés avec ceux des pays en voie de développement. Maurice Allais nous avait pourtant prévenu : dans de telles conditions, le libre-échange encourage les délocalisations, détruit nos emplois, et comprime les salaires.

Et parce que tout est lié, l’anarchie néolibérale et la globalisation sont les deux faces d’une même réalité, l’une soutenant l’autre. Elles ont un ennemi commun : les nations, qui sont encore les seuls moyens pour l’homme de construire une alternative. Comme le dit Frédéric Lordon, « en appeler au gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix, à savoir pas de gouvernement du tout ».

En supprimant les frontières financières, commerciales et humaines, on a privé les États nations des moyens de choisir leur voie. Et cela représente un terrible recul démocratique. Car la nation, en plus d’être une communauté de destin culturelle et solidaire, est également le moyen pour les hommes d’agir sur leur destin. Affaiblir les nations, c’est retirer aux hommes la capacité d’influencer leur avenir. La globalisation telle qu’elle est conçue aujourd’hui entraîne une aliénation de l’homme et un affaiblissement de la démocratie.

Bien sûr, certains affirment qu’une mystérieuse main invisible protègerait l’intérêt général. Mais il suffit d’examiner l’évolution du partage de la valeur depuis trente ans pour réfuter cette thèse.  Toute la création de richesse est partie dans les profits des multinationales et les revenus des plus riches.  Le système actuel ne sert les intérêts que d’une minorité.

La France, l’Europe, le Monde ont besoin de construire un nouveau système, où la croissance profite à tous. Nous devons remettre le développement économique au service de l’homme et non pas asservir les hommes à des multinationales sans scrupules et assoiffées de profits. Et ce combat, nous devrons le mener en 2012 car il ne faut rien attendre des autres partis.

Les partis anticapitalistes semblent avoir oublié l’échec de l’URSS et les réussites du capitalisme colbertiste et keynésien des Trente Glorieuses. Le Front National s’est construit dans la haine des autres. Leurs extrémismes en font les idiots utiles du système.  En stérilisant l’opposition sans espoir d’arriver au pouvoir, ils prolongent le duopole PS-UMP.

La solution, ce n’est clairement pas l’UMP de Nicolas Sarkozy.  La France aura encore perdu cinq ans avec ce président au gant d’acier mais dont la main est faible.

Rien n’a été réglé. Les violences aux personnes, baromètre le plus fiable de l’insécurité, augmentent depuis huit ans. Le pouvoir d’achat recule. Près de cinq millions de Français sont privés d’emplois. Le financement de notre régime de retraites par répartition n’est pas assuré. Et en 2011, notre pays affichera le déficit le plus élevé de la zone euro, devant la Grèce ou le Portugal. Non, Nicolas Sarkozy n’a strictement rien réglé.

C’est sans doute pour cela qu’il a essayé de nous distraire pendant cinq mois avec le feuilleton interminable et ridicule du remaniement. Comme toujours, il parle beaucoup, mais ne fait pas grand chose. C’est la présidence crocodile que dénonçait Nicolas il y a deux mois. Ne prenons pas la brutalité de ses méthodes pour une capacité d’action. Presque tous les dossiers traités par le gouvernement l’ont été de manière superficielle.

La solution, ce n’est pas le Parti Socialiste non plus. C’est le parti qui préfère depuis vingt ans les sans-papiers aux chômeurs, un choix qui en dit long sur sa mentalité. Les derniers textes du PS montrent bien qu’ils n’ont toujours rien compris. Celui sur l’égalité réelle est absolument sidérant. Il propose de distribuer de nouveaux milliards comme s’il y avait une cagnotte fiscale, cachée on ne sait où…

En revanche, rien de crédible pour remettre en cause cette globalisation néolibérale qu’ils ont autant soutenu que l’UMP. Aucune remise en cause sérieuse du libre-échange, de la liberté de circulation des capitaux ou de la privatisation de la monnaie.

Le PS ne semble pas comprendre que cette mondialisation affaiblit dramatiquement notre économie. Pire, il feint d’ignorer qu’elle est responsable des délocalisations, du chômage de masse et de la paupérisation des classes populaires comme des classes moyennes. Ce n’est pas pour rien que le Parti Socialiste a perdu les classes populaires. Il est littéralement devenu un parti social-traître !

Le Général de Gaulle disait « je n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes et je n’aime pas les miens parce qu’ils aiment trop l’argent ». Comment mieux décrire aujourd’hui le Parti Socialiste de Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy ou l’UMP de Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé ?

Mais le Général n’était pas seulement un commentateur lucide de la vie politique Française. Il avait également compris toutes les limites de la déréglementation quand il soutenait que « le laissez-faire, le laissez-passer appliqués à l’économie (…) a souvent donné (…) au développement  une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ».  Pire, aujourd’hui cette déréglementation ne contribue même plus à notre développement économique.

Enfin, il était le défenseur acharné de la souveraineté nationale, seule garante de l’intérêt général. Et c’est pourquoi les solutions à cette crise (le retour des souverainetés et le rejet du laissez faire et du laissez passer) sont profondément gaullistes.

Bien sûr, certains nous diront que le gaullisme, c’est dépassé. Mais que dire alors du socialisme, né au 19ème siècle, ou des théories libérales, qui ont plus de deux cent ans ? Non, le gaullisme est sans doute la pensée politique cohérente et globale la plus moderne. Et il nous offre deux moyens pour remettre l’économie au service de tous.

Le premier moyen, c’est rétablir des frontières pour restaurer la souveraineté des Etats sur le marché et stabiliser le système économique.

Nous devons dé-globaliser, conserver nos activités agricoles et industrielles sur notre territoire, comme les pays asiatiques l’ont bien compris.  Toute économie a besoin de ces fondamentaux. Il ne s’agit pas d’autarcie, mais comme le font le Japon, la Chine ou la Corée du Sud, s’assurer que nous conservons une économie diversifiée et indépendante. Ce rétablissement des frontières économiques nous permettra de reprendre notre destin en main tout en stabilisant notre économie.

Le second moyen consiste à remettre le développement économique au service de l’homme et non pas à y asservir l’humanité.

En premier lieu, nous devons quitter la monnaie unique, revenir sur la loi de 1973, et supprimer l’indépendance de la Banque Centrale. Puis, nous pourrons participer à la construction d’un nouveau système monétaire européen et international qui retirerait à la corbeille sa prééminence.

En second lieu, nous devons remettre la finance au service de l’économie productive. Cela passe par une limitation drastique de la spéculation, une forte contribution à la collectivité avec une taxe Tobin qui ne soit pas symbolique, et par la constitution d’un pôle public bancaire plus important.

En troisième lieu, nous devons mettre fin à cette anarchie commerciale mortifère qui instaure une loi de la jungle où le moins-disant salarial, social et environnemental est toujours gagnant. Nous devons encadrer le commerce mondial pour en supprimer les effets pervers, à savoir un appauvrissement général des classes populaires et moyennes des pays dits développés.

Plus globalement, nous devons reconnaître le rôle majeur de l’Etat pour diriger l’économie dans le sens de l’intérêt général car le laissez faire et le laissez passer n’aboutissent qu’à l’anarchie et à la loi du plus fort.

Bref, l’alternative que nous devons porter, dirigiste et souverainiste, est profondément gaulliste. Comme en 1940, comme en 1958, la solution ne sera pas de droite ou de gauche. Justement, il faudra casser cette globalisation néolibérale que droite et gauche ont construite conjointement. Il faudra abattre cette construction européenne anti-démocratique, anti-nations et dogmatiquement néolibérale pour construire une nouvelle Europe des coopérations entre Etats-nations.

2012 sera une étape cruciale pour le retour en force des idées gaullistes. Elle va transformer le petit parti que nous sommes en un parti établi. Ainsi, le moment venu, nous pourrons porter l’alternance dont la France a tellement besoin.

On aurait pu croire que cette crise allait provoquer un véritable changement, une prise de conscience. Mais aucun dirigeant de la planète n’a voulu remettre en cause ce système inefficace, injuste et instable. Cette crise n’aura été que l’équivalent de la guerre d’Indochine pour la 4ème République. Mais il y a fort à parier que la prochaine sera sa guerre d’Algérie, qui imposera un nouveau New Deal.

Et parce que nous, gaullistes, sommes les héritiers de la pensée politique qui détient les clés de la crise (souveraineté et refus du laissez-faire), nous sommes amenés à jouer un rôle majeur dans sa résolution. Nous sommes les dépositaires d’idées et de principes qui peuvent remettre la France et l’Europe dans la bonne direction. Et en 2012, rassemblés derrière Nicolas Dupont-Aignan, nous allons contribuer à une nouvelle renaissance gaulliste.

Car comme le disait le Général de Gaulle, « puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera tôt ou tard une source d’ardeur nouvelle après que j’aurai disparu ». Cette crise démontre toute l’actualité de cette pensée qui peut encore être la boussole de notre pays.

Chers compagnons, à nous de nous rassembler pour proposer un autre avenir à notre patrie. Pour que vive la République et vive la France.

18.11.2010

L’intérêt de notre système présidentiel

Avec Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat, certains s’interrogent sur les dangers du système présidentiel voulu par le Général de Gaulle. Reste à savoir si les inconvénients de notre système ne sont pas largement équilibrés par ses avantages.

Des Français et des Etasuniens

D’un côté, nous avons les Etats-Unis, un système où même un président très largement élu et disposant d’une majorité extrêmement confortable dans les Assemblées a toutes les peines du monde à réformer. Il n’a pu faire passer sa réforme du système de santé qu’au prix de compromis majeurs avec ce qu’il souhaitait faire à l’origine. Il a renoncé à un nouveau plan de soutien pour lutter contre le chômage et n’a pu réformer la loi sur l’immigration. Bref, voilà un système qui valorise les contre-pouvoirs.

De l’autre côté, nous avons la France. Un président extrêmement impopulaire peut compter sur le soutien de sa majorité pour faire passer une réforme des retraites impopulaire, injuste et insuffisante malgré la protestation d’une partie de la population. En France, les députés ne monnaient pas leur soutien à la majorité, à de très rares exceptions près, alors qu’aux Etats-Unis, chaque vote d’un député ou d’un sénateur peut remettre en question son soutien à un président du même parti que lui.

De l’intérêt d’un exécutif fort

Il y a en fait une cohérence dans la définition de nos systèmes institutionnels. Les Etats-Unis, méfiants vis-à-vis du gouvernement central, ont créé une « démocratie faible » où les multiples contre-pouvoirs affaiblissent le gouvernement. La France, sans doute du fait de notre appétence pour un gouvernement central fort, a créé un système où le président a les coudées franches pour gouverner. Bien sûr, un tel système pourra paraître détestable quand on s’oppose au locataire de l’Elysée.

Cependant, il est sans doute celui qui facilite le plus possible de véritables alternances démocratiques. Alors que le système Etasunien de contre-pouvoirs freine toute volonté de réforme radicale,  le système Français permet des alternances qui en sont vraiment, comme nous avons pu le constater en 1981, 1986, 1993, 1997 ou, dans un sens, 2007. En cela, ce système est sans doute le plus démocratique car il facilite la traduction de la volonté de la majorité en un gouvernement.

Le Président, catalyseur démocratique

Bien sûr, cela créé une forme de pouvoir personnel fort. Mais un système où le Parlement serait en charge n’est pas idéal. La France est bien placée pour connaître les limites d’un système dont elle a expérimenté toutes les carences de 1946 à 1958, à savoir une grande instabilité, conjuguée à une difficulté à réformer. Le système actuel, parce qu’il repose sur un seul homme, facilite le changement et l’alternance. C’est la grande force de la Cinquième République.

On pourra y voir une nostalgie de « l’homme providentiel » ou une personnalisation excessive du pouvoir politique. Je crois que c’est surtout une organisation plus démocratique en ce qu’elle ne freine pas la volonté de la majorité. Le président n’est pas nécessairement un homme providentiel. Il est surtout un puissant catalyseur du changement, un moyen de clarifier le débat public en personnifiant une vision et des idées que les systèmes parlementaires peuvent brouiller.

Bien évidemment, le système institutionnel de la Cinquième République ne saurait être considéré comme parfait. Mais il est sans doute le meilleur pour assurer l’expression de la majorité et favoriser de véritables alternances. Pour cela encore, nous pouvons remercier le Général de Gaulle.

14.11.2010

Bloc notes

En attendant l’annonce du petit remaniement de ce petit président, voici un petit bloc-notes résumant la semaine.

Je me suis exprimé plusieurs fois sur le gaullisme et son héritage. Curieusement, ce 40ème anniversaire de la mort du Général n’a pas été si unanime que cela. France 3 a diffusé un documentaire à charge défendant la thèse d’un coup d’Etat démocratique, dans un oxymore qui démontre bien la fausseté de l’accusation. A-t-on déjà vu un général de pronunciamiento remporter deux campagnes électorales et se faire élire deux fois par les élus de la nation en 8 mois ? Je préfère ne garder que le magnifique et émouvant papier de Jérôme Leroy sur Causeur. Décidemment, quelque chose de fort unit certains communistes aux gaullistes…

Beaucoup de bonnes choses à lire sur la blogosphère la semaine dernière. Je vous conseille vivement l’interview d’Hakim El Karoui par Malakine, comme quoi deux personnes arrivent en un seul papier à beaucoup plus d’intelligence et de matière que le gouvernement avec son pseudo débat sur l’identité nationale… RST, lui, est revenu sur un vieil épisode d’unification monétaire européenne, l’Union Monétaire Latine, réalisée en 1865. Si l’expérience était différente de l’UEM d’aujourd’hui, beaucoup de leçons qui en ont été tirées pourraient nous être utiles aujourd’hui.

Yann poursuit ses analyses toujours pertinentes de la crise économique en revenant sur le nouvel épisode de Quantitative Easing de la Fed. Il signe également un papier que je partage totalement « frontières ou chaos » qui montre que la suppression des frontières est la cause de l’anarchie économique actuelle. L’actualité économique récente démontre également les dangers de l’euro. Alors que la reprise britannique s’affermit au 3ème trimestre (PIB +0.8%, soit plus de 3% de croissance en rythme annuel) du fait de la baisse de la livre, la Grèce s’enfonce toujours plus dans la dépression.

Enfin, il faut noter l’incroyable mesquinerie réactionnaire de l’UMP et d’Hervé Mariton en particulier, qui vient de rétablir l’avantage fiscal l’année du mariage, sans le rétablir pour le PACS. Décidemment, outre une incapacité à régler les problèmes de notre pays (chômage, violence aux personnes, finances publiques ou financement des retraites), cette majorité flirte trop souvent avec un ordre moral nauséabond. Merci à Joseph Macé-Scaron d’avoir attiré notre attention sur ce nouveau dérapage du gouvernement.

11.11.2010

Trois raisons pour aimer la nation

Depuis 1945 en Europe, beaucoup considèrent les nations avec méfiance, comme si cette structure de l’organisation humaine portait en elle la seule responsabilité des guerres qui ont déchiré le monde. Et si ce n’était pas le cas ? Et si les nations étaient là pour le bien de l’humanité ?

La nation, c’est une communauté culturelle

En effet, le point fondamental d’une nation est le fait qu’elle constitue une communauté pour les hommes. Avec la famille, il s’agit sans doute de la communauté la plus importante pour les individus, celle qui reste à vie, le point fixe de toute une existence, quand les amis, les entreprises ou les lieux d’habitation peuvent changer. Cette communauté est fondamentale pour déterminer l’identité de tous ses membres.

En outre, cette communauté est profondément culturelle. A chaque nation est attaché un système de valeurs distinctes et d’habitudes qui caractérisent la communauté nationale. Les Français ne sont pas des Etasuniens ni des Italiens ou des Allemands. L’identité nationale porte une part essentielle dans la constitution de l’identité de chaque individu.

La nation, c’est la solidarité

L’adjectif qui vient le plus souvent après le mot « solidarité » est « nationale ». En effet, c’est dans le cadre national qu’existe la plus forte solidarité entre membres d’une même communauté (après la famille bien sûr). C’est dans le cadre national, et donc grâce à la nation, que ceux qui travaillent paient les retraites de ceux qui ont travaillé. C’est dans le cadre national que les cotisations des biens portants servent à soigner les traitements des malades.

C’est dans le cadre national que la communauté toute entière contribue à l’avenir, de multiples façons. C’est la nation qui favorise le renouvellement démographique, c’est elle qui investit dans l’éducation de ses enfants. C’est elle qui, traditionnellement, investissait dans les infrastructures d’avenir (énergie, transports, télécommunications…), ce qui a poussé à la création des services publics nationaux. Bref, la nationalité, c’est le lien le plus fort qui unie les êtres humains après la famille.

La nation, c’est le moyen d’agir sur son destin

Et si la nation est le lieu de la solidarité nationale, c’est parce que c’est la communauté la mieux à même de conjuguer à la fois une unité suffisamment forte avec une taille assez grande pour permettre aux hommes qui la composent d’agir sur leur destin. Les deux conditions sont essentielles. Il faut une grande unité, un vécu important et des valeurs communes pour que la minorité accepte sans broncher les choix de la majorité. La force du lien commun impose la taille de la nation.

C’est par les nations que les hommes ont pu se libérer des féodalités, devenir libres de leur destin tout en ayant la capacité d’agir sur leur destin collectif. Mais seule une unité très forte permet à une communauté nationale de tenir. Les exemples de l’URSS, de la Yougoslavie, de la Tchécoslovaquie et de la Belgique montrent que les constructions artificielles qui nient les réalités nationales ne peuvent pas durer très longtemps et finissent par se dissoudre.

La nation n’est pas la cause des guerres

Bien sûr, ce sont souvent les nations qui ont porté des guerres sanglantes et volontiers inhumaines. Mais cela ne signifie pas forcément qu’elles en soient directement responsables. Les nations n’ont été que les véhicules des guerres que parce qu’elles sont la communauté d’action de références des êtres humains, le moyen pour eux d’agir sur leur destin, pour le bien, comme pour le mal… Les nations sont humaines et elles souffrent des mêmes travers que les hommes.

C’est pour cela que vouloir museler les nations n’est pas le moyen d’éviter les guerres, pour deux raisons. Tout d’abord, les structures supranationales seront tout aussi promptes à guerroyer que les nations car elles aussi sont humaines… Ce n’est pas parce que l’on passe à l’échelle européenne que les humains seront moins violents. Au contraire, la négation des réalités nationales peut provoquer des conflits sanglants, comme on le voit tout autour du monde.

Ce n’est pas en sautant sur notre chaise en disant « nation, nation, nation » ou « la France, la France, la France » que nous lutterons contre les clichés puissamment ancrés dans l’inconscient collectif. Nous devons expliquer méthodiquement l’apport fondamental de la nation à l’humanité.

10.11.2010

Charles de Gaulle, idéal politique

Hier, j’ai eu la chance de me recueillir sur la tombe du Général ainsi que de visiter le Mémorial et la Boisserie. L’occasion de revenir sur ce que nous a légué le plus grand homme de notre histoire.

Une éthique

C’est un des points qui ressort le plus facilement, surtout par comparaison avec ses successeurs. Le Général de Gaulle appliquait une rigueur toute militaire dans son rapport à l’argent. Il tenait à payer lui-même les factures d’électricité de ces appartements de l’Elysée, ou les repas donnés à titre privé. Ce sont ces mêmes principes qui lui ont fait renoncés à sa retraite de militaire comme à celle de président de la République pour ne vivre que de ses droits d’auteur.

Le Général de Gaulle était également un homme de principes du point de vue des idées. C’est ainsi que son respect profond du vote des Français excluait toute possibilité de rester au pouvoir en cas de référendum perdu. Il n’a fait aucun compromis avec la défense de la France, fût-ce au risque de sa vie ou de celle de ses proches pendant la guerre, et fut un ardent défenseur de sa souveraineté. Fruit de son héritage de chrétien social, il faisait de l’homme « la seule querelle qui vaille ».

Enfin, et c’est un aspect qui a été un peu oublié du fait des caricatures, le Général de Gaulle était tout sauf un nationaliste recroquevillé sur son pré carré. Il était profondément ouvert aux autres pays, et respectueux de leurs cultures, au point de faire l’effort de toujours prononcer des discours dans la langue du pays d’accueil. Il a porté au monde un message finalement très universaliste de tolérance, d’ouverture et de respect de l’identité et de la souveraineté des pays.

Une volonté

En ces temps où l’on répète trop souvent que rien n’est possible, il est fascinant de se pencher sur le parcours du Général de Gaulle, qui démontre que la volonté d’un homme, quand elle est inflexible et juste, peut littéralement déplacer des montagnes. Voici un sous-secrétaire d’Etat inconnu qui a réussi en quelques mois à incarner la France et à construire un gouvernement à partir de sa seule volonté. C’est lui qui a mis la France à la table des vainqueurs en 1945 malgré la déroute de 1940.

Et s’il a eu des échecs, quel parcours ! Voici un homme qui est parvenu à faire partager aux Français sa propre vision des Institutions, cas assez unique dans l’humanité, quitte à passer outre l’opposition de tous les autres partis, comme en 1962. Il a réussi à terminer la guerre d’Algérie dans un sens contraire à ce que certains l’imaginaient à son arrivée au pouvoir. Il a imposé à nos partenaires européens le compromis de Luxembourg. Bref, il a démontré tout ce que peut accomplir un homme politique.

Des idées

Enfin, le Général de Gaulle nous a légué de grands principes qui peuvent encore guider l’action politique aujourd’hui. La première d’entre elle est sans doute sa conception de la démocratie qu’il a su graver dans le marbre de notre Cinquième République. Bien loin des accusations mesquines de coup d’état (quel dictateur a remporté deux suffrages populaires et deux votes des grands élus en huit mois ?), il a créé des institutions qui permettent à la volonté des Français de s’exprimer pleinement.

Le deuxième grand principe est l’aspect fondamental de la souveraineté nationale. Lui avait bien compris que la nation est le moyen pour l’homme d’agir sur son destin et qu’il ne faut faire aucun compromis avec la souveraineté nationale, surtout quand on est faible, ce qui le poussa à une attitude intransigeante à la tête de la France Libre. Cette partie de son message prend une actualité brûlante avec les coups de canif régulier portés à la souveraineté des nations en Europe.

Enfin, le Général de Gaulle était un progressiste, dans le sens où il croyait au progrès économique, produit de l’effort de la collectivité nationale. Mais si ce progrès devait reposer sur l’économie de marché, il était trop conscient des faiblesses du capitalisme (instabilité, injustices), pour ne pas comprendre que l’Etat devait jouer un rôle fort pour en éviter les excès. Pour lui, le progrès devait être partagé par tous, d’où son attachement à la participation, même s’il ne fut pas pleinement couronné de succès.

On peut ne pas être d’accord avec ses idées ou sa vision des choses, mais le Général de Gaulle aura au moins démontré que la politique peut être faite avec une éthique et de la volonté au service de grandes idées, des qualités qui semblent trop souvent disparues aujourd’hui.

09.11.2010

Nicolas Sarkozy, ou l’imposture gaulliste

Dans l’esprit de certains, Nicolas Sarkozy serait le lointain descendant du Général de Gaulle. Mais les mutations du gaullisme en pompidolisme puis en chiraquisme avant de d’aboutir au sarkozysme ont vidé de toute trace de gaullisme l’UMP. L’abandon de la croix de Lorraine n’était pas pour rien…

Une différence institutionnelle

La forme est ce qui semble évident, mais dans le fond, la différence n’est pas moins grande. Le Général de Gaulle a construit des institutions avec un équilibre où, si le Président de la République est la pierre angulaire du système, le Premier Ministre avait un rôle. Nicolas Sarkozy est revenu à une lecture très giscardienne de la Constitution où le Président est tout et le Premier Ministre n’est plus qu’un collaborateur, démonétisant l’ensemble de son gouvernement.

Le Président était un sage, un arbitre qui représentait tous les Français, économe de sa parole mais capable d’intervenir pour guider le pays en toute circonstance. Nicolas Sarkozy est totalement passé à côté de la part de représentation de la fonction, versant dans la vulgarité et le trivial. Alors qu’il devrait incarner la France, il jouit de sa position. Il n’est pas devenu Président pour servir les Français ou des convictions, mais pour s’accomplir. D’où sans doute le grand écart en matière de style.

Une différence de fond

Mais la différence entre les deux hommes est aussi patente sur le fond. Alors que le Général de Gaulle refusait tout affaiblissement de la souveraineté Française, retirant notre pays du commandement militaire intégré de l’OTAN, ou pratiquant la politique de la chaise vide pour obtenir un droit de veto sur les décisions européennes, Nicolas Sarkozy a réintégré l’OTAN. Il a signé un TCE bis malgré le « non » de 2005 et il est prêt aujourd’hui à mettre le budget national sous tutelle européenne.

Trop préoccupé par son destin personnel plutôt que guidé par l’intérêt de la France et des Français, il est incapable de donner une direction claire à notre pays sur toutes les grandes questions. Il ne sait qu’alterner les postures calibrées pour plaire dans l’opinion, oubliant aussitôt d’essayer de vraiment faire les choses et n’hésitant pas à se contredire s’il pense que cela peut le servir. Beaucoup vient du fait que son moteur interne est son ambition, pas des idées qui le dépasseraient.

Nicolas Sarkozy, c’est aussi une politique économique aussi injuste qu’inefficace (d’où le détricotage du « paquet fiscal »). C’est un manque de considération de l’argent public (déjà, comme ministre du budget, il avait supervisé deux des plus gros déficits de notre histoire). Sa politique n’est qu’une succession de postures qui ne résolvent rien (sécurité, retraites), où, la communication vient au détriment des politiques. La politique de la France se fait à la corbeille et chez l’IFOP…

Peut-on imaginer un homme politique plus éloigné du Général de Gaulle que lui ? Pour cette raison, il m’est toujours particulièrement insupportable de voir le président essayer de se vêtir d’un costume beaucoup trop grand pour lui de manière à en tirer un quelconque profit. Les Français ne sont pas stupides… 

 

08.11.2010

Le gaullisme, une boussole pour sortir de la crise

Demain, ce sera le 40ème anniversaire de la mort du plus grand homme de notre histoire ainsi que l’occasion de se pencher sur ce qu’il a pu faire pour la France et les Français. Mais plutôt que de conjuguer le gaullisme au passé, c’est au futur que son message prend encore plus de valeur.

Une crise de la globalisation néolibérale

Les crises récurrentes de l’économie mondiale depuis une quinzaine d’années ont deux raisons clairement identifiées : la globalisation et la déréglementation économique qui a abouti à une forme d’anarchie, commerciale, monétaire et financière. En effet, d’une part la libéralisation de la finance a conduit à une explosion du montant des transactions (aujourd’hui égales à 70 fois le PIB mondial), non pas du fait de l’épargne, mais d’un recours accru au crédit par l’effet de levier.

Cette augmentation de la demande d’actifs a provoqué une hausse de leur prix mécanique puisque l’offre n’a pas pu suivre la demande. Cette progression, indépendante de leur valeur réelle, provoque des bulles qui finissent par éclater quand leur valeur dévie trop de la réalité, comme lors du krach de la bulle Internet en 2001 ou celle de l’immobilier étasunien en 2008. Il est terrifiant de constater la proximité des deux bulles, qui illustre l’irrationalité congénitale des marchés.

Cette libéralisation touche également le commerce et là, le phénomène a été parfaitement analysé par Maurice Allais ou Jean-Luc Gréau. La mise en concurrence des salariés des pays dits développés avec ceux des pays en voie de développement, dans un monde où les entreprises peuvent investir comme bon leur semble, a provoqué une vague massive de délocalisations, rayant de la carte occidentale bon nombre d’industries (jouet, textile, électronique…).

Pire, cette concurrence déloyale pousse à la baisse les salaires des classes populaires et des classes moyennes dans les pays dits développés du fait du rattrapage de productivité. Non seulement la globalisation néolibérale casse la croissance des pays du Nord, mais en plus, elle transmet de plus en plus rapidement et de plus en plus violemment la moindre crise d’un pays à l’ensemble de la planète, comme on a pu le voir en 2001 ou en 2008.

La réponse gaulliste

A ce moment, on pourra se demander ce que peut bien faire le gaullisme dans cette analyse de la crise. Le Général de Gaulle a présidé pendant les Trente Glorieuses. En quoi son message pourrait bien nous guider dans ces temps nouveaux de la globalisation néolibérale ? La première objection est que les défenseurs du système actuel persistent à se référer à des penseurs d’il y a deux siècles comme Ricardo, qui vivait dans un monde largement plus différent du nôtre que celui des années 60.

Et puis, le Général a démontré pendant toute sa vie qu’il était capable de voir loin. En 1965, il affirmait que « le laissez-faire, le laissez-passer appliqué à l’économie (…) a souvent (…) donné au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il est en résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Qui pourrait mieux résumer en deux lignes les conséquences négatives de la globalisation néolibérale ?

Mieux, il nous a laissé en héritage plusieurs principes fondamentaux qui sont autant de réponses à la crise actuelle. C’est lui qui a insisté pendant toute sa vie pour que le progrès économique profite à tous, réclamant sans cesse une troisième voie entre le communisme et le capitalisme dont il dénonçait les excès, tout en reconnaissant son attachement à l’économie de marché. Il refusait cette corbeille, « où la politique de la France ne se fait pas ». L’Etat doit rester au-dessus de la libéralisation.

En outre, pour lui, il ne pouvait pas y avoir le moindre compromis avec la souveraineté nationale, seule garante de l’intérêt général, et qui est désormais opprimée par les traités européens. Il s’appuyait sur les frontières et était favorable à l’autosuffisance alimentaire alors que l’UMP et le PS ont laissé démanteler la PAC pour laquelle il s’est tant battu. Bref, les remèdes à la crise, relocalisation, règlementation, rétablissement des frontières, sont profondément gaullistes.

La pensée du Général de Gaulle est un des seuls systèmes de pensée alternatifs cohérent dont découlent directement les réponses à la crise. Comme il le disait,  « puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera tôt ou tard une source d’ardeur nouvelle, après que j’aurai disparu ».

18.06.2010

18 juin 1940 : l’appel de la grandeur, du courage et de la vision

Il y a 70 ans, un jour après la signature d’un armistice avec l’Allemagne, un ancien sous-secrétaire d’Etat à la guerre lançait un appel historique sur les ondes de la BBC qui allait bouleverser le destin de notre pays, un appel qui allait aussi en faire le plus grand des Français.

Quand la France était à Londres

Il est sans doute impossible d’imaginer à quel point la défaite militaire du printemps 1940 a été traumatisante pour un pays qui avait gagné une vingtaine d’années auparavant sa confrontation avec l’Allemagne. En quelques semaines, notre stratégie militaire avait été balayée avec la même aisance que le Reich avait mise à liquider la Pologne. Mais malgré la défaite, l’immensité de notre empire colonial permettait alors à notre pays de continuer le combat, même s’il renonçait au réduit breton.

Quelques jours auparavant, Charles de Gaulle était parti en Grande-Bretagne pour discuter un projet de fusion de notre pays avec son voisin. Dans cet épisode peu connu, Winston Churchill avait réussi à vendre cette idée à son cabinet en y accordant une grande importance à la France, pourtant humiliée militairement. Ainsi, notre pays aurait pu continuer le combat. Malheureusement, Paul Raynaud n’eut pas l’autorité ni la capacité de conviction de son alter-ego anglais.

Le jeune Général prit donc la décision de se rendre en Grande-Bretagne pour organiser la résistance à cette capitulation qui ne prenait pas en compte toutes les ressources de notre pays. Il réussit à convaincre quelques colonies de rejoindre son combat, puis fit organiser un réseau de résistance interne et rassembla une armée qui s’illustra sur toute la planète. Ce n’était pas la France qui était à Vichy, mais un régime de circonstances prêt à toutes les capitulations.

Quand le destin d’un homme fait le destin d’un pays

1940 : la France écrasée, battue, humiliée, en partie soumise. 1945 : la France vainqueur de la guerre, en partie libérée par elle-même, participant clé à la défaite du Reich. Tout ceci, nous le devons à un homme qui a su s’entourer et résister à des pressions insurmontables par un autre homme, seulement guidé par sa vision de l’intérêt général, par sa vision de son pays. En sachant se grandir dans les circonstances, c’est toute la France qu’il a su remettre au niveau qui était le sien.

Charles de Gaulle a su élever la France. Il a su élever les Français qui ont bien voulu suivre ce chevalier désireux de libérer sa « princesse de conte ». Il a pris tous les risques, ne faisant guère de cas de sa situation personnelle. Mais s’il a pu entraîner de la sorte, c’est aussi parce qu’il avait toujours un coup d’avance. Il était capable d’anticiper les évènements. Il avait vu avant les autres le rôle que les blindés allaient jouer. Dès juin 1940, il anticipait comment la guerre allait finir.

Ce visionnaire avait anticipé que « la Russie de toujours finirait par boire le communisme » ou même les récents évènements en Belgique, comme le montre ce commentaire posté par RST sur le très bon papier de Malakine. En 1965, il avait prononcé ces mots qui trouvent une résonnance particulière avec la crise : « le laissez-faire ! le laissez passer appliqué à l’économie (…) a souvent, (…) donné au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ».

Le Général de Gaulle est et restera un phare pour notre pays. Pour encore quelques siècles, ce qu’il a fait, dit et pensé pourra guider notre pays. Mais pour cela, il faudra des hommes capables d’oublier leur ego pour se mettre au service d’une idée qui les dépasse, la France.